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CHAPITRE XII

L'Italie ne présentait pas plus que la France de stabilité dans ses institutions civiles. Les Lombards en avaïent occupé tune grande partie dans le premier élan de l'invasion fais, si le partage qu'ils en firent entre plusieurs ducs servit à les consolider, il les empêcha d’en achever la conquête. Le roi étant choisi parmi ces différents seigneurs, sans droit héréditaire, il en résultait une révolution à chaque vacance ; puis les ducs, en favorisant l’un ou l'autre des compétiteurs, s'attribuaïent des priviléges plus considérables, si bien que ceux de Bénévent et de Spolète agissaient avec une pleine indépendance. Tous ne désiraient qu’une seule chose, se tenir tranquilles et rester maîtres absolus dans leurs domaines, où bien faire la guerre, non par Pordre du roi, mais pour augmenter leurs franchises ou leurs richessés; aussi était-ce à grand’peine que les rois pouvaient les entraîner contre les Grecs pour les expulser de l'ftalie, ou contre les Francs, qui Pinquiétaient sans relàche, soit par instinct naturel de pillage, soit à l’instigation des empereurs d'Oreint. Dépourvus de marine, les Lombards ne pouvaient empêcher ces monarques d'envoyer des secours à leurs garnisons, secours faibles, si l’on veut, mais transportés facilement où le besoin s’en faisait sentir. Jamais les Lombards ne cessèrent, même après qu'ils eurent embrassé la religion catholique, d’être considérés comme des étrangers; car, outre qu'ils ne se mélaient point avec les Romains, ils ignorèrent combien il leur importait de se concilier le clergé. I n'y avait donc pas à espérer qu'ils réunissent l’Ilalie entière sous une domination assez forte pour résister, el assez bien organisée pour se faire aimer.

Exarchat,

Les traditions de l’ancien empire se conservaient dans la partie soumise aux Grecs. L’exarque étendait son administration sur la Romagne, sur les vallées marécageuses de Ferrare et de Commacchio, sur cinq villes maritimes, depuis Rimini jusqu'à Ancône ; sur une autre pentapole, entre la rive de l’Adriatique et le versant des Apennins; sur Rome, Venise et presque toutes les villes maritimes (1). Quelques villes, comme Venise, s'étaient affranchies de toute dépendance ; d’autres, continuellement menacées, étaient de temps à autre envahies parles Lombards. Les exarques profitaient, pour s’en ressaisir, du moment où ce peuple se trouvait engagé dans des guerres étrangères ou civiles ; mais bientôt ils étaient resserrés dans leurs étroites limites, sans jouir jamais de la paix, réduits à renouveler chaque année des trêves, à les acheter parfois au prix d’un tribut de trois cents livres d'or. Manquaient-ils d’argent pour les payer ou entretenir leur armée, ils couraient sur Rome afin de piller le trésor de l'Église, ou saccageaient le sanctuaire de Saint-Michel, sur le mont Gargan, très-révéré des Lombards.

Ravenne, résidence des exarques, assise au milieu des marécages et facilement secourue par les flottes grecques, se soutint toujours contre les barbares. A l'intérieur elle était régie par les institutions municipales du Bas-Empire, et distribuée en écoles pour les milices urbaines. Un usage insensé s'y conserva durant plusieurs siècles, et finit par avoir des résultats déplorables. Le dimanche, vers la fin du jour, jeunes et vieux, même les enfants et les femmes, de toute condition, sortaient de la ville, et là, partagés en écoles selon les quartiers, ils se mettaient à se lancer des pierres jusqu’à se blesser et à se tuer. En l’année 696, l'école de la porte Tigurienne défia celle de la poterne de Sommovico : les premiers, ayant eu le dessus, poursuivirent les autres à coups de pierres avec tant de fureur que plusieurs perdirent la vie. Ils débarrassèrent la porte qu'on avait fermée sur eux, et traversèrent en triomphe le quartier

(1) Durant la domination lombarde, le nom d’exarchat a une double signifcation ; dans le sens le plus étendu, il indique toutes les provinces d’Italie soumises à l'Empire, et nommément la Vénétie, partie des côtes liguriennes, l'Émilie orientale, la Flaminie, le Picentin occidental et le duché de Rome ; dans le sens restreint, il désigne la partie orientale de l’Émilie et la Flaminie, c'està-dire la Romagne actuelle ; il est distinct de la Pentapole, qui correspondrait aujourd'hui au duché d’Urbin avec une partie de la Marche d'Ancône, ainsi que du duché de Rome, qui comprenait une partie de l’Étrurie, avec la Sabinie, la

