CHAPITRE IV
Mahomet paraît grand sans doute, mais à ceux-là qui sont en adoration devant le succès, qui se laissent éblouir par des victoires rapides, par les agitations violentes et l’extermination, seul signe par lequel le prophète ait attesté sa mission
en le remerciant de son extrême obligeance et des encouragements qu'il a daigné m'adresser. |
Quant à la critique des sources, M. de Hammer me reproche de ne pas avoir fait assez de cas du Thabéri (en effet, je ne connaissais alors que les extraits de Schultens, que j'ai cités, et non les deux volumes traduits par Rosegarten, publiés seulement en 1838); d'avoir, au contraire, attaché trop d'importance au Wakidi d'Ockley, au sujet des premières campagnes des Moslims ; car celui qui est imprimé tient beaucoup du roman, comme l’a démontré Hamaks, en le confrontant avec le véritable Wakidi, qui se trouve dans la bibliothèque de Leyde.
Sale et Sacy ne sont pas non plus, à son avis, de bons guides relativement à la religion mahométane ; ce dont il croit avoir donné les preuves dans les Annales de littérature, en parlant de l'ouvrage du dernier, intitulé : De La religion des Druses.
Il réfute la doctrine du professeur Lanci (à qui il reconnaît le mérite de lire mieux que personne les caractères cufites), au sujet &e l'existence d'une écriture imiarilique, où, comme dit celui-ci, omirène, se ru:e"rant de le prouver en passant en revue quatre-vingts vuvrages orientaux puoliés de 1836 à 1845, travail que M. de Hammer a commencé dans les Annales de littérature, imprimées à Vienne.
Je l'avais aussi consulté au sujet des diverses traductions du Coran, entre lesquelles je trouvais une extrême discordance, surtout dans la division des souras, ce qui m'avait rendu très-pénible le rapprochement des citations. Voici sa réponse sur ce point : « Je cite toujours Marraccio, qui demeure encore le meilleur texte du Coran, comme je le démontrerai dans les Annales, en parlant de la traduction de Kasimirski. Ce traducteur a suivi la nouvelle édition de Flugel, et, soit pour sa commodité, soit par esprit de protestantisme, il a préféré d'édition de Kinkelman à celle de Marraccio. Les Corans imprimés à Tébriz et ailleurs, par les musulmans, s'accordent avec celle-ci. Vous verrez, par ma critique, que Kasimirski n’est fidèle que dans les passages où il a suivi MarracGo, Les traductions allemandes sont détestables (*). »
(*) Les jugements sévères de M, de Hammer sûr les ouvrages qui ne sont pas les siens s'expliquent par les critiques très-fondées qui lui ont été adressées, notuwment par M, de Sacy. On a relevé dans ses livres d'étranges bévues; ce qui à fait dise à uu vrientaliste allemand très-distingué que M. de Haniner avait plus de réputation que de vrai mérite, (Note des traducteurs.)
divine. 11 y eut en effet quelque chose de prodigieux à voir ses compagnons se répandre de toutes parts avec la rapidité et les effets du simoun de leurs déserts ; car l’histoire ne connaissait pas encore un empire et une croyance fondés dans un si court espace de temps sur une aussi vaste étendue de territoire.
Ceux qui attribuent ce résultat à l'indulgence que l'Islam accorde aux appétits sensuels montrent peu de connaissance de l'esprit humain, inclinant de préférence vers ce qui s’offre à lui sous un aspect rigoureux. Nous croirions plutôt qu’il fut aidé par l’annonce d’une réforme des autres religions ; l’Islam joignait ainsi à l’avantage que procure l’attaque la persuasion impétueuse d’une croyance récente. Placé ensuite sur le trône dans la personne même de son prophète, il organisa la société conformément à la foi ; il imposait aux vaincus des institutions façconnées sur celle-ci, et qui créaient un pouvoir unique, absolu, et’par cela même très-cfficace pour maintenir l’accord entre toutes les partics.
Dans les pays voisins, au contraire, les Arabes et les Berbers se trouvaient fractionnés en tribus hostiles ; les Perses étaient déchirés par des discordes intérieures, à tel point que, dans l’espace de quatre années, le diadème d’Artaxar ceignit quatre têtes, et ce fut quand leurs suffrages à peine se réunissaient sur, Yezdedgerd, enfant de quinze ans, que l'armée musulmane fondit sur eux. Dans l’empire grec, la force d’une monarchie absolue et d’une ancienne civilisation était paralysée par les 1érésies et les disputes, et n’avait pour se soutenir que des bras étrangers. Ces deux derniers royaumes avaient d’ailleurs lutté Pun contre l’autre, et les victoires alternatives de Chosroës et d'Héraclius, en les épuisant tous deux, avaient préparé leur faiblesse contre un ennemi dont les forces étaient intactes. Les sujets, en outre, écrasés d'impôts, tiraillés par les factions sans cesse renaissantes, inquiétés dans leurs croyances, ne puisaient pas dans l'amour de la patrie et de leur gouvernement le courage qui fait résister à l'invasion. Les Arabes qui tombaient sur ces populations, animés par la soif du butin et du carnage,
. avides de conquérir des femmes et un paradis promis à la vic-
Intolérance.
toire, avaient à leur tête des généraux qui leur criaient : Dieu vil el vous regarde ; combattez ! Devant vous sont les houris aux yeux noirs el au sein d'albätre ; derrière vous, l'enfer.
Le prophète, tant qu’il resta faible, ne sut prêcher que la (olérance et la liberté de conscience : rien de plus doux que les chapitres publiés par lui tandis qu'il était réfugié à Médine ;
oir ses et les aissait i court ire.
am acissance s’offre qu’il fut PIislam suasion e trône société itutions ue, abl'accord
Berbers ; étaient 1e, dans nit quànissaient sulmane narshie par les des bras rs lutté sroës et leur faites. Les
carnage, à la vicit: Dieu ur'is EUX
ue la loque les Médine ;
mais il changea de langage à mesure tue ses forces augmentèrent, et le Coran, respirant la haine de toute autre croyance, voue les infidèlés à l’extermination. A ce titre, il devait être plus écouté par un peuple guerrier et sanguinaire ; quiconque adorait plusieurs dieux ou n’en reconnaissait aucun fut donc pour les Arabes un ennemi à faire disparaître de la surface de la terre. ;
Mais, comme le désespoir aurait amené une résistance indomptable, les successeurs du prophète se déterminèrent à la tolérance pour les pays situés au dehors de la péninsule. Il fut donc permis aux Indiens de conserver leurs pagodes; les chréliens et les juifs purent choisir entre l'Islam et un tribut. Conquéraient-ils un pays, le moine était délié de ses vœux, le coupable et le déserteur mis eu liberté, le prisonnier de guerre racheté, et les vaincus admis aux droits des vainqueurs, à la condition de se faire musulmans. Les enfants sont élevés dans la foi nouvelle, et les fenrmes des croyants obligées de l’embrasser ; or une profession de foi et la circoncision coûtaient si peu qu'il ne faut pas s'étonner si la religion du prophète acquérait tant de prosélytes, quand elle n'exigeait d’eux ni instructions préparatoires, ni épreuves, ni efforts de vertu, ni abdication de la raison.
