‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 103 sur 135 · PAIX DÉ L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

PAIX DÉ L'ÉGLISE

de prévoir que la vérité ,'une fois mise en demeure ‘de combattre l'erreur à armes égales, ne tarderait pas à triompher.

L'Église , de: son-côté, ne crüt pas la victoire définitivement acquise; elle s’apprêta , au ‘contraire, à combattre: avec plus d’ardeur que jamais la résistance que lui opposaient la politique en Occident, les doctrines en Orient. Fant-il' donc s’étonner si la bataille fut longue ? La philosophie grecque, toute scientifique , s’appliquait plus à chercher la vérité qu'à régler les actions ;: ceuxlà même qui tendaient à ce but, comme les stoïciens et les néoplatoniciens , n’avaient en vue que’le petit nombre. Le christianisme, au ‘contraire, se présentait comme une doctrine non $péculative et scientifique , mais pratique par essence; il voulait changer la condition morale , gouverner la volonté et l’existence. Il ne tendait donc pas à agir sur l’opinion à l'aide de la société, mais sur la s0ciété même en pénétrant dans les croyances, et par celles-ci dans les lois, comme un élémient indestructible. Dans des révolutions de cette espèce, loin que le mouvement s’arrête à la superficie, il s’insinue dans les idées et môdifie les actions, se glisse dans le foyer domestique et s’étend sur la société entière; il entre souvent dans les liens de la famille et. de l’État, toujours dans leur sanction. L'opinion nouvelle se trouve donc ‘en face d’un ordre légal à renversér, des affections à combattre, des habitudes invétérées à déraciner, des jugements consacrés par le temps à remettre en discussion.

Il est moins difficile de triompher de tous ces obstacles, quand les novateurs apportent avec eux une organisation toute préparée et complète, unc législation en rapport avec les dogmes qu’ils enseignent, comme Darius transplantant chez les Mèdes la religion de Zoroastre, ou les Espagnols la foi catholique chez les Américains; mais, lorsque le christianisme, société spirituelle ayant pour objet de convaincre les intelligences et de rendre les cœurs droits, bien plus que de bouleverser les relations et la condition extérieure de l’homme, sortit du cercle étroit des églises, san: avoir aucune théorie sociale à offrir aux empereurs convertis, il se trouva réduit aux hésitations inévitables d’un apprentissage.

L’'Évangile et les conseils de l’Église offrirent aux successeurs de Constantin les moyens d’améliorer les lois dans leur partie morale, d'établir l’indissolubilité du nœud conjugal, de restreindre l'autorité des pères et des époux, de protéger la charité et d’adoucirla condition des esclaves; mais, tandis que l’esprit dela législation civile se faisait chrétien, l'administration de l’empire restait païenne. Comme auparavant, le souverain, identifié avec l'État, continua à

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Lutte prolongée.

Hiérarchie.

posséder une autorité sans limites qui assurait à ses vices-une influence immense; les mauvaises mœurs ne cessèrent de régner à la cour, théâtre des intrigues des eunuques et des courtisans, et les croyances évangéliques furent faussées par le desputisme de théologiens couronnés.

Si l’on ajoute à cela l’obstination irréfléchie de beaucoup de gens à ne pas se départir des croyances de leurs pères; l’inévitable nécessité de laisser subsister certaines formes gouvernementales, unique appui de la constitution minée dans ses fondements ; les désastres nombreux qui fondirent sur l’empire , et les discordes intestines qui agitèrent l’Église elle-même, on comprendra pourquoi le jour de son triomphe définitif fut si lent à venir, pourquoi des éléments étrangers se mêlèrent à sa réalisation visible.

Lorsque les barbares donnèrent le dernier coup à des institutions vieillies, rien ne resta debout que la société chrétienne et la hiérarchie ecclésiastique; or, comme l’ordre légal suggéré par les besoins de petites tribus ne suffisait plus aux envahisseurs, maîtres de tant de provinces, le christianisme se disposa à leur en fournir un nouveau; ce fut donc alors seulement que les maximes évangéliques de l’amour du prochain, de la fraternité humaine, d’une justice et d’une morale supérieures à tout droit positif, de l’obéissance due par les princes comme par les sujets au Créateur, purent s’introduire aussi dans les gouvernements.

Nous ne devancerons pas les temps pour signaler les événements qui traversèrent cette œuvre, et empêchèrent d’arracher entièrement les germes sans cesse renaissants. de l’égoïsme et de la tyrannie païenne ; nous devons ici, après avoir considéré ailleurs l’essence même du christianisme, observer la forme extérieure qui en est résultée, c’est-à-dire l’Église (4).

Une doctrine vraiment catholique, dont l’homogénéité serait détruite par la moindre déviation de la foi commune, devait nécessairement constituer le sacerdoce de manière à perpétuer la conformfté rigoureuse des croyances dansle nombre infini

(1) Saint Augustin définit l'Église, populus jfidelis per universum orbem dispersus. In Ps. 49. Après le schisme d'Orient, l’Église fut définie une assemblée de personnes unies par la profession de la même foi chrétienne, et par la participation aux mêmes sacrements, sous la conduite suprême du pape, premier vicaire du Christ. L'Église grecque donne presque la même définition, en passant sous silence l'unité du chef visible. L'Église protestante s'appelle congregalio sanclorum in qua Evangelium recte docetur, et recle administrantur sacramenta. (Confessio Augustana, art. VIE). Les sociniens disent ; Zcclesia visibilis est cœtus eorum hominum qui doctrinam salutarem tenent et projitentur (Catechesis Cracoviensis, p. 108).

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