Histoire universelle [microforme]
« que. je méritasse le châtiment ? » Al-Djobbaï ne sut rien « obiecter, sinon que « Dieu avait prolongé sa vie, pour lui « laisser l’occasion de se perfectionner ; » ce qu’Al-Asari réfuta en disant : « Pourquoi donc n’avoir pas prolongé celle de l’en- « fant, par la même raison? cela aurait dû tourner à son avan- « tage. » Al-Djobbaï, ne trouvant plus rien à objecter, lui dit : « Mais es-tu donc possédé du démon ?»
S'égarant ainsi dans les abimes de la prédestination, ses disciples croient que Dieu a une volonté éternelle, applicable à ce qu'il veut, qu'il s'agisse de ses propres actions ou de celles des hommes; cependant les mortels sont responsables de leurs actions, bien qu’en réalité elles soient produites par Dieu, qui veut le bien et le mal, le profit et le dommage, et peut même commander à l’homme des choses impossibles.
Des mardaïtes Au Liban dérivèrent les druses. ainsi nommés d'un missionnaire du calife égyptien Hakem-Bamrillah, que les druses regardent comme u1 dieu. Ils se divisent en téimans ou sectateurs de l’émir Schéab, qui dominent dans le Liban en faisant leur résidence à Déirolkamur, ct en disciples d’Ibn-
On appela carégites, c’est-à-dire rebelles, douze mille hommes qui se séparèrent d’Ali, irrités de ce qu’il avait soumis à un arbitrage ses droits au kalifat. Ils soutenaient que l'on pouvait devenir iman sans appartenir à la tribu des Koréischites, et qu'il n’était pas mème besoin pour cela d’être libre, pourvu que l'on fût juste et pieux; que l’iman peut être déposé lorsqu’il dévie du droit chemin.
Les schyites ou schismatiques, au contraire, considèrent comme seuls kalifes ou imans légitimes Ali et ses successeurs ; cette fonction ne dépend pas, selon eux, de la volonté du peuple; quelques-uns même, dépassant toute mesure, poussèrent la vénération pour ce saint jusqu'à le préférer à Mahomet. Les schyites voient dans Ali non-seulement le chef religieux et civil, mais ils attribuent à ses descendants des prérogatives surnaturelles, telles que la présence de la divinité dans l’iman. Lorsque, après dix générations, le dernier descendant d’Ali eut disparu mystérieusement, ils se figurèrent qu'il devait reparaître un jour pour renouveler l'empire,
Les sounnites reprochent à Ali d'avoir répandu lui-même cette croyance, et lui attribuent ces paroles : Je suis Allah ; je suis le clément, le miséricordieux, le très-haut, le créateur et le conservateur, le compétent; c'est moi qui accorde la grâce, et
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c'est moi qui, dans le sein de la femme, donne une forme à la goutte (1).
Deleur côté, les schyites font un crime aux sounnites d’avoir spprimé non-seulement des paroles de Mahomet, mais tout un chapitre du Coran, où il est question d’Ali et des persécutions qu'il eut ensuite à souffrir, Cette secte acquit une plus grande importance quand la famille turque des Othmans et la famille perse des Saffis, bien qu’elles n’eussent pas de liens de parenté avec les maisons d’Ali et de Moawiah, rattachèrent eurs droits à celles-ci. Depuis cette époque, la secte des schyites a rendu insupportable le séjour de la Perse, malgré toute la beauté du pays. Quiconque ne lui appartient pas est impur, juifs, chrétiens ou sounnites ; mais les Turcs sont surtout les objets de leur haine, parce qu'ils occupent les lieux où ils vont en pèlerinage : Koufa, tombeau d’Ali; Kerbela, tombeau de Hussein ; Bagdad, de Mousa, et résidence perpétuelle des imans. Aussi enseignent-ilsqu’il y a plus de mériteà tuer un sounnite que trente-six chrétiens. Très-zélés pour les pèlerinages dévots, ils en font à dix ou douze sanctuaires, sans parler de la Mecque, et sont ainsi toujours en voyage. Les femmes, plus sévèrement gardées parmi eux que chez les Turcs, sont portées, durant ce voyage pieux, dans des cages de bois, sur des chevaux; on les fait descendre pour manger et pour d'autres besoins, mais sans leur permettre de sortir. Ils n’entreraient pas dans une maison de Turcs, et ne goùteraient pas à des aliments qu’ils auraient touchés ; puis, comme la dévotion voudrait qu’ils se fissent ensevelir autour des tombeaux des saints, dont les Turcs sont aujourd’hui possesseurs, ils forment dans les villes des dépôts de cadavres, que de fétides caravanes charrient ensuite sur des mulets à travers la Perse et ia Mésopotamie, jusqu’à Koufa ; mais ils payent chèrement le trajet, la sépulture, les prières, et fomentent de plus en plus les haines religieuses.
