CHAPITRE VI
Depuis le moment où Néron , pour se donner le spectacle d’une ville en flammes, eut mis le feu à Rome, rien ne put apaiser la colère du peuple, ni les sacrifices aux dieux, ni les ordres donnés aux magistrats, ni profusion d’argent, ni promesses de recons tructions plus magnifiques. L’empereur, qui pouvait réduire les sénateurs au silence en les tuant , était contraint de respecter le peuple ; il résolut donc, au moyen d’un expédient ancien et toujours nouveau, de rejeter son crime sur une secte nouvelle de philosophes appelés chrétiens, d'un Christ mis à mort sous Tibère ; secte qui désapprouvait la dégoûtante corruption du siècle et ses ignobles bassesses , et qui, ne voyant pas dans les Romains une race d’une nature supérieure à celle des autres nations, ni dès lors le droit en vertu duquel ils les opprimaient, se rendait odieuse à ces tyrans du monde.
Ce fut sur ces hommes que se déploya la vengeance des Romains, à qui la haine apprit à connaître une religion appelée à réunir tous les peuples par l'amour. Ils les persécutèrent avec acharnement , leur firent endurer les supplices les plus raftinés, et, à limitation de leur maître dans sa conduite à l’égard des patriciens, ils joignirent l’insulte à l’atrocité : ceux-ci, enveloppés
dans de là à des vifs, e dins vo où la re triomph Les te ments e!
Dans toi univérse énumére plies ; le attendail pour leu briser le:
sur lui le Mais le d’autres « tibles d’é rielles. U:
la régéné tière , rac
(1) «Il vres sibylli matrones se puis sur la de la déesse.
Mais il n'ét diminuer le des supplice lait chréties le procurate alors étouffé quit, mais e toutes les ch professaient comme coup luait avec dé en pièces vir poix, comme
prêla ses jar char, et comi heureux, bies un avantage XV, 44.)
(2) Suéron:
tous.
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LS SUr ensée ont il stoiavent usée.
ss tydéciproie nte de 7 que
dans des peaux d'animaux, étaient livrés à des chiens, et ceuxlà des bêtes féroces au milieu du cirque; d’autres étaient brûlés vifs, et leurs corps embrasés servaient de torches dans les jardins voluptueux de Néron (4), situés sur cette colline du Vatican où la religion alors naissante devait arborer plus tard sa bannière triomphante.
Les temps annoncés par les prophètes, figurés par des événements et des symboles chez la nation élue de Dieu, étaient arrivés. Dans tout l’Orient courait le bruit qu’un homme destiné à l'empire univérsel apparaîtrait dans la Judée (2). Les soixante-dix semaines énumérées par Daniel tant de siècles auparavant, étaient accomplies ; le sceptre avait été arraché à la race de Juda, et les Hébreux attendaient le Sauveur promis. ls s’imaginaient, dans leur zèle pour leur nationalité outragée , le voir arriver en conquérant, pour briser les chaînes de son peuple, et faire resplendir de nouveau sur lui la gloire de David et de Salomon.
Mais les prophètes avaient fait allusion à d’autres chaînes, à d’autres conquêtes, à une autre gloire, toutes chose s peu susceptibles d’être comprises par des esprits préoccupés d’idées matérielles. Une illumination d’en haut pouvaitseule leur faire apercevoir la régénération, non d’une seule nation , mais de l’humanité entière , rachetée non pas d’une servitude temporelle, mais de l’es-
(1) « Il eut aussi recours, pour apaiser cette rumeur qui l’inquiétait, aux livres sibyllins, On adressa des prières à Vulcain, à Cérès et à Proserpine, et des matrones se rassémblèrent pour rendre Junon propice, dans le Capitole d'abord, puis sur la plage la plus voisine ; on aspergea d'eau de mer le temple et l’image de la déesse, et des femmes mariées y firent ensuite le lectisterne et les veillées, Mais il n’était ni œuvre humaine, ni prière divine, ni libéralité de prince, pour diminuer le cri qui l’accusait d’avoir brûlé Rome ; il poursuivit donc, et châtia des supplices les plus recherchés, ces malfaiteurs détestés que le vulgaire appelait chrétiens du nom d’un Christ qui, sous le règne de Tibère, fut crucilié par le procurateur Ponce Pilate. Cette mauvaise semence, comme on disait, fut alors étouffée ; mais elle reprenait vigueur non-seulement en Judée, où elle naquit, mais encore à Rome, où abondent à l’envi et acquièrent de la célébrité toutes les choses atroces et hideuses. On arrêta donc d’abord les chrétiens qui professaient ouvertement, puis une grande foule de gens que l’on désignait, non comme coupables de l'incendie, mais comme ennemis du genre humain. On les tuait avec dérision, revêtus de peaux d'animaux, pour que les chiens les missent en pièces vivants ; on les crucitiait, on les brûlait, on les enflammait enduits de poix, comme des torches pour éclairer durant la nuit. Néron, pour ce spectacle, prêla ses jardins, où il célébra la fête du cirque, habillé en cocher, monté sur le char, et comme spectateur parmi le peuple. On était pris de pitié pour ces malheureux, bien que dignes de tout supplice, parce qu'ils ne mouraient pas pour un avantage publie, mais par la seule cruauté du prince. » (TACITE, Annales, XV, 44.) (2) SuéTonE, Vespasien. — VAGITE, Hist., V, 13. — JosÈPae, VII, 12.
