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Les siècles nouveaux ont donc pour mission d’avancer, de lut-
ter, et si la parole de Dieu n’est pas trompeuse , la loi de justice et d’amour ira se développant et se réalisant de plus en plus ; or, comme c’est en elle que consiste aussi le perfectionnement de l'ordre moral , le progrès sera infaillible, parce qu’il deviendra la loi naturelle de l’humanité. Les sciences humaines , dans leur ensemble, venant se rattacher à la sublime unité du vrai, qui est aussi le principe du christianisme, ne sont pas répudiées, mais transformées par lui ; il leur assure, en effet, un éternel. triomphe sur la pire des tyrannies , celle du vice et de l’erreur (2).
Le culte des Césars est le dernier degré de l’idolâtrie, c’est-àdire de l’adoration de l’homme et du mal; les mœurs de cet âge représentent , sous leur aspect le plus hideux , l’impureté, l’inhumanité et la désunion , qui sont les trois conséquences les plus funestes de l’idolâtrie. D’un côté : « Œuvres de chair, oubli de Dieu, mépris de la foi conjugale, empoisonnements, meurtres, fourbes et vols, orgies, sacrifices dans l'ombre, veilles pleines de folie, jalousies, homicides , opprobres , adultères.…. confusion de toutes choses... et une grande guerre d’ignorance que la folie des hom: mes appelle paix (3). » On dirait que ces lignes saintes ont été écrites pour dépeindre le règne des Césars. De lautre côté, « tous les fruits de l’esprit : charité, joie , paix, patience , bonté, longanimité, douceur, foi, modestie, tempérance , chasteté (4); » ne retrouve-t-on pas dans ce passage les quatre caractères opposés aux quatre les plus saillants de l'antiquité : la foi pure à l'idolêtrie, la charité à l’égoïsme malveillant, la justice à l’homicide , et la chasteté à la corruption? Cette guerre commençait avec l'Évangile.
(1) Sainr Marrmeu, X, XI. SAINT JEAN, LV, 37,
(2) Qui philosophi vocantur, si qua forte vera et fidei nostræ accommodata dixerunt, ab eis, tanquam ab injustis possessoribus , in usum nostrum vindicanda sunt. Sanr AuG., de Doctr. christ., \, 40.
(3) Galat., V, 19 et suiv.; Sap., XIV, 22 et suiv.
(4) Galat., V,93; San., XV, 5.
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Les anciens , désespérant de généraliser la pratique de la vertu , ne la réservaient qu’à quelques adeptes, et la vérité était communiquée à un petit nombre; tout en connaissant l’imposture de l’idolâtrie , ils s’en servaient comme d’un moyen. Le Christ, au contraire, disait aux siens : nstruisez toutes les nations. Mais, pour régénérer l’humanité, il ne veut pas réformer tout à coup les masses, ni changer brusquement les institutions; c’est à l'individu qu'il s'adresse. En effet, tel est le but de l'Évangile qui, par les mérites individuels, mène à l’union intime avec Dieu. De là, naissait dans chacun la conscience de sa propre dignité , puisque tous avaient une destination commune. Toutefois, le moyen, ignoré des sages, de s’opposer à la corruption universelle, fut enseigné par le Christ, qui veut la réforme des mœurs privées afin d’arriverà celle des mœurs publiques. Quelque degré de perfection que l’homme puisse se figurer, il le trouve dans l'Évangile ; qu’il s’élève en lui quelque doute sur la sagesse ou l'utilité d’une décision , PÉvangile lui suggérera la décision la plus honnête comme la plus généreuse, puisque toutes les fautes naissent d’une déviation ou d’une fausse interprétation de ses maximes.
