CALIGULA. A
beaucoup de falheurétix fürent écrasés dunis la foule: Alors la populäëé, mécontente , ne court plus en masse à ses spectacles, et il fernie les greniers publics pour la faire mourir de faim. Un jour que sés applaudissements n’étäieht pas assé vifs à son gré, il s'écria : Pat aux dieux que le peuple romain n’eût qu’une seule téte, por que je pusse l'abattre d'un coup !
YParfois cet insensé roule dans soft esprit de vastes projets : il médite de transférer le siége de l’éipire soit à Actium, soit à Alexandrie, dès q\’il aurà imiiolé lés principaux sénateurs et chevaliers, dont les noms sônt déjà inscrits sur deux listes , l’une intitulée épée, l’autre Hoïgnard ; il së propose dé couper l’istlithe de Coritithe, de bâtir uné villé sur la plus haute cime des Alpes. S'il fait construité une maisoh de plaisance, il veut qu’elle s'élève à l'endroit où là mer est profonde et orageuse, où la montagne es le plus éscarpée ; puis, il lui faut des bains dé parfums, des mets exquis , des pérles à dissoudre dans les coupes de vin. Il côtoie la déliciéuse Campanie dans des barques de cèdre, où des salons, des therrhés, ont été ménagés , où serpentent des vignes, et dont les poupes rayonnent de pierres précieuses. En un mot, il ne veut rien que d’extraordinaire.
Ÿ-‘On lui avait dit qu’il serait toi quand il pourrait aller au galop sur le golfe de Baïa, et il voultit le pouvoir. On réunit donc des Vaisseaux Et des barques en assez grand nombre pour former la longuëür dé quatre milles, et l’oti étend sur ce pont flottant de là terre et du sable, où l’on voit des arbres, des hôtelleries ét jusqu’à des rüisseaux. Cet insensé s’élance alors sur cette route au milieu d’une fotile immense; puis, la nuit venue, il ordonné une illumination splendide, et se vanté de s’être promené sur la mer plus réellement que Xerxès, et d’avoir fait de la nuit le jour. Afin même que les supplices ne manquent pas au spectacle, il commande de saisir au hasard quelques-uns de ceux qui sont accourus, et de les précipiter danslésflots. Pendant cette fête, Rome, privée des bâtiments employés au transport des blés, se trouve affamée.
“ Caligula dépensa deux millions dans un repas, et dissipa dans
* ‘ une année cinq cent vingt-six millions amassés par Tibère. Pour
rétablir ses finances, il mit des droits sur tout, en punissant la fraude de fortes amendes; puis, afin de multiplier les transgressions, il publia ses lois aussi secrètement que possible, et les fit afficher en caractères si petits qu’ils étaient illisibles. Sil lui naît une fille, il va quêtant des dons; au mois de janvier, il veut qu’on lui donne des étrennes , et il les reçoit en personne, mesurant le
dévouement à la générositéfil spécule même sur les. profits d’une maison de prostitution exploitée pour son‘compte ; en.putre, il,se faisait porter sur le testament des citoyens les. plus riches, et leur envoyait, lorsqu'ils tardaient à mourir, quelque:friaudise dont il avait calculé l'effet fUn jour qu'il jouait aux. dés. avec la chance ‘contraire, il se fit apporter le cens de la province gauloise, et désigna’pour mourir quelques-uns des. plus. riches propriétaires ; puis, se tournant vers ses compagnons : Votre, avantage sur maj, leur dit-il, se compose de petits gains, tandis que, je, viens de:gagner d'un seul coup centcinquante millions, ;: ;:::
Il fit apporter à Lyon une grande. quantité de | meubles, qu äl vendit aux enchères, auxquelles il présidait. lui-même € | yantant chaque article. Ceci, disait-il, fut à. Germaniçus. mon. père ;. cela m'est venu d'Agrippa. Ce vase égyptien a appartenu. à, Antoine, et Auguste l'a gagné à Actium. La conclusion.était une mise à prix énorme. Comme les nombreuses canfiscations avaient.avili les biens-fonds, il se mit à les vendre lui-même à lençan, en fixait le prix et désigrait l’acheteur ; ces acquisitions forcées. réduisirent plusieurs individus à Faumône, et d’autres n'échappérent à leur ruine qu’en se tuant, -
Quand tout plie devant les caprices de ce, fou : une seule. nation ose résister, Un grand nombre d’Hébreux vivaient dans Alexandrie, mais toujours en querelle avec les autres ‘habitants, qui, au moment où parut l’ordre d’adorer Caïus,violèrent les synagogues pour y introduire les statues de cetempereur. Les Hébreux avaient toujours trouvé les Romains tolérants.envers eux ,, à tel point que les légions, lorsqu’elles entraient dans Jérusalem, taient.de leurs enseignes l'image de l’empereur, afin de ne pas. blesser un peuple qui avait horreur des idoles. À 2e moment, au contraire, le gowverreur romain d'Alexandrie favorisait les insultes, les avanjes, | ss assassinats dirigés contre les Juifs; ,ce qui. les décida à députer vers Caïus leurs meilleurs orateurs.
Comme on voulait aussi souiller le temple, de, Jérusilem par le simulacre de Caïus , les Hébreux , revêtus du cilice,, la tête çouverte de cendres , avaient recours aux prières pour détourner ca telle profanation. Voulez-vous résister au;prince?. disaient les gens prudents; ne voyez-vous pas -combien vous éles faibles, et yi puissant? — Nous ne voulons point, combattre, répondaient-ils, ) maisnous mourrons plutôt que de violer nos lois, et 118 se prosternajient sur la terre (1). Touché de leur afllietion., Pétronius, gou
(1) dosipue, Anfig. jud'riqués, L'AVANT, €, #4 0 2 non .
rofits d'une outre, il,se hes et leur dise dont il c la chance loise, et déopriétaires ; je. sur, mQÿ, iens. deiga-
ubles,. qu’il > en vantant ne ; cela à, Antoine, une mise, à ent, avili les en fixait le réduisirent apent à leur HT 8 flo seule nation Alexandrie, ui, au MOr YRAGOBUES eux avaient L point que ent.de leurs un peuple rene BOUT avanies, leS à députer klem parle à tête çou- Qurner une ent [es gens es, el lui daient-ils, se prosternius ; BOU-
verneur de Syrie, hésitait, rassemblait ses troupes , faisait traîner en longueur le travail de la statue, et écrivait à Caligula pour lui demander des instructions ; l’empereur, excité par les ennemis des Juifs, voulait leur faire la guerre, porter sa statue à Jérusalem, et inscrire sur le temple : À l'illustre Caïus, nouveau Ju- Diler.
Les députés hébreux furent introduits près de l’empereur, dans la maison de plaisance deMécène. Il leur fit des reproches comme à des ennemis des d'eux, qui méprisaient sa majesté et adoraient un dieu inconnu. Protestant de leur dévouement à sa personne , ils lui dirent qu’ils offraient des sacrifices pour sa conservation. — Oui, reprit-il, mais vous en offrez aussi à une autre divinité. Je ne me trouve pas honoré ainsi.
Les Alexandrins n’épargnaient point les railleries à ces ambassa-
7 deurs, qui ne mangeaient pas de chair de porc et s’abstenaient
de leurs extravagances religieuses ou nationales; ils excitaient contre eux Caligula, qui, néanmoins, vit plutôt de la folie que de la méchanceté dans leur refus de le reconnaître pour dieu.
Au milieu de la décadence universelle du sentiment religieux, on se plaît à le voir si vif encore parmi les Hébreux, et associé au patriotisme pour résister à un homme dont « on ne pouvait espérer de clémence, puisqu'il prétendait être dieu (1). » Au plus fort de l’oppression et du péril , les Hébreux disaient : Nous avons maintenant à espérer plus que jamais; l'empereur est tellement courroucé contre nous , que Dieu ne peut manquer de nous secourir.
Ï n’y manqua point en effet ; Cassius Chéréas , tribun de la cohorte prétorienne , entraîné par les souvenirs de l’ancienne dignité romaine, ou bien fatigué des plaisanteries ordurières de Caïus plutôt que de ses cruautés , conspira avec d’autres prétoriens , qui, voyant leur vie sans cesse en péril s'ils ne tranchaient celle de Caligula, lui donnèrent la mort.
Césonie, sa femme, resta avec sa Jeune fille auprès du cadavre de son mari, et quand les meurtriers se jetèrent surelle pour la tuer, elle leur tendit son sein nu , en lesinvitant à se hâter.
Les soldats qui avaient leur part de ses rapines , et surtouf les mercenaires germains ; les prostitués des deux sexes qui profitaient de :es prodigalités insensées; la foule de ceux qui, ne possédant rien, n'avaient rien à craindre; les esclaves, auxquels il était permis de dénoncer leurs maîtres et de s'enrichir de leurs dépouilles, regrettent Caligula, et, pour le venger, ils coupent des
(1) La dépatation des Hébreux à Caligula est bien racontée nar le Juif Dhilon,
HIST, UNIV, = TT, v, 1
GALIGULA. 49
Mort de Caligulu,
#1, 2 juin,
Claude.
tètes qu'ils promènent en triomphe, en disant que la nouvelle de sa mort est fausse. Néanmoins » quand ils acquièrent la certitude que l’empereur a cessé de vivre , et qu'ilne reste plus rien à à en espérer, ils changent de langage et commenc nt à crier liberté.
Le sénat, qui, maudissant le nom de Caligu À pense, après
soixante ans d’avilissement , à rétablir la république, prend. aussi
pour ralliement le mot de liberté. Mais les prétoriens pouvaient-ils attendre de la liberté des caresses, des libéralités,, des. honneurs ! comme d’un empereur qui aurait besoin de leurs bras pour, se dé-
fendre contre les victimes de sa tyrannie? nil leur faut donc un empereur, quel qu’il soit, peu leur importe , et, en attendant, ils pillentle palais. Au milieu de cette occupation, ils aperçoivent, deux pieds qui dépassent un rideau secret ; ils l'ouvrent , et trouvent là un homme replet et d’un âge mûr, qui se jette à jéurs genoux en implorant leur miséricorde.
C'était Tibérius Claudius, frère de Germanicus , l'oncle et le jouet de Caligula , homme de cinquante ans environ , à moitié imbécile , un peu versé dans les lettres et ennemi du brut. Les prétoriens le proclarent empereur; mais, comme la frayeur l’empêche de marcher, ils le prennent sur leurs épaules et le portent àleur camp, tandis que le peuple s’écrie : Ne le tuez pas! laissez les consuls prononcer sa sentence.
Agrippa , roi des Juifs, condamné à mort par Tibère, puis favori de Caligula , se trouvait alors à Rome, et passait pour être doué à un haut degré de la finesse qui distingue sa nation. Il donne en secret la sépulture à son bienfaiteur, puis $e rend auprès de Claude , qu’il encourage à accepter l'empire. Il montre énsuite au sénat combien il avait peu de ressources pour résister, êt lui suggère d'envoyer vers Claude pour l’amener doucement à renoncer à l’empire que lui ont décerné les prétoriens, ou du moins à le recevoir du sénat ; il se mêle lui-même aux députés, mais en secret il exhorte vivement Claude à répondre par un refus et à persister. En effet , celui-ci proteste qu’il obéit à la force , qu’il a horreur du sang , et supplie , si l’on veut la guerre civile, d’épargner les temples et les édifices ,en faisant choix d’un champ de bataille en dehors de la ville.
