‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 38 sur 135 · ADRIEN · texte numérisé non relu

ADRIEN

dons à des sénateurs, à des chevaliers, à des magistrats nécessiteux: A l'époquerdes fêtes de Saturne ,: quand: ses ‘amis: venaient, selon l'usage; lui offrir des: étrénnes, il: profitaitde cette occasion pour leur en rendre de plus-riches;darant ses voyages , qui, sur les vingt années de son règne ;'en ocupèrent . il laissa: pee toutde grandes preuves de libéralité. :

«Loin'de' dépouillér ‘personne; il alléges pluricus impôts, et n’acceptait point les legs de ceux qui-laissaient des enfants: À son avénement au trône , il accorda remise de tont ce quiétait dû au trésor tant à Rome que dans le reste de l’Italie,:et' anéantit:les dettes contractées, depuis’seize ans par les provinces; en faisant jeter au feu:ies obligations : ce futun des plus Deaux feux dej Joie que jamais puissent voir lés peuples (4). ".::::7

‘Tlse rendait chez les consuls, assistait aux assemblées dispensait les sénateurs de venir lui faire visite, à moins qu’ils n’éussent à lui parlet-d’affaires,et se rendait en litière à la eurie:, pour qu’ils ie fassént point obligés de l’escorter ; il enleva aux: chevaliers le jugement des causes où les sénateurs étaientimpliqués ; n’admit pas l'appel äu trône des décisions du sénat. : s 10 À

‘Néanmoins il ne sut pas férmer Poreille aux délsteurs, et cela par une: manie de curiosité ; défaut déplorable surtout chez un prince. 11 vit de mauvais œil etéloigna de lui! ceux à qui il'était redevable de empire. Dans la crainte que: l’on'neprofitât de ses voyages continiels pour amener une révolution, ilrestreignit :de plus en'plus'le pouvoir luissé aux magistrats et mit le: gouvernement dans les voies d’une véritable monarchie ; il traita Julie Sabine:moins‘en:femme qu’en: esclave, et lon croit qu’il finit par la faire empoisonner: Du reste ; son éloignement pour elle n’était pas sans motif; car «elle: se vantait:effrontément d’avoir pris ses ::7cautions pour'ne pas enfanter, persuadée, disait-elle:, qu’ on f 5 YAasien ne Bonsriit 04 devenue la hope et ln: ruine du genre humains it ol 40 cu al QE A choisit pour préfets du prétoire Coins, ‘Tatianus, son: tuteur, ‘et Similis, Ce: dernier, sans: ambition, ‘se démit au bout. de: {rois ans; s'étantretiré:à la campagne ; où il vécut-eneore: sept années, fit Scrire sur sa tombe: : J'ai passé soixante-div-sept ans'sur la terres j'en hi vécu: sept. Tatien ; au contraire’, exeitait:son maître à user de rigueur ; l'opinion publique lWiimputa la:mortde quatre peribnnägés consulaires, autrefois amis d’Adrien »condammés par

() L'ambassadeur de Venise ayant brûlé, en présence de Henri IV, les reçus

par lesquels celui-ci se reconnais sait débitéot envers la air république, “Heori cr \Je pe val vu as beau jeu ! Ï

lun.

lesénat comme coupables de conspiration, bien que toutie monde les crût innocents. Plusieurs autres eurent le même sort comme étant leurs complices; enfin, Adrien interdit les poursuites pour crimes de lèse-majesté , et disgracia Tatien.