Presque tous ces sectaires ont supposé qu’un sens caché était renfermé dans les vérités religieuses et morales dont la connaissance, réservée à un petit nombre, est au-dessus de tout devoir de religion.
Nous n'avons fait qu'indiquer les principales hérésies du mahométisme (2), sans nous engager dans la tâche aussi diffi-
(1) Enou-KALEG, Vita Jobbai.
(2) C'est dans la lutte de ces sectes que se trouve presque la seule philosophie
cile que fastidicuse d’énumérer les plus récentes jusqu’à celle des Wahabites. Noûs verrons ces sectaires, quand nous en serons à l’histoire de notre siècle, verser des torrents de sang pour ramener à sa pureté l’islamisme corrompu, s'élancer du Nedjed avec une rapidité qui rappelait les premières victoires des musulmans, soumettre les tribus errantes, ct porter l’effroi jusqu'à Damas et à Bagdad; défaits enfin par Ibrahim-Pacha (1818), et après avoir perdu leur chef Abdallah, ils restent quelque temps assujettis, mais se relèvent formidables,
Jusqu’à quel point Mahomet a-t-il donc bien mérité de l’humanité ?
Pour qui considère les actions, il est impossible de laver de la tache d’imposture celui qui fait parler Dieu pour être autorisé à enfreindre des lois imposées aux autres : « Nous con- « naissons les règles du mariage par nous établies pour les « croyants; ne crains pas de te rendre coupable en usant de «tes droits. Dieu est indulgent et miséricordieux.
«Tu peux, au gré de tes désirs, accorder ou refuser tes em- « brassements à tes femmes; recevoir dans ton lit celle que « tu en avais exclue, pour ramener la joie dans un cœur at- « tristé. Ta volonté sera leur loi ; elles s’y conformeront. Dieu « connaît le fond de votre âme; il est savant et vigilant.
« N'angmente pas le nombre des épouses que tu as (il en « avait neuf) ; tu ne pourras les changer pour d’autres dont la « beauté t'aurait séduit, mais ‘ °st toujours permis de fré- « quenter tes esclaves ; Dieu 5 .e iout.
«0 croyants! n’entrez pas dans la maison du prophète sans « permission, excepté quand il vous invite à sa table. Allez « quand il vous appelle; sortez de table séparés, et ne prolon- « gez pas trop les entreliens, parce que vous l’offenseriez. Il se « ferait scrupule de vous le dire, mais Dieu ne rougit pas de « la vérité, Si vous avez quelque chose à demander à ses fem- «mes, que ce soit à travers un voile; ainsi vos cœurs et «les leurs conserveront la pureté, Évitez d’offenser l’apôtre « du Seigneur; n’épousez jamais les femmes avec lesquelles « il eut commerce : ce serait un crime aux yeux de l'Éter- « nel (1). »
Il faut le dire, le Coran est l’œuvre d'un présomptueux qui
des musulmans. Sylvestre de Sacy a publié, dans son extrême vieillesse, un ouvrage sur la religion des Druses (1837), qui offre un tableau animé des différentes sectes de l’islamisme.
(1) Coran, ch. XXXV.
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croit résoudre en les tranchant les plus hautes questions, sans s'occuper des difficultés, et qui constitue de la sorte un théisme insipide et superficiel, une croyance purement négative de la Divinité.: La doctrine de son livre est stérile et incomplète ; extérieurement, elle n'offre qu'une compilation tirée des sourcès les moins pures, des évangiles apocryphes, préférés à ceux qui sont authentiques, de la Kabale plutôt que du Pentateuque. Il ne reste plus que son mérite poétique.
