‹ Histoire universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 33 sur 79 · CHARLEMAGNE. -—FIN DU ROYAUME LOMBARD · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE. -—FIN DU ROYAUME LOMBARD

Pépin, en mourant, partagea le royaume entre ses deux fils, conformément à l’ancienne coutume qui assignait à chacun d’eux une portion égale du pays franc et da territoire romain. L'Austrasie et la Bourgogne échurent à Carlomar,, la Neustrie pt l'Aquiiaine, à Charles (1). Aussitôt ils se séparérent, suivis chacun Ce ses leudes et de 5es fidèles : le premier fut couronné à Soissons ; bar: où Karl, dontle nom reçut par la suite l’ad-

Jociobre. dition de Megrrs, Grand, prit les insignes royaux à Noyon. A

leur avénement, l’Aquitaine fut de nouveau soulevée par Hunoi, père de Waïffre, qui, après être resté vingt-trois ans dans un couvent pour expier le meurtre de son frère, en sortit alors pour venger la mort de son fils. Le pays, impatient du joug germanique, se hâta de le proclamer, et quelques semai-

nes consommèrent la perte d’une province qui avait coûté à Pépin huit ans de guerre.

Charles, au moment de partir pour éteindre cet incendie, demanda des secours à Garloman, et le refus qu’il éprouva fut entre eux un germe de mésintelligence et de jalousie. Reduit à ses prepres forces, il n'en dompta pas moins l’Aquitaine. Hu-

(1) Voyez Geneaiogia regum Francorum ; les Annales des différentes villes, les chroniques et les vers recueillis par PERrTz, t. 1, 11, et les Vies des Sainte contemporains.

EcinNuanni, Vita Caroli Magni, le monument le plus précieux de l’époque. Monach. Sangallensis de gest. Caroli M. — Capitularia Caroli M. —- Epistolæ Caroli M., Alcuini, Hincmari. — Diplomata Caroli M. — Codex Uarolinus.

ANASTASIU8, V. Pontific.

Bozamer, Regesta chronologica diplom. Carolorum ; Francfart, 1832.

GaizzanD, Hist. de Charlem.

Dwrozn, Leben Kaisers Karis des Grossen ; Tubingen, 18:

PHuuups, Deutsche Gesch., t. IT.

Moësen, Osnabr""ische Gesch., V.

LenesurG, Kristi : Releuchtung einiger Puncle » ‘7. idsügen Karls des Grossen; Be. 28.

3, EuLENDorr, Die Karolinger, und die Hierarci:s :'P': Zoil. indépendamment des historiens déjà cités, y compri ::". 1! uden.

fils, cun ain.

stric vis onné l’adn. À Hus ANS sortit 1t du maité à

villes, Saints

oque.

Codex

Karls

nold, trahi par les siens et livré à son ennemi, ayant réussi à s’échapper, gagna l'Italie, où il resta quelque temps dans un couvent de Rome ; puis, lorsqu'il vit les Francs en guerre avec les Lombards, il offrit aux derniers un bras et une haine que les ans ni le malheur n’avaient pu dompter. Afin de tenir l’Aquitaine dans l'obéissance, Charles la partagea entre des comtes francs, et construisit, sur la Dordogne, une forteresse appelée depuis Fronsac, dans laquelle un petit nombre d’Austrasiens suffirent pour tenir en bride un pays épuisé par tant de guerres.

Charles, qui achevait alors sa vingt-cinquième année, avait müri dans les camps et dans le gouvernement de l’Austrasie. D'une taille élevée et d’un aspect majestueux, il avait le teint clair, une vigueur à l'épreuve de toute espèce de fatigues ; d’une conversation vive, impassible dans les revers comme dans les succès, il se montrait plein de respect pour la religion, ami des sciences, et connaissait tout ce que l’on savait de son lemps. Quand les institutions sociales ne sont pas encore déterminées, et que chacun attire à soi la plus grande part d'autorité qu'il peut, s’il vient à monter sur le trône un homme d'un caractère énergique, ferme dans ses desseins, et que rien ne peut écarter de la route qu'il s’est tracée, il entraîne facilement les autres à sa suite. Ceux qui se révoltent contre lui sont écrasés, et les mécontents se.bornent à des murmures impuissants ; les hommes actifs deviennent des instruments dans cette main robuste, dont la prudence règle tous les mouvements.