Les sénateurs eurent un moment l’idée d’armer les esclaves ; qui auraient formé une nombreuse et rédoutable armée; mais une idée généreuse pouvait-elle durer longtemps chez ces patriciens décimés par les proscriptions, appauvris par les confiscations , déshonorés par leurs làches flatteries? Le peuple , au contraire. demandait hautement un empereur, et proclamait Claude :
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| soldats, gladiateurs , matins, en faisaient autant. En vain Chéréas rappelait la majesté du sénat, limbécillité de Claude , les avantages du gouvernement républicain; personne ne voulait” être libre ex- | cepté ceux qui aurdient tyrannisé au nom de la liberté.
2 Claude fut donc reconnu; il proclama un pardon général , et | Chéréas fut seul immole aux mânes de Caligula. Au moment de 0 subir le supplice, il trouva que l’épée du bourreau n’était pas assez M tranchante, et demanda à être décapité avec celle dont il avait 02 frappé le tyran ; puis il mourut en républicain. Le peuple l’admira , lui demanda pardon de son ingratitude , et lui fit des libations ; puis il se remit à courtiser Claude et à l’adorer.
Le noüvel empereur avait été le jouét de la famille Julia ; à force e le traiter d’imbécile , elle l'avait rendu tel, ou lui avait du moins persuadé qu’il l'était réellement. Il n’obtint pas un seul des honneurs et des sacerdoces qui décoraient les membres à {peine adolescents dela famille impériale , et son maitre fut un pale- Mfrenier{ Tamais son aïeule Livie ne lui adréssait la parole ; elle se Fconteu:. :‘ 2 lui écrire des billets secs et brusques , ou remplis ’adme. "3 sévères. Sa mère avait coutume de dire, pour indiuer u:: .u. : {1 est bête comme mon fils Claude. Auguste l’appelait e pauvre homme, et, p'sin d'affection , comrhe il l'était pour ses petits-fils, il écrivait : Z{ faut prendre un parti à son égard; s'il West sain d'esprit, le traitér en frère ; s’il est imbécile, prendre arde qu'on ne fasse point de risées de lui et de nous. Il peut présider au banquet des pontifes, en ayant près de lui son cousin Silanus pour l'empêcher de dire des niaiseries. Ilne faut pas au cirque qu'il siége sur le pulvinar , où il attirerait trop les regards. e l'inviterai à diner tous les jours; mais qu’il ne se montre pas aussi distrait, et qu'il fasse choix d’un ami pour l'imiter dans ses manières, dans ses vétements, dans sa démarche.
#4 Animés de sentiments moins affectueux, les autres membres de Ma famille s’amusaient de lui; s’il arrivait le dernier pour souper, : 1 devait courir longtemps autour du triclinium avant de trouver È Müne place ; s’il s’éndormait après avoir mangé , on lui lançait des oyaux de datte et d'olive, on lui mettait ses souliers aux mains , 7 on se divertissait à voir son air hébété et son dépit lorsqu'il se réveillait.
Claude toutefois n’était pas ignorant ; il >’appliquait même à étude, et Auguste, en l’entendant déclamer un morceau de sa omposition, s’étonna beaucoup que, parlant si mal , il écrivit si bien. Il prononça une harangue en public, et il aurait produit de
AfPnt nù names. *s 251
D'efto U, si, Cor püie nt coinme if était , et s’'embarrassant au milieu
des siéges , il n’eût excité un rire général à mettre en défaut l’éloquence de Cicéron lui-même. Il avait commencé , sur lé conseil de Tite-Live , à écrire l’histoire des guerres civiles : mais il'én fut détourné par sa mère et par son aïeul. Il aimait les classiques , défendit Cicéron contre Asinius Gallus , étudia là langue grecque, e. voulut. introduire dans l'alphabet romain trois lettres nouvelles (1), dont l’usage ne lui survécut pas. Versé dans ‘la’ cônnaissance de l’histoire des anciennes nopulations de l'Italie plus que Tite-Live lui-même, il écrivit celle des Étrusques, dont la conservation aurait épargné à nos contemporainis bien des suppositions hardies ou téméraires. En somme, Claudé aurait pu passer à la postérité comme un homme de bien, un érudit; maïs son érudition , loin de lui attirer le réspect , n’obtenait de sa famille, pour eniourage , que des femmes, des bouffons , des affranchis, l’écume du palais, et cela parce que (tort énorme !) il n’était pas riche. Auguste ne lui laissa que huit cent mille sesterces ; Tibère, auquel il demanda des honneurs , lui fit cadeau de quarante pièces d'or (775 fr.) pour acheter des bagatelles à la fête des Saturnales. Quand Caligula fut monté sur le rône, Claude acheta par peur la dignité de prêtre du dieu'son neveu, au prix de huit millions de sesterces (1,591,382 fr.) ; mais, comme il ne put payer, ses biens furent vendus à l’encan.
Poussé au trône par la fortune, qui avait toujours veillé sur lui, et par cette Rome qui voulait un chef dont elle était prête à faire toutes les volontés, Claude se comporta d’abord modestement à l'égard des sénateurs. Ik ne voulut point être adoré , abolit la tor-
(1) Tacite, Quintilien, s'accordent à dire que Claude ajouta à l'alphabet iatin, trois lettres , dont deux sont connues, le digamma éolique et l’antisigma ; le premier était une 7 renversée équivalent au v, exemple : Zermänayil,'ampliaditque, digi Augusti, etc. L'antisigma tenait lieu du W grec, on ps, et s'écrivait 9C. Quelques-uns prétendent que la troisième lettre était la diph'hongue w: que l’on trouve dans la plupart des inscriptions du temps de Clande, cumme Antoniai, Digai ; mais il est certain qu’elle était usitée bien avant lui. D’autres ont voulu inférer mal à propos, d’un passage de Vélius Longus, que cette lettre servait seulement à adoucir le son trop rude de l’R. On a voulu aussi que. ce fût VX; mais Isidore ( de Orig.) prouve qu'elle était en usage dès le emps d’Augunte. Le + des Grecs, comme l'observe Quintilien, a un son différent du p/ des Latins ; ce qui fit supposer à quelques-uns que Claude avait inventé une lettre correspondante au +, Lorsqu'il n'était encore que Simple particulier, Claude publia un livre sur la nécessité de faire nsnge de ces lettres ; devenu empereur, il l'ordonna par une loi, Mais à peine fut-il mort qu'elles tombèrent' en, désnétude, bien qu'elles figurassent encore, au temps de Tacite et de Suétone, sur le
tables d'airain où l’on inscrivait les décrets du sénat pour lenr donner de la publinits {Suéroxe, £, 4; Tage div, XD 6 14.)
MEVEEU «
L] v l'amû
) défaut l’ér lé conseil nais il'én fut classiques , lé grecque, ettres nouans la’ côn- Vitalie plus es, dont la des suppoit pu passer t'; rnaïs son sa famille, affranchis, l'h’était pas ces ; Tibère, vante pièces Saturnales.
par peur la t millions de ér,ses biens
eillé sur lui, prête à faire destement à abolit la tor-
l'alphabet iatin, ’antisigma ; le ajil,'ampliau ps,'et, s'écridipht'hongue ai lande, comme ant lui. D’autres que cette lettre aussi que. ce fût le emps d’Auérent du ph des venté uné leltre ticulier, Claude vetiu empereur, brent en, désué- Suétone, sur le bnner de la pu-
ture ‘es personnes libres pour crimes d’État, défenditaux druides les s.crifices humains, et améliora la condition des esclaves, en déclarant libres ceux que leurs maîtres abandonnaient pour cause de maladies dans l'île d’Esculape : les maîtres prirent alors le | parti de les tuer, et Claude les fit noursuivre comme coupables : d’homicide. CA | | Mais ces Romains, qui assimilaient des mœurs paisibles à la } fainéantise ; l'horreur du sang à la faiblesse , le prirent bientôt en mépris. Un açcusé osa lui dire : Tout le monde sait que tu es un vieux fou; un autre. lui lança ses tablettes et son stylet, parce | qu’il écoutait contre lui des témoignages indignes de foi. Que restait-il donc à faire au pauvre empereur, si ce n’est de se met- | tre:entre les, mains de gens qui pussent le dispenser de vouloir et de penser par lui-même? C’est ce qu’il fit, et, par faiblesse, il * cominif autant de crimes que Tibère par atrocité. Jouet des autres jusqu’à cinquante ans, il le fut encore après | être devenu empereur; mais avec cette différence qu’il était seul | autrefois victime,des railleries, tandis que maintenant on se servait | de son sceau, de, sa signature, pour avoir de la puissance, de l'or, et faire tomber des têtes. Le maître du monde avait pour maîtres + Pallas , Narcisse, Félix, Polybe, Harpocrate, Posidée , danseurs, "4 et autres misérables ; de plus, Messaline , sa femme. C'était à eux 21 que s’adressaient. les particuliers, les villes, les rois, quiconque demandait audience, Claude ayant ordonné qu’on leur obéit comme à lui-:même,; S'il lui arrivait parfois d’:gir de son propre mouvement , ils détruisaient ce qu’il avait fait, et feignaient des songes, pour lui faire condamner à mort qui ils voulaient. Ils changeaient, altéraient ou supprimaient les noms portés dans ses . décrets, et s’amusaient à lé faire agir contrairement à leur teneur. Un centurion vient dire à César que , d’après son ordre , il a donné { la mort à un sénateur. — Mais je ne ‘lhi pas ordonné ; ‘s'éctie:til. Qu'ifiporté ?teprennent les affranchis ; les soldats ont fait leur devai en n'altendant pas' d'ordre pour venger l'empereur. César C6 dit alors : Ce qu'est fait est fait , et s’occupa d’autre chose. Un # affranchi se présente, pour le prier de permettre à Asiaticus ; qu'il M n'avait pas condamné , de choisir sôn genre de moft. Hlni arrive , parfois d'envoyer hâter des convivés qui lui paraissent en retard, et on lui répond qu'il lés à fait périr dans la matinée. Un jour qu’il allait, selon son‘usagé’, s'exercer du champ de Mars, il' voit À qu'on dispose tn bfcher pour brûlér un’citoyen'qtr'il n’a pas condämné; cettefois, A moins, il exerce son autorité en faisant écarter l'amas de bois, pour qué lek Hmmies ne dhtent Nas 8 forithace
LLLLLL SN .
Les crimes de lèse-majesté étaient toujours l'accusation ordinaire; quiconque ne voulait pas verser de l'or dans lés mains de Pallas, ou seconder les déportements de Messaline , était dénoncé comme conspirateur et pun: de mort. Trente-cinq sénateurs et plus de trois cents chevaliers périrent de cette manière. Le métier de délateur devint des plus lueratifs, rt les avocats accusaient ou défendaient selon la somme qu’ils recavaient. Un citoyen paye à Suilius quatre cent mnille sesterces (795,000 fr.) pour lui faire gagner sa cause; trahi par lui, il se rend dans la demeure de cet infâme, où il se tue. Quelques gens rigides voulaient que les avocats fussent honnêtes comme jadis , et qu’ils ne profitassent pas des discordes , comme les médecins des épidémies ; mais ils allèrent trouver l’empereur, et lui demandèrent de quoi vivraient désormais les sénateurs peu aisés : il se borna donc à limiter leurs honoraires à deux mille francs.