Ismaël n’en sut donc pas plus qu'israël; mais, voulût-on même admirer le Coran pour quelques-unes des vérités et des sentences morales bien exprimées qui s’y trouvent, ce n’est pas seulement sur le texte de son enseignement qu'il faut juger une opinion religieuse, mais encore d’après les usages pratiques qui en dérivent. Or, en enseignant ou du moins en faisant revivre une religion plus rationnelle (4), une morale moins sanguinaire, il ouvrit aux Araes la route de la puissance et du savoir. Venger le meurtre d’un des leurs était une obligation pour les parents ; lorsque deux tribus se faisaient la guerre, celle qui triomphait immolait un prisonnier libre pour la perte de chaque esclave ou femme, et dix pour celle de chaque homme libre. Mahomet réduisit ce talion à la proportion grossière d’un homme libre pour un homme libre, d’un esclave pour un esclave, d’une femme pour une femme, et il conseilla d'accepter le prix du sang versé, en disant : Celui qui pardonnera au meurtrier obtiendra de Dieu miséricorde, I] ajouta : « Dieu se complaît dans ceux qui pardonnent «les offenses. Observez dans chacun, non ses mauvaises qua: « lités, mais les bonnes. Pardonnez à qui vous outiage; fuyez « les ignorants, les orgueilleux, les querelleurs. Rendre le mal « pour le mal semble politique ou prudence ; mais les hommes « pieux reçoivent le mal et rendent le bien. L'homme pieux « paye les refus par des dons, les médisances par des louanges ; «il est à comparer à ces arbres qui donnent de l’ombre et des « fruits à ceux qui leur lancent des pierres. »
Mais, en conscience, quelle valeur ont de pareils conseils, disséminés çà et là dans l’ensemble d’une doctrine qui excite les passions ou en fomente les effets? S'ils purent apporter une amélioration momentanée parmi les compatriotes de Mahomet, ceux-ci ne tardèrent pas à reprendre leur ancienne ma-
(1) L'unité de Dieu est proclamée dans le poéme d’Antar, antérieur à Mahomet,
nière de vivre. L’Arabe ‘d'aujourd'hui vit libre, ignorant et
. pauvre, comme avant le prophète, faisant paître ses troupeaux, ou inquiétant par ses incursions les habitants de la Palestine, de la Syrie, de l'Irak. Au moment où nous écrivons (avril 4840), les habitants de Moka tremblent d’être abandonnés par les troupes de Méhémet-Ali, dans la crainte de voir les Bédouins tomber sur eux, éomme il y a quelques années, pour semer la ruine et l’opprobre dans leur pays.
Les effets de l'Islam ne se firent donc pas sentir dans le pays où il naquit; au dehors, ils frappent nos regards. Mahomet fut appelé le Fils du glaive, tandis que le Christ s'appelait le Fils de l’homme. S’il fut charitable et bienveillant envers les fidèles, il se montra dans sa doctrine inflexible envers les ennemis, et consolida l’ancien droit de la victoire, qui rend esclave le vaincu dans sa personne, ou trouble sa conscience. Si le musulman ne tranche pas la tête de son prisonnier en l'honneur du prophète, il le lie à la quete de son cheval jusqu'à ce qu'il se soit résigné à l'esclavage. La sainteté des affections domestiques est profanée par les mariages multiples et par la facilité du divorce (1). La fortune du père se trouve divisée en plusieurs familles, et la tendresse maternelle, distraite par la jalousie d’épouse, est étouffée par la rivalité de marâtre. Nous frémissons au récit des fratricides habituels dans les maisons royales ; mais il faut mettre une grande distance entre les pieuses affections qui unissent chez nous les membres de la famille et la voluptueuse communauté du harem. Là l’hyménée et la paternité n'inspirent point de tendres sentiments ; les enfants trouvent à leur berceau les haines et les rancunes des mères, source de drames incessants, dont le dénoûment naturel est l'assassinat dès qu’il devient possible.
S'abstenir du vin (2) dans un pays qui n'en produit pas, jeûner des journées entières sous un ciel de feu qui obligeait à les passer dans le sommeil, étaient des privations illusoires ; mais, aussitôt que les sectateurs de cette loi se trouvèrent transportés par la force des armes dans les délicieux climats de la Perse ét de l'Asie Mineure, dans les iles où souriait une
(1) EUsÈBE DE SALLE (Voyage pittoresque, politique el historique en Égypte, Nubie, Syrie, Turquie, el en Grèce, pendant les années 1837 à 1839) raconte qu'il a rencontré un homme qui avait divorcé dix-neuf fois.
(2) Le vin est appelé, dans le Coran, mère de l'avilissement (oummoulchabai).
rant et peaux, lestine, 11840), par les édouins emer la
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abondante vendange, ces préceptes, en opposition constante avec les appétits naturels, parurent rigoureux et difficiles ; dès lors le caractère du Sarrasin, d’enjoué qu'il était, devint sombre et farouche. Le titre de musulman fut substitué à tout autre lien de tribu, de nation, de famille. Point de nom commun dans une même descendance, point d’armoiries distinctives, point de noblesse héréditaire ; sous ce système, qui pourrait songer à préparer des demeures ou à planter des arbres pour un avenir falalement aveugle et inévitable ? Le Dieu un est jaloux même de ses symboles ; aussi aucune image, aucun art d'imitation. Dieu et l’homme seulement, sans médiateur, sans cette échelle progressive qui conduit de l’'humble créature jusqu’au créateur, sans hiérarchie ni dans le ciel ni sur la terre. La prédication, cet instrument principal de la civilisation parmi les chrétiens, fut conservée ; mais l’incurable imperfection de la doctrine la rendit stérile.