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des vaincus. Les deux partis sortirent de nouveau le dimanche suivant, et bientôt le jeu se changea en une mêlée terrible, dans laquelle beaucoup des combattants de la poterne tombèrent frappés mortellement, bien que la loi fût d'accorder quartier à quiconque demanderait merci. Ceux de la poterne conçoivent alors un projet de vengeance atroce ; feignant une réconcilialion, ils invitent chacun quelques Tiguriens à dîner, les égorgent à table, puis les jettent dans les cloaques ou les cachent ailleurs. Toute la ville frémit de cette scélératesse et fit entendre des gémissements. L'archevêque Damien ordonna un jeûne de trois jours et une procession, où il se rendit lui-même avec son clergé et les moines, tous pieds nus, revêtus d’un sac et couverts de cendres ; les laïques suivaient, puis les femmes, sans ornements ; enfin venaient les pauvres, tous implorant à grands cris miséricorde. Après ces trois jours, on rechercha les cadavres, que l’on ensevelit; les meurtriers furent punis; on brûla leur mobilier, personne ne voulant se l’approprier, et l’on détruisit le quartier, désigné depuis sous le nom de quartier des Assassins (1).

Un autre pouvoir restait en Italie, surgissant à peine, mais qui devait se développer dans le cours de ce siècle, et jeter des racines durabies au milieu des ruines des autres. Les papes s'étaient toujours montrés opposés à la domination lombarde et désireux de conserver à l'empire les provinces envahies. Grégoire le Grand avait employé à cet effet autorité, éloquence, argent, intrigues; ses successeurs suivirent son exemple, et, chaque fois qu'ils furent menacés par les Lombards, ils réclamèrent aussitôt les secours de Constantinople (2). Conservant envers l’empereur la soumission contractée lorsque Rome était la capitale du monde, ils lui demandaient la confirmation de leur élection, lui payaient certaines rétributions, et avaient à sa cour un apocrisiaire pour traiter de leurs affaires ; mais leur dépendance allait toujcurs diminuant à l'égard de souverains éloignés et d'exarques faibles, que le peuple voyait de

(1) AGNeLuI, Vilæ episc. Ravenn., R. 1. Scn., t. II.

(2) Aux historiens d'Itaie déjà cités il faut ajouter surtout :

Anasr, Bip, Vi/æ pontificum romanorum, KR. I. Script.

Cenni, Monumenta dominationis pontificiæ ; Rome, 1761, Ce sont les lettres des papes, depuis Grégoire III jusqu'à Adrien Ier, adressées à Charles Martel, Pépin, Carloman et Charlemagne,

Onsi, Deli origine del dominio della sovranità de roman pontéfict; Rome, 1789,

Septembre.

mauvais œil, Ainsi l'autorité des papes, qui se trouvaient à la tête des institutions municipales conservées dans la ville, rendait presque nulle celle du duc de Rome, et approchait d'une espèce de souveraineté. La puissance des pontifes à l’intérieur s'augmentait par l'effet de son immense agrandissement au dehors. Les riches donations faites à l'Église, même dans des contrées éloignées, les plaçaient parmi les principaux propriétaires dans les nouveaux royaumes, où la possession du sol était la source de l'autorité politique. Nous avons vu les missionnaires partir directement de Rome pour l'Angleterre ; beaucoup sortirent plus tard de cette île avec l’ardeur de nouveaux convertis, afin de propager le christianisme, comme Colomban, Wilibrod, Rupert, Wilfrid, Les nouvelles Églises, ne pouvant se vanter d’être les égales ou d'approcher seulement de l'Église romaine, ni pour l'ancienneté ni pour l’origine apostolique, s’inclinaient devant les pontifes avec un dévouement absolu. Puis, comme les conversions étaient une œuvre de civilisation, et qu’elles garantissaient autant que possible les royaumes constitués contre les invasions du dehors, les papes acquéraient de la vénération, non-seulement à raison de la suprématie du sacerdoce, mais encore à cause des intérêts temporels.

Sabinien de Volterra, ayant succédé à Grégoire le Grand, dont il avait été apocrisiaire à Constantinople, loin d’imiter la charité généreuse avec laquelle son prédécesseur avait distribué du blé, en fit des achats pour le revendre ; comme les pauvres rassemblés en tumulte lui criaient de ne pas ôter la vie à ceux que Grégoire avait nourris tant de fois, Sabinien, paraissant au balcon de son palais, s’écria : Taises-vous ; si Grégoire vous donna pour acheter vos éloges, je ne me soucie pas de vous rassasier à ce priæ. Dans ces paroles, dictées par l’avarice, perce encore l'envie qu'il nourrissait contre son prédécesseur, et qu'il poussa au point de vouloir détruire ses écrits (1).

Il eut pour successeur Boniface III, aussi apocrisiaire et diacre; car les papes étaient plus souvent choisis dans cet ordre que parmi les prêtres, attendu que, réunissant dans leur office

(1) C’est ainsi qu’en parle Paul Diacre ; mais le père Oldoin rapporte un pas-

sage de la Basilique vaticane, où il est dit : Sub ejus tempore fuit fames gravis;

sed, perfecta pace cum Longebardorum gente, Sabinianus jussil aperire horrea ecclesiæ, et venundari fruemnium populo per unum solidum triginta modios tritici : misericurdia enim visceribus ultra quam dici possil affluebat, el quantum in se nullum a benejicio misericordiæ excludebat.