Aimer Dieu est le premier précepte ; aimer le prochain à cause de Dieu, est le second, qui rentre dans le premier. En aimant Dieu, nous haïssons en nous le principe matériel, ce germe corrompu , et nous restons soumis aux ordres de Dieu jusqu’à nous réjouir de l’affliction , humbles jusqu’à aimer l’opprobre , afin que son règne arrive. En aimant ie prochain comme Jésus-Christ nous a aimés, c’est-à-dire avec une bienveillance sociale parfaite, nous ne regardons plus aucun homme comme moyen , mais nous les considérons tous comme fin. Nous ne distinguons pas entre grand etpetit, ami et persécuteur, et la nouvelle vertu de l'humanité nous fait agir dans l'intérêt de tous. Si le rachat par le sang de la victime divine fait acquérir à l’homme un prix infini, il n’est plus permis de sacrifier à l'État l'individu, la moralité personnelle à celle de l'association politique , et la morale véritable prend naissance. Peu à peu l’orgueil des sages est abaitu par la résignation de la croix; le gémissement perpétuel du pauvre cesse, quand il reconnait que les souffrances sont l’apanage et le mérite de l’homme dans son exil terrestre ; que le Christ , le premier, a porté sa croix, et l’a laissée comme témoignage de la foi, comme fondement de l’espérance , comme excitation à la charité, L'homme vicieux n’est plus réduit à se plonger dans de nouveaux égarements ni à désespérer de se relever, puisqu'il y a un sacrement de réparation: le larron sauvé sur la croix, la femme adultère ren-
voyée à la condition de ne plus pécher, la joie du bon pasteur en retrouvant la brebis égarée , promettent le pardon au repentir. L’opprimé voit le Christ qui ne trouve ni fidélité dans ses amis, ni reconnaissance chez les hommes comblés de ses bienfaits, ni justice dans les tribunaux, et il se console. La loi elle-même , en voyant succomber un innocent, respecte dans l’accusé l’image de Dieu.
L’immortalité de l’Ame n’était pas un dogme nouveau, et les meilleurs philosophes l’avaient déduite de la conscience; mais la présumer, la désirer , la croire même comme spéculation doctrinale, est tout autre chose que de régler d’après elle la conduite intérieure et extérieure. Les Hébreux eux-mêmes, bien que la tradition la plus pure enseignât le dogme de l’immortalité, n’excluaient pas de la synagogue , ni des fonctions politiques et religieuses, les saducéens , qui la niaient (1); parmi les Gentils, lorsque les opinions réputées vulgaires trouvaient encore quelque créance (2), le Tartare et l'Élysée étaient réservés à des faits éclatants et connus de tous, à des actes qui, avantageux ou nuisibles à la société civile , unique règle de la moralité, avaient déjà été punis ou récompensés par la loi et par l'opinion.
Jésus-Christ, au contraire, rend à chacun une conscience individuelle, le soumet à l'obligation absolue de se perfectionner soi-même. Exposant l’idée la plus sublime de la Divinité, qu'il montre dégagée des nuages de la superstition et de l’ignorance, et comblée de toutesles perfections, il enjoint à l’homme de limiter ; il le force à se confier en une Providence qui veille sur lui avec une constante sollicitude, et à se rappeler qu’il est sans cesse en pré-
(1) « Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Écritures quelques promesses des félicités éternelles, et que, vers le temps du Messie, où elles devaient être déclarées, ils en parlassent beaucoup davantage, toutefois cette vérité. faisait si peu un dogme formel et universel de l'ancien peuple, que les saducéens, sans la reconnaître, non-seulement étaient admis dans la synagogue, mais encore élevés au sacerdoce.» Bossuer, Disc. sur l'histoire universelle, N° partie, chap. 6
(2) Esse aliquos Manes el subterranea regna... Nec pueri credunt, nisi qui nondum ære lavantur. (JuvÉNAL, IF, 149.) Felix qui potuil rerum cognoscere causas, Atque metus omnes et inexorabile Fatum Subjecit pedibus, strepitumque Acherontis avari ! ( Vinc., I, Georg. 490.) Cogita illa qu nobis inferos faciunt terribiles febulam esse : nulles imminere mortuis lenebras, nec flumina flagrantia igne, nec obliviouis amnem, nec tribunalia, Luserunt ista port, el vanis nos agitavere ler: roribus, (SÉéxia,, Consolut.
