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FIN DES LOMBARDS

qui fut tué, et mit à sa place le Franc Marquard, puis Hunric (Hunrok), dont les descendants conservèrent ce duché jusqu'en 924.

Les autres rebelles furent également soumis, et, dans le but de prévenir les révoltes, Charles changea l'administration et la juridiction, qui eurent pour base le fief à la manière franque. Les ducs abolis, leurs juridictions. furent divisées en districts présidés par des comtes, et subdivisés, comme précédemment, sous la direction de gastalds et de scultets. Le pouvoir du comte s’étendait sur tout le canton, moins sur les personnes dépendant immédiatement du roi ; il conduisait les habitants à la guerre, et les convoquait aux assemblées. Les décisions des comtes paraissaient-elles injustes, la plainte était portée devant le comte palatin, résidant probablement à Pavie, lequel décidait comme représentant du roi. 1l était envoyé en outre, de temps à autre, des missi dominici, pour redresser les torts et s'informer de l’état du pays.

Comme il arrive dans toute conquête, ce qu’il y avait de bon et de meilleur fut le partage des seigneurs francs, si bien qu’il ne resta du royaume lombard que le nom et la législation ; encore celle-ci fut-elle modifiée par les capitulaires de Charlemagne.

Le duché de Bénévent, refuge des Lombards qui ne purent se résigner à la domination franque, resta indépendant. Le due Arigise se fit oindre par son évêque, et, prenant sceptre et couronne avec le titre de prince de la nouvelle Lombardie, qui survivait à l’ancienne, il chercha à s'emparer tour à tour de quelqu'une des places pontificales de son voisinage.

Charles s'ennuya enfin des entreprises de ce duc; passant done les Alpes pour la quatrième fois, il s’avança menaçant contre Arigise, qui s’empressa, par voie d’ambassadeurs, de faire acte de soumission et ‘de se mettre à son entière discrétion: mais Charles, qui se méfiait de ses protestations, continua sa marche, et le duc se réfugia à Salerne, où ik obtint ensuite la paix, en recevant, à titre de fief, son duché, ximinué de six villes, qui furent attribuées à l'Église. Dès ce moment il se déclara vassal du roi des Francs, au ‘uel il s’engrges à payer un tribut annuel de sept milie sous d'or, et livra

douze otages, parmi lesquels se trouvait son propre fis Grimoald, Mais hi promesses ni otages ne refrénèrent Arigise ; il envoya demander à Constantin V, ou plutôt à Irène, sa mère, le duché de Navles, la dignité de patrice de la Sicile et une

Royaume d'Italie,

armée, promettant de reconnaître la souveraineté de l’empereur, de se faire raser la barbe et d'adopter le costume grec. Irritée contre Charles (sans doute parce qu'il avait refusé, malgré sa promesse, Rotrude à Constantin), Irène agréa la proposition, et Adelchis, roi détrôné des Lombards, se rendit sur la frontière de Bénévent pour animer les esprits et diriger le soulèvement ; mais, Arigise étant mort sur ces entrefaites, Charlemagne conféra le duché à Grimoald, son fils, à la seule condition de démanieler Salerne et Acarenza, d'inscrire le nom du roi des Francs en tête de ses actes et sur ses monnaies, et de faire couper la barbe de ses Lombards. Adelchis néanmoins ne voulut pas renoncer à son entreprise, et, suivi de Théodose, patrice de Sicile, il débarqua de nouveau sur ces côtes ; mais, attaqué par Grimoald, fidèle à Charles, il tomba dans le bataille, et avec lui périt la dernière espérance des Lombards.

Pour consolider le nouvel ordre de choses, Charles amena en Italie Pépin, son fils, âgé de six ans, lui donna l'investiture de ce royaume, et le fit sacrer par le pape Adrien, en lui assignant Pavie pour résidence. Le royaume d'Italie occupait donc la partie supérieure de la péninsule jadis dominée par les Lombards, et qui seulement alors prit le nom de Lombardie. Le pays des Sabins, qui avait appartenu au duché de Spolète, fut assigné aux papes, outre la donation de Pépin. Ces contrées conservèrent leurs institutions propres, comme sous les empereurs grecs, et le gouvernement municipal dans les cités administrées par des décurions sous l'autorité de leur chef ou du duc.

