‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 135 · IV · texte numérisé non relu

IV

mais comme'un droit. La religion apaise: avec du sang humaitf la divinité à laquelle on ne croit plus’; la politique donne des agonies humaines en spectacle à un peuple avili, Dans les œuvres d’art, la fémme n'apparaît que comme un instrument dans la main des dieux et de l’hommé ; elle suit toujours, ne conduit jamais , et n’a de liberté que celle des larmes ; si les lois s'occupent d'elle, c’est

pour la mettre éternellement en tutelle , sous l'autorité de son père tant qu’elle est fille, sous celle de son époux quand elle se marie, sous celle de quelque parent lorsqu'elle est veuve (1). Chez les Hébreux, la mère qui mettait au monde un enfant mâle était regardée comme impure pendant quarante jours, et pendant quatre-vingts, si elle accouchait d’une fille. ‘Dans l'Inde, la fille ne pouvait remplir les sacrifices expiatoires pour les parents; aussi sa naissance était-elle une cause de deuil, et l'on pouvait répudier la mère. À Rome, la part d’héritage d’une fille était limitée , même en l’absence d’autres enfants ; en Grèce, on ne consultait point la jeune fille dans les fiançailles que ses parents réglaient entre eux , et souvent le mariage était prescrit par un testament (2) ; à Rome, le père pouvait la retirer à son mariet à ses enfants pour la donner à un autre. Elle est exclue de la plénitude du droit, qui ne s’acquiert que par l’aptitude à porter les armes; privée même de la piété du deuil (3), cette charmante moitié du genre humain sera enfermée dans les gynécées;, ou prostituée dans les temples , ou négligée toute sa vie. Quelques-unes seulement s’arracheront à une obscurité fatalé, soit au prix de la pudeur, comme les Thaïs et les Aspasie, soit par des vertus héroïques, privilége d’un bien petit nombre (4).

La force du sentiment naturel fit proclamer à Platon l'égatité de la femme, mais. seulement dans la caste privilégiée; puis il l’avilit en lui rayissant son caractère le plus précieux , celui de mère , qui élève avec amour les enfants, espoir de la génération à venir.

(1) In patria potestale — in manu — in tutelis proximi agnati.

(2) DÉMOSsTHÈNE ( Contre Aphobe) dit : « Mon père laisse, par héritage ma sœur à Aphobe, et ma mère à Démophon. » Et pour Phormion : « 11 épousa la veuve de Lassius, en vertu du testament de ce dernier. » |

(3) Vir non luget uxorem : nuilam debet uxori religionem luctus. (Dig., LIT, 2, 11.)

(4) Le grave censeur Métellus disait, en 622, dans une assemblée romaine : « Si l'espèce humaine pouvait se perpétuer sans femmes, nous nous delivrerions volontiers d’un si grand mal; mais, puisque la nature veut que nous ne puissions être heureux ni subsister sans elles, il est du devoir de chacun de sacrifier son propre repos au bien de l'État. » (AuLu- -GELLE, I, 6.)

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Mais le ! Christ proclame que tous les hommes sont fils. de son Pèrez:tous'sont:souillés d’une faute originelle, qu’il expie égalément pour tous par son sacrifice, Ainsi disparaît toute différence d’origine, toute distinction de race dans la fraternité du Christ; ettous, grands et petits, hommes et femmes, libres et esclaves, Latins; Barbares; Juifs, issus d’une même source, se dirigent par des sentiers différents vers une destination commune.

Si l’indien ou l’'Égyptien voit une classe d'hommes très-malheureuse,, un individu accablé par l’infortune;, il pensera que leur souffrance dérive d’un péché commis dans leciel ou dans une autre vie, et regardera presque comme une impiété d’en avoir compassion. Mais le chrétien sait que, si tous ont péché, tous sontrachetés ; or, le sentiment divers qui doit s’élever chez l’un et chez l’autre indique assez combien diffère l'effet que les deux religions doivent produiresur la multitude. Jésus-Christ aime sa patrie, etil cherche à lui être utile de la manière la plus sûre , en améliorant ses mœurs et ses croyances ; il gémit en pensant à la ruine où l’entraîne son obstination contre la vérité; mais un attachement aveugle et partial ne le pousse pas à la servir, à la rendre grande au détriment d'autrui ; au contraire , il ne veut l’élever qu’en élevant avec elle tout le genre humain.