Les mahométans n’eurent pas d'architecture religieuse, parce que leur foi sépare enttèrement Dieu de son œuvre, ne le fait connaître ni en lui-même ni dans ses rapports avec la création, et le relègue au fond des ténèbres inexplorables de son unité absolue. Rien n’éveilla non plus, chez les Arabes, ce besoin de remonter du phénomène à l’idée, de découvrir la raison des choses, motif principal des progrès des sciences parmi les chrétiens. Tout ce qui restait des anciennes civilisations orientales fut détruit; l'Afrique redevint barbare ; l'Europe, pour lutter contre la nouvelle invasion, dut suspendre l’œuvre de sa régénération. Une domination meurtrière s’étendit sur la plus grande partie du monde, sur les pays les plus favorisés de la nature, non pour leur infiltrer un sang nouveau, comme firent les barbares septentrionaux, mais pour arrêter tout progrès au milieu des fureurs du carnage et dans l’apathie de la fatalité. Le Coran, en devenant loi religieuse et civile, empêcha toute amélioration, même dans les lois, sanctionna l'injustice à titre de révélation divine, et repoussa quelque réforme que ce fût. L'autorité des califes n'étant point tempérée par les priviléges de l'Église ou des communes, ni par les souvenirs de libertés antérieures, resta absolue comme elle l'est d'ordinaire dans un gouvernement patriarcal ; imans et princes à la fois, ils interprétèrent le Coran, et purent couvrir l'injustice du manteau de la religion.
Aujourd'hui même que les idées de la France, les spéculations de l'Angleterre, les intrigues de la Russie, agitent l'Orient
94 | NEUVIÈME ÉPUQUE.
de toutes parts, à quoi se réduisent les réformes vantées par ceux qui les font consister à boire du vin et à changer la manière de se vêtir? Sous ce Méhémet-Ali que l’on prône, il n’y a dans toute l'Égypte d’autre propriétaire que lui, et le fellah ne peut soustraire à la mutilation ses fils destinés à être eunuques”; on condamne encore les filles séduites à être cousues nues avec un chat dans un sac de cuir, .puis jetées à la mer ; tout le royaume des Pharaons &t des Ptolémées ne contient pas au delà d’un million et demi d'habitants, en comptant les cent cinquante mille de la capitale. Que dire ensuite de l’empire ottoman, quand il n’est pas jusqu'aux décrets paternels dictés au jeune sultan qui ne respirent des idées et ne révèlent des maux qui affligeaient, il y a mille ans, la société européenne ?
Voilà les fruits tardifs mais naturels de l'Islam, qui ralentit l’œuvre des siècles, celle de la législation romaine et du christianisme, renouvela la servitude domestique et la polygamie, accompagnées des crimes qui en sont inséparables, et des maux dont la nature punit les outrages qu’on lui fait. L’esclavage fut perpétué, et le despotisme éternisé au profit de chefs exerçant, en vertu de la volonté divine, un pouvoir sans frein (1) et le droit de conquête dans toute son iniquité. Leur loi fut l’atroce raison d’État, qui rend les consciences esclaves du glaive ; qui égorge rivaux, fils, frères, pour la sûreté du premier-né ; qui ordonne de ne pas lier l’ombilic aux filles que les sultanes mettent au monde; qui envoie l’ordre de se tuer à quiconque donne ombrage; qui sacrifie la justice au bien public identifié avec le caprice du monarque, et trace ces mots dans les constitutions d’un empire établi sur les plus magnifiques contrées de l'Europe : La plus grande partie des légistes a déclaré permis à tous mes fils et descendants appelés à gouverner de faire mourir leurs frères pour assurer la tranquillité du monde. Qu'ils fassent donc ainsi (2).
(1) « La rébellion est pire que les supplices. » (Coran.)
(2) Cons!itution ottomane de Mahomet IT.
Le peu de ressources que j'ai à ma portée ne me permettant pas de tout vérifier avant de publier mon travail, dans mon constant désir de l'améliorer, je fais appel à la critique éclairée des hommes que je crois les plus capables de me conseiller ou de me corriger, principalement sur des matières où il ne m'est pas permis de puiser aux sources. Ainsi j'ai prié M. le baron de Hammer, juge compétent en tout ce qui concerne l'Arabie, de vouloir bien m'adresser ses observations sur ce livre 1X. Je consignerai ici divers points qu'il m'a signalés
ées par la ma- F il n'y e fellah à être tre couées à la ne con- 1 comp- » ensuite crets paées et ne a société
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