Quant à ceux qui ne reniaient pas leurs croyances, ils reslient exposés aux fureurs du peuple et des soldats, aux persécutions de leurs frères apostats ; ou bien ils avaient à souffrir de l’arrogance des califes, qui, selon leur caprice, employaient comme agents de confiance des chrétiens et des juifs, ou les traitaient en ennemis.
Il fut ensuite enjoint aux chrétiens de se distinguer des autres sujets par un furban d’une couleur différente, avec défense de monter des chevaux et des mulets: ils durent aller assis sur des ânes, à la manière des femmes; la grandeur de leurs édifices privés et publics fut déterminée; on les obligea de céder la droite dans les rues et aux bains, @e ne donner aucune publicité à leur culte, et ils étaient punis de mort s’ils mettaicut le pied dans une mosquée ou tentaient de convertir un musulman. Bien des siècles se sont écoulés, les victoires et le commerce ont mêlé les nations, le zèle des musulmans s’est alliédi, et la civilisation à pénétré parmi cux; néanmoins, dans leur ville la plus éclairée, vous entendez encore l’insulte de chien de chrétien vous poursuivre à chaque pas, et votre vie : est menacée si vous osez entrer dans Damas : qu’on juge par
là de ce que les vaincus eurent à souffrir, dans le principe, de la tolérance si vantée des fils de Mahomet (1).
A peine le prophète eut-il fermé les yeux, que l’on se disputa dans Médine pour le choix de son successeur. Les Moadgériens prétendaient se réserver l'élection, comme Îles premiers sectateurs de l'Islam ; les Ansäriens, parce qu'ils l'avaient défendu. Le sang aurait coulé entre eux si Osama, qui avait son camp à Jorf, n’eût ramené l’armée, planté l’étendard sacré devant la porte du prophète et maintenu l’ordre.
La succession était disputée entre Ali, Omar et Abou-Bekr. Le premier prétendait avoir un droit héréditaire comme fils d'Abou-Taleb et comme époux de Fatime, fille unique de Mahomet; en outre, le prophète l'avait déclaré son kalife dans un temps où lambition ne faisait pas désirer un poste qui exposait à beaucoup de dangers sans procurer aucun honneur. Mais Aïscha, la femme préférée du défunt, et qui, en recueillant son dernier soupir, était devenue sacrée pour les musulmans, desservait Ali; car elle se souvenait qu'il avait refusé d'ajouter foi à sa justification, la fimeuse nuit où elle s'était égarée hors du camp.
Omar était le glaive de Mahomet, qui avait dit de lui : «Si « Dieu voulait donner à la terre un nouveau prophète, il n’en «choisirait pas d'autre qu'Omar. »
Abou-Bekr, beau-père du prophète, traité par lui avec toutes les distinctions de faveur que méritaient ses services, et chargé de faire à sa place la prière dans la mosquée quand ses forces ne le lui permirent plus, était soutenu vigoureusement par Aïscha; ill'emporta donc sur ses deux concurrents, etles scheïiks lui tendirent la main droite : cérémonie d’inauguration à laquelle fut substituée plus tard celle de ceindre l’épée à deux tranchants et de prêter le serment de fidélité. Omar, sincèrement dévoué à l'Islam, fit à la paix le sacrifice de son ambition; Ali fut contraint par les armes d’obéir ou de dissimuler ; mais une grande partie des musulmans proclama toujours ses droits, considérant les premiers califes comme des usurpateurs.
Les successeurs du prophète se contentèrent du titre de calife (kalif resoul Allah, vicaire de Dieu) ; mais, comme lui, ils réunirent l'autorité temporelle et ecclésiastique, interprétè-
(1) «'Loin de réduire en servitude les peuples vaincus, les Arabes les considéraient comme des frères, et leur donnaient part aux priviléges de la nation dominante, pourvu qu’ils embrassassent l’islamisme. Ils étaient, en outre, justes, bienfaisants, généreux. » (MULLER, Hist. universelle, liv. XII.)
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social de cette religion.
Alors cependant se réveilla'chez beaucoup d’Arabes l'amour de l’ancienne indépendance. Les habitants de la Mecque, s'étant soulevés pour établir le gouvernement d’un petit nombre, furent maintenus dans le devoir par Sohaïl, un des principaux Koréischites ; d’autres revenaient aux fêtes de l’idolâtrie, aux espérances du judaïsme, aux consolations du christianisme ; quelques-uns, encouragés par la facile réussite du prophète, méditaient de nouvelles révélations et un nouveau culte. Mo-
séilama, l’un des deux apostats qui avaient rompu avec Maho- Les deux ime met de son vivant, était un des principaux de la tribu des Posteurs.
Onéifa dans l’Yamama ; il publia des visions dans le genre de celles du Coran, et trouva beaucoup de sectateurs. Il écrivit donc en ces termes au prophète : Moséilama, apôtre de Dieu, à Mahomet, apôtre de Dicu. Qu'une moitié de la terre soit à toi, l'autre à moi.
Il lui fut répondu : Mahomet, apôtre de Dieu, à Moséilama imposteur. La terre est à Dieu ; il l'a donnée en héritage à ceux de ses serviteurs qui lui ont plu. Celui qui le craint prospérera.
Après avoir perdu toute espérance de gagner son concurrent, Moséilama s’unit d'affection et de mission avec la prophétesse Sedgiéh, et profila de l’enthousiasme qu’elle excita pour se faire des partisens, surtout lorsque la mort de Mahomet eut laissé vacant sur la terre le poste de prophète. L'Tslam n'élant pas une religion dans laquelle les différends se décident par. des discussions et des conciles, Abou-Bekr fit marcher le vaillant Kaled, fils de Walid, qui battit et tailla en pièces dix mille sectateurs de l’Onéifite, convaincu par sa défaite de n'être qu'un imposteur.
Al-Aswad, qui s'était aussi détaché de Mahomet, se disait en rapport avec deux anges. Son éloquence et son adresse lui ayant acquis beaucoup de partisans, il avait occupé l’Yémen ; inais il fut tué par les siens la nuit même qui précéda la mort du prophète. Ceux qui entreprirent de l’imiter n’eurent pas un meilleur succès.