L’adorateur des fétiches professe la religion la plus individuelle, puisque chacun fait dieu ce qui lui inspire de la crainte ou de l’amour ; il n’aperçoit donc dans le monde que des êtres isolés. Le polythéisme donne les hommes à gouverner à autant de divinités distinctes qu’il y a d’associations sur la terre; d’où il suit qu'il revêt un caractère social, mais limité. L’universalité ne peut appartenir qu’au monothéisme. Telle était sans doute la doctrine de tout temps professég par les Hébreux ; mais un grand obstacle s’opposait à ses conséquences : c'est qu’ils étaient un peuple spécialement élu, quoique chez eux les croyances fussent communes à toutes les classes, que l’esclave adorât et connût la divinité à l’égal du lévite,

Jésus-Christ enseigne, avec l’unité de Dieu, l’unité et légalité de la famille humaine. Les anciennes religions, outre les divinités propres à chaque nation, avaient des dieux domestiques, des lares, des rites de familles ; dans le christianisme, au contraire, tous les hommes s’accordent dans la même croyance, se réunissent dans une seule Église. Les mêmes solennités ont lieu dans tous les pays, des signes consacrés distinguent le croyant en quelque contrée qu’il soit, les prières sont communes, et souvent se récitent dans le monde entier le même jour et à la même heure.

Unité. :

La religion ne se renferme plus dans un lien’, et Dieu n’habite plus l’Olympe ou le Mérou; elle est préchée à tous ,' et n’annonce pas de conquêtes, c’est-à-dire la prédominance d’une nation ; ellé ne fonde point une caste sacerdotale, ni des rites d’une solennité indispensable, et il ne sera plus besoin d'aller à Garizim ou à Sion; des prières et des cérémonies simples, des commémorations affectueuses réuniront les fidèles, quels que soient le lieu et l'instant où ils élèveront leur âme vers Dieu.

Tout a donc pour but l’unité, association fraternelle ; mais la première ne peut s’obtenir tant que l’homme reste abandonné à ses inspirations privées et à son jugement individuel. Jésus-Christ, dont la réforme était morale et non politique , ne prononça pas, 1! est vrai, un mot qui se rapportât directement à l'ordre mafériei du monde visible ; mais la terre étant intimement liée avec le ciel, le temps avec l'éternité, le contingent avec le nécessaire, cette science des rapports de l’homme avec Dieu, et de leur union par la médiation d’un Rédempteur, renouvelle le monde en lüi offrant une règle d’éternelle justice; elle empêche d’abord que les hommes se considèrent désormais les uns comme fin, les autres comme moyens, et fonde la liberté véritable, engendrée de la foi, de la pratique de la vertu, et de la connaissance de la vérité (1).

Quand la femme de Zébédée demande à Jésus que ses fils siégent dans son royaume, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche : Vous ne savez, lui répondit-il, ce que vous demandez; celui qui voudra étre le premier se fera le servitenr des autres, comme le Fils de l'homme , venu non pour étre servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption d'autrui.

Ces paroles indiquent la régénération de la société , en substituant à la tyrannie, sous laquelle quelques-uns jouissent, tandis que le grand nombre pâtit, le gouvernement à l'avantage de tous; en faisant du soin de diriger les hommes un devoir ét non un plaisir. Celui qui occupe un poste élevé sait qu'il est tenu de servir la grande société humaine et qu’il ne doit point s’enorgueillir de sa position. Celui qui se trouve dans les ::": :i5férieurs v + dans le puissant l’homme duquel il attenc ‘::."un:.ge ; il l'aime donc et le seconde. Dès lors ceux qui ont le pouvoir reconnaissent les droits des sujets, et ces derniers se font un devoir d’obéir par égard pour Celui qui seul est la source de tout pouvoir ; ainsi, les uns et les autres s’accordent à ne vouloir que ce qui est la volonté du maître commun.