clavage originelqui avait mis en jutte l'intélligence ävec la voloñté, et exclu l’homme dù séjour vers lequel doivent ténüre tous ses efforts. | 2 Ÿ | de , és d. 167 “RE BD TTOT, 55 Lorsqu'il eut pacifié ou plutôt calmé le monde’älors connu , en le réunissant, dans un vaste ensemble, Auguste, af de savoir quelle population obéissait à ses lois, ordonna un' recensement général. Marie, jeune fille juive, de là race dé David, mais dans la pauvreté, et. mariée à Joseph, artisan dé’ Nazareth, se rendit, pour se faire inscrire au rôle, à Bethléém, ville située dans les montagnes de la Galilée, d’où sés parents'éfaient issus; là elle mit au mondé dans une grotté la seconde personne de ‘la Trinité divine, Jésus-Christ, conçu par l’œuvre du Saint-Esprit ({). De simples bergers qui, par la douce température de’ décernbire, faisaient paître leurs troupeaux sur le flanc des monts, accourürent, sur l'invitation d’un ange, pô" dorer les’ premiers le Sauveur du monde. Dans le même temps une étoile Yanthonait ‘A des mages de la Perse, où plutôt de l’Arabie ; qui, lés' premiers aussi parmi les Gentils, vinrent de V’Orient lui réridre hommage. ‘Hérode, auquel ils avaient demandé le lieu où était Te nouveau roi de Juda, en conçut de l'ombrage, et, pour $'en débarrasser, il ordonna de tuer tous les enfants au-dessous de deux ans. Jésus, sur l'avertissement d’un ange, fut émmené en Égypte: puis, lorsque Archélaüs monta sur le trône , il révint en Galilée ‘et vécut à Nazareth dans l'obscurité et le travail, 1 se réndait parfois au temple, où se tenaient les assemblées (endg4h) hebdomadaires ou mensuelles, dans lesquelles, d’ordihaire, les personnes du peuple discutaient , et les sages (nabäim) prèchäient sur là doctrine. Dès l’âge de douze ans, chacun avait le droit d’exposer Ses ‘opihions ou ses doutes; il était éepéndant quélqués livrés, comme lé$ premiers chapitres de la Genèse où d’Ézéchiel ; dont Yéxamen n'était permis qu’à un âge plus mûr; à trente ans scutémént l'homme était considéré comme parvenu à la plénitude de sa force et de son intelligence. is
ACL HT ' \VY
(1) L'an 747 de Rome, 40 de l'ère jnlienne, 39 du règne d’Auguste, 25 depuis la bataille d’Actinm, 35 depuis qu'Hérode avait, été déclaré roi de la Judée, la deuxième année de la CXCIIIE olympiade, et 4708 de la période julienne ; sous les consuls C. Antistius Véter et Décimus Lælius Balbus, 5 ahis ÿ mois ét 7 jours avant l'ère chrétienne ; mais les opinions varient à cet égard, Le dernier qui ait trailé la question est Munter, der Stern der Weisen. 11 croit que l'étoile apparue aux mages élait une constellation formée par la réncontre de Jupiter et de Saturne dans le signe des Poissons : combinaison reproduite en 1609 et en 1821, ee ani mettrait la naissance de Jésus-Christ six ans avant l'ère vulgaire,
Jean, du Jo:
rait ds voir:
sénien Christ, de ser Ja, solit Puis il cheurs tard à, «prit; «-pleu « ont, « bien « bien «: bien] «les fi . « Pr « trouv « rite d « frand « votre « Veux «On « dis, « l’autre & votre « pudie « cas d’ « pable « mer v « pardo « votre € VOUS F « bons
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(1) C'es Vulgate.