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sence d’un rémunérateur. La pureté intérieure est donc recommandée en vue de la vie future; les maux de l’exil sont endurés patiemment, à cause de l'espérance d’arriver à l’éternelle demeure.
Là, le bonheur ne consistera point en jouissances terrestres, mais dans la connaissance parfaite de la vérité, qui constitue le but le plus élevé de l'intelligence ; vue en Dieu, face à face , elle perfectionnera l’image divine imprimée en nous, et nous unira tous dans l'amour le plus élevé , dans la joie des récompenses obtenues, dans la gloire du triomphe après les épreuves de l’expiation.
Quand il serait possible d'établir que de telles doctrines furent connues des anciens philosophes , soit qu’ils le dussent à la force du raisonnement ou à un reste des traditions primitives qui se manifestaient par l’encens et l’épaisse fumée des sacrifices, elles se renfermaient dans le cercle d’un petit nombre d’individus ; on ne les avait jamais communiquées au peuple , qui ne leur devait aucune amélioration. Socrate et Pythagore renversèrent-ils un seul des autels impudiques qui s’élevaient à leurs yeux? Épicure ou Cicéron entreprirent-ils d’abattre dans leurs temples fastueux ces dieux qu’ils tournaient en dérision? Non : la religion, comme la science, comme toute chose enfin, était privilégiée , et le partage d’un petit nombre. Les platoniciens eux-mêmes avaient deux degrés d'initiation philosophique : la purification (x&ôæpotc) ou la vertu, pour le vulgaire ; la compréhension (vonow), ou la science, pour les élus ; le peuple restait donc placé au-dessous des philosophes, la vertu au-dessous de la science.
Mais le christianisme n’a pas de doctrines secrètes , rien n’est voilé dans ses temples, et l’Église ne connaît noint de profanes. Enseigné aux enfants avec les premiers mots, il s’enracine dans les cœurs, où il insinue une morale aussi douce que sublime, une égalité affectueuse qui ne laisse voir dansle mondeque lefilsde Dieu. De làdécoule cette morale si pure, sur laquelle n’influe ni la diversité des temps ni celle des personnes, et qui sans cesse a pour butla perfection de soi-même, et la charité envers autrui. La vengeance, dans les anciensâges, douce aux nobles cœurs, était la volupté des dieux (4). Désormais le par donramènera la paix sur la terre.
L'impudicité était en honneur, si bien que , chaque année, de jeunes garçons venaient sur le tombeau d’un Dioclès, renommé par d’infâmes amours, faire assaut de lubricité, et que là on couronnait le plus lascif (2).
(1) Houène, (2) Tuéocure, — Philon atteste que dos nris semblables plusieurs endroits,
À Rome, on ne faisait aucun mystère des outrages les plus honteux à la nature (1). Si quelques hommes regardaient la pureté des mœurs comme une vertu, ils ne croyaient nullement la souiller en abusant des esclaves, et en recevant des affranchis un infâme tribut de reconnaissance (2).
On vit une dame romaine offrir cinq cents esclaves à Vénus pour se prostituer dans le temple de la déesse (3); mais aujourd’hui tout homme qui doit respecter la Divinité en soi-même, ne saurait plus adopter un état intermédiaire entre la virginité et le mariage. La loi nouvelle enjoint de modérer les penchants sensuels, les liens domestiques se raffermissent, et le nœud conjugal devient durable pour une fin sublime.
Est-il possible que la dignité des mœurs se trouve jamais là où l’homme peut commander le vice à une troupe innombrable de femmes abandonnées au caprice du maître? Combien il importe, au contraire, que la femme soit rehaussée et ennoblie, afin que sa puissance sur le cœur de l’homme parvienne à établir ce doux échange de respect et de bonté, qui fait seul le bonheur de la vie domestique? L’homme et la femme, confondus dans la personne de Jésus-Christ, deviennent égaux. Chez les anciens , on ne considérait l’adultère que chez la femme; pour le même crime chez les hommes, à peine s’en occupait-on. Elles seules étaient coupables d’avoir blessé la pudeur, les droits de la propriété et de la dignité. De là, des peines atroces, des jugements sommaires prononcés quelquefois par l’offensé lui-même ou un tribunal de famille (4). Chez les Hébreux , le doute seul exposait à des tortures terribles. Les Celtes abandonnaient au courant des fleuves l’enfant soupçonné d’une naissance illégitime , et on ne le laissait vivre que;si le fleuve , moins impitoyable que les hommes, le déposait sur le
(t) PLAUTE.
