‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 135 · SE EE · texte numérisé non relu

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résigna à lui payer un tribut annuel. Ce fut la première guerre où les Barbares attaquèrent l'empire avec avantage.

Domitien, cependant, écrivit au sénat qu’il avait entin imposé un frein aux indomptables Daces ; après avoir causé plus de dégâts dans un pays tranquille qu’on n’eût pu le faire en temps de guerre, il revint et se décerna le triomphe, tandis que lés poëtes (1) le comparaient à César et aux Scipions.

Plus tard, le petit royaume de Chalcide, possédé par le frère, puis par le fils d’Agrippa, dernier roi des Juifs, fut réuni à l’empire. Domitien marcha aussi contre les Sarmates , qui avaient exterminé une légion ; mais il ne retira de cette expédition qu’un sujet de triomphes simulés et d’adulations poétiques.

Il ne savait que trop donner carrière, durant la paix, à cette

énergie farouche qui lui manquait sur le champ de bataille. Le

héraut, par une erreur involontaire, ayant pruclamé empereur, au lieu de consul, Flavius Sabinus , gendre de Titus, il ordonna de mettre à mort le héraut et son neveu : ce fut là le prélude de terribles tragédies. Il s’avisa de faire tirer l’horoscope des grands de l'empire, ce qui lui fournit l’occasion de verser le sang d’un grand nombre de sénateurs et de chevaliers. Les richesses, confisquées sous les prétextes les plus frivoles, enrichirent les délateurs

| et Domitien. Un citoyen illustre se montrait-il populaire , :1 rné-

(1) SrAcE Er Mauriac. Voici quelques-unes de leurs adulations :

Invia Sarmaticis domini lorica sagittis El Martis Getico tergore fida magis.… Felix sorte tua, sacrum cui tengere pectus Fas erit, et nostri mente calere dei.

Redde deum votis poscentibus : invidet hosti Roma suo, veniat laurea mulla licet.

Terrarum dominum propius videt ille ; totoque Terrelur vultu Barbarus, el fruitur.…..

Hiberna quamvis Arctos, et rudis Peuce, Et ungularum pulsibus calens Ister Fractusque cornu jam ter improbo Rhenus, Teneat domantem regna perfidæ gentis,

Tu summi mundi rector, et parens orbis, Abesse nostris non tamen potes votis…

Nunc hilares, si quando mihi, nunce ludite, Musæ, Victor ab Odrysio redditur orbe deus…

Ailleurs Janus se plaint, en voyant passer Domitien, de n'avoir pas assez d'yenx pour le regarder (liv. VIE, 2). L'étoile du matin peut différer son lever ; car si César apparait, le peuple ne s'apercevra pas de son absence (liv, VIH, e, 21), O poëtes !

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ditait la guerre civile. Vivait-il retiré, c’était un reproche indirect qu’il adressait au temps actuel, Sa conduite était-elle exemplaire, on le regardait comme un nouveau Brutus ; celui qui se montrait insouciant et stupide, déguisait des projets sanguinaires. Si l’on était actif et résolu, on intriguait, on remuait. Le riche possédait trop d'argent pour un particulier ; le pauvre, n’ayant rien à perdre, pouvait se lancer dans quelque entreprise dangereuse. Plus les espions étaient lâches et détestables, plus l’empereur les caressait et les soutenait. Convaincus de calomnie , ils n’en avaient que plus de mérite à ses yeux; c'était à eux que revenaient les dépouilles de l'État, les dignités pontificales , le consulat même. Les uns étaient envoyés dans les provinces comme procurateurs ; lesautres restaient près de lui comme confidents intimes et comme ministres. Des esclaves furent subornés pour déposer contre leurs maftres, des affranchis contre leurs patrons, et ceux qui n’avaient pas d’ennemis, se trouvaient trahis par des hommes de lamitié desquels ils n’avaient jamais douté.

Sous le règne de ce tyran, les Romains n’osaient se communiquer leurs pensées , ni même gémir ensemble ; ils voyaient dans un silence pusillanime les tribunaux devenus des instruments de ruine , les rapines et les assassinats palliés sous le nom d’amende et de châtiment; lesiles regorgeaient de bannis, les écueils de malheureux égorgés. Quelques-uns affrontèrent la mort avec intrépidité ; des mères et des femmes généreuses suivirent dans lexil les objets de leur affection.

Comme tous les mauvais princes, Domitien avait en horreur l’histoire et les historiens , dont il se défiait. Hérennius Sénécion fut accusé d'écrire la vie d'Helvidius Priscus , et, bien qu'il eût adouci ses expressions, comme il faut s’y résigner sous les tyrans, il lui suffit d’avoir donné des éloges à un citoyen généreux pour être jugé digne de mort. Fannia, femme d’Hérennius, qui avoua ouvertement avoir poussé son mari à ce travail et même aidé à le faire, fut dépouillée de ses biens et exilée; mais elle emporta avec elle le manuscrit coupable, Onfit un crime capital à Arulénus Rusticus d’avoir loué Thraséas Pætus ; Hermogène de Tarse subit la mor“, parce que l’on cruttrouverdansl'histoirequ'ilavait composée des allusions à Domitien, et ceux qui l'avaient aidé à répandre ses ouvrages furent crucifiés. Par un genre de barbarie tout nouveau, Domitien ät brûler publiquement les livres les plus généralement renommés , et où brillaient des se timents généreux, Enfin, il bannit tous les philosophes et les hommes de jettres. Quelques uns renoncèrent à l'étude pour se livrer à linfâmé métier de dé-

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lle perséculion, 95.