Les jugements étaient une des récréations de Claude ; il ne manquait jamais de siéger, et prononçait parfois des sentences trèssensées, parfois absurdes; souvent il les formulait en citant des vers d’Homère, dont il faisait ses délices ; en général , il donnait raison à ceux qui étaient présents et à celui qui parlait le dernier. Dans une affaire de fau: , un des assistants s'étant écrié que l’accusé méritait la mort, l’empereur envoya aussitôt chercher le bourreau. Dans une autre affaire, une femme refusait de reconnaître son fils , et les motifs pour et contre se balançaient ; l’empereur la força de le recevoir comme son fils ou de l’épouser. Plus souvent, il s’endormait au bruit des plaidoiries , et s’écriait en s’éveillant : Je donne gain de cause à celui qui a raison.
Là encore on riait à ses dépens ; tan{ôt on le rappelait l’audience levée, et tantôt on la prolongeait en le retenant par son manteau. Un plaideur lui laisse demander longtemps un témoin avant de lui dire qu’il est mort ; on lui dénonce comme pauvre un chevalier immensément riche, comme célibataire un père de famille chargé d’une foule d'enfants, et comme s'étant blessé, dans une tentätive de suicide, un homme qui n’a pas même une égratignure.
Cette manie de juger, jointe à celle de faire de l’érudition, le porte à remettre en vigueur les ançiennes lois, les rites féciaux , les ordonnances sur le célibat; pour faire preuve de science , il annonce en plein sénat le jour et l’heure d’une éclipse, et, comme il a lu que les premiers Romains furent un mélange de toutes les uations, il veut que les Gaulois soient admis dans le sénat.
Il veut rétablir la censure, tombée en désuétude depuis Auguste , comme s’il était possible de scruter la vie privée de six cents se-
sation ordiés mains de tait dénoncé sénateurs et ère. Le més accusaient citoyen paye our lui faire demeure de ent que les fitassent pas mais ils allèivraient déimiter leurs
; il ne manitences trèsa citant des , il donnait it le dernier.
rié que l’acchercher le de reconent ; l’eme l’épouser.
, et s’écriait aison.
it l’audience bn manteau.
in avant de n chevalier ille chargé ne tentätive nure.
rudition, le tes féciaux , science , il et, comme le toutes les énat.
is Auguste , ix cents se-
nateurs , de dix mille chevaliers au moins , et de sept millions de
citoyens; 3. puis il prodigue les décrets au point d’en faire vingt en
un. jour, et cela sur les objets les plus minutieux. Il en promulgue un pour que les tonneaux soient bien enduits de poix; un autre pour l’emploi de la molène contre la morsure de la vipère. Il lit dans le sénat un édit à l’effet de mettre v : ein aux déportements des femmes qui se livrent à des esclaves; un applaudissement unanime accueille cette mesure , et le naïf César de dire : Elle m’a été suggérée par Pallas; Pallas , son affranchi et son maître. C’est donc à Pallas que le re: décrète l’admiration, les actions de grâces et quinze millions de sesterces; mais celui-ci, content de sa pauvreté , refuse la somme votée, et le sénat rend un édit pour immortaliser le désintéressement d’un affranchi qui possède trois cents millions de sesterces (59,000,000 fr. ). Narcisse avait de son côté amassé plus de richesses que Crésus et les rois de la Perse ; quelqu'un dit donc un jour, à Claude, qui se plaignait d’avoir peu d’argent : Partage seulement avec les affranchis, et tu en auras beaucoup.
Une autre de ses passions fut le jeu , et il la poussait au point d’avoir des tables pour jouer en voyage sans que les pièces se dérangeassent, IL aimait aussi le sang, en bon Romain qu’il était, et il lui fallait des supplices semblables à ceux qu’il avait lus dans l’histoire; il passait des jours entiers à voir des gladiateurs aux prises, et si l’on en manquait, il obligeait le premier venu à combattre dans le cirque.
Mais si, au milieu des plaidoiries , des représentations scéniques ou des harangues officielles, son odorat est frappé de la vapeur des viandes que font cuire les prêtres, rien ne le retient plus, il court et dévore. Il se fait servir des plats énormes dans des salles immenses, où il invite jusqu’à six cents convives ; il se gorge d'aliments , et se provoque à vomir pour se remettre à manger. Il se propose de faire un décret pour que l’observation des convenances n’aille, pas jusqu’à compromettre la santé (1).
On Jui dut cependant des monuments remarquables : il fit cons-
(1) Meditatus est edichim, quo veniam daret flatum crepitumque ventris in cœna emittendi cum periclitatum quendam præ pudore ex continentia reperisset. SUÉTONE. Ceux qui pensent que PÉTRONE, dans le Festin de Trimalcion, à fait allusion à Claude, peuvent produire comme preuve ce décret, dont les termes se retrouvent dans la bouche de ce richard mal-appris : Si quis vestrum voluerif sua re sua causu facere, non est quod illum pudeat. Nemo veslrum solide natus est. Ego nullum puto tam magnum tormentum esse quam continere. Hoc solum vetare ne Jovis potest.
sn,
truire lé port qui est en face d’Ostie, avec un phare semblable à celui d'Alexandrie, et termina l’aqueduc commencé par:Caligula, qui s'élevait à travers mille obstacles jasqu’au niveau des collines, ct répandait dans Rome des eaux abondantes. Cet ouvrage, un des plus utiles et des plus merveilleux qui aient été exécutés par les empereurs, coûta cinquante-cinq millions de sesterces (10, 843, 376 fr. ), et quatre cent soixante personnes furent employées àsa conservation. ILétablit des colonies dans la Cappadoce, dans la Phénicie et sur l’Euphrate, reçut des ambassadeurs de la Taprobane, ouvrit en Afrique une voie plus large entre la province et la Mauritanie , et en fit construire une autre pour communiquer : avec l’Angléterre, On commença alcrs à porter du continent dans cette île dés vins, des huiles, de l’ivoire, des parfums , des marbres, des objets manufacturés, et l’on en tira des bois, des perles, des pierres fines, du blé, des fourrures, des bœufs, des métaux, surtout de l’étain. Lorsque trente milié ouvriers eurent travaillé, onze ans à faire écouler le lac Fucin dans le Liris, Claude voulut inaugurer cette opération par un combat naval de dix-neuf mille condamnés, Ces malheureux en passant devant lui s’écrient, suivant l’usage : Ceux qui vont mourir te saluent , et l’empereur leur répond poliment : Portez-vous bien. Persuadés;, en entendant ces mots, que le prince leur fait grâce , ils refusent de se battre; mais, lé'vieil empereur crie, gesticule, s’agite, menace , et fait si bien qu’il les décide à s’entre-tuer. es Messaline, s’abandonnant, dans sa lubricité insatiable, à la: prostitution la plus effrontée (1), se livrait. dans les mauvais lieux à d'ignobles excès. Il lui arrive même de faire ordonner à ses amants, par décret de l’empereur, de se rendre à ses désirs. Elle va chercher en grand cortége les embrassements d’un certain Si-. lius ,'et l’infâme caprice d’épouser un second mari souriant à son imagiñâtion éhontée, elle célèbre avec ce jeune homme des noces solennelles : dot, témoins, auspices, sacrifices, rien n’y manque, et le lit nuptial est préparé à la: yue du public. Claude lui-même a signé le contrat de mariage, dans la pensée que c’est un talisman destiné à détourner certains sortiléges des Chaldéens ; mais, quand ses affranchis et des courtisanes l’instruisent de la vérité, il reste abattu, et demande s’il est encore empereur ou si le jeune. Silius lui a succédé. Ilse met ensuite en courroux, et se laisse persuader, afin de conjurer le péril, qu'on lui représente comme imminent.
(1) Ostenditque l'uum, generose Brilannice, ventren, Et lassata viris, nondum. satiata, recessit.
CAEVEN)
semblable à ar Caligula, des collines, uvrage ;. un xécutés par le sesterces furent em- Cappadoce, deurs de la la province
nnuniquer :
tinent dans s , des mar-
des perles,
es métaux,
nt travaillé.
ude voulut -neuf mille crient, suipereur leur tendant ces
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uvais lieux )nner à ses désirs. Elle certain Si-.
riant à son e-des noces y manque, lui-même a n talisman hais, quand se il reste .Silius DESIRE, imminent, »,
NÉRON. ; 57
de céder pour un jour le commandement à Narcisse. Ce favori le conduit à Rome ;:où' les soldats dernandent vengeance, non qu’ils se soutient de l'honneur de l'empereur, mais pour satisfaire leur cupidité; alorsles SL dre se ANIpAEE et Messaline elle-même est tuée." 1 LE
Claude, lorsqu'il: (apprit qu’elle n 'était plus, ne s’informa pas mêrne comment 'ellé avait cessé de’vivre; quelques jours après , au moment de se mettre à table , il demandait : Pourquoi Messaline ne vient-elle pas ?
‘HN résolut alors d’épouser sa nièce Agrippine, veuve de Domitis Ænobarbus, et bien que la loi considérât cette union comme incestueuse, le sénat ét le peuple la lui imposèrent, Agrippine, sœur et maîtresse de Caligula , fille de: Germanicus, et par ce motif chérie du peuple, joignait aux mœurs impudiques et à la cruauté de Messaline une volonté virile; aussi la vit-on bientôt se montrer en impératrice. Elle siégeait à côté de César dans les cérémonies publiques , recevait avec lui les rois etles ambassadeurs, rencait la justice; les enchantements. les oracles, les sortiléges , la jaïvusie , furent pour’ elle de nouveaux motifs de supplices.
Son but principal était de faire substituer son rropre fils Lucius Domitius Néron à Britannicus; fils de Claude; elle commença donc par’ exiler les amis/et les partisans de cé jeune prince, et lui donna des espions pour maîtres et pour compagnons ; puis elle mit tout en œuvre pour le rabaisser et faire briller Néron à ses dépens. Enfin , «elle profita d’un moment de faiblesse pour amener Claude à nommer ce'dernier son successeur; mais, dans la crainte qu’il ue vint à Changer d'avis, elle lui servit des champignons empoisonnés; le médecin: fit le reste, et l’envoya parmi les dieux, au nombre desquels Rome Padora.
: pes CHAPITRE IV.
NÉRON
Agrippmétint: la mort de Claude cachée jusqu’à l'instant désigné cômine propicé par les Chaldéens ; alors Néron sortit du palais, et se présenta aux cohortes. Quelques-uns s’informèrent de Britannicus; mais, ce jeune prince étant retenu par sa marâtre dans
les appartements de son père , les prétoriens saluèrent Néron empereur, le sénat lui confirma ce titre, et les provinces ge conmirent.
1# octobre.