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savoir ement mais Ah , se ‘située issus sde la rit (4).
Anbré, courùlé Sau- 'H'des rs aussi e.' Héeau roi
en 1821, re,
à , FÉSUS-CHRIST. 40
A cet âges. le Christ. commence sa mission} en se présentant à Jean, qui} retiré depuis l'enfance àBeth-habarah (1), sur les bords du Jovr< in, baplisait dans l’eau, en annonçant celui qui baptiserait dans V'esprit.;ll. disait ayoir été envoyé pour lui préparer la voie. par ynedoctrine opte, morale, c qui, unissant à la pureté desesséniens la ferveur € des pl arisiens, sanctifiait et élévait les âmes. Le Christ, Après ayoir, êté baptisé par lui, se, relire dans le désert afin de servir d'exemple aux hommes à venir. , appelés à s’affermir, par Ja, solitude et la. méditation ; contre les ‘difficultés de leur tâche. Puis ik commence à prêcher, et entraine à à sa Suite quelques pécheurs et d’autres hommes d’une humble condition, destinés plus tard à, répandre la parole. il dit : « Bienheureux les pauvres d’es- « prit; bienheureux.ceux qui sont doux; bienheureux ceux qui «pleurent; bienheureux;,ceux qui souffrent les pérsécutions, qui «ont, faim, et, soif, de justice, parce qu'ils en seront rassasiés ; « bienheureux es miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ; « bienheureux ceux dont ie cœur est pur, car ils verront Dieu ; «;bienheureux ceux qui ainuent Ja paix, parce qu’ils seront appelés « les fils de Dieu (2).
« Prenez exemple sur moi, qui suis humble et doux, et vos âmes « trouveront le repos, Celui qui se courrouce contre son frère mé- « rite d’être condamné, S'il vous souvient, en présentant votre of- « frande à l’autel, que votre frère est irrité contre vous, suspendez « votre offrande, et allez d’abord vous réconcilier avec lui, Je « veux ;de la, miséricorde ; et non des sacrifices.
«On vous a ditjusqu’ici: Œil pour œil, dent pour dent ; je vous « dis, si quelqu’ un vous frappe sur une joue, de lui présenter « l'autre. Jusqu'à présent, on vous a ordonné de ne pasrenvoyer « votre épouse, Sans lui avoir déclaré par écrit que vous la ré- « pudiez; je vous dis que celui qui abandonne sa femme hors le « cas d’infidélité, ou épouse celle qui a été répudiée, se rend cou- « pable d’adultère, On vous a commandé, jusqu’à présent, d’ai- « mer votre frère et de haïr votre ennemi; je vous enjoins de « pardonner, non pas sept fois, mais soixante-dix-sept fois. Aimez « votre ennemi; faites du bien à qui vous hait; priez pour qui « vous pérsécute, en imitant Dieu, qui fait lever le soleil sur les « bons et sur les méchants.
« Faites l’aumône, mais en secret, et que votre main gauche
(1) C'est-à-dire maison du passage, et non Béthanie, comme le porte la Vulgate.
(9) Saint Marrmieu, V,
25e De l'ère vulgaire.
& ignore ce que fait la main droite. Ne jurez pas, mais que vôtre & parolé soit oui et non.
« Retiréz-vous, pour prier, dans votre demeure ; et n’éemployez & pas béäucoup de paroles comrite les Gentils, qui croient être « ainsi éxaucés. Demandez, avant toute chose, le royaume de « Dieu; le reste vous viendra en surplus. L'homme qui dit : Seià gneur, Seigneur, n’entrera point dans le ciel, mais celui qui fait & la volonté de mon Père.
« Vous serezjiigés vous-mêmes comme vous jugez lés autres.
« Que sert de voir une paille dans l’œil de son voisin, quand on « n’apérçoit pas une poutre dans le sien ? Faites aux hommes ce « qué vous voulez qu’ils vous fassent ; c’est là ce qu’exigent la loi « et les prophètes (1). Que celui qui a deux tuniques en offre une & à celui quin’en a pas (2). Celui qui, pour l'amour de moi, aura « donné une goutte d’eau à un malheureux, est certain de ne « pas perdre sa récompense (3). Faites le bien et prêtez sans au- « cune espérance , et vous en obtiendrez un grand profit (4). Le « sabbat est fait pour l’homme, non l’homme pour le sabbat. « L'homme n’est pas souillé par la nourriture qu’il prend, mais « par les choses qui procèdent de lui (5).