Abou-Bekr et ses deux successeurs, une fois parvenus au siége suprême, renoncèrent aux armes, bien qu’ils se fussent montrés jusque-là de vaillants guerriers ; se considérant plutôt comme les chefs spirituels de la religion, ils chargèrent leurs généraux de la propager par les armes. Mahomet avait résolu
Droit tde guerre.
de conquérir la Syrie; Abou-Bekr, afin de réaliser ce projet, adressa cette lettre aux Arabes pour les appeler à la guerre sainte : Je
«Au nom de Dieu miséricordieux, salut à tous les vicis « croyants, et que la bénédiction soit pour vous.
« Je loue le Dieu tout-puissant, et je prie pour Mahomet son « prophète. Je vous donne avis que je m’apprête à envoyer les «croyants dans la Syrie, pour l’arracher des mains des infi- « dèles, et j'ai voulu vous informer que combattre pour la reli- « gion est un acte d’obéissance à la volonté de Dieu. »
Une foule immense et fanatisée répondit à cet appel. Le calife, l'ayant passée en revue et bénie, en confia le commandement à trois vaillants capilaines, Abou-Obéidah, Amrou et Kaleu. La première journée, il marcha à pied à la tête de l’armée, sans souffrir que personne descendit de cüeval, parce que, disait-il, le mérite est égal dans ce qu'on fait pour le service du Seigneur. Quand il prit congé de ses généraux, il leur parla ainsi : « Rappelez-vous que vous êtes en présence du Sei- « gneur et voisins de la mort. Évitez donc l'injustice et l'op-
« pression ; délibérez d'accord avec vos frères, et conservez l’a-:
« mour et la confiance de vos troupes. Comportez-vous pour la « gloire de Dieu comme il convient à des hommes, sans tourner «le dos; mais épargnez les femmes, les vieillards, les enfants, « les palmiers, le blé, les fruits et les bestiaux, sauf ce qui est « nécessaire pour vous nourrir. Avant de faire la guerre aux « peuples, invitez-les à embrasser la vraie foi; si vous con- «cluez des traités, ne les violez pas. Vous rencontrerez, en «avançant, des religieux qui vivent dans les monastères pour « servir Dieu ; ne les égorgez pas, et ne détruisez point leurs « asiles. Vous en trouverez d’autres avec la tête rasée en cou- «ronne (1); à ceux-là fendez-leur le crâne sans ménagement, à «moins qu'ils ne veuillent devenir musulmans ou payer le «tribut, »
Abou-Bekr établit, conformément aux prescriptions de Mahomet, qu'il serait fait cinq parts du butin, quatre pour l'armée, une pour les juges, instituteurs, poëtes, et pour les veuves et les orphelins. Malgré ces recommandations du calife et les prescriptions de la loi; malgré la défense de rappeler le
(1) La lonsure était le caractère distinctif des prêtres ; les moines et la plupart des laïques portaient les cheveux longs. 11 est difficile de déterminer la différence que mettait entre eux le calife; il est probable qu'il s'en tenait à des
mlnlta œrssbios donne IOUILD TUISOGU UNS
ojet, . souvenir des -anciennes différences religieuses, d’exciter des xerre troubles ou de boire du vin, il ne faut pas s'attendre à de la mo- | dération de la part de ces bandes désordonnées d’Arabes havues bitués au brigandage ; car Mahomet, en donnant pour base à la victoire l'enthousiasme de la foi et l'espoir des récompenses : son : futures, n'avait rien changé au système militaire de ses comor les patriotes. C’étaient toujours des guerriers demi-nus, combatsinfi- tantà pied avec des ares'et des flèches, ou à cheval avec la lance a reli- et le cimeterre, qu’ils maniaient avec plus d’habileté que d'art; ils déployaient une valeur particulière dans les combats corps Le Ca- à corps; du reste, exercés à piller, à faire des incursions par ande- | bandes détachées sans machines de guerre, soit pour la défense ou et d'un camp, soit pour l'attaque des murailles, ils montaient des | Le l’ar- . chevaux très-légers et très-dociles, avec lesquelsils chargeaient, : parce fuyaient et revenaient, sans se lasser. Leurs armées ne présenle ser- taient pas non ;!us une ligne compacte de guerriers, mais pluil leur sieurs corps distincts de cavalerie ou d’archers, dont l’un sucdu Sei- cédait à l’autre, renouvelant ainsi le combat plusieurs fois dans t l'op- un jour; si bien qu'au moment où l’ennemi chantait déjà vicvez l'a-- toire, il se trouvait assailli de nouveau, et finissait par céder à pour la . bout de forces.
ourner L L'armée ayant été partagée en deux divisions (1), Kaled, sur- Kalea, nfants, : nommé l'Épée de Dieu, fut chargé d’en commander une. Rendu qui est invulnérable par une tunique de Mahomet, la confiance dés yé aux guerriers le désignait pour diriger les troupes dans toutes les 15 CON- circonstances difficiles; du reste, peu lui importait de comez, en mander en chef ou de combattre comme simple fantassin, s pour pourvu qu’il servit la cause de Dieu. Il marcha contre les prinuleurs ces Al-Mondar, qui depuis plusieurs siècles gouvernaient l’Irak h cou- sous la haute protection de la Perse; bientôt il eut arboré l’énent: à tendard du prophète sur les remparts d’Hira et d’Ambar, tué ayer le le dernier de ces princes, et soumis le peuple, auquel il imposa un tribut de soixante-dix mille pièces d’or, | Cependant le doux Abou-Obéidah s'avançait sur la Syrie, siluée à l’orient du Jourdain. Les empereurs, qui l'avaient nommée Arabie pour se vanter de triomphes remportés sur des tribus indomptables, l'avaient garnie de places fortes, comme Gérasa, Philadelphie et surtout Bosra. Les habitants de cette
(1) Le meilleur récit qu'il y ait de cette expédition a pour auteur OCKLEY, Conquest of Syria, Persiu, and Egypt, by the Saracens ; Londres, 1718, Au nombre des meilleures compositions historiques est placée l'histoire des ealifes par le savant orientañste Weil, professeur à Heidelberg, 1846,
tla pluminer la ait à des
dernière ville, qui s'étaient exercés aux armes pour repousser . les incursions continuelles des Sarrasins, opposèrent une vigoureuse résistance aux quatre mille hommes qui venaient les assaillir sans machines et sans approvisionnements de vivres. Les
. assiégeants, qui ne s’atlendaient pas-à cette réception, allaient
45 juillet,
battre en retraite, quand l’arrivée de Kaled ranima le courage des troupes ; la superstition et la trahison lui venant en aide, il parvint à pénétrer dans la ville.