Plusieurs familles consulaires et sénatoriales ou patriciennes subsistaient encore à Rome, où elles avaient beaucoup d’influence sur le gouvernement, bien que les papes nommassent les ducs et les autres magistrats. Les lettres du pape Adrien montrent q''il dirigeait et surveillait le gouvernement temporel, même dans des pays non soumis à l’autorité du saintsiége, par suite de cette confusion des pouvoirs dont nous avons parlé plus haut.

Les évêques de Ravenne, lorsque le siége du gouvernement impérial était dans cette ville, avaient tenté de s’affranchir de l'autorité du pape en matière ecclésiastique; alors, aspirant comme lui à 1ne domination temporelle, ils demandèrent à Charles de conférer à ce siége la Marche d’'Ancône ; bien qu'il n'accédât point à leur désir, son refus ne fut pas de

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nature à les faire renoncer à toute prétention. Tant que vécut Charles, l'archevêque de Ravenne eut sous sa juridiction, outre la cité même, Faenza, Forli, Forlimpopoli, Césène, Comacchio, Imola, Bologne et d’autres villes, en nourrissant la pensée d'étendre son autorité sur toute la Pentapole (4). Afin d'appuyer ses prétentions, il appauvrit son église, en flattant les rois francs, au point de leur perinettre de transporter à

Aïx-la-Chapelle et ailleurs les ornemernits les plus remarquables

des temples de Ravenne.

Les empereurs de Constantinople conservaient encore, dans la basse Italie, Gaëte, Otrante, Amalfi, Naples, Sorrente, plus la Sicile, la Corse et la Sardaigne. Naples était gouvernée par un maître de la cavalerie, la Sicile par un patrice, fonctions qui furent conférées par les Grecs jusqu’à la fin du dixième siècle ; mais, comme ces populations se trouvaient continuellement en hostilité avec !es Lombards des deux duchés méridionaux, les Grecs ne surent les conserver qu’en étendant leurs priviléges, ce qui amena leur émancipation absolue.

Dans d’autres villes maritimes germait aussi, sous le nom de l'empire grec, la liberté, qui convient à des peuples habitués à la mer, et peu disposés dès lors à s'arranger d’un gouvernement despotique. Déjà Grégoire le Granü £e plaignait des pirateries exercées contre les sujets de l’empire par ies Pisans, dont la puissance s’accrut ensuite dans le neuvième siècle. La superbe Gênes, assise au pied de montagnes stériles, battue par une mer peu poissonneuse, et contrainte à demander à la navigation des moyens d'existence, pourvoyait déjà, au commencement du neuvième siècle, à sa propre sûreté ; elle était régie par un gouvernement simple, propre à défendre les franchises du peuple, à Paffectionner à la patrie, et à lui donner le goût des affaires publiques.

Venise arriva plus promptement à la grandeur; elle donna la première l'exemple d'un gouvernement régulier aux nations modernes, et vécut longtemps presque exempte de troubles intérieurs, et même sans une guerre civile. Elle finit solitaire et épuisée, en laissant néanmoins un regret affectueux chez les peuples mêmes qui lui furent asservis, tandis que les orgueilleux cherchent à lui ravir jusqu'à la pitié, ce dernier droit du malheur, en essayant de la diffamer, comme le libertin qui livre à la risée la fémme dont il a fait le déshonneur.

(t) Cod, Carol. Ep. Adriani, 64, 54,

Italie méridionale.

Républiques maritimes.

Venise,

Avant l'invasion des barbares, le pays des Vénètes comptait cinquante villes, et s'étendait de la Pannonie à l’Adda, du PO aux Alpes Rhétiques et Juliennes. Ces villes, exposées les premières aux incursions des septentrionaux, perdirent leur prospérité; puis Attila réduisit en cendres Aquilée, Concordia, Oderzo, Altino, Padoue. Les peuples de l’Euganée et de la Vénétie, qui s’enfuyaient devant le Fléau de Dieu, se réfugièrent dans l'île de Rivo Alto (Rialto) et dans les îlots circonvoisins. L'ouragan passé, beaucoup d’entre eux préférèrent cet asile à

. leur patrie désolée. Les réfugiés, comme il arrive d’ordinaire

dans les émigrations, étaient ceux qui jouissaient de plus d’aisance’; ils cherchèrent à se procurer les commodités de la vie, en même temps qu'ils s’'adonnèrent aux seules industries possibles sur ces bords, au commerce, à là pêche, à l’extraction du sel, au transport de tout ce qui descendait des fleuves d'Italie ou devait les remonter, afin Ge suppléer aux bles que ne leur fournissaient plus des champs abandonnés.