Nous. ne dirons rien de sa passion pourles chiens et les chevaux, manie qu’il poussait au point de leur ériger des monuments splendides ; nous lui ferons un plus grave reproche : celui d’avoir laissé des témoignages d’une honteuse dépravation dans les versqu’il ne prodigua que trop.à la louange, de ses mignons, Il aima, d’une passion extravagante un jeune Bithynien normé Antinoüs ; cependant les opérations magiques, auxquelles il se livrait avec:ardeur, lui ayant appris qu’il fallait, pour prolonger ses jours, qu’un homme répandit volontairement son sang, comme il ne trouvait personne qui voulût, par folie ou générosité, lui donner sa vie, il accepta le sacrifice qu’Antinoüs consentit à lui faire de sa jeunesse , de sa beauté et de son existence. Lorsque le favori se fut immolé, il le pleura comme une amante adorée, fit bâtir., sur le Nil une ville à laquelle il donna son nom, ef voulut que:les Grecs 18 missent au rang des dieux ; le monde se remplit de ses statues, de ses. teinples , et l’on distingue celui de Mantinée , théâtre. jadis dela gloire d'Épaminondas, devenu celui de l’avilissement des Grecs, qui s’y rendaient pour célébrer des jeux solennels et recueillir les oracles de cet ignoble dieu. Le. poëte Pancratès obtint des récompenses et une place dans le Musée, pour avoir appelé antinoien une. espèce de lotos qui avait surgi sur la tombe de ce jeune garçon ; les astronomes découvrireuat son étoile dans le ciel, comme on avait découvert celles. de César et de Bérénice, Dans le temple érigé sur sa tombe, les miracles se multipliaient, des jeux et des mystères furent institués, et ce fut à qui serait nommé le prètre de cette étrange divinité.

1ve perscu- On peut se figurer ce que les. chrétiens pensaient de ces indi-

gnités (1). Adrien n’usa point à leur égard de la même tolérance

(1) Prudence, dans son poëme contre Symmaque, fait rémarquer que le mignôn d’Adrien fut plus héureux qué celui de Jupiter; Antinoùs siégeañt au bânquet des dieux, où Ganymède ne figure que comme échanson +

Quid loquar Antinorum, cælesti in sede lotatim P

fllum délicias nunc divi principis, illum

Purpureo in gremio spoliatum sorte vrrili,

Adrianique des Ganymedem, non cyathos dis

Porgere, sed medio recubantem cum Jove fulcro,

Nectaris ambrosii sacrum potare Lyxæum,

Cumque suo in lemplis vota exaudire marito. | (Lib. 1, v: 271.)

qu'en il per tant le mouti nal 66 miait 4 la véri On raf tide, 2 d’ouvr rent ef les at A'P mas d comm étnéd réform des sar aux co conser son p troupe les Ar Chosro FEuph ces, si s'y étai pouvai fleuve, La tl rer dû bole di conqué l’événe Nou:

Barcoc qui ins l’empe

(1) Ti xaÙ \nsT (2! Li (3) Pa

ABRIEN. 491

qu'envers toutés les autres sectes, et, par dévotion pour ses dieux, / il permit de tuer ceux qui les offensaient. Aldrs les chrétiens, sen-/ tant la puissance que donné le nombre, ne se contentaient plus de mourir en bénissant leurs persécuteurs ; ils se rendaient autribu: nal pour justifier publiquement leur innocence, et Justin proclamiait que la puissance des princes, quand ils préfèrent l'opinion à| la vérité, ne diffère pas de celle des brigands dans le désert (4}./ On rapporte qu’ébranlé par lés apologies de Quadratus et d’Aris tide; Adtien Suspendit les persécutions, et qu’il se proposait mêm d'ouvrir un temple au Christ (2), quand les oracles l’en détonrnè; rent er lui représentant que ce nouveau templè ferait désérter tou les autres.

A'Parmée, il marchait à pied et la tête nue au inilieu des frimas des Alpes ou sur les sables brütants de l'Afrique; vivant comme les siriples soldats ; illes connaissait tous individuellement, ét ne donnait d’avancement qu'aux plus dignés. Ilopéraæ plusieurs réfônhes, et, pour la première fois, joignit à chaque compagnie des sapeurs et des ingénieurs, munis de tout le matériel nécessaire aux constractions militaires. Loin d'étendre ses éonquêtés, il ne conserva pas même toutes celles de Trajan. Soit jalousie contre son prédécesseur, soit prudence et modération , il rappela ses troupes de l’Arménie , de la’Mésupotamie et de l’Afrique , laïssa les Arméniens se donner un roi à leur gré, les Parthes rappeler Chosroës, et fixa, de ce côté, la limite de l’empire au rivage de l'Euphraté: Il aurait de même renoncé au territoire enlevé aux Daces, s’il n’eût pas tenu compte qu’un grand nombre de Romains s’y étaient établis ; mais, sous prétexte que le pont sur le Danube pouvait faciliter le passage aux barbares, il le fit rompre; et le fleuve; encombré par ses débris, dut se creuser un autre lit,