Sans s’arrêter, il court assiéger Damas, capitale de la Syrie, à laquelle il offre l'alternative habituelle de changer de foi ou de payer tribut: mais, malgré les prodiges d’une vaillance infatigable, les chrétiens résistèrent avec cette constance que donne un péril personnel, et avec tant ile succès qu'il fallut faire appel à tous les Sarrasins pour qu’ils vinssent tenir tête à l’armée que l’empereur Héraclius envoyait au secours de la place,
- Ce prince aurait dû se mettre alors à la tête de ses troupes comme il avait fait dans la guerre de Perse, afin d’opposer la tactique et l'accord à la furie désordonnée d’envahisseurs si voisins et si dangereux; mais, captivé de nouveau par les doux loisirs et les discussions scolastiques, il se contenta d'envoyer une armée nombreuse qui, soutenue par les traditions de la discipline romaine, prépara un choc terrible aux musulmans, réunis en masse près d'Eznadin ; néanmoins elle finit par succomber sous l'effort fanatique de gens qui se précipitaient sur l'ennemi en criant : À la mort, au paradis! et fut taillée en pièces (1).
(1) Relation de la bataille d’'Eznadim :
« Au nom du Dieu très-miséricordieux, Kaled, fils de Walid, à Abru-Bekr, successeur de l’apôtre de Dieu, Louange à Dieu, unique et seul Dieu; hors lui, il n’est point d'autre Dieu, Son proph-te est Mahomet, sur lequel puisse s'étendre sans fin la bénédiction divine, et à qui je rends d'ardentes actions de
.grâces pour avoir détruit l'idolatrie et ouvert les yeux à ceux qui vivaient dans l'erreur, Sache, à chef des fidèles ! que nous nous sommes rencontrés avec l’armée des Romains sous la conduite du préfet Verdun, qui avait juré par Jésus de vaincre ou de mourir, et qui est mort. Avec l'assistance divine, nous qui avions juré aussi de vaincre ou de mourir, nous avons vaincu. Il était décrété que nos ennemis devaient être vaincus; c'est pourquoi nous sommes demeurés vainqueurs. Louange à Dieu! Nous avons tué plus de cinquante mille ennemis ; le reste s’est dispersé comme la poudre dans le désert, Nous avons perdu quatre cent soixante-quatorze hommes, qui jouissent de la gloire céleste. J'ai écrit cette lettre le 30 du premier mois iomada, pendant que je me trouvais en chemin pour retourner d'Eznadim, où s'est donnée la bataille, à Damas. Prie pour nos prospérités ultérieures et pour nos heureux succès, Adieu ; que la paix et
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Les Sarrasins, enorgueillis de leur victoire, revinrent sur Damas, où Thomas, parent d’Héraclius, dirigea les efforts des Syriens, et soutint leur courage en élevant à la vue des deux armées un christ, avec l'Évangile aux pieds. Le siége dura soixante-dix jours ; enfin les défenseurs de la ville, à qui tout manquait à la fois, les vivres et l’espoir de secours, envoyèrent demander à traiter, Abou-Obéidah y consentit, etentra dans la ville pour arrêterles conditions; mais la vigilance des habitants s'étant ralentie durant les pourparlers, Kaled, qui regardait comme une défaite de vaincre à demi, altaqua la ville d’un autre côté, et se plongea dans le sang. Obéidah ne parvint à suspendre le carnage qu'avec les plus grandes peines, en invoquant le nom de Dieu et du prophète; il fixa le tribut au prix duquel les vaincus devaient acheter la tolérance de leur religion. Thomas et les hommes déterminés, ne pouvant se résoudre à la soumission, se retranchèrent dans un camp voisin, d’où ils s’'échappèrent ensuite; ils seraient parvenus à se sauver, si le renégat Jonas n’eût guidé sur leurs traces les Sarrasins, qui, s’avançant à cent trente milles sur le territoire romain, les atteignirent et les exterminèrent jusqu'au dernier.
Abou-Bekr mourut sans avoir eu connaissance de ce triomphe, deux ans après le prophète ; ayant régné plutôt en prêtre qu’en guérrier, il avait ordonné à sa fille Aïscha de dresser un inventaire de ce qu’il possédait, pour faire voir s’il s'enrichissait dans le califat, Le traitement qui lui avait été assigné sur sa demande consistait en trois pièces d’or, un chameau, un esclave, et chaque vendredi il distribuait aux pauvres ce qui lui restait de la semaine.
Lorsqu'il se sentit près de mourir, il chargea Omar de faire la prière, et, sur sa réponse qu’il n'avait pas besoin de cette dignité, il ajouta : Mais elle a besoin ds toi, Puis il dicla à Othman, son secrétaire, les paroles suivantes : « Au nom de Dieu «miséricordieux, Ceci est le testament qu’Abou-Bekr fit au « moment de sortir de ce monde pour entrer dans l’autre, à « cette heure où les infidèles croient, où les impies ne doutent « plus, où les menteurs disent la vérité. Je désigne Omar pour «mon successeur, écoutez-le, obéissez-lui. S'il agit avec équité, «il aura répondu à l'opinion que j'ai toujourseue de lui; sinon, «c'est à lui que les mauvaises actions seront imputées. Mon
la bénédiction soient sur toi, 4 successeur du prophète, et sur 16s Vräis mu sulmans ! »
Mort d’Abou-Bekr, 634,
À TR LR PE A A
Omar.
«intention est droite, mais je ne connais pas l'avenir; cepen- « dant celui qui fait mal sera puni. Adieu; la miséricorde et la «bénédiction de Dieu soient avec vous! »
Omar, un des Sahabéoniens, c’est-à-dire des anciens compagnons de Mahomet, fut donc salué Énir al-Mouminin, prince des croyants, et Ali lui-même ne fit aucune opposition, Comme tout l'héritage laissé par son prédécesseur consistait en un vêtement grossier et cinq pièces d’or, il déclara qu'il ne se sentait pas capable d’imiter son austérilé, bien que lui-même ne se nourrit que de pain d'orge, de dattes et d’eau. La robe avec laquelle il prêchait était raccommodée en douze endroits; un satrape perse, étant venu pour lui rendre hommage, le trouva endormi au milieu de pauvres musulmans sur les marches de la mosquée. Comme il venait de donner six mille drachmes à un mendiant, un de ses. amis lui reprocha d'aimer plus les étrangers que son propre fils ; mais il répondit : Mon fils a un père qui le nourrit, l'habille, lui prépare le nécessaire ; cet étranger ne possède rien au monde que la compassion.