Sa mère s’était flattée de pouvoir régner despotiquement sous le nom d’un jeune homme de dix-sept ans; c’était elle qui répondait aux ambassadeurs, écrivait aux rois et aux provinces ; elle assistait derrière un rideau aux délibérations, du sénat. Narcisse , resté fidèle à Claude et à Britannicus, fut tué par ses ordres, ainsi que Junius Silanus, proconsul d’Asie, dont quelqu'un avait dit qu’il était plus digne de régner que Néron. Elle aurait fait tomber d’autres têtes encore, si elle n’avait été arrêtée par Afranius Burrhus, préfet du prétoire, et par Annéus Sénèque, maitres de Néron, le premier pour l’art militaire, le second pour l’éloquence et la morale. Personne ne réussit plus mal que Sénèque dans l'éducation d’un prince, puisque son élève n’apprit de lui que quelques phrases et l’art de déguiser ses vices. Il fut le premier empereur qui employa pour ses discours une plume étrangère, et celui que Sénèque lui composa à la louange de Claude, excita le rire quand il vanta l’habileté et la prudence du César défunt.
À son avénement au trône, l’appareil de légalité qui s'était conservé faisait craindre au prince. qu’il ne prit fantaisie au peuple, au sénat, aux tribuns d'exercer leurs droits et de lui ravir un pouvoir toujours nouveau, parce qu’il n’était pas héréditaire. Les empereurs dissimulaient donc jusqu’à ce qu’ils se fussent convaincus que tout se réduisait à de vaines formalités; assurés de l'appui de leurs partisans, ils pouvaient tout oser au milieu de tant d’égoïsme. Néron commença son règne avec douceur, en déclarant qu’il voulait suivre les traces du divin Auguste; il fit des largesses au peuple et aux sénateurs pauvres, abolit ou allégea différents impôts, et laissa son ancienne juridiction au sénat, qui ordonna que les causes seraient plaidées gratuitement; enfin, il dispensa les questeurs désignés de donner des jeux de gladiateurs. Touché des réclamations incessantes contre les fermiers des douanes, il se proposa de les abolir, et, bien qu’on l’arrêtât dans l’exécution de cette pensée généreuse , il apporta d’utiles réformes dans cette partie de l’administration publique ; il répondait d’ailleurs avec promptitude aux demandes qu’on lui adressait. Dansles plaidoiries, ilsubstitua l’interrogatoire aux discours continus, fixa le salaire des avocats, empêcha la falsification des pièces et des testaments. Quand le sénat luidécréta des statues d’oret d’argent, il dit : Qu'ils attendent donc que je les ai méritées. Au moment de signer un arrêt de mort, il s’écria : Je voudrais ne pas savoir écrire! et les discours que lui rédigeait Sénèque respiraient la clémence.
Mais Sénèque et Burrhus, désireux de conserver le pouvoir et de profiter des libéralités de leur élève, chaïient la bride à ses
ent sous le ui répondait elle assistait rcisse , resté s, ainsi que ait dit qu'il Jmber d’auas Burrhus, le Néron, le ce etla moéducation ques phrases ur qui emque Sénèque and il vanta
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dit ;: Qu'ils signer un rire! et les
nce.
pouvoir et bride à ses
passions , se contentant de voir conserver au sénat la liberté de discuter les questions importantes et de réprimer les excès des magistrats et des soldats. Il commença donc à courir la nuit, travesti en esclavé, dans les tavernes et les mauvais lieux, volant dans les boutiques et attaquant les passants. Son exemple ne tarda point à trouver des imitateurs, si bien qu’à la nuit close Rome réssemblait à une ville prisé d'assaut. Il excitait les bistrions et ceux qui éombattaient dans les jeux ; puis, au moment où ils se querellaient et que le peuple faisait foule autour d’eux, il lançait des pierres. Ses banquets offraient une prodigalité inouïé : un de ses hôtes dépensa quatre millions de sesterces (735,239 fr.) rien que pour les couronnes; un autre, bien plus encore pour les parfums. Les matrones se plaçaient sur son passage, et, dans les tentes dressées pour lui à Baïes, à Ostie, au pont Milvius, elles se disputaient honneur de se prastituer au jeune César.
Agrippine aimait tant Néron, ou s’aimait tant elle-même dans lui, que les astrologues lui ayant prédit qu’il règnerait , mais qu’il en coûterait cher à sa mère, elle répondit : Qu'il me tue, pourvu qu’il règne! En effet, elle tarda peu à perdre son ascendant sur son fils, grâce à Sénèque surtout, qu’elle avait mécontenté en disant que la philosophie n’était pas le fait des rois. En se voyant privée de son influence, cette femme ambitieuse, irritée de cé que son fils avait congédié Pallas, le maître de Claude et le sien, laisse éclater sa colère, et menace de favoriser les droits de Britannicus. Alors Néron fait empoisonner ce jeune homine , son rival. Il demande à Locuste, non ün poison lent, secret, comme celui qu’elle a distillé pour Claude, mais prompt, foudroyant; car il ne craint pas, dit-il, la loi Julia contre les empoissonneurs, et Britannicus est frappé d’une mort soudaine à la table impériale (4). On se hâte de lensevelir ; mais une pluie légère, qui efface la couche dé'couleur qu’on avait étendue sur son visage, découvre aux yeux du peuple les taches livides du poison, êt les deux sages du palais, consternés ét gémissants, s’enrichissent des maisons de plaisance de la victime. Agrippinie elle-même est bientôt chassée du palais et chargée d’accusations, dont on né mañque jamais contre quiconque tombe dans la disgrâée du prince. Certaine désormais dé pérdre non-seulément sa puissance, mais jusqu’à sa propre sûreté, elle a recours, pour récouvrer l’un et lautré, à Pexpédient le plus infâme. Elle se présente à son fils au milieu d’une orgie, sous l’aspect le plus séduisant, avec les manières les plus
NÉRON
(1) SUÉTONE, Vie de Néron.
lascives ; déjà l’inceste allait être commis, quand Sénèque introduisit Actée, affranchie de Néron, opposant une. feEne impudique à la plus monstrueuse impudicité. noi
Cette tentative manquée lui. porta le dernier coup: repoussée par son fils, elle se retira dévorée de rage, tandis que Néron rêvait aux moyens de se débarrasser d'elle. Après ayoir tenté trois fois de l’empoisonner, il l’invita aux jeux, de Baïes, et la, fit -mpnter sur un, vaisseau disposé pour s'ouvrir à.un,instant donné; mais elle s'échappe à la nage..Il l’accusa donc. de trahison pour en finir, et l’envoya tuer par des sicaires, auxquels. elle dit: Frappes, ce.ventra qui a porté Néron. Le parricide voulut voir le cadavre nu de sa mère, dont il loua les charmes ou critiqua les imparfections ; puis il se fit apporter à boire , en disant que, désormais il.se sentait réellement le maître de l'empire. |
Devant ce crime qui soulève l’indignation, mais glace d’effroi,, : la servilité romaine éclate, et tout ce que Rome avait d'illustre, le sénat de vertueux vient tomber aux:pieds de Néron. Burrhus fait adresser des félicitations, par les officiers.du prétpire ; les cités de la Campanie brûlent l’encens sur les autels.et, remercient, les dieux. Le remords. vint pourtant, bien que, Burrhus et Sénèque cherchassent à l’étouffer : celui-ci éerivit au sénat une lettre de justification ; celui-là envoya tribuns et centurions presser [a main du parricide , et féliciter l’empereur de. le voir échappé , par la bonté des dieux, à.un aussi grand péril. Le sénat, décrète, des, actions de grâces publiques, des commémorations | annuelles, et maudit Agrippine dans le seul moment où elle méritait la pi ié, Lorsque Néron revint à Rome, dont | il s'était tenu, éloigné par. crainte de lindigoation publique , chevaliers , {ibuns, > sénateurs allèrent en
à avéré les échafauds dressés. sur son passage, il monta. au Capilole remercier les dieux. Thraséas. Pétus protesla seul; en, se levant de son siège et en sortant du sénat. Néon avait certes le droit de prendre en mépris, Cette lâche multitude, n et. dela traiter sans ménagement.. ET
Élevé , dès son enfance 3,à jouer des instruments, à à chanter, à PURES à faire des Vers, il n’était pas moins jaloux de la gloire d’exceller dans les arts que, de celle de commander au mondé. Des jeunes ie exercés dans la versification donnaient la dernière nai
tion ou son Ar à ces hou, se rendait suspect de haute trahison. Vespasien , qui se laissa surprendre par le-sonmimeil
que introimpudique
| l'ePouSsée éron, révait é trois fois fit monter ARÉ; mais a pour en
: Frappez.
le cadavre ‘imperfec:
rmais il. se
e d’effroi, illustre, le grrhus fait s, cités de les dieux.
que cher- , de justia, main du rla-bonté actions de et maudit . Lorsque rainte de llèrent, en rigomphe ; ta. au Caeul, en, se t certes le la traiter
hantér, à e la gloire ondé. Dés ière À Mail mbujants on. attenspect de sonnneil
NÉRON. 61
durant unereprésentation , n’échappa qu’à grand’peine à la mort.
Néron sé proposait d'écrire une histoire de Rome en vers, et ses flatteurs lui disaient de la faire en quatré cents livres. Comme Annéus Cornütus, stoïcien, objectait que personne ne la lirait : Mais ton Chrysippe , reprit un courtisan , en a bien écrit le double. — Oui, répliqua Cornutus , mais ils sont “uses à l'humanité. L’exil le punit de sa franchise.
Sénèque et Burrhus firent enclore un vaste'espace dans la vallée du Vatican, et Néron y conduisit un char au milieu des applaudissements de ns foule ; puis , à force de libéralités et d’honneurs, il décida des chévaliers d’illustre naissance à rivaliser d’adresse avéc lui dans ce genre d’exercice. A Naples, il parut sur le théâtre, réglant son geste et sa voix d’après les principes de l’art ; il se fit inscrire à Rome parmi les joueurs d'instruments , et quand son nom fut désigné par le sort, il chanta sur la cithare, que soutenaient les préfets du préloire. D’autres fois il figura dans des jeux scéniqués donnés par des particuliers ; mais il fallait que le masque du héros qu'il réprésentait offrit sa propre réssemblance, et celui de l’héfoïne le portrait de sa maîtresse. Il se montra aux regar‘: Tiridaté , roi d'Arménie , guidant un char dans le costume l'A pollon ,'au milieu des tris d’âdmiration du peuple, tandis que l’Arsacide étonné s’indignait, tout en l’adorant comme Mithra, desgoûts frivoles et de lextravagante vanité du maître du monde. Il monta aussi Sur le théâtre pour réciter des vers de sa composition, et créà uh corps de cinq mille chevaliers , l'élite de la jeunesse romaine ( Augustani) pour l’applaudir quand il chantait devant le peuple. Des'maîtres leur furent donnés pour leur enseigner à modérét les battements de mains et les éclats de voix, de manière à produire un bruit pareil tantôt au bourdonnement des abeilles,
tantôt à une pluie battante , tantôt au son des rastagnettes ; Bur-
rhus devait appuyer leurs applaudissements avec ve cohorte de prétoriens. Plus tard, il créa un phonasque ou maître de chant, chargé de'veiller sur sa voix céleste , de l’avertir quand ilne la ménageait pas assez, et de lui clore même la bouche si, dans Pélan de la passion, il ne tenait pas compte de ses avis. Enorgueilli de ses succès’, il transporta à Rome les jeux de la Grèce , et invita à ces solennités quinquennales les artistes les plus célèbres de lempiré.