{Notes de Ciacomio, 4, 1, p, 422.)

l'administration spirituelle et temporelle, ils avaient plus de moyens de se faire connaître et de gagner les esprits.

Ce pontife fit bientôt place à Boniface IV, natif de Valéria, dans le pays des Marses. De même que son prédécesseur, il avait obtenu de l’empereur Phocas que les patriarches de Constantinople renonceraient au titre d'œcuméniques ; il se fit concéder par lui le Panthéon d’Agrippa, qu’il consacra, après l'avoir purifié de l'idolâtrie, à la vierge Marie et à tous les martyrs : ce fut pour éterniser le souvenir de cette solennité que Grégoire IV (833) institua la fête de la Toussaint.

Après le Romain Dieudonné (615) et le Napolitain Boniface V le saint-siêge fut occupé par le Campanien Honorius, qui eut le bonheur de voir le christianisme s'étendre parmi les Anglo- Saxons; mais il fut affligé par l’hérésie des monothélites. Sergius, patriarche de Constantinople, versé dans les subtilités grecques, informa le pape de cette controverse avec tant d’adresse qu'Honorius pensa qu'il lui demandait s’il se trouvait dans le Christ deux volontés humaines, c’est-à-dire ce penchant qui entraine les hommes au péché. Honorius le nia en termes formels, affirmant qu’il ne pouvait y avoir dans le Christ qu’une seule volonté; or, dans l'opinion des monothélites, le Christ n'avait que la volonté divine. Il erra donc par irréflexion ou par le désir d’écarter ces misérables disputes, allant même jusqu'à recommander à Sergius de tenir secrète sa décision sur l’unique ou double volonté du Christ. Mais, dans le VI° concile æœcuménique (680), quand on prononça anathème contre ceux qui n’admeltaient dans le Christ qu'une seule volonté, on y comprit Honorius, ex-évéque de l'ancienne Rome, pour avoir suivi, dans sa lettre à Seryius, l'erreur de celui-ci, et en avoir autorisé la doctrine. I] était cependant contraire aux usages de l'Église de condamner sans entendre l'accusé; d’ailleurs le secrétaire qui avait écrit au nom du pape la malheureuse dépêche attestait l'intention innocente de cette doctrine, qui n'était au surplus que l'expression d’une opinion personnelle.

Les officiers grecs profitèrent de la mort d'Honorius pour saccager le palais; mais, arrêtés dans leur tentative, ils suggérèrenti à l’empereur de mettre la main sur le trésor qui y était déposé. Severin n’occupa le saint-siége que deux mois, puis Jean IV, deux ans à peine; ensuite vint Théodore de Jérusalem, qui condamna les défenseurs du monothélisme, et écrivit ieur sentence avec ie vin consacré, Le concile d'Afrique

Erreur d'Honorius.

lui déféra les titres de bienheureux, père des pères, archevêque

et pape universel.

Martin. Martin, né à Todi, loin de céder à Constant Il, qui voulait 69. J'amener à signer son 7ype, réunit un concile où il condamna les hérésies, et notamment celle des monothélites, l’Ecthèse d'Héraclius et ce même Type. L'empereur vit là un outrage, et commanda à l’exarque Olympius de se saisir de lui, mort ou vif; l'exarque, n’osant pas en venir à une violence ouverie, feignit de vouloir communier de sa main, et aposta un assassin pour le frapper dans ce moment solennel ; mais, comme il levait le poignard, le meurtrier s'arrêta, et déclara que l’aspect du pontife l'avait empêché d'accomplir son forfait. On I cria miracle, et Olympius, confessant sa faute, en implora le lil 652. pardon. Plus résolu que lui, son successeur Jean Calliopas | | se rendit à Rome avec des troupes, fouilla le palais pontifical ! pour s'assurer s’il était vrai qu'on y eût fait des amas d'armes, et, bien qu'il ne trouvât rien, emmena durant la nuit le pontife, avec six serviteurs à peine. Ils restèrent trois mois sur mer, errant à l'aventure; puis, le bâtiment ayant abordé à Naxos, le pape fut laissé prisonnier à bord, et conduit ensuite à Constantinople, où il resta trois mois en prison, sans communiquer avec personne (4). Il fut alors traduit en jugement, comme coupable d’avoir ourdi une trame contre l’empereur

avec Olybrius et les Sarrasins, et d’avoir mal parlé de la vicrge l'ar Marie. Convaincu sur ces imputations absurdes par les moyens Eu: qui ne manquent jamais dans de pareils tribunaux, il fut porté suf dans une cour au milieu d’une grande foule de peuple, et fi dépouillé du pallium, du manteau et des autres insignes de sa ] dignité ; puis on lui mit un collier de fer, et, après avoir été: ce | traîné, malgré sa vieillesse, à travers la ville, on le plongea de dans le cachot sans feu, au milieu d’un hiver rigoureux. Les uni femmes de ses geôliers adoucirent pour lui, comme il arriva rèle souvent pour d'autres victimes, l’atrocité des ordres impériaux.