Refaa d’Antioche, étant tombé au pouvoir d'Héraclius, fut interrogé par lui en ces termes : Pourquoi Omar est-il vétu si mesquinement, après avoir volé tant de richesses aux chrétiens ? — Par la pensée de l'autre vie et par ta crainte de Dieu. — Quel palais habite le calife? — Il est de terre, — Quels serviteurs forment sa cour ? — Des pauvres et des mendiants, — Quel est son trône? — La modéralion et la connaissance de la vérité, — Quels gardes a-t-il? — Les unitaires les plus braves. D'autres ajoutent qu'Omar, à qui l'on demandait pourquoi il ne s’habillait pas comme les princes qu'il avait subjugués, répondit : Ils recherchent les biens de ce monde; moi, la faveur de Celui qui est le maitre de ce monde et de l'avenir (1).
Cette économie permit aux premiers califes d'employer tous leurs trésors aux nécessités de la guerre et aux douceurs de la paix, en récompensant les vétérans de Mahomet et quiconque avait bien mérité de la patrie. Au milieu d’une simplicité qui ne les distinguait en rien du dernier des croyants, ils ne laissaient pas sentir aux musulmans le poids du despotisme auquel ils les habituaient. Ce fut ainsi, et à l'aide de son caractère inflexible, qu'Omar affermit l'Islam, dont il offrit lui-même le type aux croyants par son éloignement pour le luxe et pour toute culture intellectuelle, Il défendit la navigation, les embel-
(1) TaéopnanE, Chron. — Cénnéxes, His!, comp.
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cepenle et la
s comprince ;omme un vê- Ce sene ne se be avec its; un trouva ches de hmes à plus les ls a un À étran-
ius, fut vélu si réliens ?
— Quel rvuleurs Duel est rite, — J'autres 1e s’ha-
rs de la iconque cité qui ne laisauquel ‘tère inième le et pour embel-
lissements de l’architecture,d'usage de toute autre langue que l'arabe; il introduisit le comput de l’ère mahométane, et ordonna que tous les musulmans exerçassent une profession, sous peine d’être exclus de l'assemblée des fidèles. Il rendaitun compte exact des trésors que les conquêtes faisaient couler dans les coffres publics, et il exigeait que ses généraux fissent de même; enfin il accomplit la volonté du prophète en purgeant l’Arabie de la présence des Juifs (1).
Omar régnait depuis dix ans quand il fut poignardé par un esclave persan, nommé Firouz, qui voulut venger sur lui les malheurs de sa patrie ; il expira en chargeant six de ses compagnons les plus considérables de choisir son successeur. Les dévots musulmans coupèrent leurs cheveux en signe de deuil, pour orner son tombeau.
Ali aurait été élu à ce moment s’il n’eût repoussé la condition qui lui était faite de se soumettre, non-seulement au Coran, mais encore à la tragition; on lui préféra donc Othman, qui avait été secrétaire de Mahomet. Faible et chargé d’ans, il confia à d’autres mains le gouvernement des affaires et le commandement des armées, se laissa dominer par sa famille et par ses amis, tyrannisa ct fut tyrannisé Ini-même. Il introduisit une pompe étrangère parmi les croyants, non-seulement en bâtissant à Koufa une mosquée capable de contenir cent mille personnes, mais encore en permettant à ses courtisans le luxe et les délicatesses qu’il s’interdisait à lui-même.
Non moins dévot que ses prédécesseurs, il lisait sans cesse le Coran, prêchait régulièrement, faisait des charités; mais les temps étaient changés, et de pareilles vertus ne purent empêcher les désordres et les mécontentements d'éclater de toutes parts dans l'empire agrandi. Les séditieux se réunirent à Médine, demandant à grands cris qu'il rendit justice ou résignât le commandement. Un flot de rebelles, après l'avoir tenu pendant six semaines bloqué dans son palais, finit par l'assaillir de vive force; il fut tué, mal défendu par le Coran, qu'il avait placé sur sa poitrine.
(1) Ou ils ne furent pas entièrement expulsés, ou ils y revinrent ; car Benjamin de Tudèlé, au douzième siècle, en trouvait encore heaucoup dans le pays, sous le nom de Réchabites, et les voyageurs récents portent à environ soixante mille le nombre de ceux qu'ils ont rencontrés dans la péninsule, 11s possèdent le Pentateuque, les livres de Samuel, des Rois, d’Isaie et de Jérémie, et des petits prophètes : ils sont cireoncis, e:rants, hardis, et imposent des tributs aux caravanes, Voy, Woir.
Othman.
6 novembre,
All.
Journée
du chameau.
Après cinq jours d’ anarchie, les anciens compagnons de Mahomet tendirent leur main droite à Ali, dont ils reconnurent enfin le droit. Il se rendit à la mosquée pour faire la prière, vêtu d’une étoffe de coton rayée, la tête couverte d’un turban grossier, portant ses babouches dans une main, et s'appuyant de l’autre sur son arc. Il ne paraît pas qu'il eût participé au meurtre des deux précédents califes, 11 dit à ceux qui l’élurent ; Si j'accepte votre offre, je vous gouvernerai du mieux que je pourrai; si vous voulez m'en dispenser, je serai un des plus soumis et des plus obéissants envers celui que vous me donnerez pour maitre,
Il apportait sur le trône l’expérience des annéessans en avoir la faiblesse, et il semblait vouloir se diriger d’après les traditions du prophète; mais son règne fut d’abord troublé par la révolte de deux scheiks puissants, Talha et Zobéir : tous deux avaient aspiré au califat,l’ un soutenu par Aïscha, l’autre par les Égy ptiens, etils prétendaient alors obtenir pour prix de leurs services l'Irak et la Syrie, dont ils $’emparèrent de vive force. Aïscha, ennemie irréconciliable d’Ali, fit courir le bruit qu'il avait été complice du meurtre d’'Omar et d'Othman, et, révérée qu'elle était comme la mère des fidèles, elle donna à la cause des rebelles un caractère sacré,
La guerre civile était inévitable; on en vint donc aux mains, et Ali l’emporta dans la bataille de Bassora. Talha et Zobéir furent tués; Aïscha, qui suivait l’armée sur un chameau, fut faite prisonnière, et envoyée, sans qu’on lui adressât aucun reproche, auprès du tombeau de son époux,
Mohawiah , fils d'Abou-Sofian, fut pour Ali un plus redoutable adversaire, Soutenu par les Syriens, par Amrou, gouverneur d'Égypte, et par la famille des Ommiab, il se proclama le vengeur d'Othman, dont il fit exposer sur la chaire de Damas le cafetan ensauglanté, avec les doigts coupés à sa femme, qui voulait le défendre, I prit dans cette ville le titre de calife, leva des troupes, et rencontra, près de l’Euphrate, l’armée d’Ali. Les deux rivaux restèrent cent joursen présence; il répugnait à l'un et à l'autre d'engager une lutte dans laquelle devait couler des deux côtés le sang des fidèles. Ali notamment enjoignit aux siens, sous les peines les plus sévères, de ne pas attaquer, et de
se borner à repousser l’agression, d’épargner les fuyards et de
respecter les prisonniers. Il proposa à l'ennemi de terminer le différend par un duel, qui fut refusé, C'était générosité de sa
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monta à cheval et s’élança intrépidement dans la mêlée, l'épée à deux tranchants à la main, s’écriant à chaque tête qu'il faisait rouler, Allah akbar (Dieu est vainqueur) ! cri que l’on entendit répéter quatre cents fois.