Tel fut Charles, et peut-être ne faut-il chercher que dans son caractère personnel le secret de l'immense influence qu’il exerça sur ses contemporains. Carloman nous est dépeint, au contraire, comme un de ces hommes médiocres que la supériorité des autres aigrit jusqu’à les rendre soupçonneux, ct qui, prenant ombrage des gens éminents, accordent leur con-

fiance à ceux qui la méritent le moins. Quelques-uns de ces.

derniers, et notamment le duc Aucher, payés à cet effet par le roi des Lombards, ch:rchèrent à l’animer contre son frère : entrainé ;1v leurs suggestions, il alla jusqu'à machiner contre les jo:..: de Charles, et. si la guerre n'éclata point entre eux, on le at à l'intervention de Bertrade. leur mère. Carloman tarda peu à mourir, laissant deux fils en as âge ; or, comme le droit germanique, au lieu de voir dans les pecples une propriété transmissible héréditairement, considérait la dignité royale comme un fardeau, une magistrature confiée librement par le

suffrage commun, les seigneurs des pays dominés par le feu roi élurent à sa place Charles (1), qui se trouva ainsi à la tête de l’État le plus puissant de l'Europe.

Ici commence une série de guerres auxquelles Charlemagne dut de monter au rang élevé que la postérité ne lui a pas contesté. Didier, roi des Lôombards, avait espéré, à la mort de Pépin, pouvoir réparer les pertes qu'il avait essuyées sous ce monarque; mais, quand l'expédition d'Aquitaine lui eut donné à connaître que Charles ne le cédait point à son père en vigueur et en habileté, il songea à s’en rapprocher. Il lui fit donc proposer là main de sa fille Désirée ou Hermengarde, et lui demanda celle de sa sœur Gisla pour son fils et collègue Adelchis ; mais le pape Étienne IIT vit de mauvais œil un arrangement qui pouvait mettre en danger les intérêts temporels du saint-siége et ceux de l'Italie. Il écrivit donc à Charles en termes très-énergiques, pour qu'il ne donnât point le scandale de répudier Imiltrude, issue- d’une famille noble parmi les Francs, pour choisir une autre femme dans une race détestée de Dieu et infectée de lèpre; d’ailleurs, ajoutait-il, il ne pouvait accorder à un prince qui ne régnait que par son bon plaisir cette sœur qu'il avait refusée à l'empereur grec.

Bertrade , qui envisageait ce double mariage sous un tout autre aspect, se rendit elle-même en Italie pour le conclure; à Rome, elle conféra avec le pape, à qui elle fit céder par Didier quelques-unes des villes qu’il lui avait enlevées ; du reste, quoique l’union projetée entre Gisla et Adelchis ne paraisse pas s'être réalisée, elle repassa les Alpes'en emmenai Hermengarde : infortunée jeune fille, qui expia par les douleurs et l’humiliation la courte jouissance de s'être assise auprès du plus grand roi.

(1) « Les historiens français glissent légèrement sur cette action de Charlemagne, comme si c'était la moindre des choses que d'avoir usurpé sur ses neveux un royaume qui, par loules les lois divines et humaines, leur était légitimement dû. » MuraToRiI, ad ann, 771.

Nous ne connaissons point de loi divine qui oblige à donner aux fils le royaume du père. S’il en existait alors une humaine, l'historien aurait dû la citer; mais nous n’en avons jamais oui parler, ni d’autres non plus. Nous voyons, au contraire, le droit des seigneurs à élire le roi toujours maiatenu jusque-là. 11 est pourtant d’un usage assez commun d'introduire ici les mots usurpation, hérédité, se rapportant à des idées tout à fait modernes. « Charles, dit Sismondi, avec autant d’avidité et d’injustice qu’aurait pu le faire un 2 ses prédécesseurs, dépouilla sa femme et ses fils (de Carloman) de leur hériiage, es força de s'enfuir en Italie, ete. »

Le cons préli sur | force puis sain!

mêrr seur dont armé Cons évêq au V

L’ pin, il ne port:

Le pl de |’ chez seco!