Il resta enfermé jusqu'à la moitié du mois de mars; puis il né:

650. fut déporté à Cherson, où il languit péniblement, au milieu pou

| des privations et des infirmités, jusqu’au moment où Dieu le de IR rappela à lui. Le patriarche Maxime, qui soutint son inno- sus \ | | cence, eut la langue et la main droite coupées (2). Tels étaient par ï qu'e

| (1) On trouve dans le Recueil des Conciles, par Lapne, t. IV, p. 67, une. PA

relation contemporaine des souffrances du pape Martin.

(2) Gibbon, ch XLVIE, trouve juste ce chééiment de (a désovéissance, p

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les moyens opposés par les empereurs à l’action libre de l’Église.

Aussitôt après l'enlèvement de Martin, Constant donna ordre de procéder à l'élection de son successeur, et les Romains s’y déterminérent par la crainte peut-être qu'il ne portât au saint-siége un hérétique. L’élu fut Eugène, qui vécut peu de temps, et eut pour successeur Vitalien, natif de Segni. Marc, archevêque de Ravenne, refusa de se soumettre à la juridiction de l'Église romaine, s’appuyant sur un diplôme de l'empereur Constant ; mais Vitalien l’excommun'a, et en fut excommunié. Ce schisme continua jusqu'au moment où le pape Domnus obtint la révocation de ce diplôme. On attribue à Vitalien l’introduction des instruments destinés à accompagner le chant dans les églises (1).

Viennent ensuite le Romain Adéodat, le Romain Donus ou Domnus, Agathon de Reggio dans la grande Grèce, qui obtint l’exemption pour l’Église romaine du payement de trois mille sous d’or à chaque élection d’un pontife, sous la condition toutefois de ne consacrer les élus qu'après la confirmation de l’empereur. LéonIl, également de Reggio, Benoît II, de Rome, et Jean V, d’Antioche, n’occupèrent le saint-siége que peu de temps ; le dernier enleva aux archevêques de Cagliari le droit d’ordonner des évêques. A sa mort, le clergé penchait pour l’archiprêtre Pierre, les soldats pour un certain Théodore ;

mais on élut Conon, originaire de Thrace, quiréunit tous les suffrages à cause de son aspect majestueux et de son angélique simplicité.

L'élection de son successeur fut également controversée, et ce fut enfin Sergius de Palerme qui l’emporta. Sur son refus de prendre même lecture des actes du concile in Trullo, Justinien II envoya le proiostaie Zacharie avec ordre de l’arrêler; mais, le peuple s'étant soulevé, l’envoyé ne trouva de refuge que sous le manteau du pontife. L’exarque de Ravenne Jeca, qui vint aussi pour insulter à son caractère, ou ne l’osa point, ou se repentit d'en avoir conçu le projet; mais l'ambition de ses compétiteurs au pontificat troubla la vie de ce pape, qui fut même obligé de se tenir longtemps hors de Rome (2).

parce que le Type en portait la menace. La conséquence est logique, parce qu'elle est légale.

(1) Enstiluit cantum, adhibitis instrumentis quæ vulgari nomine organa dicuntur. Saint Augustin emploie organum pour toutes sortes d'instruments,

(2) Sous le nontificat de Sergius (698), Aquiée et l'istrie se réunirent à

Le peuple redoutait tellement des violences de la part des empereurs qu'au moment où, lors de l'élection de Jean VI, vint de Constantinople à Rome l’exarque Théophilacte, récemment nommé, les Romains prirent les armes, et ne s’apaisèrent qu'à la prière du pape ct sur ses assurances. Son successeur Jéan VII, de Rossano, bien qu'il ne désapprouvât point ouvertement les actes du concile in Trullo, refusa de les souscrire

malgré les prières et les menaces de Justinien.

Sisinnius, de Syrie, qui siégea vingt jours à peine, eut pour successeur le Syrien Constantin, à qui Justinien enjoignit de se rendre à Constantinople, soit pour faire parade de son autorité, soit pour l’amener à confirmer de nouveau le concile in Trullo. L'empereur l’accueillit avec les honneurs dus à son caractère, et courba jusqu’à ses pieds sa tête couronnée, en lui démandant ses prières et la communion. Quant au concile, le pape sut concilier la justice avec la condescendance ; mais, lorsque Philippicus lui envoya les actes du conciliabule de Constantinople, qui condamnait le VI concile œcuménique,

* Constantin les rejeta avec dédain, et fit même peindre, en

signe de vénération, les six conciles, dans le portique de Saint-Pierre. Le peuple, de son côté, refusa son hommage à un empereur hérétique, renvoya son portrait, et ne voulut pas faire mention de lui à la messe ni dans les actes publics, ni même accepter les monnaies à son effigie.