Mohawiah, de son côté, portant le Coran élevé au bout de
sa lance, disait qu’il en appelait à ce livre de la justice de sa
cause; or les musulmans timorés déscrtaient vers lui, et le gendre du prophète se vit contraint de soumettre ses droits à un arbitrage. Amrou, choisi par Mohawiah, et Mousa par Ali, décidèrent que l’un et l’autre déposeraient la dignité de calife, afin qu'il pôt être procédé librement à une nouvelle élection, Mousa proclama donc, conformément à ce qui avait été convenu, l’abdication d'Ali; mais alors Amrou, usant de ruse, r2, fusa d’en faire aütant pour Mohawiah, qu’il salua même calife unique.
Tant de déloyauté ralluma la guerre,. et l'Irak et l'Arabie furent inondés de sang, L'autorité se trouvait partagée entre Ali, Mohawiah et Amrou, indépendamment d’un parti de carégiles fanatiques, qui se vantaient de vouloir conserver la pureté de l’Islam. Trois de ces derniers, discourant entre eux de ces divisions, convinrent d’y mettre un terme en tuant chacun un des trois chefs qui se faisaient la guerre. Au lieu d'Amrou, un des siens, assis en ce moment à sa place, reçut le coup mortel, Mohawiah fut seulement blessé; le troisième réussit seul à bien diriger son coup, et Ali expira à l’âge de soixantetrois ans,
Les sounnites le considèrent comme l’un des quatre premiers saints ; mais les schyites, le reconnaissant comme le seul héritier légitime du prophète, maudissent les trois autres, et révèrent comme des saints les assassins d’Omar et d’Othman. Le tombeau d’Ali, caché d'abord pour soustraire ses restes aux outrages de ses adversaires, devint plus tard un objet de vénéralion à Koufa, où les Perses, schyites fidèles, vont le visiter dévotement. Le prophète avait dit : « Je suis la cité de la doc- «trine; Ali en est la porte. » Ils le considèrent en conséquence comme le plus grand homme que lArabie ait produit après Mahomet, On conserve un livre de poésies qui lui est attribué, et dans lequel se trouvent des sentences remarquables :
« Si quelqu'un veut être riche sans posséder les biens de la « fortune, puissant sans avoirde sujets, sujet sans avoir un maî- «tre, qu'il renonce au péché, qu'ilserve le Seigneur, et il aura “ satisfaction pour ces trois désirs. »
Conquêtes.
« Dieu envoya deux médiateurs entre lui et les hommes : le « premier: (Mahomet) est mort; le second restera pen «lement avec eux : c’est:la prière: »
Il disait encore : « La meilleure. intoreeksir pour un coupa- « bleet la meilleure pénitence, c’est de confesser sa faute (4). »
Dans cet intervalle de temps, les triomphes les plus éclatants avaient été remportés. Quand Omar apprit la prise de Damas (2), il loua la valeur de Kaled, mais improuva sa témérité et lui retira le commandement. Les musulmans s’avancèrent alors contre Héliopolis (Balbek) et Émèse; mais, réunissant désormais à leur courage fanatique l’habileté.et la ruse, ils obtinrent là et ailleurs de nouvelles victoires, et s’enrichirent des dépouilles de cette contrée fertile, habitée par une population nombreuse. Un de leurs jeunes guerriers s’écriait, en montant à l'assaut d'Émèse : ,« IL me semble voir les houris fixer sur « moi leurs yeux noirs; elles sont si belles que, si une d’elles «se montrait à la terre, elle ferait mourir tous les hommes « d'amour. J’en aperçois une avec son voile de soie verte et.sa « guirlande de pierres précieuses sur le front ; elle me fait signe «et m'appelle: Viens, me dit-elle, viens vite, je lanquis pour toi!» C'est ainsi que la vaillance des musulmans était excitée. .
Deux années ne s'étaient pas écoulées, que la plaine de l’0ronte et la vallée du Liban étaient soumises. Héraclius, s’apercevant qu'il ne s'agissait plus d’incursions, mais de conquêtes, résolut de tenter le plus grand effort dont l'empire fûüt.capable. Il réunit, tant de l’Europe que de l'Asie, quatre-vingt mille combattants, auxquels se joignirent soixante mille Arabes chrétiens de Gassan; mais il ne vint pas en personne se mesurer avec Ka/ed, qui avait recouvré le commandement au jour du danger. Les deux armées combattirent à Jermouk, et l’on vit Kaled s'acquitter tour à tour dans cette bataille des devoirs d'un grand capitaine, d’un dévot fervent et d’un infirmier charitable. Des deux côtés, le courage et Pobstinationtinrent longtemps la victoire en balance ; mais enfin le labarum fut abattu devant l’étendard du prophète.
(1) Les musulmans ne font point usage de la confession; mais ils s'accordent à lui attribuer une grande efficacité, Abou Alwuat, un des premiers contemplateurs ou sofis, a écrit un traité de morale dans lequel il prouve que le premier degré de la pénitence est de faire l’aveu de ses fautes ; et il s'appuie sur le ch, 57 du Coran : Confesser à Dieu ses péchés avec un vérilable repentir, en fera obtenir le pardon; car Dieu est miséricordieux et juste.
(2) Voy. ci-dessus, page 102,
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PREMIERS CAËBIFES. 109
Là Syrie:sé trouvant désormais sans défense, les musulmans la parcoururent en maîtres et marchèrent sur uné ville également sacrée pour eux, pour les chrétiens et pour les juifs. Abou Obéidah, étant arrivé avec toute l’armée dans la plaine aride qui entouré Jérusalem; envoya à ses habitants la sommation ordinaire : «Salut et félicité à ceux qui cheminent dans la bonne voie. Nous vous ordonnons.de déclarer qu'il n’y a qu'un Dieu, et que Mahomet est son prophète; sinon, payez un tribut et deveriez nos sujets; ou bien je conduirai contre vous des hommes pour qui la mort est plus agréable qu’il ne l'est pour vous de boiré du vin ct de manger de la chair de porc.»