occu

TI sente la co la vil qui é son £ déso:

hors

n D ii ©

Les principales familles qui s'étaient attribué l'élection des consuls, successeurs des décurions, et souvent même celle des prélats, avaient acquis dans la Romagne beaucoup d'influence sur les autres classes, par les emplois, par la richesse, par la force, et prétendaient intervenir dans l'élection des papes. Depuis que les pontifes étaient devenus princes, là chaire de saint Pierre excitait l’ambition de cés familles, qui recouraient même à la violence pour l’occuper. A la mort de Paul, successeur d'Étienne IT, quatre frères d’une famille patricienne, dont l'un était le duc Toton de Népi, réunirent leurs bandes armées (scholæ) et firent proclamer de force l’un d’eux, nommé Constantin, qui était encore laïque; ils contraignirent George, évêque de Palestrine, à lui donner les ordres, et, l’ayant installé au Vatican, ils lui firent jurer fidélité par le peuple romain.

L'intrus chercha à se mettre dans les bonnes grâces de Pépin, qui vivait encore ; mais, occupé des guerres d'Aquitaine, il ne put s'inquiéter de l’Italie. Cependant les Romains supportaient avec peine le nouveau chef imposé à la chrétienté. Le primicier Christophe, ainsi que son fils Sergius, dignitaire de l’Église, s’enfuirent, sous prétexte d'aller se faire moines, chez les Lombards de la basse Italie, dont ils réclamèrent les secours pour chasser Constantin du siége su'il avait indûment occupé. ve |

Théodice, duc de Spolète, saisit cette 6ccasion, et, du consentement de Didier, il fit partir une troupe de soldats, sous la conduite d’un certain Valdibert, qui s'était fait fort de livrer la ville à ses compatriotes. En effet, Rome est prise; Toton, qui était accouru pour repousser l'attaque, périt, et Passivus, son autre frère, tombe prisonnier avec lé pape. Au milieu du désordre de l'invasion étrangère, Valdibert entraîne un prâtre hors du monastère, et se met à crier: Vive le pape Philippe! c'est saint Pierre qui l'a élu.

Le primicier Christophe, pénétrant les intentions des Lombards, s'adresse à un grand nombre de Romains, qu'il excite contre le nouvel élu, qu’on dépose, et Étienne III de Reggio, dans la Grande Grèce, est nommé selon les formes canoniques. Un concile assemblé dans la basilique de Saint- Jean de Latran déclara Constantin déchu; privé de la vue, il se présent" :‘e intles Pères réunis, implorant ieur pitié et avouant sa faute, . qui ne l’empêcha point d’être battu de verges. Les actes de son pontificat furent abrogés par le concile, qui le condamna à faire pénitence durant toute sa vie : en outre, il dé-

Papes,

Rare RSR rs

D D Le

clara que jamais aucun séculier ne serait promu évêque ou pape, et qu'aucun individu, laïque ou militaire, n’assisterait à l'élection ; que personne même, tant qu’elle durerait, ne viendrait à Rome des places ‘: ‘ . T:: ane et de la Calabre, et qu’on n’y entrerait pas avec des ariaes ou des bâtons. Valdibert, convaincu de machinations, eut aussi les yeux crevés.

Alors Christophe et Sergius furent envoyés à Didier par le pape, pour réclamer les biens et les revenus appartenant au saint-siége (1). Didier les berça de belles paroles, disant qu’il irait en personne arranger le différ 2, inais, tout en caressant, il épiait le moment de porter un coup assuré. Le camérier Paul Axarte, gagné par lui, inspira de la défiance au pape contre Sergius et Christophe, et lui conseilla de s’en défaire. Ces r'erniers, qui avaient pressenti le danger, levèrent des troupes et mirent la ville en état de défense, si bien que Didier, lorsqu'il parut devant les sept collines, rencontra une résistance à laquelle il ne s'était pas attendu. La force ayant échoué, ii eut de nouveau recours à la ruse. Le pape fut invité à se rendre en son camp pour s’entendre avec lui sur les droits et les avantages dus à l’Église; mais, lorsque Etienne IIL se trouva hors des murs, Axarte souleva Rome contre Sergius et Christone, et déjà la lutte s’engageait quand le pape revint et s’interposa pour calmer les esprits.

Didier, toujours déloyal, invita le pontife à une nouvelle conférence dans Saint-Pierre, qui se trouvait alors en dehors des murs. Lorsque le pape fut venu, Didier fit fermer les portes et le retint prisonnier, en l’obligeant d'envoyer ordre à Christophe et à Sergius de déposer les armes et de venir le joindre, ou de se retirer dans un couvent.