« Je vous donne un précepte nouveau : c’est que vous vous ai- « miez les uns les autres comme je vous ai aimés. On vous con- « naîtra pour mes disciples, si vous vous aimez réciproquement. « Je suis la vigne, vous êtes les branches. Je ne vous appellerai « pas serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait le « maître; mes amis, parce que je vous ai instruits de tout ce que « j'ai su de mon Père. Je suis venu en ce monde pour rendre té- « moignage à la vérité (6).
« Le Fils de l’homme viendra à la fin des siècles pour juger, et « dira à ceux qui seront àsa droite : J'ai eu faim, el vous m'avez « rassasié; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; voyageur, « vous m'avez abrité; nu, vous m'avez vélu; vous m'avez visilé « infirme et prisonnier ; venez, 6 bénis de mon Père, dans la joie « qui vous est préparée (7)!»
Cette prédication douce et affectueuse est confirmée par des mi-
(1) Sant Marrmeu, XI, 28; V, 24; XI1,7; V,37; V, 395; XV, 22; V, 46, V1, 33; VI, 21; VII, 12.
(2) Saint Luc, IE, 11.
(3) SaiT MaTrmiEu, X, 42.
(4) Saut Luc, VI, 35.
(5) SainT Mano, 1, 273 VII, 15.
(6) SaiNT JEAN, XV, 15 ; XVIIL, 37.
(7) Saint Marramu , XXV, 34, 35, 36.
racles puyée etlui, besoins
mour, Moïse, vaine; quente pas dé « n’im « exté « au ti « the, « heu « aux « chez « dez « stacl De n taient a Antipa:
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” JÉSUS-CHAIST. 103
racles &-1 :6 plus que de puissance. La morale de Jésus est appuyée par . :xemple et la grâce. La foule se presse sur ses pas, et lui, plein de mansuétude et d’humilité, il dispense, suivant les besoins; ce qu’il possède sans mesure. Parlant de pardon et d’amour, il dissipe les doutes et rappelle à l’observation de la loi de Moïse, bien qu’il voie siéger dans sa chaire une race hypocrite et vaine; il blâme les ministres, mais il ne déserte pas le culte ; il fréquente le temple, reconnaît la synagogue, et, comme il ne veut pas détruire, mais accomplir la loi, il dit : « Écoutez les préceptes : « n’imitez pas les œuvres de ceux qui multiplient les pratiques « extérieures , puis prétendent au preinier rang, aux respects et « au titre de maîtres. Ils payent la dîme de l’aneth et de la men- « the, et négligent l'important, la justice et la miséricorde (1). Mal- « heur à vous qui, versés dans la connaissance de la loi, imposez « aux autres des charges intolérables, tandis que vous ne tou- « chez pas même du doigt au fardeau ! Malheur à vous qui possé- « dez la clef de la science , mais qui refusez d’y entrer et faites ob- « Stacle à ceux qui y entrent (2)! »
De même qu’autrefois les Hébreux lapidaient les prophètes, c’étaient alors les maîtres de Juda qui les mettaient à mort. Hérode Antipas, qui s'était épris de sa belle-sœur Hérodiade, résolut de la posséder, en répudiant sa première femme. Jean-Baptiste vint lui reprocher la violation de la loi; il répondit par l'argument de ceux qui ont la force, en le mettant en prison, puis en accordant sa tête à Salomé , fille d’Hérodiade, en récompense de ce qu’elle avait bien dansé devant lui. Telle fut la punition d’une vertueuse franchise , punition qui délivra Hérode d’un censeur sévère , dont les nombreux partisans et la doctrine irréprochable lui portaient ombrage.
Restait Jésus, qui, pouvant dire hautement : Lequel d'en/ e vous me reprendra de péché? offensait l'ambition et l’hypocuisie des grands, des prêtres, des pharisiens , du peuple ; en effet, il dégageait la loi des observances frivoles, ne parlait pas seulement aux Hébreux, mais au monde entier ; il détruisait des espérances héréditaires pour élever les esprits vers un but plus sublime, et enseignait la doctrine la plus élevée et la plus pure que la terre eût jamais entendue. Au lieu de l’examiner, les Hébreux conspirèrent contre le Christ, les uns par religion, les autres par politique, la plupart par envie et par imposture. Ils envoyèrent vers lui pour
(1) Saint Marrmieu, XII, 2, 23.