Ce résumé rapide nous montre combien peu les pontifes avaient à se louer des empereurs, et combien le peuple aurait voulu secouer leur joug; il n’était arrêté que par la crainte d’ennemis plus dangereux, les Lombards.

Rhotaris, le dernier roi lombard dont nous ayons parlé dans le siècle précédent, avait substitué aux coutumes un code écrit; à l’aide des lois et d’une administration vigoureuse, il sut contenir les ducs, et lés conduisit contre les Grecs, qu'il défit avec leur exarque Platon sur les bords du Panaro. Il soumit le duché de Gênes avec la Ligurie, seule conquête durable faite par les Lombards depuis la première invasion.

Avec Rodoald, son fils et son successeur, assassiné par un mari outragé, finit la descendance de Théodelinde; mais la nation ou les grands étaient tellement attachés à la mémoire de cette pieuse reine, qu’ils allèrent encore chercher parmi les

l'Église, dont les questions des trois chapitres les tenaient séparées depuis cent quarante-deux ans,

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Agilolfinges de Bavière un successeur au trône ; en effet, avec Aribert, fils de Gunduald, déjà .uc d’Asti et frère de Théodelinde, commence une autre série de rois catholiques.

Comme si le royaume n’était pas déjà trop divisé entre les

elucs de Frioul, de Spolète et de Bénévent, on voulut, à la mort d’Aribert, le partager encore entre ses deux fils Pertharite et Gondebert, à la manière des Fran@s et des autres Germains. Le premier résida à Milan, l’autre à Pavie. L’ambition ne les laissa pas longtemps d’accord, et Gondebert envoya Garibald, duc de Turin, demander au duc de Bénévent, Grimoald, des secours pour dépouiller son frère. Le perfide ambassadeur persuada bien au Bénéventin de venir avec des troupes, mais ce fut en lui conseillant d’exterminer des maîtres étrangers et de s’emparer du royaume, qui avait besoin de champions robustes, et non d'enfants, à sa tête.

La proposition sourit à Grimoald, et Gondebert fut tué par le traître Garibald. Pertharite put s'enfuir auprès du kacan des Avares, qui refusa un boisseau d’or, au prix duquel Grimoald demandait qu'il lui livrât son hôte ; mais il conseilia à l’exilé de quitter ses États. Pertharite osa alors rentrer en Italie, et se confier à la générosité de son ennemi. Get acte de confiance plut à Grimoald, qui lui promit sûreté et fournit largement à ses besoins; mais, le voyant bien accueilli des Lombards, qui accouraient en foule pour le voir, il en prit ombrage et résolut de se débarrasser de lui. Il le fit donc cerner par des soldats dans le palais qu'il lui avait assigné à Pavie ; mais Unulfe, fidèle serviteur de Pertharite, le travestit en esclave, et, feignant de le chasser devant lui à coups de bâton, le fit traverser au milieu des sentinelles ; puis, l'ayant fait descendre du haut des murailles de la ville dans le Tésin, il le conduisit à Asti, d’où Pertharite passa er France. Grimoald, informé de cette fraude pieuse, pardonna à.Unulfe, et, se contentant de sa parole, le renvoya à son maître, qu’il avait sauvé par son adresse.

Gri.noald avait pris le titre de roi, et contraint la sœur de ses prédécesseurs à l’épouser; en même temps il s'était concilié les ducs en leur accordant de tels priviléges qu'ils les rendaient presque indépendants et détruisaient la force de la monarchie. D'un autre côté, la conversion des Lombards étant désormais complète, le clergé acquérait de la prépon-

dérance parmi eux, et par suite le pontife romain; or les papes, dans un intérêt opposé à celui des conquérants, visaient à conserver ce que ceux-ci tendaient à détruire, la nationalité

Pertharite,

italienne, Grimoald, non moins courageux le fer à la main que ferme dans ses résolutions, maintint l’ordre à l’intérieur, et repoussa les Francs envoyés par Clotaire III, ou plutôt par Ébroïn, pour rétablir Pertharite:

De son temps, l’empereur Constant II fit une tentative plus énergique pour expulser les étrangers de l'Italie et restaurer l'empire romain ; ayant équipé une flotte en Sicile, il débarqua à Tarente, appela sous sa bannière toutes les garnisons des villes maritimes dépendantes de l’empire, et marcha à leur tête sur le duché de Bénévent, le plus puissant des États lombards. Grimoald l’avait cédé, lorsqu'il s'était proposé une conquête plus importante, à son jeune fils Romuald, qui défendit la ville avec courage contre les assiégeants ; enfin le roi vint à son secours, repoussa l'ennemi jusqu'aux pieds de Formia, et le mit en déroute.