Ils voulurent d'abord rester à leur poste et sous les armes ; mais, abandonnés par leurs partisans, ils sortirent pour aller vers le pape, qui, rend: à la liberté, les laissa tous deux dans l'église afin que, la nuit venue, ils pussent rentrer dans Rome sans danger; mais Didier, violant la sainieté de l'asile, les en arracha et leur fit crever les yeux (£

(1) Pro exigendis a rege Desid justitis beati Petri. Anasr., Vila Slephani Ii, p. 178. C'est-à-dire les revenus des biens ecclésiastiques situés dans le royaume lombaïr:l et dans les villes occupées par Didier,

(1) Le fait est exposé différemment dans une lettre d’Étienne 1IL à Bertrade (CENNI, 1, 267). Le détestable Christophe, y est-il dit, et son méchant fils Sergius, avaient ourdi une trame avec Toddon, envoyé de Charlemasne, pour donner la mort au pontife; mais Dieu le sauva, grâce au secour: de Didier,

Satisfait de s'être vengé sur ces deux hommes, ses ennemis, Didier s’en alla sans avoir rien restitué. Le pape ne pouvait espérer d'appui de la part du roi des Francs, gendre du roi lombard; mais la discorde ne tarda point à se mettre entre les d:ux princes. Charles, qui ne comptait pas au nombre de ses vertus la constance en amour, s’ennuya bientôt d'Hermengarde, et la renvoya à son père pour épouser lldegarde, princesse suève. Cet affront ulcéra Didier, et, comme la veuve de Carloman s'était retirée à sa cour avec ses deux fils, pour échapper aux embñches qu’elle redoutait de la part de son beau-frère, il proclama les droits des deux orphelins à l’héritage paternel, et requit le pape de les oindre rois des Francs.

Adrien Ier, fils de Théodule, duc de Rome , avait succédé à Etienne II; lent à prendre un parti, mais doué d’une forte persévérance, il vit qu’il n’appartenait pas au pape d'’élire le roi d’une nation libre, ni d’attiser la guerre civile; il répondit donc qu’il voulait, comme pontife, vivre en paix avec tous les chrétiens, et-que, du reste, il ne pouvait avoir une grande confiance dans un prince qui avait violé toutes les promesses faites à son prédécesseur. Didier, furieux, se mit en marche pour réaliser ses desseins par la force; il occupa d’autres villes de

la Pentapole, bloqua Ravenne, et marcha sur Rome en dévas-

tant les campagnes.

Adrien, après de vains efforts pour détourner l'orage , imita :

Zachari: en s'adressant à Charlemagne pour qu'il vint protéger l'Église, dont il était le défenseur officiel. Charles essaya par ses ambassadeurs d’amener Didier à renoncer à ses usurpations. Sur son refus, il fit ses préparatifs de guerre ; ayant fixé à ses vassaux Genève pour lieu de rendez-vous, il leur expesa l’état du pontife, les tentatives faites par Didier pour allumer

la guerre civile en France, et l’expédition fut résolue d'une

voix unanime.

Appelés au Vatican, ils refusèrent de s’y rendre, prirent les armes et chassèrent de Rome le pontife; puis, ayant été abandonnés, ils s'étaient réfugiés dans Saint-Pierre, où le pape les avait défendus avec effort contre la multitude, qui demandait leur sang ; mais, comme il voulait les faire rentrer dans la ville pour assurer leur salut, ils furent pris ct aveuglés sans son consentement et à son insu. — Cette version est préférée par Muratori et par le plus grand nombre; mais Cenni, Pagi et Lecointe ont supposé que cette lettre avait été extorquée au pape par Didier, ou qu’elle avait été falsifiée dans sa chancellerie. En effet, une autre lettre (CENNI, I, 274), ainsi que les biographes d’Étienne et d’Adiien, rapportent cet événement de la manière que nous avons adoptée comme la plus vraisemblable.

RE

ES

St

Elle ne devait pas être difficile contre un pays divisé entre différents possesseurs, où les Grecs n’avaient que des prétentions, sans force ni volonté pour les soutenir; où les papes appelaient les Francs; où les Lombards, sans accord entre eux, avaient en outre à se défendre contre la haine des Italiens, adversaires implacables des conquérants.