(2) Sair Luc, XI, 46, 52.
le tenter par des questions captieuses ; mais le Christles confondit, et sa parole obtenait croyance, comme celle dé: ss Le prononce d'autorité.
Il fait son entrée dans Jérusalem , monté sur un âne séélon! Vue sage des juges ({), pour annoncer que sa mission ‘n'est pas une mission de conquête , mais de jugement , de paix, d'alliance, de bon conseil. Israël lui criait : Hosanna; Fils de David; béni celui qui vient au nom du Seigneur; maisil devait es jours: ben
lui crier : À la croix, à la croix! : *: RTE
La Pâquéétait la principale solennité des Hébreux, qui la ‘célébraient en mémoire du jour où Dieu, de sa main puissante, les
affranchit du joug de la servitude. On commençait lacène à laquelle se réunissait toute la famille, en goûtant unie herbe ‘amère
assaisonnée de vinaigre (2), et en servant un pain dur,'en sou: venir des maux soufferts dans l'esclavage (3). La joie de l'itidépendance était ensuite exprimée par l'extrême allégresse- d’un banquet abondant , et le père de famille rompait un ‘pain azyme
qu’il distribuait aux convives. Un peu de vin était alors versé dans
les coupes ; et le ‘père bénissait dans ce pain et cé vin’ les-biens physiques et moraux'assurés par la loi sainte au: peuple élu:: Le Christ accomplit cette cérémonie comme touies celles de la nation juive; mais après avoir, avec ses disciples, pris sa part de l'agneau mystique , il institua avec ce pain etce vin léternel sacrement de la mémoire, de la transsubstantiation et de la nouvelle alliance:
Cependant, uné inimitié active et la calomnie hypocrite màris-
saient le crime annoncé et déploré depuis tant de siècles. Un des'
disciples du Christ le livra à ses persécuteurs, un autre le-renia, et tous l’abandonnèrent , comme on voit un troupeau prendre la fuite quand on frappe le berger. On l’accusa, devant les tribunaux où il fut-conduit, de blasphémer, de corrompre la.jeunesse, et de soulever la nation contre la domination de Fétranger. Les princes des prêtres, c’est-à-dire les chefs de chacune des classes sa: cerdotales, les anciens du peuple et le conseil des juges, auquel la domination romaine laissait autant d’autorité qu’il en fallait pour commettre le grand méfait, se réunirent dans la salle où se:te-
(1) Cela parait résulter, selon nous, de ce passage du cintique de Débors (Jud., V, 10): Qui ascenditis super nitentes asinos, et sedebls super in Lu dicio, et ambulatis in via, lnquimini.
(2) Exode, XIIF,
(3) « Pourquoi mangeons-nous ces herbes amères?: Elles xigifent: que les Égyptiens rendaient la vie amère à nos ancêtres ; car il est écrit: fls rendaient la vie-amère par un rude esclavage. » (Haggada; où prières des Nobrous: durent la Pâque.)
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nait de’smnhédrin;:6t -déelarèrent:que Jésus; méritait: ln mort. Hs demandent sa sondamination: au gouve:neur Ponce Pilate, qui interroge l'accusé et lui dit : Es-{u le roi des Juifs? Le Christ. répañdr: Mon soyeume.n'est pus de: ce monde; ‘autrement mes minisires s’opposeraientäce.quaje fusse divréaux Juifs; mais à celte heure mon royaume n'ast. pas: d'ici. — lues donc roi? reprend Pilate.. — Le: Christ alors : Tu l'as dit, je suis roi,.et je suis venu em:ce : mande pour -rendreitémoignage.de la vérilé;eliceux qui sont pour la vérilé écoutent ma voix. .,
-Dans un:temps:où lon ne, croyait pe que le monde. pût être maîtrisé autrement que par Ja force , quelle crainte pouvait ins pirer auprocon$ul uu pouvoir qui n'était. pas de ce monde, un roi quin'avait d'autre empire que celui dela: vérité , d’autres sujets que-ceux, que la:vérité lui soumettait? La puissance qu’il représentait n’était done nullementmenacée, pas plus que l’immortalité de Gésar, etJe Christ.ne pouvait être à ses yeux qu’un insensé; en conséquence ;il lui fit donner par dérision un haillon de pourpre, uñe couronne d’épines; et un roseau pour sceptre.
