‹ Histoire universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 31 sur 79 · LE EAU DÉS · texte numérisé non relu

LE EAU DÉS

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« clefs de saint Pierre, que je t'envoie en signe de règne (1), « hâte-toi de nous venir en aide, fais éclater ta foi, et accrois « de la sorte la renommée que tu t’es faite dans le monde, « afin que le Seigneur t’écoute aussi dans l’affliction, que le « nom du Dieu de Jacob te protége, et que nous puissions en « paix prier jour et nuit l'Éternel pour toi et pour ton peuple « sur le tombeau des saints Pierre et Paul. »

On peut supposer que le porteur de cette lettre avait reçu des instructions verbales, à l’effet de s'entendre avec Charles pour faire passer de l'empire à lui la souveraineté de Rome ; mais rien ne vient appuyer cette opinion. Le pape dut même adresser de nouvelles instances à Charles, qui finit par envoyer des ambassadeurs à Luitprand; mais, tandis que l’on négociait, le maire du palais, le pape et l’empereur moururent tous les trois.

Zacharie, qui fut alors élevé au saint-siége, était Grec, généreux, aini de la paix et de la concorde; s'étant rendu de sa personne à Terni, il sut, à force de bienveillance et de douceur, amener le roi Lombard à promettre de restituer les villes qu’il avait prises. Trasimond, duc de Spolète, se voyant abandonné par les Romains, se livra lui-même à Luitprand, qui Penferma dans un monastère. Grégoire, duc de Bénévent, fut massacré par le peuple soulevé, au moment où il cherchait à s'enfuir en Grèce. Luitprand donna les deux duchés à deux de ses parents ; puis, trahissant ses promesses, il retint toutes les villes qu’il avait occupées, et envahit même de nouveau l’exarchat ; mais le pape fit si bien qu'il ramena la paix.

Lorsque Luitprand eut cessé de vivre, les Lombards déposèrent Hildebrand, son collègue, et prirent pour chef Rachis, duc de Frioul, qui ne tarda point à porter la guerre dans l'exarchat. Le pape intervint encore, et non-seulement il le fit renoncer à son entreprise, .mais il toucha à tel point son âme qu'il alla s'enfermer dans le monastère du mont Cassin, qui venait d’être reconstruit, et où s'était retiré peu auparavant Carloman de France. Tasia et Rotrude, sa femme et sa fille, entrèrent aussi dans un couvent.

Astolphe, frère de Rachis, porté au trône par le vœu public, reprit les hostilités contre les Grecs; guerrier habile, il les conduisit avec tant de bonheur que, s'étant rendu maitre en

(1) Ad regnum, qui indique peut-être l'acquisition du royaume céleste. On trouve dans quelques textes ad rogum, c'est-à-dire pour prière

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deux ans de la pentapole et de lexarchat, il transporta le siège d: son royaume de Pavie dans la ville impériale de Ravenne. L’exarque Eutychius se réfugia à Naples, et fut le dernier qui gouverna l'Italie grecque, où les possessions restées à l'empire se réduisirent aux deux /hémes (provinces) de Sicile et Calabre. D'autre part, les ducs de Naples, de Gaëté, de Bari et d’autres villes restèrent présque indépendants, sous là suprématie nominale ‘du stratége de Sicile.

La possession de l’exarchat Les à Astolphe un motif suffisant pour s’en attribuer toutes les dépendances et Rome ellemême ; ilenjoignit donc au sénat et au peuple romain de lui rendre obéissance comme au maître de Ravenne, sommation qu'il appuya d’une armée nombreuse. Étienne If, qui avait succédé au pape Zacharie, l’amena, par des présents et des prières, à consentir à une paix de quarante années; mais quatre mois s'étaient à peine écoulés qu'il la rompit, et imposa

aux: ‘un tribut annuel, jusqu'au moment où il lui plairait de : : ce duché à son royaume. Le pape eut d'abord

recours aux prières et conduisit dans Rome une procession où lui-même, marchant pieds nus, portait une de ces images du Christ qui n'étaient point faites de main d'homme. Le peuple, couvert de cendres, suivait, en gémissant, une croix à laquelle était suspendu le traité de paix violé par les Lombards. Étienne envoya ensuite l’abbé du mont Cassin et d’autres prêtres vers Astolphe pour le ramener à de meilleures dispositions; mais ce prince les traita avec dédain, leur enjoignant de retourner dans leurs couvents sans même revoir le pontife. L'empereur Constantin Copronyme, qui, dans son entêtement à abolir les images, n'avait cessé de tourmenter le pontife par les bons offices duquel son autorité s'était conservée en Italie, ne prit alors d'autre mesure que d'envoyer le silenciaire Jean avec des lettres. Le pape fit conduire l’envoyé à Ravenne par son propre frère, en le chargeant de supplier de nouveau Astolphe de consentir à restituer l’exarchat aux Grecs ; mais ce fut en vain. Les armements et les menaces redoublèrent (1). Étienne écrivit à l’empereur pour le décider à venir défendre l'Italie (2); mais il était bien plus occupé d'argumenter contre le culte des ima-

(1) Fremens ut leo, pestiferas minas Romanis dirigere non desinebat, asserens omnes uno gladio jugulari, nisi suæ sese subderent ditioni, (ANAST, Biuz., Vi, Steph., WU)

(2) Doprecans iiperiatem Cicmentiam, ut, juæta id quod el sæpius scripseral, cum exercitu ad tuendas has [taliæ partes modis omnibus

ges et de tuer 135 moines qui les défendaient, que de tenir tête aux Lombards et aux Sarrasins.

Que pouvait faire de plus le pape? Se souvenant de Grégoire Ilt il eut recours à Pépin, duc des Francs, qui, l'écoutant plus volontiers que n'avait fait Charles Martel, envoya le duc Autharis et Crodegang , évêque de Metz, pour l’inviter à passer les Alpes, Le pape, tentant un dernier effort, se rendit avec les ambassadeurs francs et le silenciaire Jean à la cour lombarde ; mais Astolphe resta inébranlable dans sa résolution. Jean repartit une seconde fois pour l'Orient sans avoir rien obtenu, et le pape s’achemina vers la France, où il fut accueilli avec ce respect sincère que le peuple accorde toujours à la vertu persécutée.

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