Il peut sembler aux écrivains qui, dix sièeles plus tard, racontent tranquillement les vicissitudes de cette époque, que leurs pères eurent tort de ne pas se soumettre entièrement aux Lombards, “e qui aurait donné à l'Italie cette unité à laquelle la France et l’Angleterre, grâce à la domination des barbares, ont dù de devenir fortes et respectées. En admettant même que ceux qui raisonnent ainsi devinent ce qui serait arrivé, quelle justice pourrait imposer à un peuple de ne pas chercher à s'affranchir d’une oppression cruelle, dans le seul espoir qu’elle deviendra le germe d’un bonheur à venir pour une postérité éloignée ? |

‘Mais ce bonheur était-il possible? Si les Lombards éteignaient en Italie les restes de la civilisation romaine, comment aurait-on vu jaillir de son sol cette lumière qui plus tard rayonna sur toute l'Europe? Si ce pouvoir modérateur que s'arrogea alors l'Eglise, même dans les choses temporelles, n’avait pas dominé sur le droit politique inhabile et farouche de ces temps, les autres nations et l'Italie elle-même auraientelles pu conquérir leur nationalité ?

Nous nous sentons peu disposé à fermer les yeux sur ce qui a été, pour rechercher ce qui aurait pu être; mais que celui qui s'arrête aux misères successives de la Péninsule, amenées par des événements terribles, par des infamies et des violences inscrites dans le livre de la colère de Dieu comme une expiation ou une préparation, veuille se reporter à cette époque ; il

verra qu’en empêchant l'Italie de tomber sous le joug des bar- ”

bares, puis en la faisant le centre de l'empire renouvelé, les anciennes institutions et les meilleures traditions de l'intelligence s'y conservèrent, et qu'après s'être perfectionnées, elles lui valurent bientôt commerce, science, civilisation, liberté, la gloire enfin d’avoir été l’institutrice et le modèle des autres nations, Or cet âge glorieux aurait-il.été possible sous la domination une, farouche et avilissante des étrangers ?

Mais, si l'Italie n'est pas une, faut-il absolument en chercher la cause dans ces temps et dans cette domination anéantie? N’avait-elle pas été une sous le Goth Théodoric? et cependant

celte ment sisté zièm Suiss sur C sait i barb:

Ai éloig nous.

main gitim la lu entré lière,

celte unité ne se maintint pas. Aurait-elle survécu au morcellement que la féodalité apporta ensuite parlout ? aurait-elle résisté aux amours homicides des étrangers, lorsque, au quinzième siècle, Français, Allemands, Espagnols, Hongrois, Suisses, Turcs, vinrent assouvir leur ambition et leur avidité sur cette malheureuse contrée, tandis que dans Rome retentissait inutilement le cri de guerre de Jules IT pour expulser les barbares ?

Ainsi, sans rendre un peuple responsable des conséquences éloignées et incertaines de sa conduite, nous croyons, quant à nous, que, par le droit éternel de la conservation, l'État romain, menacé de tomber sous la servitude étrangère, a pu légitimement défendre son indépendance en s'appuyant sur qui la lui garantissait; en outre, jamais les Lombards n'étaient entrés dans la voie qui pouvait les amener à réunir l'Italie entière, Bien que convertis à la foi romaine, l’ambition d’étendre sur de nouveaux pays, sans autre droit que celui de la canquête, les déprédations qu'ils faisaient subir à la Lombardie, les mit en lutte avec le pontife; or, comme les Romains voyaient dans le pape leur représentant, le défenseur de leurs droits, le seul qui sût consoler les opprimés et obliger :.: oppresseurs à la justice, la haine devait s’accroître, chez tous les Italiens, contre une nation qui répondait par des menaces et par les armes aux prières et aux conseils que le pape lui adressait. Dans cette lutte, le clergé, répandu partout pour adoucir les maux qui sont le partage du vaincu, considérait comme siens les affronts faits à son chef, et habituait les fidèles à en ressentir la blessure, comme les membres souffrent des coups portés à la tête.

En France, le pouvoir royal s’affermit par l’association des barbares avec le clergé, et forma ainsi le noyau autour duquel les temps ct Les événements condensèrent les autres éléments sociaux jusqu’à constituer la puissance nationale. En Italie, au contraire, la force ayant fait divorce avec l’opinion, le pouvoir politique avec l'autorité ecclésiastique, comment aurait-il été possible de rapprocher les vaineus des vainqueurs ?