“be: sceptre de roseau. devait briser le sceptre de fer des maîtres du monde ;; mais Pilate.qui ne pouvait ni l'empêcher ni le prévoir, déclare qu’il n’aperçoit aucune, culpabilité dans les faits imputés à Jésus; Néanmoins,-cédant aux instances des grands qui menacent de:le: dénoncer lui-même à Rome , et aux cris du peuple, comme on’appelait quelques oisifs qui vociféraientsur la place, il consent, * par politique, ee que le Juste :soit mis à mort (4),.— Jésus , victune de l’ancienne légalité, afin qu’elle soit éternellement condamnée, est attaché à da-croix,.et tout futeonsommé.
sAnbERe religions: J'AueURe de ne pouvait se, vanter de
&y \On°fit 18: pasédge éuivant dans’ les PRES Judaïques de Jostpus, iivre XVIH,.3 : « Alors vécut Jésus, homme plein de sagesse, si toutefois on peut 1e dire un homme, ]1 fit en.effet des dhoses merveilleuses, enseigna ceux qui accuelllirent volontiers la vérité ,let s'attacha nombre de Juifs et de Grecs. C'était le" Christ } Ponce Pilate l'agant lfait mettre en croix sur là dénonciation des principaux: ipartinl és nôtres, ceux qui l'avaient aimé lui démeurèrent fidèles ; car, le troisième jours il:leuriapparut revenu:à la vie, selon que l'avaient annoncé les prophètes de Dieu, qui avaient aussi prédit d’autres miracles. Ceux qui de son nom sont appelés chrétiens existent encore aujourd’hui. »
La critique: voit dans ce passage, qui dit trop pour ‘un juif et pas assez pour un chrétien , une interpolation, Aucun des Pères de l’Église antérieurs à Eusèbe n'en a fait mention. Voy. notamment Gonernoy Less, Disputatio super Josephi da Ghrisloitestimonium (Gœttingue, 1731 ). Rejetant tout à fait le prétendu témoignage: de ceé historien,il démontre que sou silence prouve plus qu'un
élage, attendu qu'il n'aurait pas manqué de réluter une imposture s’il lui eût été possible d’en signaler une.
106 SIXIÈMÉ ÉPOQUE.
posséder un type qui se rapprochât de celui-là. Chäste et pur dans ses mœurs, Jésus ne rechercha ni les richesses ni les honneurs ; il vécut avec les pauvres et pour les padvreé, et passa sur la terre en faisant le bien ; ami affectueux, il pleure le mort de Lazare et laisse Jean s'endormir sur son sein ; il est plein de tolérance pour la Ghananéenne, pour là femme adultère ; pour la Madeleine; il aime la patrie sur laquelle il gémit dans la prévision de ses. désastres. Simple et naïf comme les enfants dont il se plaît à se voir entouré, son énergie va pourtant jusqu’à se résigner à la mort,.et quelle mort? Enfin, son dernier soupir est une parole de miséricorde, un pardon pour ses meurtriers.
Que peut lui comparer l'antiquité paienne? Socrate, le plus saint parmi les sages? mais sa philosophie railleuse et timide qu’a-t-elle à faire avec la philosophie active et charitable du Christ? Socrate pouvait prévoir que ses attaques incessantes contre les mœurs, les doctrines, les croyances de son temps, le mettraient un jour en danger; et le taon qui s’élait attaché au coursier puissant el généreux devait s'attendre à être écrasé d’un moment à l’autre. Il y a de la générosité dans la manière dont il va au-devant de sa condamnation; mais à l’instant même de sa mort, en présence de ses juges, il ne professe qu’un doute sur limmortalité de l’âme. Aussi Rousseau s’écrie : « Si la fin de Socrate est celle d’un juste, la fin du Christ est celle d’un Dieu(1)!»
Le découragement s’empare des disciples de Jésus, qui jugent mondainement les choses par l’événement, Ils se cachent, et, n’ayant d'espoir de salut que dans l’oubli, ils pleurent sur le maître qu’ils ont perdu; mais bientôt il ressuscite, comme il leur avait promis; et, remonté au trône de son Père, il leur envoie l'Esprit divin qui change en docteurs intrépides les timides et ignorants pêcheurs de Galilée, Révêtus de la force d’en haut, ils obéissent à leur maitre, qui avait dit : Allez el enseignes toutes les nations ; ils se répandent dans Jérusalem, où ils annoncent que la loi est accomplie, que les figures ont cessé, que là nouvelle alliance a commencé, et ils expliquent cette doctrine , qui doit être le salut du monde.