Les victoires d'Héraclius, après avoir réparé les souffrances de la cité de David, lui avaient rendu, comme trophée, le bois de la croix sainte, qui faisait espérer dés miracles et encourageait à la défense ; mais, après quatre mois de siége, le patriarche, voyant qu il n'y avait aucun secours à attendre, proposa de rendre la place, à la condition que la capitulation aurait pour garantie l’autorité et là présence d’Omar.
La sainteté de la ville et son importance parurent au. calife mériter qu’il vint en'prendre possession. Il partit donc de la Mecque sur un chameau avec toutes ses provisions, consistant en un sac d'avoine, un: autre de dattes, un tailloir et une outre pleine d’eau; se dirigeant ainsi en pèlerin vers la ville des prophètes, il rendait la justice sur sa route et réprimait les mauvaises mœurs. Aÿant rencontré des tributaires qui, pour n’avoir pas
payéce qu’ilsdevaient, étaient exposés parleur maître à l’ardeur
brûlante du soleil, il lés fitdélier et les renvoya, ajoutant qu’il avait entendu dire par le prophète : «N’affligez pas les hommes dans
«ce monde, ou vous $erez punis au jour du jugement. » Plus’
loin, on lui amena un Arabe qui avait épousé, conformément à l'ancien usage du pays, des sœurs nées du même père ét de la même mère. Omar lui ayant représenté que l'Islam défendait de pareils mariages, il se repentit de l'avoir embrassé ; alors le calife le frappa de sa canne sur la bouche, et l’obligea à laisser l’une des deux, avec défense, sous peiné d’être lipidé comme adultère, de toucher à celle qu'il abandonnerait. Il trouva aussi un vieillard qui, pour se faire puiser de l’eau, donner à boire à ses chevaux et obtenir d’autres services, livrait sa femme à un jeune homme, chacun la possédant à son tour pendant vingt-quatre heures, Omar le réprimända, et menaca de mort le jeune homme s’il approchait davantage de cette emme,
Siège de Jérusalem
Arrivé à Jérusalem, il signa la capitulation (4), et entra dans la ville saintè en s’entretenant avec le patriarche Sophronius. Surpris par l'heure de la prière dans l'église de la Résurrection, il refusa d’y faire l’oraison, afin de ne pas fournir un exemple et un prétexte aux futurs musulmans qui, en prétendant prier dans le même lieu que lui, auraient troublé la religion‘des autres; puis il ordonna de construire, sur l’emplacement du temple de Salomon, une mosquée qui porte encore le nom d’Omar. |
De retour à Médine, il divisa l'armée en deux corps, dont lun, ayant pour chefs Amrou et lézid, eut ordre de soumettre le reste de la Palestine; l’autre, commandé par Abou Obéi-
(1) I, Les chrétiens de la noble cité, en se rendant aux musulmans, conser: veront l'exercice public de leur religion, mais ne pourront édifier de nouvelles églises dans la ville ni sur son territoire.
IH. Les chrétiens n'exéluront pas les musulmans des églises, afin que ceux-ci observent si dans leurs réunions il n’est rien tramé contre la sûreté publique.
TT. Les habitants devront tenir ouvertes leurs maisons à toute sorte de voyageurs et de pèlerins, pour qu'elles puissent leur servir de logement.
IV. Si un voyageur musulman n'avait pas de quoi Se nourrir, les chrétiens seront obligés dé lui fournir des vivres gratuitement, mais non pour plus d’un jour, à moins que, par maladie ou par fatigue, il ne pût poursuivre son voyage.
V, Les. chrétiens ne devront pas parler avec mépris du Coran à leurs en: fants, ni empêcher aucun d'eux d’embrasser l’islamisme.
VI. Les chrétiens auront le respect convenable pour Jes musulmans, aux quels ils devront céder le poste d'honneur.
Vil. Is ne s'habilleront jamais à la musulmane. Les formules ordinaires des saluts leur seront interdites, comme aussi leurs noms et leurs prénoms devront être différents de ceux des vrais croyants.
VIII. Lés montures des chrétiens seront des ànes ou des mulkts, et ils ne portercnt point d'armes. 1ls n'emploieront point les caractères arabes dans les inscriptions sur leurs églises, leurs maisons, non plus que sur les sceaux.
IX. 11 leur sera interdit de vendre du vin où d'autres liqueurs enivrantes, sans une permission spéciale. Ils ne pourront laisser courir les pourceaux dans les rues.
X. 118 porteront des vêtements de deuil et une ceinture de cuir noir autour des reins, tant dans la ville qu'en voyage.
XI. Ils ne pourront ériger de croix sur les églises, ni sonner r les clothes, mais seulement les frapper; et lorsqu'elles seront brisées, ils ne pourront les refondre.
XI Is n'epieront pas les actions des musulmans, et ne se feront point délateurs.
XHIL Ils devront payer exactement le karacht (tribut) imposé à tous les i in-
. fidèles en âge de puberté.
XIV. Ils reconnaîtront à perpétuité l'autorité des califes, et jamais ils ne
feront rien contre elle, soit directement, soit indirectement,
XV. Le calife assure aux chrétiens la vie, leur fortune et la liberté de leur cuite. La protection de l’empereur des tidèles sera immédiate et perpétuelle,
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autour
PRRMIERS CALIFES. ait
dâh ut Kaled, alla attadtier Antioche et Alep. Cette dernière ville dut à sa prompte soumission des conditions plus favorables ; la citadelle, que se défendit avec vigueur, fut emportée par surprise.
Si Héraclius avait eu lé courage de se mettre à la tête de ses armées, alots que la valeur des Syriens semblait renaître pour la défense de leur patrie, il aurait pu réfouler dans l’Arabie ce torrent, qu’il ne fut plus possible d'arrêter lorsqu'une fois il eut rompu ses digues. Mais il s'était entiché follement d’une nouvelle hérésie, et, quand le nuage grossit, il ne sut que se prosterner devant les autels d’Antioche, en implorant miséricorde pour ses péchés ét pour céux de son peuple ; il s'enfuit ensuite de la Syrie pour se réfugier à Constantinople. Antioche ouvre alors ses portes. Le prince Constantin, qui avait quarante mille hommes de troupes fraîches dans Césarée, découragé par la fuite de son père, va chercher un asile auprès de lui, au lieu de marcher contre le calife. Abandonnés à eux-mémes, les Césaréens se soumettent aux musulmans, qui bientôt occupent Tyr, Tripoli, Ramla, Ptolémaïs, Sichem, Gaza, Ascalon, Bérÿte, Sidon, Gabala, Laodicée, Géropolis, enlevés pour toujours à l'empire qui, sept siècles auparavant, les avait dépouillées de leur liberté. Seuls, les Mardaïtes, peuplade bélliqueuse, fixée dans les relraites inaccessibles du Liban et dans les montagnes entre Mopsueste et la quatrième Arménie, surent conserver leur indépendance, et chassèrent les musulmans de l’Asie Mineure.