Les rois francs, plus ambitieux et plus énergiques, soumirent différents princes par l'intrigue, par la guerre, par le crime ; mais, chez les Lombards subsistèrent toujours les ducs, petits souverains dans leurs domaines, qui, bien loin de laisser exercer au roi cette autorité absolue, seule câpable d’assurer le succès d’expéditions entreprises en commun, le considérè-

rent toujours non-seulement comme le premier parmi ses

égaux, mais encore comme leur créature.

Ajoutez à cela que Charles, par l'énergie prépondérante de son caractère, entraînait l’armée et les chefs à décréter dans les assemblées ce qui était dans sa volonté, à agir sur le champ de bataille avec la confiance aveugle de gens qui ne font qu obéir au commandement. Didier, au contraire, à son avénement au trône, s'était trouvé contrarié par la faction de F achis, qu’il avait étouffée, mais non éteinte ; les différents ducs, employant leurs forces à leur gré, lui refusaient secours, et s’entendaient même avec ses. ennemis. Il devait donc, par le manque de moyens suffisants et par la crainte d’être trahi, se tenir sur la défensive ; or, tandis que la politique lui conseillait de ne pas attendre dans ses foyers un ennemi qu’il avait provoqué, et de s'allier avec les Saxons, de même race que sa nation, il dut recourir à la ruse, et manœuvrer selon que l’exigeaient, d’un côté, les attaques du dehors, et, de l’autre, les machinations de l’intérieur.

Charles, dans une position toute différente, comprit, comme tous les grands hommes, ce que réclamait son temps. Au lieu de lutter avec les prêtres, alors tout-puissants, il se fortifia en s’emparant de toutes les forces motrices de la société, eten les dirigeant vers son but. Il s’avançait donc à cette heure avec un dessein réfléchi et arrêté, non plus comme Pépin, pour humilier les Lombards et laisser subsister leur domination, mais résolu à les exterminer, puisqu'ils ne savaient pas demeurer tranquilles.

Tandis que nous avons vu les Goths tomber, puis se relever, et faire presque déplorer leur chute, parce qu’elle fut noble et généreuse, il y eut faiblesse et lâcheté dans celle des Lombards, dont les rois juraient et se parjuraient, avaient toujours le dessous à la guerre, acceptaient le trône aux conditions dictées par un souverain étranger ; ou bien, comme des enfants indociles, ils se relevaient arrogants dès que s’était éloigné celui devant lequel ils avaient courbé la tête,

Cette fois encore, la conquête de lItalie coûta très-peu de sang à Charles, parce qu’il n’eut à la disputer qu’aux partisans peu dévoués de Didier et de son vaillant fils Adelchis, qu’il avait associé au ‘"ône. Ce dernier avait si bien fortifié les défilés des Alpes, que les seigneurs francs commençaient à murmurer du retard qu'ils éprouvaient, plus disposés, comme : fut toujours cette nation, à périr dans des attaques ::

vhrven Arses 225299 1 URCES Qu u

vaincre par la persévérance. Charles lui-même n'était pas éloigné de renoncer à son entreprise, quand un déserteur, d’autres disent un diacre, nommé Martin, lui indiqua un passage non gardé, à travers des rochers inaccessibles. Une poignée de Francs, sous la conduite du duc Bernard, fils naturel de Charles Martel, ayant gravi la montagne, prit à revers les Lombards, qui, saisis d’une terreur panique, ou enlacés peut-être par la trahison, abandonnèrent leurs positions imprenables, ct s’enfuirent sans oser regarder une fois l'ennemi en face. Adelchis se renferma dans Vérone, Didier dans Pavie, avec la famille de Carloman et Hunald, le duc fugitif des Aquitains.

Charles, joyeux de ce succès inespéré, planta sa lance sur le sol de l'Italie ; avant que l’ennemi fût revenu de sa consternation, il assiégea ces deux villes, dont il se rendit maître au moyen des intelligences qu'il s'était ménagées. Adelchis parvint à s’enfuir à Constantinople; Didier, tombé dans les mains de son redcutable ennemi, fut conduit en France avec Ansa, sa femme, et renfermé dans le monastère de Corbie, où il finit ses jours; Hunald fut lapidé par le peuple en fureur. On ignore quel fut le sort de la famille de Carloman, dont il n’est pas fait la moindre mention.