La tradition disait que le dieu Terme n’avaït pas voulu se retirer du Capitole, même pour fiire place à Jupiter : il était le symbole de lPimmobilité de léripire. Or, te premier abandon des conquêtes romaines fut consideré comme un augure sinistre, et l’événement le confirma.

Nous avons déjà parlé du nouveau soulèvement des Juifs, sous \ Barcocébas (3),et de la manière dont ils en furent punis par Adrien, qui insulta même à leur culte; mais la vietoire coùta si cher, que l’empereur n’osa point comnnencer la dépêche dans laquelle il en

(1) Tucoÿtov 8è Sévavrar oÙ äpyovtes noùs Ta GAfbeias OoEav Tumvtss, GTov xai \notai év épruig. 1, 12.

(2! LAMPRIDE, Vie d'Alexandre.

(3) Page 167 du présent volume.

Périple d'Arrien.

Voyages.

informait le sénat par la formule ordinaire : « Moiet Farreés Rens sommes sains et saufs (4). ».

Pharasmane, roi d’Ibérie, se présenta. à Rome pour repousser les plaintes dirigées contre lui par Vologèse, roi d'Arménie. Il apportades présents magnifiques, parmi lesquels cinquante éléphants avec leurs cinquante gardiens. Adrien lui en fit de plus splendides, agrandit ses États, lui fit ériger une statue équéstre, et. lui perinit de sacrifier au Capitole ; ; puis, par un fastueux caprice, il

‘fit combattre dans l’arène trois cents condamnés revêtus des riches

habits que ce roi lui avait offerts,

Les Alains et les Massagètes, ayant pénétré dans l'Arménie, s’avancèrent jusqu’en Cappadoce ; mais ils furent arrêtés par Flavius Arrianus, gouverneur de cette province : c’est probablement le même qui accomplit sur le Pont-Euxin un voyage dont il.écrivit la relation. Partant de Trébizonde, où l’empereur faisait élever un temple à Mercure, il fit voile vers l’orient, en inspectant les garnisons romaines; il traversa le Phase, dont les eaux, à cause de leur plus grande légèreté, se maintenaient longtemps au-dessus de celles de la mer, et aborda en dernier lieu à Sébastopol; puis il envoya à l'empereur un récit détaillé, en y joignant une notice sur les côtes de l’Asie,' de Byzance à Trébizonde , de Sébastopol au Bosphore cimmérien, et de là à Byzance...

, Adrien, qui disait que l'empereur doit, comme le soleil, porter

es regards sur chaque pays, visita toutes les provinces soumises / à son abéissance. Il commença par les Gaules; après.en avoir

inspecté les places fortes, il passa dans la Germanie , où étaient cantonnées les meilleures troupes, parmi lesquelles il rétablit la discipline. Dans la Bretagne , il réforma les abus; mais, comme depuis le départ d’Agricola, les Calédoniens avaient recouvré leur sauvage indépendance, il fit construire, pour arrêter leurs excursions, une muraille qui, partant d’Éden dans le Cumberland, s’étendait jusqu’au Tyne dans le Northumberland, sur une longueur de quatre-vingts milles. En Espagne, il réédifia le temple d’Auguste érigé par Tibère dans la Tarragonaise, et s’efforça, dans une assemblée générale, de mettre un terme aux dissensions qui existaient dans le pays. À Athènes, il se fit initier aux mystères d'Éleusis ; inspiré par la divinité, il se fit dieu lui-même, se laissant adorer dans le temple de Jupiter Olympien, qui, commencé par Pisistrate cinq cent soixante ans auparavant , fut terminé par ses ordres. Il recontruisit une partie de la ville sous le