L'empereur, désespérant de recouvrer l'Italie, se dirigea sur Rome; or, comme il n’avait pas su vaincre les Lombards, il voulut dépouiller des sujets désarmés, et pilla ce qui avait échappé aux déprédations des barbares. Non content des dons que lui offrit le pape Vitalien, il prit tout le bronze du Pan-

théon, dont il enleva jusqu’à la toiture, et emporta son butin

en Sicile ; mais, tandis que les bâtiments chargés de ces dépouilles faisaient voile pour Constantinople, ils furent attaqués par une escadre musulmane, qui transporta ces objets d'art à Alexandrie, d’où peut-être ils avaient jadis passé à Rome. Lorsque Constant eut péri assassiné, Romuald songea à se venger de l'attaque dirigée contre lui; à la tête d'une bande de Bulgares, il prit à l'empire les villes de Bari, de Tarente, de Brindes et la province d'Otrante, conquêtes qu’il ne put conserver. Ces Bulgares auxiliaires demandèrent et obtinrent de s'établir dans la basse Italie, tandis que les Avares, qui, ap-

pelés par Grimoald contre le duc de Frioul, voulaient se fixer

dans le haut pays, furent repoussés par le roi.

Son fils Garibald, qui lui succéda, ne put empêcher les ducs turbuisnts de rappeler Pertharite de l’exil, pour le mettre sur le trône. Les églises de Sainte-Agathe et de Sainte-Marie à la Perche (1), qu'il éleva dans Pavie, attestent sa reconnaissance envers Dieu, qui l’avait sauvé de tant de périls. Il régna quinze

(1) Ce nom lui vint, selon Paul Diacre, d'un usage lombard que voici : quand quelqu'un mourait sur une rive lointaine, ses parents dressaient des perches avec une colombe au sommet, tournée du côté où le défunt avait terminé ses jours.

ans, instruit par l'infortune à ne pas abuser de la prospérité; mais le royaume était troublé par deux factions, l’une contraire, l’autre favorable aux princes bavaroiïs. Cunibert, fils de Pertharite, eut moins d’habileté que lui pour ménager les esprits, si bien que les ducs de Bénévent et de Spolète secouèrent toute dépendance. Alachis, duc de Brescia, s’empara même du palais de Cunibert, et relégua ce prince dans la petite île de Comacine. Un jour Alachis, en comptant des pièces d’or,

en laissa tomber une qui fut ramassée par un jeune homme de

famille noble, auquel il dit : Ton père en a beaucoup comme cela, el elles ne tarderont pas à m'appartenir. Le jeune homme rapporta ces paroles à Aldon, son père, qui prévint ses projets en faisant sortir le roi de sa retraite. Cunibert ayant rencontré à la Coranata (Cornate), près de l’Adda, le duc de Brescia, le défia en combat singulier ; Alachis répondit : C’est un ivrogne; mais il est très-vigoureux. Du vivant de son père, je l'ai vu dans le palais, où il y avait certains moutons d'une grandeur démesurée, les soulever le bras tendu, et je ne pus en faire autant.

Ce lâche refus détacha de lui beaucoup de ses partisans, pour qui l’unique mérite était la force ; une bataille est livrée, Alachis périt, et la victoire assure le royaume à Cunibert. Il le conserva douze ans, et le transmit à son fils Luitpert, qui fut bientôt détrôné par Ragimpert, duc de Turin, puis fait prisonnier par Aribert II, fils et successeur de son rival. Ces règnes si courts et ces successions orageuses empêchaient la monarchie d'acquérir de la force. Ansprand, noble lombard, partisan de Luitpert, s'étant réfugié chez les Bavaroïs, repassa les Alpes avec eux, et vainquit Aribert, qui se noya en passant le Tésin à gué : ce fut le dernier des Agilolfinges en Italie. On dit qu'il sortait travesti pour entendre ce que l’on disait de lui; il se montrait aux ambassadeurs étrangers dans un costume négligé, avec des fourrures communes, et ne leur servait jamais ni mets recherchés ni vins de prix, pour ne pas les tenter par les délicatesses italiennes; mais il eût mieux valu se mettre en état de les défendre par l’union à l’intérieur que de les celer avec une astuce pusillanime.

Le règne d’Ansprand ne fut que de trois mois; mais celui de Luitprand, son fils, qui rendit son éclat à la domination lombarde, dura trente-deux ans. 11 s’appliqua d’abord à réformer l'État, et comprima les soulèvements des ducs, dont il livra même plusieurs au supplice; il enleva différents châteaux

aux Bavaroïis, qui peut-être méditaient de recouvrer le pouvoir, et se maintint en bonne intelligence avec les Francs et les Avares ; il publia des lois sages, en tête desquelles il s'intitule roi chrétien et catholique des Lombards bien-aimés de Dieu. Instruit que deux gasindes en voulaient à ses jours, il les invite à une partie de chasse, et, s’éloignant avec eux à l’écart, il leur reproche leurs coupables projets ; puis, jetant ses armes : Voilà votre roi, leur dit-il; faites-en à votre gré. Vaïncus par cette

. action hardie et généreuse, tous deux tombèrent à ses pieds, et, non content de leur pardonner, il leur accorda ses bienfaits. Il vécut aussi en harmonie avec Église, à laquelle il confirma le don, qui lui avait été fait par Aribert Il, de plusieurs propriétés dans les Alpes Cottiennes, et se rendit les dévots favorables en faisant transporter de la Sardaigne à Pavie les reliques de saint Augustin.