La guerre, accompagnée d’ailleurs de toutes les horreurs inséparables des guerres de religion, coûta cher aux vainqueurs, moissonnés au nombre de vingt-cinq mille par une épidémie. Que leur importait ? n'étaient-ce pas autant de martyrs de la foi ? leurs âmes ne trouvaient-elles pas un asile dans le gosier des oiseaux verts qui se nourrissent des fruits du paradis et s’abreuvent à ses fontaines ? D’autres ne tardaient pas à remplir les vides laissés dans les rangs ; aussi vit-on les musulmans franchir, dans les anhées qui suivirent, les cimes du Taurus, soumettre la Cilicie ét faire trembler la cité de Constantin. Lorsque ensuite Othman eut permis ce qu’Omar avait défendu, Mohawiah, nouveau gouverneur de la Sÿrie, fit construire, avec les bois fournis par les forêts du Liban, une flotte de mille sept cents voiles, avec laquelle il domina dans la Méditerranée; il saccagea Carthage, puis Chypre, les Cyclades et Rhodes, où les débris du fameux colosse du Soleil furent vendus à un juif
" Perse.
16 juin.
d'Édesse, qui les chargea sur neuf cents chameaux (1). Enhardi par ses succès, il attaqua la flotte grecque, commandée par Constant IT, et l’anéantit à la bataille de Jecoubé.
Constantinople s'attendait d’un instant à l’autre à voir l’ennemi fendre les flots de l’Hellespont, et Mohawiah s’apprèétait réellement à tenter l’entreprise, quand il apprit la mort d'Othman; il conçut alors l’espoir d'arriver au califat, et la guerre civile qui suivit arrêta les expéditions contre les Byzantins.
Les armes musulmanes se signalaient en Perse par d’autres victoires, Chosroës avait employé toutes ses forces contre l'empire grec, et les rapides triomphes que remporta sur lui Héraclius prouvent combien cette puissance, sous des apparences pompeuses et malgré sa grande extension, était énervée ou faible par défaut de cohésion. Ce prince ayant voulu, vers la fin de sa vie, substituer Merdézas à Siroës, son fils ainé, pour lui laisser la couronne, avait mécontenté les soldats, qui favorisaient Siroës : ils s ’emparérent donc de sa personne, et le déposèrent après un règne de trente-neuf ans, comme luimême avait déposé son aïeul Hormisdas. Plongé dans un cachot, le cou et les bras chargés de chaînes, il vit ses autres fils massacrés sous ses yeux, et lui-même fut ensuite percé à coups de flèches (2).
Siroës ouvrit des négociations avec Héraclius, par suite desquelles tous les prisonniers perses furent remis en liberté ; mais la mort de Siroës vint bientôt détruire l’espérance de la paix.
Il eut pour successeur Adeser, âgé de sept ans, : lequel fut égorgé six mois après par Sarbazas, général de Chosroës, qui s'empara du diadème. Son règne fut troublé par la «<rainte continuelle que lui inspira se finille œui, en effet, provoqua une guerre civile, dans le con: colle plus: :"s princes furent tour à tour élevés au 04 4ar ci mis à mort. Enfin le peuple s’entendit pour donner la couronne au jeune Yezdedgerd I, petit-fils vrai ou supposé de Siroës. Les Perses datèrent
du règne de Siroës une ère nouvelle, commençant dix jours
après la mort de Mahomet,
(1) Exagération à joindre à toutes celles que l'on trouve dans ce récit,
(33 1 reste encore du Taht-i-Kosrou, ou palais de Chosroës, un grand porique de 85 pieds de haut sur 76 de large, et de 148 pieds de longueur, que l'on prétend s’être fendu dans la nuit même où naquit Mahomet.
pui:
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’enprêénort ot la By-
atres l'eniérances e ou rs la pour favoet le e luiin Caes fils oups
PRÉMIERS CALIFES. 113
- Les Arabes avaient déjà menacé la Perse du vivant du prophète; ils l'attaquèrent alors directement, et son roi, qui ne comptait encore que troislustres, confia le tablier du forgeron au vaillant et voluplueux Roustam, lequel rencontra les musulmans dans les plaines de Cadésia; la bataille se renouvela plusieurs jours ; enfin la tête de Roustam, élevée au bout de la lance d’un Sarrasin, détermina la fuite des siens, et la victoire resta aux envahisseurs.
Maitresde l'Irak (l’Assyrie), les califes fondèrent la ville de Bassora, un peu au-dessous du confluent du Tigre avec l’Euphrate, dans une position avantageuse pour le commerce de l’Inde. Ces Perses, si formidables aux Romains, ne surent pas alors défendre contre les Arabes, peuple errant et étranger à l’art de la guerre, les Deux- Villes, comme ils appelaient Modaïn, formée de Séleucie et de Ctésiphon, l’une placée à l’occident, l’autre à l’orient du Tigre. Certaines prophéties annonçaient que la fin de l'empire perse serait venue quand les brigands du désert pénétreraient, après une faible résistance, dans la capitale du peuple le plus riche. Là, en effet, on admirait des palais d’or, des trônes d’or, des salles resplendissantes d'or, des tapis d’une immense grandeur et d’une valeur 'inappréciable ; les pierreries, tirées de toutes les parties du monde, etles perles pêchées dans les mers voisines s'y trouvaient à profusion. L’Arabe vainqueur, pour exprimer l’immensité de ces richesses, dit y avoir trouvé pour trois mille milliers de millions de pièces d’or (1). On amena à Omar un mulet portant la tiare, la cuirasse, la ceinture et les bracelets de Chosroës. Le brigand au teint cuivré voulut essayer ces splendides ornements, et ses compagnons ne purent s'émpêcher de rire en les voyant sur lui; les plus dévots se rappelèrent alors que le prophète avait dit : Celui-ci ceindra les bracelets de Chosroës. TI fit jeter dans le Tigre la bibliothèque royale. On lui apporta un tapis en soie de soixante coudées en carré, tout chargé de précieuses broderies, et l’ignorant Arabe, afin d'accomplir exactement la loi, le fit couper en morceaux pour être distribué entre ses compagnons; or le seul fragment qui échut à Ali fut vendu vingt mille drachmes.
De même qu'Ecbatane ct Babylone avaient succédé à Ninive, puis Séleuvie et Ctésiphon, toutes vastes cités qui s'étaient élevées et avaient disparu commeun campement, Modaïn aban-
aigus AU
HSE. UNIV, — VUE.