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lateur; le fameux sophiste Dion Chrysosiome , qui s’était réfugié dans le pays des Gètes, n’emportant qu’une harangue de Démosthène et un traité de Platon, gagna sa vie à bêcher et à porter de l'eau. °

La récolte de vin ayant été très-abondante une année, tandis qu'il y avait disette de grains , l’émpereur en conclut que Pon négligeait le blé pour la vigne; il enjoignit donc par ‘un décret de n’en plus planter à l’avenir, et d’arracher dans les provinces la moitié des ceps : mesure exorbitante qui ne fut point exécutée.

Domitien conçut aussi de la haine contre les chrétiens , dont il fit mourir un grand nombre à Rome et dans les provinces, comme ennemis de la république ; parmi les victimes étaient des membres de la famille impériale, comme Flavius Clémens, cousin du tyran et son collègue dans le consulat, la femme et la nièce de Flavius, toutes deux nommées Domitilla.

C'était une volupté pour Domitien que de voir des larmes, de compter les battements du cœur, et lorsque le sénat pâlissait à sa voix, il tressaillait de bonheur. Dans son intérieur, il se complaisait à des plaisanteries empreintes de cruauté. Un soir, il invite à un banquet les principaux sénateurs et chevaliers ; à mesure qu’ils arrivent, ils sont conduits dans une salle tendue de noir, où la sombre lueur des lampes leur laisse apercevoir des cercueils portant chacun le nom d’un des convives. A cette vue, ils restent convaincus que l'instant fatal est arrivé; en effet, l’empereur les avait mer2ccs, en disant un jour qu’il regardait la plupart des chealiers comme ses ennemis , et qu’il ne se croirait pas en sùüreté tant que respirerait un sénateur. Enfin, après une longue anxiété, apparaissent deshommes nus, peints en noir, le glaive nu dans une main, la torche dans l'autre ; mais, après avoir fait silencieusement le tour de la salle , ils ouvrent les portes et congédient les deux premiers corps de l'État, pour qui la honte d’une dérision insullunte succède à l’épouvanie.

Très-habile à tirer de l'arc, Domitien faisait passer une fièche entre les doigtsouverts d’un esclave, placé à longue distance pour lui servir de but; dans les loisirs solitaires de son cabinet , le maître du monde exerçait son adresse à percer des mouches avec un poinçon. Aussi, Vibius Crispus , à qui l’on demandait s'il n’y avait personne avec l’empereur, répondit : Pas méme une mouche !

Il ne le cédait en honteuses voluptés à aucun de ses prédécesseurs : les Romains, cependant , l’appelaient seigneur, dieu et fils de Minerve , titres que lui-même s’attribuait dans ses lettres , et que lui prodiguaient Martial, Quintilien, Juvénal et d’autres écri

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vains (1). Les rues qui conduisaient au Capitole étaientencombrées de victimes égorgées devant ses statues, qui ne pouvaient être, aux termes d’un décret , que d’or ou d’argent. Il institua les jeux Capitolins , qui, comme ceux d’Olympie, devaient être célébrés tous les cinq ans avec la plus grande solennité; en outre, il donna d’autres jeux , les plus splendides que Rome eût enrore vus, et fit creuser près du Tibre un grand lac, où combattirent deux flottes. Des femmes durent se mêler aux luttes sanglantes des gladiateurs ; il offrit aux regards du peuple de véritables batailles d’armées entières dans l’amphithéâtre , lui qui avait peur en face de l'ennemi. Un orage suivi d’un déluge d’eau étant survenu pendant le spectacle , il défendit de se retirer; ce qui causa beaucoup de maladies graves, dont plusieurs furent mortelles.

Il ne reculait devant aucün moyen pour se procurer l’argent nécessaire à toutes ses prodigalités ; afin de s'emparer des riches successions, il accusait le défunt d’avoir mal parlé de lui, ou bien apostaii des gens pour affirmer qu’il l'avait institué son héritier. Les magistrats accroissaient à tel point le fardeau des impôts, que plusieurs provinces se révoltèrent ouvertement; ainsi firent les Nasamons d'Afrique. Un autre faux Néron apparut encore en Asie, et finit aussi par se retirer chez les Parthes, qui menacèrent de faire la guerre à l'empire. Lucius Antonius, gouverneur de la Germanie , prit le titre d’Auguste, que lui confirmèrent la plupart des Germains ; maisil fut bientôt défait et tué. Deux tribuns seulement, parmi tous ceux qu’on accusa de complicité avec lui, parvinrent à sauver leur vie, mais en prouvant qu’ils s'étaient prêtés à la plus honteuse des débauches , et dès lors qu’is étaient incapables de touté entreprise hardie.

Une conjuration qu’il avait découverte et feit échouer, le tenait dans la crainte continuelle de nouveaux complots, d’autant plus que divers prodiges et des prédictions formelles lui annonçaient sa fin comme prochaine. Il tremblait donc en proportion de la terreur qu’il inspirait, ce qui le força à se précautionner du mieux qu’il put contre le danger, jusqu’à revêtir ses appartements d’une pierre qui réfléchissait les objets, afin que personne ne pâût s’approcher de lui sans être aperçu ; en outre, comme il songeait à se défaire dé tous ceux dont il se méfiait , il en avait dressé la liste, lorsqu'un enfant, avec lequel il s’amusait , la lui enleva durant son sommeil et lemporta. L'impératrice, épouvantée d’y lire son nom et ceux des premiers personnages, se Concerta avec eux

(4) Prans, Panéoyrique de Trajan.

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