(1) « Si vus gardez ma parole, vous serez vraiment mes disciples, et vous connaitrez ‘à vérité; et la vérité vous fera libres, » (SAINT JEAN, VIIL.)

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:Nésas-Christ désigna, l'homme qui devait ,: après sa) mort, se faire de serviteur des serviteurs ; il fonda ainsi l'unité du gouvernement :visible,.qui allait, comme, son. royaume n'était pas, de ce monde, rapprocher. de plus en . plus: les hommes du royaume de Dieu; c’estràcdire de l'unité de croyances et d’affections. Un pouxoir.desuiné à. régir.les consciences est. établi, dans ce.bnt; c’est ‘à lui. qu'il appartient de résoudre tous. les doutes et:de déterminer les croyances. Il n’a rien de violent; ses seules, armes sont la persuasion, la.grâce qu'il invoque ,.et l'infaillibilité promise, par Celui. qui. prie dans:le ciel pour que la foi de Pierre ne-chancelle PO nd oubivibit h 4 gguxernement. spirituel, loin de lutter:contre-celui de la tee enjoindrasde rendre. à César ce qui lui appartient ; mais il propagers, sen face, de, César, : des doctrines qui; en s’insinuant dans la:vie.spciale ; doivent, la modifier, et des exemples dont l'é- .vidente sainteté entraînera l'homme. à:les imiter. Dans la société ‘mondaine.-ily.aura done des. nations distinctes, dans la société religieuse, une assemblée: universelle, ( Église catholique). Dans Pune; la noblesse de race donne puissance et dignité ; dans l’autre, stout vient, duimérite. personnel, sans degrés ni priviléges héréditaires; de telle.sorte que.celui qui naquit au dernier rang pourra -Mmonter-au premier, et jusque. sur les autels. Là, c’est la force qui, impose des gouvernants, et leur caprice fait les magistrats ; ‘lei tout est.praduit par. l'élection libre , depuis l’acolyte j jusqu’au «pontife. Là , des armées.qui subjuguent les corps ; ici, des apôtres ‘qui persuadent l’intelligence et captivent la volonté. Là, des empereurs qui décrètent ,icides évêques, desdiacres ; des prètres, qui:instruisentet.conseillent. Là, des jugements qui punissent ; ici, -Umtribunal où l’aveu qu'on. fait de ses fautes: les expie; si quelqu'un persiste dans liniquité. et scandalise ses frères , la peine la plus sévère qu’il encoure.est de. se voir exclu de la communion de PÉglise , c’est-à-dire, dela : participation à la prière et au banquet des hommes de:hien, Là, en un mot, la matière, ici l'esprit ; d'un côté-la: contrainte; de l’antre la conscience. Gette. parole, Soyezparfaits comme mon Père céleste, enmême temps qu’elle, établit, sur une base divine la société humaine, “branle l’immobilité antique, en exigeunt que l’activité humaine s'exerce librement:dans Faffection, dans le sentiment, dans les æuvres: aide niapporte pas la paix, mais la guerre ; le royaume «des cieux ne s'ouvre qu’à la force, et les violents s’en emparent. « Soyez prudents comme les serpents et simples comme les co-

« lombes. Je vousenvoie conune des agneaux parmi les loups. IST, UNIV. = TE, À 8

*HHÉSUS-CHMST::

« Les hommes vous appelleront au tribunal , et vous flagelleront ; « vous serez haïs d’eux à cause de mon nom. Quand on vous per- « sécute dans une ville, fuyez dans une autre ; ne craignez pas « ceux qui tuent le corps, ils ne peuvent tuer Pâme. Le disciple « sera-t-il donc mieux traité que le maître? Que celui qui veut « venir avec moi prenne sa croix et me suive. Ne comptez pas « sur les fruits, car celui qui sème n’est pas celui qui mois- « sonne (1). »

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