Cé n’est donc plus au Capitole , au Forum, au sénat qu'il faut chercher l’ancienne Rome : six cents chevaliers , quatre cents sénateurs , des matrones des premières familles, ne rougissent pas
de figurer dans l'arène ; d’autres chantent, jouent de la flûte,
ou descendent au rôle de bouffons. C’est 1à que le monde esclave va contempler les descendants de ses vainqueurs ; là qu’un Fabius excite l’hilarité par ses lazzi , et que des Mamercus se soufflettent en plein théâtre (1). Le vertueux Thraséas se mêle aux jeux de la jeunesse romaine; la noble Alia Catulla descend sur la scène, danseuse octogénaire ; un chevalier romain chevauche sur un éléphant (2). Les pantomimes , qui ne trouvaient autrefois que des admirateurs isolés, et qu’une police sévère expulsai’ périodiquement sans pouvoir les empêcher de revenir, se vengeaient du mépris de l’antique Roine , en lui tendant la main pourlafaire monter sur le théâtre. L’histrion Paris , ami de Néron , qui plus tard l’envoya à la mort par jalousie d’artiste , sé fait donner par le prince tous les patriciens pour compagnons , et obtient ainsi lé diplôme civique (3).
Incendie de Cêtte Rome irrégulière, aux rues étroites ét tortueuses, aux Rome. vieux édifices , déplaisait à l’artisté couronné ; aspirant à la gloire d’en fonder une nouvelle ét de lui donner son nom , il y fit mettre le feu. Il commença dans les boutiques placées autour du cirque , vers le mont Célius et le Palatin, et, au lieu de s’employer à l’éteindre, les gardés repoussaient les secours: Des gens apostés alimentaient l'incendie, et l’on vit courir çà et là des esclaves armés de torches. On parvint pourtant à l’éteindre , mais il se ralluma au bout de six jours dans une des maisons de Tigellin. Néron , venu d’Antium en toute hâte , monte sur lé théâtre , ét'en présence de l'incendie, de la désolation générale , il chante sur sa cithare la destruction de Troie. Les monuménts dé l’ancienne religion échappés même à la torche des Gaulois, et un grand nombre de chefs-d’œuvre, fruit de la conquête , périrent par ce caprice d’artiste. Beaucoup de citoyens perdirent la vie; mais Néron ouvrit aux autres le champ de Mars, les monuments d’Agrippine , ses jardins ; il fit construire des abris , distribuer des meubles et des ustensiles , vendre du blé à bas prix ; puis il éleva sur les ruines le Palais d'or, merveilie d'une magnificence à peine croyable4te vestibule en était si vaste , qu’il pouvait contenir la statue eolas-
Palais d'or,
(t) Quid sedet.........
Planipedes audit Fabios, videre potest qui Mamercorum alapas .
(Juven., VI, 189.)
(2) Notissimus eques romanus elephanto insedit. (Suer.,12. }
l C z x (1) (8) Tacrr, Ana, XIV, 14, 15,90: XV, 29, Sul, Ner.— Ep. 100,
de esclave ’un Fabius oufflettent jeux de la la scène, ur un éléis que des riodique nt du méire monter tard l’enr le prince é diplôme
usés, aux à la gloire | fit mettre du cirque , loyer à l’épostés ali- Aves armés alluma au ron , venu ésence de cithare la religion ombre de brice d’ar-
on ouvrit
pine , ses les et des s ruines le yable-4Le tue colas-
NÉRON. 63 sale de Néron , de cent vingt pieds de hauteur, et un triple rang de colonnes formait un portique d’un mille de longueur. Le jardin | renfermait des champs, des vignes, des pâturages, des bois , et | un lac entouré d’édifices. Les appartements étalaient à profusion | l'or, les pierreries et la nacre. Le plafond des salles à manger était : formé de feuilles d'ivoire mobiles , d’où se répandaient des fleurs } et des parfums sur les convives. La principale était ronde , et tour- } nait jour et nuit, à l’imitation du mouvement du monde. Les eaux 0 dela meret de l’Albula alimentaient les bains. Quand Néron entra «® danscette demeuresplendide, il dit : En/in me voici logé en homme! } Pline raconte que ce palais embrassait le tour de l’ancienne cité, 0 ct Martial, en décrivant son immense étendue, dit que toute la MN ville était contenue dans une maison (1). Les habitations que l’on } réédifia tout autour furent disposées sur un plan régulier, les rues x alignées et élargies , les eaux mieux distribuées , et partout des porà tiques s’élevèrent ; mais l’indignation publique ne cessait de rede-
et les citoyens victimes du désastre.
| Il employa aux travaux les prisonniers épars dans tout l’em- "pire, et durant longtemps ce fut la seule peine infligée aux contdamnés. Tous les citoyens durent contribuer aux dépenses. Le 4 sénat fournit dix millions de sesterces par an (1,838,100 fr. ), 4 les chevaliers et les commerçants en proportion. Néron espérait 7 trouver au delà des mers les trésors cachés par Didon lorsqu'elle s'enfuit de Tyr; mais, après des fouilles prolongées , l’imposteur WA qui lui avait suggéré cette idée se donna la mort. Les déprédations et les assassinats lui fournissaient d’autres ressources. Il disait à chaque magistrat qu'il nommait : Tu sais ce qui me manà que; faisons en sorte que personne ne possède rien qu’il puisse à dire à soi. I hâta la mort de Domitia , sa tante , pour s'emparer von de ses riches domaines , trancha , sur les plus légers soupçons, les jours d’une foule de personnes, et fit grâce à quelques-unes 2 parce que Sénèque lui dit : Vous aurez beau tuer, vous ne pourrez jamais donner la mort à votre successeur. Thraséas Pétus prévint d’autres meurtres, en persuadant au sénat de se refuser à de lâches condamnations.
Quand Burrhus fut mort, soit de chagrin de s'être déshonoré … par sa bassesse , soit empoisonné par l'empereur, auquel déplaisaient ses représentations tardives, il fut remplacé par Fénius 07 Rufus et l’infâme Tigellin, Votinius, un misérable savetier qui,
(4) Pune, XXXIN : Ai, de Spectac., 2.
mander à l’empereur les maisons paternelles, les biens perdus,
Guerres,
après s'être immensément enrichi par les délations, avait fini par être admis à la cour, excitait la haine de Néron contre les patriciens, en disant. : Je l’abhorre, parceque tu:es sénateur ! Tigellin avait soin que, faute de confiscations, les trésors ne manquassent pas aux fêtes obscènes qu’il lui préparait. Il fit équiper pour une de ces orgies un navire éclatant d’or et d'ivoire que Fon vit voguer sur le lac d’Agrippa, remorqué par desembarcations presque aussi splendides , ayant pour rameursde jeunes et beaux garcons , classés selon leur degré d’infamie. Là, se trouvait réuni tout ce que le monde avait pu fournir de plus rare; sur le rivage étaient dressés des, pavillons , ou les dames romaines se DO ent en foule aux yeux de courtisanes nues... ri
Tigellin, qui savait se rendre agréable à son maîtré en multipliant les assassinats, accusa d’adultère Octavie, femme de Néron. Bien que des preuves sans nombre établissent son innocence, elle fut exilée; puis, comme le peuple murmurait du traitement que l’on faisait subir à la fille des Césars, Néron la rappela; mais bientôt il lui imputa un crime d’État, et la relégua dans l’île Pandataria , où il la fit égorger à vingt ans. Le sénat rendit grâcesiaux lieux comme à l’époque du meurtre de Pallas, de Doryphore et d’autres affranchis, et Poppée triompha. Poppée , aussi instruite que belle et habile dans l’art de plaire, à qui cinq cents ânesses fournissaient à toute heure le lait nécessaire à ses bains, et qui changeait d’amants et d’époux , non selon son cœur, mais au gré de son ambition , sut captiver l’emperer:r.
Les guerres qui avaient éclaté en Orient et en Occident ne purent arracher Néron de ses bras, ni le distraire de ses Infêmes plaisirs.
Depuis qu’il ne s'agissait plus de conquêtés , la mission de larmée était de conserver et de garantir. Sous Tibère , la Germanie avait remué plus d’une fois; mais les divisions de ses chefs servirent mieux Rome que le glaive n’aurait pu le faire. Arminius tuttué. Maroboduus, qui, plus que Pyrrhus, avait inspiré des craintes sérieuses, s’attira la haine des siens pour avoir pris le titre de roi, demanda la protection de Tibère , et vécut dix ans à Rome dans un exil sans honneur. La politique du prince rétablit également la paix dans la Thrace, dont le roi, mandé à Rome pour se justifier, fut d’abord exilé , puis mis à mort:
En Afrique, les Numides et d’autres peuples du désert se soulevèrent sous la conduite de Tacfarinas, et furent dispersés par Furius Camille. Blæsus les vainquit une seconde fois, après une
ait fini par re les patrier! Tigellin anquassent er pour une l'on vit voons presque ux garcons , uni tout ce vage étaient stituaienit en ré en multine de Néron.
1ocence, elle itement que ppela ; mais ans l’île Panit grâces aux Joryphore et ussi instruite cents Ânesses bains, et qui mais au gré
ident ne pus ses infâmes
sion dé l’arla Germianie :s chefs sere, Arminius
stablit égale-
s, après une
NÉRON
défaite des Romains, et fut le dernier qui obtint le titre d’imperator.
L’Orient était bouleversé par les dissensions qu’y avait semées la politique romaine, et que désormais il était important de calmer. Tibère, se souvenant que, lors de son séjour à Rhodes, Archélaüs, roi de Cappadoce , avait refusé de lui rendrehommage, le chassa de son royaume. Mandé à Rome, Archélaüs n’échappa à la mort qu’en feignant la démence, et la Cappadoce fut réunie à l'empire. :
La Comagène et la Cilicie , la Syrie et la Judée, étaient en proie # à des agitations sans but. Bientôt la Gaule et la Frise se soulevè- & rent; les Daces prirent les armes, et les Parthes occupèrent l’Ar-
} ménie. L'empereur, qui s'était d’abord signalé dans les camps, non-seulement s’en tenait éloigné, mais, plongé dans les voluptés infâmes de Caprée , il restait insensible à la honte du nom romain.
Claude avait ajouté au royaume d’Agrippa la Judée et la Sa- “7 marie, rendu l’'Ibérie à Mithridate , accordé le Bosphore Cimmérien à un autre prince du même nom , descendant du grand Mi- - thridate , et restitué 1a Comagène à Antiochus. La Mauritanie fut ) soumise ‘et divisée en deux provinces , la Césarienne et la Tingi- # \tane. La Bretagne? où du moins une petite partie de cette île , fut * 4 désarmée et réduite en province. Rome ne détruisait pas les na- M \ tionalités ; c'était à titre de privilège qu’elle accordait aux vaincus W0.ses lois, ses coutumeset jusqu’à sa langue. Il était plus facile de 4 dominer sur les clans et les tribus que sur la nation; elle les laissa : done subsister parmi les Gaulois ; au lieu d’abattre les chefs, elle les gagnait, et les transformait par les mœurs et le droit romain. 4 La Bretagne romaine était devenue un foyer d’intrigues et de #0 séditions pour le reste de l’île; ceux qui conservaient quelques M sentineuts généreux :'s'enfuyaient dans les montagnes, d’où ils “2 tombaient sur les Romains, Du vivant de Claude, ils avaient fait “ irruption sur les terres romaines ; mais Ostorius Scapula avait
M taillé l’ennemi en pièces,.et garni de forts les rives de la Saverne ; puis, s'étant ayancé, jusqu’à le mer d’Irlande , il fonda une colonie où Camulodunum. Caractacus, chef desSilures, nation des plus
. helliqueuses parmi les Bretons , ne pouvant se plier au joug, ras-
+-#rmbla tus les amis, de l'indépendance ; mais il fut vaincu , puis ». trahi, et conduit avec sa famille à Rome ; où Claude lui rendit la à liberté en lui accordant une existence honorable. Comme on lui demandait ce qu'il pensait de Rome , il répondit qu'il s'étonnait de voir les possesseurs de tant de beaux palais envier les pauvres cabanes des Bretons.
mots UNIT, — T, V,
si,
Bretagne.