Lorsqu'il eut rétabli l’ordre, assuré l’obéissance dans ses États et extirpé tout germe de guerres civiles, il résolut, par l'expulsion des Grecs, de réunir toute l’Italte sous ses lois, projet constant de ses prédécesse’ :. La fortune sembla lui en offrir l’occasion.

Nous avons dit que Léon l’Isaurien avait rendu un édit pour interdire le culte des images, et que Grégoire s’y était opposé, en qualité de tuteur des croyances sanctionnées par l’Église. Léon, irrité, envoya ordre à Paul, exarque de Ravenne, de marcher sur Rome et de déposer le pontife, qui, en revanche, prononça l’excommunication contre l’empereur, et écrivit aux Lombards, aux Vénitiens, aux villes et aux principaux ducs de rester fermes dans la foi et de repousser des innovations impies.

On vit alors combien le pontife avait eu raison d'écrire à ce même Léon : Tous le: Occidentaux ont les regards fixés sur notre humilité, et nous considèrent comme un dieu sur la terre. En effet les Lombards relusèrent le passage à l'armée ennemie; le peuple de Ravenne se souleva contre l’iconoclaste, et massacra, dans sa fureur, l’exarque avec tous ceux qui s'étaient montrés hostiles au culte des images. Autant en firent les Napolitains, dont le duc, Exilarat, venu pour assassiner le pape, fut tué avec son fils par les Romains, qui, soulevés pour défendre dans la personne du pontife leur religion et leurs franchises, chassérent de la ville le gouverneur grec. Le soulèvewent se propage d’une extrémité à l’autre de l'Italie impériale; les statues de l'Isaurien sont abattues, et la population s’ac-

corde à ne plus avoir rien de commun avec ces Grecs, redoutés comme tyrans, méprisés pour leur faiblesse, abhorrés comme hérétiques; on choisit des magistrats nationaux à la place de ceux qui venaient de Constantinople et de Ravenne, et l’on décide qu’il sera nommé un empereur dont Rome sera la résidence, pour fairea guerre à Léon.

C'était là une de ces révolutions qui réussissent, parce qu'elles sont déterminées par le sentiment de la justice et de la religion, non par des subtilités que le peuple ne saurait entendre, et dont il ne tire aucun profit. Chacun s’arme pour sa défense, repousse l’hérésie et refuse de payer l'impôt ; il n’y a de sang répandu que celui qu’il est difficile d'épargner dans le premier moment d’une émotion popülaire que l’on cherche à comprimer (1).

L'ambition des papes fut tellement étrangère à ce mouvement spontané, que Grégoire IT intercéda en faveur de Léon (2), dans lespoir qu’il reviendrait à la vérité. D'après ses conseils, l'autorité impériale fut conservée dans Rome et rétablie à Naples, bien que lesinstitutions municipales y acquissent plus de force, et, par suite, le pouvoir des pontifes. Les nobles, les consuls et le peuple recouvrèrent le droit‘d’intervenir dans les affaires publiques, quand ils se réunirent en assemblée pour condamner l'opinion que Léon voulait leur imposer. Civita-Vecchia fut fortifiée, et ure alliance conclue avec les Lombards au nom du duché romain, tout en conservant les apparences de la sujétion envers l'empereur. | ‘

Luitprand profita de ces troubles, et, sous le prétexte de favoriser la justice et la liberté de conscience, il assaillit et occupa Ravenne, Bologne et la Pentapole; mais les Vénitiens, dont le pape réclame les secours contre les barbares, envoient le doge Orso, qui tombe sur le roi lombard, le bat, fait son neveu prisonnier, et rétablit dans Ravenne, d’où il chasse l’en-

(1) Respiciens ergo pius vir (le pape) profanam principis jussionem, contra imperatorem quasi contra hoslem se armavil, RENUENS HÆRESIAM EJUS, scribens ubique SE CAVERE chrislianos eo quod orta fuisset impielas lalis. Igitur permoti omnes Pentapolenses, atque Venetiarum exercilus, contra imperatoris jussionem restilerunt, dicentes se nunquam.in ejusdem pontificis condescendere necem, sed pro ejus magis defensione viriliter decertare. (Liber pontificalis.) Gibbon dit que ce passage est important et décisif. Soit.