Jésus n’a laissé aucun écrit; mais il a ordonné à ses disciples de rendre témoignage de ce qu’ils avaiènt entendu et vu; ils recueillent donc ses paroles, ses actes, et, divinément inspirés, ils
(1) Gr8on est le seul qui, dans sa prévention insensée et dénigrante, trouve Socrate bien supérieur à Jésus, parce qu'il ne laisse échapper auçun signe d'impatience ou d'espérance, tandis que le Christ s’écria : O Dieu, Dieu, pourquoi m'as-lu abandonné ?
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Jean , Oo Phone Les prin mais tels mainè n6 sont égi aimée vo mation d Vénér dé la réd ces’ notid elles s’ét du Chris de la vé sidérér l” devait p L’hu losophes Les plus delà de le d’un lac de la gr génératic d'amour, La dot science à phie héb ristote € sort du j:
()T.S ques année de son org que le Chri disculpant que le Chr ché du res parurent a dans le mo ait donné c emprunte :
lysiren, el juste milie:
ir dans urs 5-il erre en t laisse la. Chaime la astres.
1touré,
quelle corde,
le plus timide Christ?
tre les traient r puisnent. à au-dert, en mortajocrate (1)!
jugent nt, et, maître r avait Esprit orants éissent tions ; oi est nce a > salut
ciples ls ress, ils
trouve e d'im- Urquoi
SÉSUS-CHRIRT. 107
écrivent tes relations que l’Église a acceptées comme règle de la foi. Tels sont lés évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean , où se montre la sublimité de Dieu dans la simplicité de Phôrmitie ; la divinité du sentiment dans la naïveté des expressions. Les principes posés pat Jésus-Christ étaient extrêmementsimples, mais tels que, une fois qu’elle les a compris, l'intelligence humainè ne péut plus lés abdiquer : Dieu est un ; tous les hommes sont égaux; aimes-vous donc les uns les autres comme vous aime votre Père céleste, qui sera avec vous jusqu'à la consommation des siècles.
Vénérons, dans un silence pieux ; les mystères de la grâce et de la rédemption, la profondeur inaccessible de la nature divine, ces notions sublimes qu’il révéla à l’homme dans l'esprit duquel elles s'étaient obscurcies. 8i l’histoire ne peut séparer lPhumanité du Christ de sa divinité, lés préceptes des dogmes , la puissance de la vérité du triomphe de la grâce , elle peut se borner à considérér l’effét qué cette doctrine, dans $sa marche lente mais sûre, devait produire sur l’ordre général de l’humanité.
L’humanité ! c’est une parole qui, inconnue jusqu'alors aux philosophes et aux législateurs , retentit alors pour la première fois. Les plus éclaités d’éntré eux n’éténdirent jamais leurs regards au delà de leur propre hation ; or, voilà qu’à cette heure s’établit près d’un lac de Galilée une société qui rapproche les rameaux séparés de la grande famille humaine, réunit les pensées de toutes les générations et de tous les siècles dans un lien de foi, d’espérance, d'amour, dont le nœud est au ciel.
La doctrine de Jésus-Christ était-elle un nouveau progrès de la science antique? n’est-elle qu’un perfectionnement de la philosophie hébraïque (1)? ou s’enchaînait-elle à celle de Socrate, d’Aristote et de Platon? Toute l’histoire le nie. Le christianisme sort du judaïsthe , et celui-ci refuse de le reconnaître; il déclare
(1) T. Sazvavon, auteur de Moïse et ses institutions, a publié, il y a quelques années, Jésus-Christ el sa doctrine; hisloire de la naissance de l'Église, de son organisation et de ses progrès (Paris, 1838 ; 9 vol. in-8° ). 11 démontré quele Christ a tiré tout ce qu'il a enseigné des Hébreux, de Philon, des esséniens ; disculpant les pharisiens, il fait l'apologie du système judaïque, dont il prétend que le Christ a gâté la pureté. en y mêlant des idées orientales. 11 n’a pas cherché du reste à expliquer comment ce Galiléen, l’un des nombreux messies qui parurent alors, supplicié légalement, comme il le prouve, a pu trouver croyance dans le monde éntier, à la différence dés autres thanmaturges. Jusqu'à ce qu'il ait donné cette explication, nous croyons inutile de combattre les doctrines qu’il emprunte à Strauss et aux autres Allemands, qui prétendent den Sohn su analysiren, en même temps qu’il voudrait, moins résolu qu’eux, se tenir dans un juste milieu inconciliable avec la raison.