Castimandua , reine des Brigantes , qui avait trahi Caractacus , s’aliéna les peuples par son insolence ; ils s’armèrent pour se venger d’elle et des Romains ; dix ans de combats suivirent ce soulèvement, et il fallut appliquer à la Bretagne ; comme à la Gaule, la loi qui abolissait les druides. Leurs sectateurs avaient pour principal établissement l’île de Mona (Anglesey), qui renfermait la grande école sacerdotale, mais Suétonius Paulinus vint les y attaquer, les écrasa, et construisit des forts où il laissa des garnisons. Néanmoins , comme un intendant révoqua les dons accordés par Claude à la province , et que Sénèque réclama tout à coup la restitution de quarante millions de sesterces (7,352,405 fr.) qu’il tui avait prêtés à un intérêt énorme, des troubles se manifestèrent dans la Bretagne ; puis des traitements odieux envers la veuve de Prasutagus , roi des Icènes, firent éclater ouvertement la révolte. Le roi breton , dans l'espoir de rendre Néron favorable à ses deux filles , avait partagé tout son héritage entre elles et lui; mais Pempereur envoya pour recueillir sa part de la succession des centurions et des esclaves, qui non-seulement saccagèrent le palais, mais battirent Baodicée, la veuve du prince mort, violèrent ses filles , dépouillèrent les principaux habitants, et prétendirent que le royaume entier devait être abandonné à Néron. Le peuple , indigné , obéissant d’ailleurs aux instigations des druides et des prétresses , dévasta la colonie de Camulodunum , détruisit le temple de Claude, tua tout ce qui lui résista et tous ceux qu’il put atteindre. Suétonius Paulinus , se voyant dans l’impossibinté de défendre Londinum (Londres), ville d’un commerce actif, réunit à ses troupes ce qu’elle contenait d’hommes valides, et abandonna les femmes, les vieillards et les enfants : tous furent massacrés au milieu de la ville en ruines par les Bretons furieux , avec tous les outrages que peut suggérer une vengeance qui frappe soixante-dix mille victimes.
Si les Bretons avaient continué à détruire ainsi et à affamer les Romains, ils les auraient immanquablement chassés de l’île; mais, se confiant dans leurs succès, ils acceptèrent une bataille, Baodicée, reine , prètresse et général ; parcourut les rangs sur son char : elle avait la taille haute, l'air farouche, le regard formidable, et son épaisse chevelure la couvrait à moitié ; son bras était chargé d'une pique et d’un large bouclier; elle excitait partout l’enthousiasme, Mais ce n’était pas assez d’une pareille femme ; la discipline l’emporta ; et les Romains , dont la perte fut à peine de quatre cents hommes, massacrèrent quatre-vingt mille Bretons. La reine s’empoisonna, pour ne pas,survivre à sa défaite.
aractacus , r se venger e soulèvea Gaule, la pour prinifermait la
, les y atta-
| garnisons.
cordés par à coup la fr.) qu'il iui anifestèrent la veuve de la révolte.
à ses deux ; mais l’em- | des centut le palais, riolèrent ses ndirent que peuple , ins et des prêit le temple | putatteinde défendre éunit à ses andonna les assacrés au ivec tous les soixante-dix
affamer les » l’île; mais, ille. Baodir son char :
midable , et tait chargé ut l’enthoula discipline e de quatre ns. La reine
Alors les vainqueurs poursuivent avec le fer et le feu les tribus révoltées, qui, réduites aux dernières extrémités, combattent encore pour l'indépendance, jusqu’à ce qu’elles tombent dans un épuisement total, que les Romains appelaient la paix. Pour accoutumer les indigènes à la soumission , on bâtit dans leur pays, d’a- | près le conseil d’Agricola , des palais, des places publiques ; on | instruisit les enfants, «et l’on donna le nom de civilisation à ce qui + fait partie de la servitude. »
En Germanie, les Romains, fidèles à leur politique, avaient } continué à exciter la discorde entre les pays voisins. Les Chérus- } ques , autrefois puissants, et que les dissensions civiles avaient affaiblis au temps du grand Arminius, se trouvèrent réduits à 2 demander un roi à l’empereur Claude; l'Italie leur en fournit un, le petit-fils d’Arminius , qui avait reçu une éducation romaine; mais ils ne purent le supporter long eraps, et il eut beaucoup de peine à les dompter, avec Papoui des Romains , en fomentant les rivalités fraternelles. Ua soulèvement des Chauces avait été ré- … primé par Corbulon, qui, arrêté par Claude au milieu de ses victoires, s’écria : Heureux les anciens généraux de Rome! L. Pomponius repoussa une incursion des Cattes; puis les divers commandants romains s’appliquèrent à maintenir la tranquillité et à renforcer les postes militaires. Paulinus Pompée termina la digue commencée par Drusus soixante-trois ans auparavant, pour contenir le Rhin. L. Véter conçut le projet de réunir la Moselle et la Saône, afin de mettre la Méditerranée en communication avec # À l'Océan; mais il yrenonça, pour ne pas exciter | la jalousie de Néron.
NÉRON
e. D ribère 128) à cause de É avarice de ses ‘agents, et avaient défait les © Romains, osèrent se rapprocher du fleuve ; mais ils furent re- ) poussés. Il en fut de même des Ansibariens, bien qu’ils fussent appuyés par les Bructères , les Tenctères et d’autres peuples.
4 Pour reprendre les événements de la Gaule au point où nous les avons laissés, il faut remonter au règne d’Auguste, qui l'avait “trouvée résignée, mais non pas tranquille. Après y avoir étouffé les révoltes, il la façonna à la romaïr®, et ordonna le recensement du peuple, qu’il désarma , et celui des propriétés. De: écoles s’ou
: vrirent par ses ordres dans Augustodunum (Awiun,, pour enseigner la 'angue, les lois et les sciences des Romains. Marseille de vint un centre de lumières, ainsi que Toulouse, Arles, Vienne | où les lettres grecques et latines avaient fait pénétrer la civilisation romaine.
Germanie.
LA
Gaule,
Mais les druides s’opposaient à la fusion des vainqueurs et des vaincus ; car, bien qu’ils eusseuit perdu l'autorité politique , is con-
servaient beaucoup d'influence sur les mœurs ‘ét les doctrines: Auguste, n’osant lés attaquer ouvertement , sè conténta d’intérdire leur culte aux Gaulois citoyens romaïns, corime contraire aux croyances latines. Il voulut qu’au lieu de consommer les sa crifices humains, on se bornât à faire des blessures aux sectateurs fanatiques de ces prêtres ; donnant ensuite pour rival À leur quite le polythéisme gaulois, amslgame avec celui de Rome, 1” dédia un temple à Kirk, personnificätion du vent qui suffle par rafales dans la Narbonnaise , et en régla le cérémonial; puis, ilse laissa ériger des autels comme génie , et bientôt après comme dieu. La haute classe accepta la religion officielle, qui promettait la faveur du maitre sans violenter ies consciences ; ou éléva donc es teinples mixtes à Mars-Camulus, à Diane-Ardwina, à Be: -Apolleon, à Mercure-Teutatès, à Belisana-Minerve, et les Simulacres de ces dieux mixtes offrirent des aspects monstrueux: maïs, d’an autre côte, le vulgaire s’attachait plus étroitement au druidismé, qui ex .(enait l'esprit de nationalité et la haine pour l'étranger ; le fanatiswe rendit quelque vigueur à'cette religion expirante.
La Gaule eut beaucoup à souffrir sous Tibère. Julius Florus, du pays des Trévires , et l’Éduen Julius Sacrovir, la firent soulever ; mais le premier, ayant échoué au nord, se tua, Au centre , Sacrovir (1) distribua des armes aux jeunes gens, qu’il 'entôla comme soldats et comme otages , et soutint la lutte avec süccès ; mais ses troupes indisciplinées ayant fini par être taillées en pièces, il se brûla avec le reste de ses compagnons.
Claude, se croyant assez fort pour frapper le dernier coup sur le druidisme , proscrivit les prêtres de ce culte, qui se réfugièrent dans la Bretagne , et prononça la peine de mort contre quiconque porterait leurs symboles ou leurs amulettés. En rétour, ‘il a$bimila ces provinces à l'Italie, en permettant aux Gaulois d’entrér au sénat et de parvenir aux charges, au grand scandale de l’ancienne aristocratie.
La Gaule fournit à Rome des hommes illustres, cothme P. Térentius Varron, de Narbonne, qui du temps de César composa un poën.e épique sur la lutte des Séquanes avec les Éduens , et sur la guerre d’Arioviste; Cornélius Gallus, Trogre Pompée et Pétrone. Les Gaulois se rendaient à Rome pour &=cxser leur argént,
(1) Nous »-"s0n8 que sacer vir n'est que I: ‘due üe druide, et que ce fut par ce fi: :‘tinisé qu'on désigna le chef gar
leurs et des ue , is condoctrines:
ta d'intére contraire mer les sa-settatetrs \ leur quite 6, ’dédia par rdfales ‘ilse laissa me diéu. La ait la faveur nc leé temjeter -Apol- Simulacres mais, d’an druidismé, étranger ; pirante.
ius Florus, irent soule- Au centre , qu'il entôla ivec sücCès ; s én pièces,
coup sur le réfugièrent quiconque ur, il a$bid’enttér au l’ancienne
e, etque ce
et briguer des postes. dans l’armée ou leS magistratures. Dans le nombre, Vosiénus de Narbonne et Domitius ‘Afer de Némausus (Nimes) méritent à des titres différents t une mention de l’histoire.
Le premier, unissant le courage civil à un esprit étendu, osa désapprouver Tibère , et périt relègné dans les îles Baléares ; l’autre se distingua à la tête de ces orateurs vendus qui ‘dispensaient les tyrans de la honte en excusant leurs crimes; délateur sous Tibère, Caligula et Néron > finit tranquillement ses jours.
L'empire des. Parthes, né de la, révolte , conserva dans tous les temps l'empreinte de son origine. Délivré de la crainte de Germanicus,. Artaban Ill, leur roi, avait opprimé ses sujets ; insultant àla vieillesse de Tibère, il envahit l'Arménie, sur laquelle il prétendait, comme successeur de Cyrus et d'Alexandre, avoir des droits qu’il soutint par des victoires. Les Parthes envoyèrent demander à Tibère un Arsacide pour l’opposer au tyran. Tibère appuya donc Phraate, et, lorsqu'il fut mort, Tiridate, qui reçut dans Ctésiphon, le diadème royal des mains de Suréna ; mais, au lieu de parcourir ses provinces .et de s’y faire des partisans, il perdit un temps précieux, et quelques-uns des grands qu’il s’aliéna | relevèrent, le monarque fugitif Artaban , qui reprit le sceptre aussitôt et défia de nouveau Tibère ; puis les heureux commencements du règne. de Caligula le déterminèrent à traiter ; il repassa
V'Euphrate, et donna son propre fils en otage.