(2) Cognita imperaltoris nequilia, omnis Italia consilium iniit ul sibi eligerent imperatorem et Constantinopolim ducerent ; sed compescuit tale consilium pontifex, sperans conversionem principis. ANAST, BIBL.

nemi, l’eunuque Eutychius, envoyé de Constantinople pour y exercer les ‘-ictions d’exarque. Luitprand avait espéré que l'offense récente aurait plus de pouvoir sur le pontife que le bien général de la Péninsule. Trompé dans son attente, il s’en irrite et conclut la paix avec Eutychius, en lui promettant de

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l'aider à soumettre les récalcitrants, à la condition qu'il lui « prêtera secours contre les ducs de Spolète et de Bénévent, soulevés en faveur de Rome. Le succès ayaht couronné son entre- « prise, les deux armées réunies s'avancent sur Rome pour la « punir de torts opposés, l’un d’avoir désobéi à l'empereur, l'au- « tre de lui être resté fidèle. Le pape vint trouver Luitprand au « camp, et lui fit entendre un langage si pieux, que le roi se jeta « à ses pieds en promettant de ne faire de mal à personne; puis, « il se rendit avec le pontife dans la basilique, où il déposa sur « | la châsse des saints apôtres, à titre de don, son manteau royal, IH ses bracelets, son haubert, son poignard, son épée dorée, sa «

1 1 | couronne d'or et sa croix d'argent.

fl Les anciennes relations entre les Grecs et les Lombards se trouvèrent donc alors renouées; mais l’empereur de Constan- «

71. tinople continua à molester les pontifes. Le Syrien Grégoire II,

non moins ferme que sen prédécesseur, ne demanda point sa a confirmation à l’exarque , s’opposa aux édits qui proscrivaient « les images sacrées, et exhorta chaudement l’empereur à les «

abroger ; puis, le voyant s'opiniâtrer dans son erreur, il rassembla un concile dans lequel ceux qui briseraient les images sacrées furent de nouveau et d’une voix unanime exclus de l'unité de l'Église.

Afin de se venger, l’empereur rendit un édit pour soustraire au métropolitain de Rome, et soumettre à celui de Constantinople, les églises de Naples, de la Calabre, de la Sicile et de l’Ilyrie; puis il envoya une grosse flotte pour assurer l’exécution de ses ordres; mais une violente tempête la dispersa dans le golfe Adriatique. Les débris de la flotte abordèrent à Ravenne, qui était menacée du pillage; mais le peuple, averti des intentions de l'ennemi, courut aux armes et repoussa les Grecs, dont il coula les bâtiments. \ Le pape, échappé à ce péril, retomba bient/. dans un autre: eneffet, Luitprand, à qui son neveu Hildebrand avait été donné pour collègue, reprit ses anciens projets, et pénétra dans le duche romain, où il se rendit maître de différentes places; on Lu même il menaçait Rome, lorsque Grégoire, ne

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ver, et n’espérant aucun secours des Grecs, résolut de recourir à un prince barbare; il envoya donc à Charles Martel des ambassadeurs avec de nombreux présents, et une lettre conçue en ces termes :

« Grégoire à son très-excellent fils le seigneur Charles, lieutenant du roi (subregulus) de France.

« Nous gémissons dans une profonde affliction en voyant l'Église abandonnée de ceux de ses fils qui devraient se consacrer à sa défense. Le petit territoire de Ravenne, qui nous restait seul l’année dernière pour subvenir à l'entretien des pauvres et à l’illumination de l’église, a été mis à feu et à sang par Luitprand et Hildebrand, rois des Lombards; ils ont ruiné les domaines de saint Pierre, enlevé le bétail qui restait, ravagé les alentours de Rome.

« Nous n'avons reçu non plus de toi, très-excellent fils, de consolations d'aucune sorte, et nous savons qu'au lieu de songer à remédier à ces maux, tu prêtes plus foi aux princes qui en sont la cause qu’à la vérité que nous t’exposons. Nous prions le Très-Haut de ne pas te punir d’un tel péché; mais que ne peux-tu entendre les railleries de ceux qui nous disent : Où est ce Charles dont tu imploras la protection ? Qu'il vienne, et qu'avec ses redoutables Francs il le sauve de nos mains. Quelle douleur nous saisit en entendant ces reproches ! quand nous voyons des fils si puissants de l’Église ne pas remuer le doigt pour la défendre et la venger de ses ennemis |! Le pr'ace des apôtres, armé de sa puissance, pourrait bien la protéger; mais il veut éprouver, dans ces temps désastreux, le cœur de ses fils. Ne prête donc pas foi à ces rois, quand ils accusent comme coupables les ducs de Spolète et de Bénévent; leur unique faute est de n'avoir pas voulu, l’année dernière, nous attaquer contre la sainte foi. Du reste, ils obéissent entièrement aux rois ; on veut cependant les dépouiller de leur rang, les envoyer en exil, pour subjuguer l'Église sans obstacles, et la rendre esclave.

« Envoie-nous un de tes fidèles, incorruptible aux présents, aux menaces, aux promesses, qui voie de ses propres yeux nos persécutions , l’humiliation de l'Église, les larmes des pèlerins, la ruine de notre La et qui t'en rapporte un compte exact.

« Nous t’exhortons, par le Kéonent de Dieu et par le salut de ton âme, à secourir l'Église de saint Pierre et son peuple,

« età éloigner ces rois perfides, Par le Dieu vivant et par les

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