(2) Impudicitia in servo necessitas, in liberto officium, in ingenuo flauitium est. S'il faut d’autres preuves que les Romains mesuraient pour ainsi dire à la loi et à la condition civile la moralité des actes, une loi de Constantin, de l'an 326, en fournira encore une : « Si quelque femme a commis un adultère, il s’agit de savoir si c’est la maîtresse de l'hôtellerie ( dans les lois romaines, caupona et prostibulum sont presque synonymes) ou la servante. Si c’est la maîtresse, qu'elle ne soit point exempte de la peine légale ; si la servante s’est livrée aux étrangers , que la condition de l’accusée fasse rejeter l’imputation, et que les accusés soient renvoyés libres : attendu qu’on ne doit exiger la pudeur que de la part ‘les femmes qui sont obligées à la loi; mais celles qui, par la bassesse de leur vie, ne sont pas dignes de l'observation de lu loi sont affranchies de la sévérité judiciaire. » ( Code Théodosien, IX, 7, 1.)
(3) SrRaB., lib. VIH.
(4) Cognati necanto ut volent, XIL Tab.
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rivage. Le Christ dit, au contraire : Que celui de vous qui est sans péché jette la première pierre, et il assimile par cette parole le délit de l’homme à celui de la femme. Les Pères de l’Église, ses interprètes, le disent également (1). Ainsi de la morale naît la liberté , ce besoin suprême de la nature humaine. La pudeur, honnie jusque-là, foulée aux pieds dans les courtisanes , dans les esclaves, dans les déesses, devient le plus précieux ornement de la femme, qui mourra même pour le conserver ; ses mérites ne consisteront plus en vertus héroïques , mais en vertus douces et conformes à sa nature.
Afin que l’homme puisse dans son exil terrestre chercher la perfection, l’Église doit tendre à briser les fers, à détruire les tyrannies nées de l’habitude d’opprimer et de s’avilir, et, la pire de toutes comme la plus universelle, l’esclavage. Mais briser soudain les chaînes, dire aux esclaves : « Vous êtes libres, vous êtes égaux à vos maîtres, » serait une œuvre aussi inconsidérée que de vouloir, pour dessécher un lac dont les exhalaisons infecteraient une ville, en rompre les digues à linstant même; or la philanthropie de notre siècle a vu et voit encore à quoi aboutissent ces bouleversements subits. Le Christ fait des réformes, et non des révalutions ; il jette parmi les esclaves une semence qui produira avec les siècles ce que jamais n'aurait produit aucune des doctrines des anciens sages, la liberté. L’esclave est appelé avec son maitre, devant le Dieu de tous, à s’asseoir à la même table ; sa personnalité, sa conscience, lui sont rendues, et il est devenu responsable de ses actions, de ses pensées. Saint Paul renvoie à son maître un esclave fugitif, mais après l’avoir baptisé, il lui écrit : Ne le reçois plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé. Si tu me regardes comme un compagnon, accueille-le comme moi-même (2).
(t) « Ce”qui est prescrit aux femmes l’est de même aux hommes. Les lois du Christ et celle des empereurs ne se ressemblent point. Papinien et saint Paul n’enseignent pas la même chose. Ceux-ci permettent toute espèce d'impudicité envers les femmes libres ; chez les chrétiens, si un homme peut répudier sa femme pour aduiltère, la femme a le même droit. Dans des conditions égales, l'obligation est égale. » (Saint Jérôme, Vie de Fabiula) Et en effet, Fabiula se sépara de son mari parce qu’il était vicieux.
