HÉLIOGABALE
les quartiers des soldats, leur défendant d’approcher des premières, et punissant sévèrement la faute la plus légère. 11 voulut même diminuer la solde des troupes , qui se plaignirent alors , lui reprochant ses loisirs somptueux d’Antioche et l’hypocrisie avec laquelle il avait feint de déplorer le meurtre de Caracalla, ordonné par lui-même,
Le feu dela sédition était attisé par Mésa , sœur de Julia Domna, qui joignait la ruse d’une femme au courage d’un homme. Macrin lui avait laissé ses immenses richesses, en la reléguant toutefois à Émèse en Phénicie, avec ses deux petits-fils Varius Avitus Bassianus, âgé de treize ans, et Alexianus , qui en avait neuf, nés, celui-là de Julie Soémis, celui-ci de Julie Mammée , ses filles. Le premier, qu’elle avait consacré au Soleil, adoré dans cette ville sous la forme d’un cône de pierre noire, devint grand prêtre du dieu , et, du nom qu’on lui donnait dans le pays, fut appelé luimême Héliogabale (1). Par sa douceur et son affabilité, il se fit aimer des soldats de Macrin, campés dans le voisinage , et leur affection devint plus grande quand Mésa, faisant à l’ambition le sacrifice de son honneur, répandit le bruit qu’elle l'avait eu de Caracalla ; elle appuya cette opinion de largesses considérables , et il n’en fallut pas davantage pour déterminer l’armée à le proclamer empereur, sous le nom de Marc-Aurèle Antonin Héliogabale, Ulpien, préfet du prétoire, envoyé pour apaiser la révolte, fut massacré. Macrin , après avoir hésité entre la rigueur et l’indulgence, finit par déclarer Héliogabale ennemi de la patrie, proclama Auguste son propre fils Diadumène, et promit à chacun des soldats cinq mille drachmes, au peuple cent cinquante par tête ; malgré cette libéralité , l’armée se prononça pour le jeune empereur. Les soldats massacrèrent leurs officiers, pour leur succéder dans leurs biens et leurs grades, comme on le leur avait promis. Une bataille fut ensuite livrée sur les confins de la Syrie et de la Phénicie, où Héliogabale, son aïeule, des femmes et des ennuques déployèrent de la valeur et de la fermeté, tandis que Macrin , au contraire, par sa fuite intempesti’e, décida la victoire de son rival. Atteint dans sa fuite, on le cunduisait au vainqueur ; informé alors que son fils, âgé de dix ans à peine, avait eu la tête tranchée publiquement, il se précipita du char qui le portait, et les soldats d'escorte terminèrent ses douleurs et sa vie. Quelques-uns de ses partisans résistèrent, mais ils périrent , et la révolution fut terminée en vingt jours.
(1) Éla, dieu, gabel, former : dieu créateur. On a beaucoup disputé sur la
question de savoir si lon doit dire Élogahale où Héliogabale, d'#)uoc, soleil. HIST, UNIV, = TV, 96
Héliogabalc,
8 juin.
Héliogabale passa plusieurs mois à se rendre de la Syrie en Italie; il se faisait précéder par les promesses ordinaires , en y ajoutant son portrait, qui le représentait en habits sacerdotaux de svie et d’or, et ondoyants à l’orientale , la tiare sur la tête, couvert de colliers , de bracelets et de pierres précieuses , les sourcils teints en noir, les joues fardées. Rome dut s’apercevoir alors qu’après avoir passé sous le régime brutal du sabre , elle était menacée du despotisme de l’Orient.
En effet, le'prêtre du soleil dépassa en impiété, en prodigalités, en débauches et en barbarie les monstres qui l’avaient précédé {Au nombre des six femmes qu’il pritet répudia ou tua eysix ans, on compta même une vestale : attentat inouï jusqu'alors Îses appartements n'étaient tendus que d’étoffes d’or &Il attelait à son char, tout couvert d’or et de pierreries , des femmes demi-nues, et luimême y montait tout nu; du lieu qu’il quittait jusqu’à sen char, il ne devait fouler que de la poussière d’or Tous les vases dont il se servait étaient d’or, et, lesoir, il distribuait à ses convives ceux dont il avait fait usage durant le jour. Ses vêtements , des étoffes les plus fines , étaient chargés de pierreries, et jamais il ne porta deux fois le même, jamais deux fois un anneau. Il faisait don aux soldats et au peuple de vaisselle d’or et d'argent, de pierres fines, de billets pour diverses sommes; il remplit les viviers d’eau de rose,{et fit couler du vin dans le canal qui servait aux naumachies 5) une profusion de fleurs parait ses appartements, ses galeries , ses lits. IL donnait des festins où l’on ne servait que des langues de paon et de rossignol, des œufs de turbot, des cervelles de perroquet et de faisan. Il ne mangeait du pu. son que lorsque lui-même était très-loin de Ja mer, et alors il en distribuait à la multitude des plus rares et des plus chers à transporter; ses chiens étaient nourris avec des faies d’oie, ses chevaux avec des raisins, les animaux féroces avec des faisans et des perdrix. Quiconque inventait quelque mets appétissant en était récompensé généreusement; mais, s’il ne flattait pas le goût de l'empereur, il était condamné à ne pas manger autre chose jusqu’à ce qu’il découvrit quelque autre friandise qui fût agréée. On servait en outre à ses banquets des petits pois mêlés de graines d’or, des lentilles et des fèves avec de l’ambre, du riz avec des perles, du falerne avec du vin de rose , des truffes et des poissons saupoudrés d’ambreÏfLes tables et les vases, aux formes impudiques, étaient d’argent , et le nard alimentait les lampes) les roses et les hyacinthes pleuvaient en abondance sur les convives , et parfois l’empereur se divertit à les étouffer sous cette pluie odorante{ Pendant le re-
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