(4) Dion, zxtx.

nom d’:

de Cép ‘attribue Athénie lénien; cs Olym 0 "Une 6 menài 1 inquiétu thynie, monüm ‘fit à Nic villes dé “rois acc éprouvè Teig dit en Si ‘sur lé “brittér à ‘que fut :

‘de voir cinq ans “de Pom tue de M Plolémé tionna le dit avec ‘cé qui sû Yintégrit “maÿs aut:

présériée “ec d'ai CÉgpii "C Ceux‘ “« profes:

& guêe de « quii né dé lai: mé « rendre

{t) V. € les médail RTE

“ADAtEN, 493

nom d'Adrianopolis, lui donna de Pargent, des graitis, Yile etiète de Céphalonie, et une constitution qui, modelée sûr l’ancienne y ‘ätiribuait le gouvernement au peuple et les jugements au sénat. Les Athéniebs ; en retour, le saluèrent du nom de législateur panhellénien; ils lui dédièrent un temple, et à Délés uné vide du nom d'Olympie (4).

‘Une éonférence qu’il eut avec Chosroës détéurna üiné guérre menaçante du côté dés Pärthes; cé qui lui perinit de visiter satis inquiétude la Cilicie, la Lycie, la Pamphylie , Ja Cappadoce, la Bithynie, la Phrygie. Partout il laissa dés temples, des places ,. ‘dés ‘monuments remärquables, comme il avait fait à Nîres, comme il fit à Nicomédie, à Nicée, à Cyzique et ailleurs. Il réleva aussi les villes de Bithynié renversèes par lé tremblement de terre; les “rois accourus pour le saluer; et les ambassadeurs députés! vers ui, | éprouvérent Sa mâgnificence. ‘ :

“Hgégna l'Achaie en parcourant, Jes Îlès de l’Archipel, et se ren-

dit en Sicile, où il monta sur la cime de l'Etoa, comme if avait fait

‘sur lé mort Caksius “en Syrié, pour contérpler le soléil-faisant “briltér à sün lever lés couleurs de l’arc-en-ciél. Son arrivée en Afri- ‘que fut Signälée par uf phénomène dans lequél on ne mânqua pas ‘de Voir un prodige : lès pluies, que lon attendait éd vain ‘depuis cinq ans, tombèrent en abondance, À Péluse , il hônorä MK tombe de Pompée ; à Thèbes, il alla éhtendre lès sôns produits par la sta- ‘tue’ de Mémnon; dans Atexandie , il'admira le musée fondé par Plolérnéé Philadelphie et ‘entichi pat l'empereur Claude; ilquestionna les hômïnés de léttrés quil Y trouva réunis , ‘et leur répôndit avec lé jugement éclairé qui devrait toujours présider à tont ’cé'qui sort de la bouche d’on empereur: Il rendit aux Alexandrins ‘Pintégrité de leurs” priviléges , restreints par Ses ‘prédécesseurs ; “mais autant ils sé ontrèrent humblément reconnäissants en sa présérice, autañt ils lé tournèrent en risée dès qu'il Se füt éloighé. “J'ai bién étudié, écrivait-il à Sérvién son beau-frère, les n Égypiiens dont tu m'as parlé ; t'est un peuple léger êt Vétsatie. & Ceux'qui adérent Sérapis sont chrétiens, ‘et leurs évéques font « “profession d’honorer ce dieu. 1 n’est’ pas un’ chef dé là syhago- & ue des Juifs, hi de celle dès. Saharitains, pas un prêtre “chrétien «qui né süit méthématicien, aruspice, charlatan. Le’ patriarche & lai: même, lorsqu'il vient en Égypte, est contraint par Tés uns à « rendre hommage à Sérapis, par les autrés à an 1 Christ, ls sont sé-

(1) V. Guerro, Mémoire sur les voyages de l'empereur, Adrien, et.sur les médailles qui s'y rapportent ; Paris, 1842. HIRT, UNIV, TV. 13

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