(2) Ep. ad Philemonem. On est pris de pitiéen voyant de quellemanière Gibbon cherche à atténuer les misères de l'esclavage chez les Romains, et à démontrer que l’on dut l’adoucissement de la servitude aux ordonnances succes: aives des empereurs, Robertson, plus loyal que Ii, dit : « Ce ne fut pas le respect inspiré par quelque précepte particulier de l'Évangile qui bannit l'esclavage de la terre, mais l'esprit général de la religion chrétienne, plus puissant que toutes les lois écrites.Les sentiments dictés par le christianisme étaient bien-
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Si l'esclavage dura encore, ce fut la faute des adversaires du christianisme et celle des temps; car la religion nouvelle ne pouvait contraindre à l’abolir, d’abord les voluptueux Romains , puis de farouches conquérants. D’ailleurs sa continuation résultait même de la réforme chrétienne, qui ne bouleversait pas la société, mais améliorait ses membres et devait, par conséquent, ramener dans la voie du bien cette classe si pervertie. L'Église, en attendant, offre à l’esclave non-seulement le pain matériel , mais celui de l’âme , instruction religieuse ; elle fait chaque jour retentir une protestation contre l’iniquité invétérée , et tant que l’esclave n’est pas transformé en serf et associé dès lors au travail libre, partout où pénètre cette religion , on cesse de calculer avec une précision barbare jusqu’à quel point ces machines vivantes peuvent fonctionner sans se briser. Enfin, elle détermine certains jours durant lesquels l’esclave lui-même est admis à se reposer, jours sanctifiés par les consolations de la prière et de l'instruction que le prêtre distribue à tous.
Avec l'esclavage devait aussi tomber la noblesse fondée uniquement sur la race; car, bien que les anciens n’en aient rien dit, peu habitués qu’ils étaient à une analyse approfondie , leur ingenuilas consistait en définitive à descendre de personnes libres , sans mélange d’esclaves et d’affranchis : d’où il résultait que, ceux-ci n’existant plus, la distinction naturelle disparaissait.
Telles sont les nombreuses et importantes applications civiles produites par cette doctrine pleine d’évidence, dans laquelle les esclaves voient la liberté, les opprimés la justice, les pauvres la charité, les sages la raison et l’espérance : doctrine dont les grands esprits admirent la profondeur, dont les petits aiment et accueillent avec empressement la simplicité.
Mais combien la lutte ne devait-elle pas se prolonger ! Les abus s'étaient incorporés dans la société , au point de ne pouvoir disparaître qu'avec elle. De grands efforts pouvaient seuls parvenir à réconcilier, à confondre la civilisation et la religion , depuis si longtemps désunies. Au royaume de Dieu s’opposaient la force , les préjugés et la nature même de l’homme , qui , bien que le Rédempteur lui eût prêté son aide pour se régénérer, n'était pas affranchie de la corruption. Voyez! dix-huit siècles se sont écoulés, et l’esclavage baigne encore de ses sueurs de vastes contrées; le servage féodal existe encore dans des pays civilisés ; l’aristocratie
qu'ils l’arrachèrent au servage déshonorant dans lequel elle était plongée.» (Voyez
U #6 tn dites son Discours sur l'état de l'univer 59 lors de l'eppar tion du Christianisme.)
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COMMENCEMENTS DU GHRISTIANISME. 1921
de naissance est brisée, mais sur ses ruines s'élève celle des richesses excessives, mesurant d’après les larmes du peuple les secours qu’elle devra lui donner, afin qu’il serve et meure sans se révolter; une multitude qui a besoin de raison, d'industrie, d’amour, reste encore négligée; le duel et la guerre continuent, et l’on voit encore le pouvoir matériel qui prétend tyranniser ce qui est du domaine de l’esprit.
Mais le Christ n’est pas descendu pour faire disparaitre parmi les hommes les maux qui sont leur héritage ; il est venu leur apporter le baume qui les soulage , la charité. Une vertu sans nom chez les anciens, considérée plutôt comme une faiblesse, vient désormais adoucir des misères inévitables, pleurer avec ceux qui souffrent , et transformer les disgrâces les plus cruelles en occasions de mérite, en liens de fraternité.
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