Pendant que Pavie résistait encore, Charles s’était rendu à Rome, où il reçut les honneurs accordés précédemment au représentant de l’empereur. Nobles et magistrats allèrent audevant de lui avec l1 bannière jusqu'à trente milles de distance ; on voyait se déployer, le long de la voie Flaminia, les écoles ou communautés nationales des Grecs, des Lombards, des Saxons et d'autres de toute nation; car chacune avait son quartier et se régissait d'après ses institutions, au milieu de cette Rome accoutumée jadis à les absorber toutes; de nombreuses troupes d'enfants, avec des palmes et des branches d’olivier, chentaient des hymnes de triomphe en l'honneur de celui qui venait au nom du Seigneur.

Charles, qu'on accueillait non comme un roi étranger, mais comme patrice, déposa l’habit des Francs et revêtit la tunique longue et la chlamide romaine; à peine eut-il anerçu de loin la croix qu'il descendit de cheval et se rendit à pi 1 au Vatican, où il monta en baisant chacune des marches du perron, en haut duquel j'attendait le pape Adrien, qui l’'embrassa; ils se dirigèrent ensuite vers l'autel l’un à côté de l’autre, le roi tenant la droite. Comme il demanda à entrer dans Rome, le e armé; mais

m4 mes A 1 pontife prit d'abord quelque ombrage de cet hôt

Charles en Italie, 774,

Aer avril,

SET DR en ; 3 :

Po m TEn QE eo PR OT

Fin des Lombards,

rassuré bientôt par ses promesses, il l'y introduisit en lui prodiguant les honneurs les plus solennels. Charles assista aux touchentes cérémonies de la semaine sainte; puis il confirma et accrut la donation de Pépin. L'acte souscrit par Charles et les évêques, abbés, ducs et comtes de sa suite fut placé sur le tombeau de saint Pierre, sous l'Évangile que l’on avait coutume de baiser.

C'est ainsi que finissait le règne des Lombards après une durée de plus de trois siècles, dans le cours desquels ils ne parvinrent jamais à se faire aimer, et ne produisirent pas un seul grand homme, comme on en vit naître chez les autres barbares. Leur nom survécut pourtant, car Charles s’intitula roi des Lombards (4). Bien que sa première descente ne fût pas exemple des maux que la guerre entraîne d'ordinaire à sa suite (2), il refréna promptement ses guerriers dans leurs excès. Comme il ne venait point avec une nation nouvelle, il n'eut pas besoin de dépouiller les anciens propriétaires ; il se borna à mettre dans Pavie une garnison franque, conférant des fiefs vacants à plusieurs nobles de ses vassaux, et confirmant dans la possession des autres et dans leurs dignités les seigneurs qu'il en trouva investis, à la charge de lui jurer fidélité,

Cette main robuste qui les tenait en bride ne tarda guère à peser aux seigneurs lombards. Arigise, duc de Bénévent, gendre de Didier, et toutefois d'accord avec le pape coutre lui, organisa un complot pour secouer le joug avec. Hildebrand, duc de Spolète, Rotgaud, duc de Frioul, Réginald, duc de Chiusi, et Adelchis, qui, réfugié à Constantinople, songeait, comme tout roi déchu, à remonter sur le trône. Le pape Adrien, dont l'œil était ouvert sur les intérêts de son ami et de son protecteur, en avertit Charles, qui, avant que ies conjurés eussent pu réunir leurs forces, se mil à la tête d'une bende de volontaires (car la saison était trop avancée pour convoquer l’armée féodale), envahit le Frioul, défit le du,

(+) Quelques-uns ajoutent qu’il se fit couronrer par l'archevêque de Milan, mais il n'est pas probable que les rois lombards fussent inaugurés en recevant la couronne ; on leur mettait une lance à la main, et Paul Diacre raconte qu'un coucou vint se poser sur celle d'Hildebrand, 11 n'est même jamais parlé du cou ronnement des Carlovingiens, et le premier souvenir certain de cet acte ne vu pas plus loin que l’an 888, quand Béranger fut couronné dans Pavie.

(2) « La désolation fut si grande dans ces jours, que les uns ayant été hachés par le glaive, d’autres ayant péri de faim, d'autres ayant été dévorés par des bêtes férocss, il restait à peine un petit nombre d'habitants dans les hourgs et dans les villes, » Chronique du prêtre André, ap, Munaront.

Page 1