À sa mort, il aurait dû avoir pour successeur un autre Artaban; mais Gotarse, son frère, l'égorgea ainsi que sa femme et ses fils. Devenu odieux à ses sujets, le meurtrier fut lui-même détrôné par Vardane, qui, étendant ses conquêtes, occupa Séleucie, menaça Arménie, et poussa ses victoires jusqu’au Sind , qui séparait les Daïens des Ériens; mais, enorgueilli par ses succès, il -Opprima ses sujets, et fut tué dans une partie de chasse. De graves désordres suivirent, fomentés probablement par les Romains; à la faveur de ces troubles, Gotarse recouvra la couronne ; mais ses débauches et ses cruautés décidèrent les Parthes à envoyer des dé- … putés à l'empereur Claude pour obtenir qu’il leur rendit un prince du sang de Phraate, alors en otage à Rome.
Claude, ju pe og le pense bien, fut fier d’avoir à donner un roi à un up Auguste n'avait pu dompter. Il leur envoya donc compagne ue “«commandations et de quelques troupes, Méi rdate, qui, soutenu par Abgar, roi d'Édesse , pénétra par des chemins difficiies dans l’Arménie, et prit en passant plusieurs villes’, entre autres Ninive et Arbélles. Mais, une fois en présence de l’ennemi, Abgar abañdonna Méherdate , qui, ayant engagé la
NÉRON
«# Parthes,
bataille, fut vaincu et fait prisonnier ; on lui coupa les oreilles, et, pour insulter à empire romain, on lui laissa la vie. Gotarse étant mort peu de temps après , le trône fut occupé par Vononès, gouverneur de la Médie , qui le transmit, après un règne court el sans gloire , à son fils Vologèse.
Ces changements rapides encouragèrent Mithridate à recouvrer l'Arménie, que lui avait enlevée Caïus ; ce qu’il fit avec quelques troupes fournies par Claude et à l’aide des Ibères. Le roi Cotys, près duquel s’était réunis plusieurs illustres exilés , aurait pu résister dans la petite Arménie ; mais, cédant à une lettre de Claude, il se jeta aux pieds de Mithridate , qui le trafta avec une rigueur que rien ne justifiait.
Peu d'années après, Pharasmane, roi d’Ibérie, frère de Mithridate, craignant ambition de Rhadamisthe , son fils, lui suggéra le désir de conquérir l'Arménie. Mithridate, attaqué à l’improviste, et abandonné par la principale noblesse, se renferma dans Garnéa , place bien fortifiée ; mais la garnison, qui était romaine, se laissa corrompre et le livra. Rhadamisthe accueillit avec respect son prisonnier, qu’il embrassa ; puis, après s'être rendus dans un bois sacré, les deux princes , se tenant la main, s’apprétaient, en signe d’alliance, à faire couler en même temps leur sang d’uneincision au pouce, lorsque tout à coup un des seigneurs de la suite de Rhadamisthe feint de tomber, et renverse Mithridate, qui est saisi, enchaîné et exposé à toute sorte d’outrages. Rhadamisthe finit par le faire périr avec ses fils.
Rome voyait avec joie ces princes s’égorger entre eux, et se bornait à quelques froides protestations, à quelques mouvements de troupes, afin de ne pas irriter le vainqueur, devenu puissant. Rhadamisthe fit peser sur l'Arménie, qu’il rançonuait, un joug si insupportable qu'elle se souleva; il eut la plus grande peine à se sauver à cheval , emportant en croupe sa femme Zénobie, fille de Mithridate. Incapable de supporter les fatigues de la marche à cause de son état de grossesse , et résolue d’ailleurs à se soustraire au déshonneur, elle pria son mari de la tucr ; Rhadamisthe la perça de son épée, la jeta dans l’Araxe , et se retira près de Pharasmane , son père.
Zénobie n’était pas morte ; des bergers la retirèrent de l’eau et la conduisirent à Artaxate, où elle fut traitée en reine par Tiridate, qui, après une longue lutte contre Rhadamisthe, occupa le trône d'Arménie sous la protection romaine. Vologèse I, roi des Parthes et frère de Tiridate, trouvant cette protection dure et honteuse, envahit le royaume ; mais Néron ou plutôt es minis-
oreilles, et, tarse étant 1onès, gouurt et sans
| recouvrer c quelques roi Cotys, rait pu réde Claude, ne rigueur
re de Mis, lui sugqué à l’ime renferma ai était roueillit avec tre rendus » S'appréleur sang neurs de la ridate, qui adamisthe
ux , et se puvements \ puissant.
n joug si peine à se e, fille de marche à soustraire amisthe la s de Pha-
le l’eau et e par Ti- >. OCCUpa [, roi des à dure et >s minis-
tres ayant ordonné aux légions d’Orient de se rapprocher de l’Arménie , et aux rois alliés de porter leurs armées sur les frontières des Parthes, Vologèse fut forcé d’évacuer le pays.
Dans la prévoyance que le feu , qui n’était qu’assoupi, ne tarderait pas à se ranimer, on désigna Corbulon pour commander dans ces contrées, Brave, expérimenté et doué de ces avantages extérieurs si utiles à un général , il commença par rendre Vologèse plus circonspect ; puis, ayant rétabli dans l’armée l’ancienne discipline , il entreprit la guerre, s’empara d’Artaxate, capitale de Arménie , et l’incendia, dans l’impossibilité où il se voyait de la défendre. Il marcha: ensuite sur Tigranocerte, et, comme les habitants des environs s’étaient réfugiés dans des grottes avec ce qu’ils avaient de plus précieux, il y fit allumer des feux dont la fumée les suffoqua.
Maître de toute -l’Arménie , il la rendit à Tigrane, descendant des anciens rois-prêtres de la Cappadoce ; mais, quand la discorde eut éclaté entre Corbulon et Césennius Pétus, envoyé pour commander la moitié de l’armée, Vologèse reprit l’avantage, défit Pétus et continua de triompher jusqu’au moment où Corbulon eut recouvré son ancienne autorité. Alors le général romain le mit en déroute , et dicta les conditions de la paix , en enjoignant à Tiridate de se rendre à Rome pour recevoir le diadème des mains de Néron.
Ce prince, avec sa famille, trois mille cavaliers et un certain nombre de mages, se rendit à Naples, d’où il s’'achemina vers Rome avec Néron , qui lui fit un accueil plein de magnificence , et lui posa la couronne sur la tête, vêtu en triomphateur; il lindemnisa des frais du voyage, dépensa pour lui huit cent mille sesterces par jour (147,047 f.),et lui fournit des ouvriers et des architectes pour reconstruire Artaxate.
Si ces victoires, auxquelles Néron n’avait pas contribué, éblouissaient un moment le peuple, elles ne diminuaient pas la haine que le tyran inspirait. Une conjuration fut ourdie par Pison pour le tuer dans le Palais d’or; mais elle fut découverte, et les premie:: arrêtés dénoncèrent les autres. Ce fut alors un massacre général dans Rome. Les Germains que l’empereur soudoyait pour la garde de sa personne se répandirent dans les campagnes , à la recherche des personnes accusées de complicité, ou de celles qui avaient encouru la haine de Tigellin et de Poppée. Paruii les premières était le poëte Tucain, qui s’était aliéné Néron, d’abord son ami, un jour . ‘endormit à la lecture de ses vers ; il se fit ouvrir les veines , ei mourut en récitant un fragment de sa Pharsale.
NÉRON
Tirids'e
Cunjuration,
Sénèque fut au nombre.des dernières ; dépouillé de toute autorité par les intrigues des nonveaux favoris ; il n’avait pas su secouer la chaîne pesante dela cour, même après l’avoir:vue souillée de tant d’infamies ; il finit avec net eh une vie trop en: Re avec ses doc": 5 |
Une sffranchic , :.picheriss gutdn au milieu. des tortures: un pi lence intrépide:, jusqu’à ce qu’elle parvint à s’étrangler. Scévinus Flavius, tribun militaire , répondit à l’empereur, qui lui demandait pourquo: ilavait failli à son serment : Aucun soldat ne te fut plus fidèle que moi, tant que tu le méritas; je l'ai pris ien haine du jour où je l'ai vu assassir L': 4 ère ct dé ta femme ; cocher, histrion, incendiaire. Ces reproches furent plus sensibles:à Néron! que toute la conjuration. Sulpicius ‘Aper répondit à la même question : Parce que je ne connaissais pas d'autre remède à tes crimes. Le consul Julius Vestinus était haï de Néron; bien que personne ne l’accusât; après avoirrempliles fonctions de sa charge; ñ setrouvait à table, où il avaitréuni plusieurs amis; quand on vient lui annoncer qu’un tribun le demandait ; il sort, et aussitôt il estren‘ermé dans : une chambre; on: lui ouvre les veines sans qu’il pousse’uñ géinissement, et ses convives ne peuvent se retirér qu'à une‘heure avancée de la nuit. Fénius Rufus, un des conjurés, se mit uimêrae-à la recherche de ses complices, mais dénonc:: à somtour, il joignit la Acheté à Pinfamie. Nous nous abstenons d’énumérer tant d’autres victimes dont la ‘condamnation‘enveloppa: souvent leurs parents, leurs enfants, les précepteurs , les esclaves même: Cepeudant, les temples retentissaient d’hymnes en ‘actions de grâces ;, et les plus proches parents des condamnés s’empressaient d’orner defleurs lenrs raisons, et de baiser la main de Néron, qui ne se montra pas moins prodigue de récompenses que de supplices,
Ce moritre bruta! donna à Poppéé enceinte un.coùp de pied , dont elle mourut ; mais ; touché de repenñtir, il fit embaumér‘son corps ; la proclama déesse, et voulut qu’on bràlât en:son honneur autant de parfu::.3 que l’Arabie pouvait en fournir en un am puis. de nouveaux crimes lui firent eublier celui-là.