A la chute de l’empire romain, puis à la venue des Goths, et plus que jamais peut-être à l’arrivée des Lombards, de nouveaux émigrés accoururent dans les îles pour se soustraire à la servitude. Il était naturel que les premiers ne fissent pas participer ces nouveaux hôtes à tous les droits civils et politiques ; ce fut ainsi qu’une noblesse se trouva formée non par le droit du sang ou de la conquête, mais en vertu d’un droit de propriété des plus légitimes. Alors que l’Empire n'existait plus qu'à Constantinople, l'éloignement affaiblit les liens qui lui rattachaient encore ces peuples; il serait difficile de dire au juste en quoi consistait leur dépendance, depuis les successeurs de Zénon ; peut-être sé bornait-elle à l'hommage, ce qui leur donnait le droit de se défendre contre leurs voisins, et leur valait le privilége de commercer avec l'Orient. Toutes les nations conservent le caractère de leur origine ; or, de même que Rome fut guerrière, Sparte austère, Athènes pleine d’urbanité, Florence turbulente, les Italiens conservèrent dans Venise le souvenir de leur civilisation primitive ; ils se livrèrent peu aux armes, beaucoup au négoce, et se régirent municipalement, comme ils le faisaient sur la terre ferme.

Héraclée fut le premier siége du gouvernement, lequel s’6tendait sur les îles et la lisière de terre ferme qui va de Urado à Capo-d'Argine. Il s’y tenait des assemlées populai.es qui traitaieut des intérêts communs, et nomment des magistrats annuels et un tribun pour chacune des îles; c'est ainsi que la

ptait liberté s’y établissait sans ces luttes sanglantes regardées par lu PÔ quelques-uns comme la condition nécessaire de la régénéra-: pre- tion italienne.

pros- * Déjà, au temps de Théodoric, Cassiodore parlait des Vénirdia , tiens comme de marins actifs parcourant la mer et les fleuves : a Vé- « Semblables à des oiseaux aquatiques, vous avez disséminé sent « vos demeures sur la face de la mer. Vos efforts ont réuni isinié. « des terres séparées, opposé des digues à l'impétuosité des sile à « flots; la pêche suffit à votre nourriture, et le pauvre est k naire « traité comme le riche; les habitations sont uniformes ; chez

d’ai- « vous point de distance entre les conditions, point de jalousie nil lé la k «entre citoyens. Vos salines voustiennent lieu de champs (1).» FA stries La première année de l'invasion lombarde, le patriarche L trac- d’Aquilée, qui était parvenu à l’apogée durant le schisme des | UVLS Trois Chapitres, abandonna sa ville détruite pour se transporter : que à Grado, et, dans l’espace d’un siècle, il fut imité par la plu-

part de ses suffragants; il vint s’en établir un à Caprola,

oths, un autre à Héraclée, sur la côte, à l'embouchure de la s, de Piave, un troisième dans l'ile de Torcello, un quatrième traire sur le rivage de Médoaco, un enfin à Équilo. Or, plus le t pas joug lombard devenait insupportable aux Italiens et surtout

poli- au clergé, plus s’accroissait la population des tranquilles laà par gunes.

droit Les Esclavons qui avaient occupé la Dalmatie , adonnés au istait brigandage et ne trouvant pas de butin à faire dans une con-

s qui trée tant de fois mise au pillage, se livrèrent à la piraterie. Les | dire Vénitiens durent alors s'opposer à leurs attaques, et ils réuni-

suc- rent la valeur à l’industrie (2). Lorsqu'ils aidèrent l’exarque à

e, ce recouvrer Ravenne sur Luitprand, Orso, qui remporta cette

s, et .victoire, en conçut de l’orgueil et affecta la tyrannie, ce qui

s les amena une réforme dans le gouvernement. L'administration,

ème remise d’abord à un seul tribun, fut ensuite confiée à dix, à

d'ur- douze , à sept; enfin les nobles, le peuple et le clergé réunis

dns élurent un seul chef, dont l'autorité, s'étendant sur tous, pût

ivrè- refréner l'ambition et les violences. Paoluccio Anafesto d’Hému- raclée, ayant été revêtu du pouvoir, non par suite d’une usurpation tyrannique, mais par l’amour d’une liberté moins tu-

s’6- multueuse, commença la série des doges, magistrature suprême,

tempérée néa moins de manière qu'aucun d’eux ne pût arriver

trals \) Variarum, XII, 24 (2) Dario, Chron., V,7,

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