Egalité.
qu'il n'en est.que.le complément et néanmoins.la transformation de la pensée primifive a un. “tel |Carantèré à cale app destruction. .. 2errdmns 2oilorrne
(L'Inde, avait conservé des. anciennes tyaôilions l'idée dfyme,première chute dont: tout le genre. humain était resté souillé,, et, dont l’homme pouvait se “relever, soit par, ses œuvres, soit:par le. force de la méditation, en, se détachant de la matière ; mais celte rer mière. faute avait souillé les hommes à un, degré: différent, ef. dès lors les castes restaient distinctes entre pas par suite d’une ineffaçable diversité d'origine. . : Sinot 9 51p#rbE
La sagesse de l'Éxyp te, partant, aussi | du dogme d'une.chute, source de toutes les anciennes croyances, supposait que. les hommes étaient des anges condamnés à. expier sur la terre, un; péché commis dans le ciel, en passant par des degrés d’ infortunes diverses, selon la gravité de. la faute dont ils. s'étaient souillés. Jàbaut; ils ne devaient donc sortir jamais, vivants. "QU, mputS x: de.la caste à laquelle ‘chaeun d'eux appartenait. Les ’élasgesdistinguaient les hommes nés des dieux, doués d’Ames, immortelles, des autres êtres humains qui, dépourvus de, ces âmes 4, pouvaient être, po dés par les premiers comme des choses. ; aljreae pont IS
Telles sont les trois Sources d’où provinrent des idées, qui, mélangées et embellies par les Grecs, seanipen Ja dignit ù et la foune de science, grâce aux, méditations et. àl'h ha ileté de le urs.. grands philosqphes; mais, parmi les philosop es et les. législateurs, quel est celui qui n’admit pas la prééminence. de quelques hommes, sur les autres? Vous aurez, beau chercher, partout vous trouverez Une distinction iphumaine entre la race qui commande et celle qui doit obéir. Augun homme d’État, en cherchant à fonder le bonheur de son peuple, ne songe. au bonheur des autres, el. t us, ont pour maxime, Malheur aux vaincus ! tous ne voient dans e genre. bumain que des ennemis, à, détruire , des esclaves à faire, et oute iniquité est justifiée s’il en résulte un avantage pour {a république. Rome quiformula ce droit cruel dans le terrible proverbe, Homo homini ignolo est lupus, parvint ainsi à tant de grandeur, que *elle put contraindre le monde à lui obéir, à révérer sur le trône: et les autels Tibère et Caligula.
Parmi les écoles, il n’en est pas une qui s'élève ju trouver l'origine commune de l’homme, et toutes acceptent les conséquences qu elles voient en pratique dans. leur société, sans. sSOumettre à l'examen les principes d’où elles dérivent ; ceux-là mème qui sentent la nécessité d’appuyer la justice sur quelque chose de supérieur aux ‘sociétés hümaines, et qui les ait précédéés , ne se
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SÉSOS-CHATST. | 109 doütent pas Wire que ces réglés éternielles s'étérident sur ‘toute P'apact: Hümaïné: Aristote fonde &a république sûr la race et la propriété, lesquelles embrassent femmes, enfants, esclaves et les autrés ‘biens. Platon tüi-même, nt digeant le grand nômbre, confie le fouvernertiènt ‘4e! s4° république à une éasté de guerriers. Dans ga théorié if Veut que cetté castd'se recruté et ‘se fortifié par'la promiseité ; ‘ilianéantit Même ; pour 14 racé privilégiée, le matiage”et là ftille, ‘en déclarant qué tois les enfants doivent être mis'en Commun. ‘
Sénèque, le premier, parla d’un droit de humanité, mais la ré: vélatiôn fouvellé pouvait avoir frappé sés oreilles : d’ailleurs il se plaint Adrsu’il vôiti Claude étendre aux Gaulois et aux Bretons le droit de cité" réraiié, et craint dè le voir un jour conféré à tous tes hommes!" ? <” 5x 29h
‘Bien: plus, è héz és flébreux éux-ménies quoique la loi “Commatidät” d'ain ër les étrangers, elle faisait une éxception à leur détriment'pour fPasure, et déféndait avec eux les alliances et les mariagés. Leurs prophètes avaient cependant annoncé cétte fraternité urivébsélle dahs lés doctrinés de la vérité, lorsqu'ils disaient :
« Israël mon serviteur, Jacob que‘j’ai élu, je répandrai mon esprit «sur VOUS, et vous ‘Annoncérez la nt aux nations. Je suis le « At