Le sénateur Thraséas Pétus, resté comme uu : vivant reproche pour-tant d’odieuses per'ersite., avait su: garder ün silence improbateur au milièëu de: concert général de: louanges. Il sortit de la curie quand le t delibéra pour disculper' l'assassinat d’Agrippine , n’assista point aux funérailles de Poppée , et s’abstenait d’applaudir aux bouffonneries impériales; son’ epposition était, en un mot, celle que tout honnête homme peut faire sous un mauvais gouvernement. Le peuple-et les provinces le révé-
ate autorité su secouer souillée de ‘désaccord 4 “ à | Cr Lures' un sir. Scévinus ui deman:
at ne'te fut js en haine
te, cocher,
les: à Néron:
nême quesles crimes.
ersonne ne Lsetrouvait ui annoncer
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sse’uñ géune heure
se mit lui:
à son tour, l’énumérer a: souvent es mêmé:
actions de:
ipressaient Néron, qui supplices:
pb de pied , aumér'son n'honneur ans que
reproche lence ims. Il sortit assassinat et s’absbpposition faire sous le: révé-
NÉRON 13
VA raient; lorsqu'il sé vitiaceusé, il exhorta Arria , sa femme, à vivre 0 pour leurs enfants; après s’être fait ouvrir les veines , il ordonna 0 d'appélér le questeur qai lui avait apporté sa sentence ; pour qu'il lé-vit mourir: Car, disait-il, 20ws sommes dans un siècle où il im- Lporte de nous fortifier par de grands exemples. | JL semblait: que la mature 'se plût à joindre ses fléaux à tant | d'horreurs. Des ouragans désolèrent la Campanie; Lyon, la ville la plus importante de la Gaule, fut la proie d’un incendie, et la peste À fit périr trente mille personnes dans Rome: Divers prodiges, et surtout l'apparition d’une comète, épouvantèrent Néron ; comme il entendait dire qu’il fallait en pareil cas détourner la sinistre in- | fluencé par quelque grand massäcre , il se proposait d’égorger L tousiles sénateursiet de conférer les provinces et le commande- ! ment des armées à des chevaliers et à des affranchis. Il suspendit } le coup médité; afin de courir après de nouveaux triomphes d’ar- L tiste, et partit pour la Grèce, où il voulait faire assaut de talent à avec les meilleurs joueurs de cithare. La Grèce se réjouit de l’ar- * rivée de son cher ernpereur. Non content de son cortége habituel | de mille voitures ; de buffles ferrés d’argent , de muletiers vêtus | magnifiquement, de courriers et dé cavaliers africains avec de riches bracelets et des chevaux aux splendides caparaçons , il se fit accompagner: d’une armée entière suffisante pour vaincre l'O- - rientzrles soldats; dignes'd’un tel général, avaient pour armes la lyre, lemasquede comédien et les échasses du saltimbanque. Néron * salueles rivages de la Grèce par le chant d’un hymne, et le maître du monde lui accorde toute une année de ‘joie et de fêtes inces- | santes; par son ordre ; les jeux Olympiques ;'isthimiques. et tous | ceux qu on célébrait à de longs intervalles, sont accumulés dans un an. Néron n’a-t-il pas le droit de changer l’ordre établi par } Hercule et Thésée, de: hâter les périodes et de condenser les sai- : sons ? Il figura sur les théâtres , et disputa le prix de la course ; M mais il'redoutait la critiqué des habitants de l’Élide, dont il atten- 400 dait humblement les décisions; par jalousie , il fit jéter dans les 0 cloaques les statues d’anciens athlètes , et malheur à celui qui est condamné à être son compétiteur.! Vaincu d’avance, il se voit en outre exposé à tous les manéges d’un rival inquiet. Néron le surveille, cherche à le gagrier, le calomnie en secret, le discréäite en publie. Un chanteur,;' plein de talént, parvient à mieux chanter que Néron , et le peuple artiste de la Grèce lécoute avec ravissement; mais tout à coup, par ordre du prince, les acteurs qui figuraient surla scène avec cet infortuné, le saisissent ; le poussent 7 contre une colonne:et l’égorgent.
Néron parut dans les jeux de toutes les villes, si ce n’est à Sparte, dont semblait le repousser le souvenir de Lycurgue, et à Athènes, où s'élevait le temple des Furies vengeresses du parricide, Mécontent des réponses de la Pythie , il fit enlever du temple de Delphes cinq cents statues, confisqua le territoire sacré de Cirrha, et conçut la pensée de détruire d’oracle, en massacrant les prêtres gardiens de l’antre d’où s'exhalait le souffle inspirateur. Il triompha à Corinthe avec les attributs d’Hercule, et s’étant proposé de percer l’isthme , il travaillait lui-même avec une bêche en or.
Après avoir laissé en Grèce plus de ruines que Xerxès, il voulut le dépasser aussi par la corruption. Lui qui, travesti en taureau, n’avait pas eu honte de parcourirles rues pour violer la pudeur et la nature, lui qui avait déjà épousé publiquement un certain Pythagore avec les cérémonies civiles et sacrées en usage chez les Romains , sans oublier les pièces d’argent des augures, les torches nuptiales et le lit préparé , il voulut alors célébrer son mariage avec un nommé Sporus, le fit habiller en impératrice , et le conduisit en litière dans les assemblées, paré du voile auptial. En récompense des applaudissements reçus et de tant de. lâches bassesses , il accorda à la Grèce la liberté; mais que signifiait un pareil don au milieu d’une telle dépravation , et à quoi pouvait-il servir sous un tel homme?
Les meurtres n’en continuèrent pas moins, Néron avait emmené avec lui un grand nombre de personnages distingués qui lui étaient suspects; il les fit égorger en route. Corbulon, le plus vaillant de ses généraux , modèle de désintéressement et de modestie , d’une fidélité si grande envers le tyran, que Tiridate le félicita d’avoir un si bon esclave ; Corbulon reçut aussi l’ordre de mourir, et il se perça de son épée en s’écriant : Je l'ai mérité! Il fit tuer ou condamna beaucoup de personnes, seulement parce que. leurs préceptes ou leurs exemples étaient défavorables à Ja tyrannie. Cependant, les sourdes rumeurs qui s’élevaient de l'Italie indignée le forcèrent à s’embarquer en hâte pour Rome ; ses trésors s'étant perdus en mer, il s’écria : Le poison m'en aura bientôt rendu d'autres! 1] fit son entrée sur le char triomphal d’Auguste , en étalant aux regards mille huit cents couronnes d’or remportées sur les théâtres ; le sénat lui décréta des fêtes si nombreuses, que lecours d’une année n’eût pas suffi pour les célébrer toutes. Un sénateur osa donc proposer de laisser quelques jours d’intervalle au peuple pour vaquer à ses occupations.
Si la force militaire rendait de pareils excès possibles, elle seule aussi pouvait y mettre un terme, C. Julius Vindex, issu des
parve belles Vinde délég:
d’une
dése lit, €
st à Sparte, et à Athè- 1 parricide, | temple de de Cirrha, les prêtres r. Il triomproposé de en or, es, il voulut n taureau, la pudeur un certain ge chez les les torches n mariage et le conuptial. En âches bast un pareil it-il servir
it emmené lui étaient vaillant de tie, d’une ta d’avoir purir, et il fit tuer ou que. leurs tyrannie.
indignée rs s'étant Éôt rendu guste , en ortées sur e lecours ateur osa uple pour
bles, elle issu des
NÉRON. 7ù
| anciens rois de l’Aquitaine, et alors vice-préteur dans la Gaule
celtique, leva contre Néron l’étendard de la révolte. Les tribus gauloises, épuisées par les exacteurs, répondirent à son appel, et cent mille hommes se réunirent à lui ; à la tête de ces forces, il offrit l'empire à Sulpicius Galba, gouverneur de l'Espagne, parent de l’impératrice Livie, et personnage considérable par ses richesses, son habileté , ses victoires ; après avoir accepté la tâche de renverser le tyran, comme lieutenant du sénat et du peuple romain , ils’entoura d’un conseil d'hommes honorables.
Néron apprend à Naples ce soulèvement, et n’interrompt pas même les jeux du gymnase; seulement, il s’indigne lorsqu’on lui dit que Vindex l’a traité de mauvais cithariste, commande aux sénateurs de le venger, et se rend à Rome. Sur sa route, ayant aperçu un monument sur lequel était sculpté un soldat gaulois
} abattu par un cavalier romain , il en eonçoit un favorable augure
ei prend courage. Toutefois, comme il n’ose se présenter au peuple ou au sénat, il réunit et écoute quelques personnes de marque ; puis il passe la journée à leur montrer de nouvelles orgues hydrauliques dont il voulait faire l’épreuve sur le théâtre , si Vindex me le permet , ajoutait-il.
Passant tour à tour d’un lâche découragement à d’insouciants plaisirs ou à des projets de vengeance , selon les nouvelles qui lui parvenaient , il dut pourtant se disposer à marcher contre les rebelles. La plupart des provinces avaient embrassé la cause de Vindex , qui auraït pu se faire empereur, si L. Virginius Rufus, délégué dans la haute Germanie, simple chevalier, mais jouissant d’une haute considération, n’avait déclaré qu’il empêcherait que
| l'empire füt déféré autrement que par le vœu des sénateurs et des
citoyens ; il s’avança donc contre Vindex, qui, vaincu, se perça de son épée. L’armée victorieuse déclara la déchéance de Néron,
à et offrit l'empire à Rufus , qui le refusa. L’incertitude et la confn- | sion étaient au comble,
Néron, sur ces entrefaites , préparait son armée; mais son pre-
| mier soin fut de faire emporter ses instruments de musique, et
d’habiller en Amazones les courtisanes qui devaient le suivre. Dans ce moment, les vivres manquaient à Rome, et l’on attendait des blés d'Égypte ; les navires arrivent, mais au lieu d'apporter du blé, c’est de sable pour les gladiateurs et les lutteurs qu'est composé
} leur chargement. Alors le peuple, saisi de fureur, abat les statues
de Néron, lui refuse tout secours , et les prétoriens eux-mêmes désertent; ses gardes lui enlèvent jusquaux couvertures de son lit, et une petite boîte de poisons qu’avait préparés cette Locuste
Mort de , N
éron.
1 juin,
qui, par son ordre, avait fait périr tant de victimes. Dans cet abandon général, tantôt il songe à passer dans la Gaule , et, au lieu de combattre, à se jetèrl'auxk/genoux des soldats, en leur adressant des paroles de désespoir pour se les rendre propices; tantôt il pense à fuir chez les Parthes, ou bien à monter à la tribune , et à faire usage, pour attendrir le peuple , de l’éloquence qué Sénëqué lui à enseignée. Il faisait prôposét à ses rivaux de lui accorder la préfecture dé PÉgypte, où‘äu moins dé le 1ikser partir, certain qu’il était de faire fortune à laide de ses talénts en musique. Isulté au théâtre, maudit äe tous; cet hommié qui” avait versé tant de sang, n'avait pés le courage (Vértu si Commune alors) dé répandre lé sien. Après avoir dernañdé qu'on lui fendit 1é”sérvicé de lé’ tuer, saris trouvét personhe qui voulüt s’y prêtér, if courut vers le Tibre pour sè noyer; puis, il se dirigek Vers la inäison de plaisance de l’affranchi Phaon, monté sur un maüvafs cheval, suivi de quelques sérvitéurs et tremblant de ftayeur à'chaque pas. Là, il éxhorta ls assistants à se soustraire par la mort aux outra: ges qui les attendaient, ét, tout én' faisant creuser sa fossé , il répétait : Quel grañd ärliste le monde va perdre} Lâche jüsqu’au dernier moment, cé ne fut qu’en entendant aëtourir äü galop Tes satellités qu’envoyait le sénät pour le'conduiré aëx Gémônies, qu'ileñfonch le poignard dans sa poitriné, après avoir fait le mal: heur du mondé düränt treize ans et huit müis' (4). °°? "7" APRIL PP ji [FH CARPE A1 PU 121 v DUT VA LELS GEELST EN
(1) Un certain Turnus composa contre Nérün unt satiré dont il/iiouds resté un
fragment: : Mio EU nur Sovot ol où tir l à