‹ Histoire universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 46 sur 79 · EE CE · texte numérisé non relu

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360 NEUVIÈME ÉFOQUE.

une application constante, jamais vous n'obtiendrez rien de Charles (4) !

Voici en quels termes il écrivait à l'abbé Bugulf et à sa con-

grégation :

« Que votre dévotion à Dieu sache que, de concert avec nos

fidèles, nous avons jugé utile que, dansles épiscopats et dans .

les monastères confiés, par la faveur du Christ, à notre gouvernement, on prit soin non-seulement de vivre régulièrement et selon notre sainte religion, mais encore d’instruire dans la science des lettres, et selon la capacité de chacun, ceux qui peuvent apprendre avec l’aide de Dieu... En effet, quoiqu'il soit mieux de bien faire que de savoir, il faut savoir avant de faire. Or, plusieurs monastères nous ayant, dans ces dernières années, adressé des écrits dans lesquels on nous annonçait que les frères priait pour nous dans les saintes cérémonies et leurs pieuses oraisons, nous avons remarqué que dans la plupart de ces écrits, les sentiments étaient bons et les paroles grossièrement incultes: car ce qu’une pieuse dévotion inspirait bien au dedans, une langue malhabile, et qu’on avait négligé d’instraire, ne pouvait l’exprimer sans faute. Nous avons dès lors commencé à craindre que l’intelligence des saintes Écritures ne fût beaucoup moindre qu’elle ne devait être... Nous vous exhortons donc non-seulement à ne pas négliger l'étude des lettres, mais à travailler, d'un cœur humble et agréable à Dieu, pour être en état de pénétrer facilement et sûrement les mystères des saintes Écritures. Or, comme il y a dans les saintes Écritures des allégories, des figures et autres choses semblables, celui-là les comprendra plus facilement, et dans leur vrai sens spirituel, qui sera bien instruit dans la science des lettres. Qu'on choisisse donc, pour celle œuvre, des hommes qui aient la volonté et la possibilité d'apprendre, et l’art d’instruire les autres... Ne manque pas, si tu veux obtenir notre faveur, d'envoyer un exemplaire de cette lettre à tous les évêques suffragants et à lous les monastèrec (2). »

ILeût été difficile que les volontés dé Charlemagne restassent

sans résultat ; aussi c'est de cette époque que datent les écoles d'où sortirent les hommesles plus distingués du siècie suivant. Bien qu'il paraisse s'occuper particulièrement des ecclésiasti-

(1) Monac. Sangall.

(2) Guwor, Hist, de la vivilis, en France, !. 11, p, (88 184,

ques, il prenait des mesures analogues en certains lieux dans l'intérêt des séculiers, comme l’atteste un capitulaire de Théodulf, évêque d'Orléans, ainsi conçu : «Que les prêtres tiennent « des écoles, même dans les bourgs et dans les campagnes ; « si quelque fidèle veut leur confier ses enfants pour les ins-

« truire dans les lettres, qu'ils ne s’y refusent pas; au con-

« traire, qu’ils les instruisent avec une parfaite charité, sans « exiger aucun prix, sauf ce que les parents leur offriraient de « bonne volonté et par affection (1). »

Charlemagne fit composer, à l’usage de ces écoles primaires, des livres par Alcuin, et par Paul Diacre un homéliaire purgé de solécismes et de leçons vicieuses. Il voulait, de plus, que les évêques fussent capables de prêcher etamis de l’étude; en général, il choisissait pour remplir les siéges vacants, des hommes d’un esprit éprouvé.

La musique lui semblant propre à adoucir les âmes, il ramena d'Italie plusieurs chanteurs pour enseigner la méthode grégorienne et le jeu des orgues. Quelques instruments furent construits par le Vénitien Giorgio, à l’imitation de celui que Constantin V avait envoyé à Pépin.

Charlemagne ne jugea point les langues teutoniques indignes de ses soins; il en commença même une grammaire, et fit recueillir les anciens chants nationaux, dans lesquels étaient rappelés les noms et les fastes des anciens rois (2). Dans une vue d'uniformité, il pensa d'abord à imposer l’usage de la langue tudesque dans toute l'étendue de l’empire ; mais il reconnut que l’entreprise était impossible ou capable de nuire à la civiiisation. On lui attribue l'introduction des noms nouveaux donnés aux vents (3), et c’est lui encore qui aurait appliqué aux mois des dénominations significatives (4). Louis, son fils, fit

(1) Tnéon., Cap., $ 120.

(2) Barbara et antiquissima carmina, quibus velerum regum actus ac bella canebantur, scripsit, memoriæque mandavit. (Éciwuan», ch. 29.)

(3) Ostroni-wind ; ostsundroni-wind ; sundostroni-wind ; sundroni-wind}; sunû cestroni-wind; westsundroni-wind ; westroni-wind ; westnordroniwind ; nordwestroni-wind; nordroni-wind; nordostroni-wind; ostnorddroni-wind. (ÉciNuann.)

(4) Winther manoth, . . . . ,. Mois d'hiver, Honung — is . + . — de fange, Lentzin — , . . , . . — de printemps.

Oster — . , , « «à — de Pâques.

Wiune es eu à — d'amour.

Lrach hs + à à — desoici!.

plus tard mettre en vers tudesques, par un Saxon, les deux Testaments; mais il défendit, peut-être sous l'influence d’une dévotion étroite, de lire et d'enseigner les anciens chants nationaux (1), qui de la sorte se trouvèrent perdus.

Les évêques ordonnèrent que les koméliaires contenant l’exposition de la foi et de la morale évangélique fussent traduits en langue romane ct teutonique (2). Le tudesque était parlé des bords de la Somme et de la haute Meuse jusqu'aux frontières slaves, et il se conserva chez les Bourguignons du Lyonnais et du Viennois. Il était en usage, conjointement avec le roman, sur les rives de ia Loire; mais en Italie il avait succombé devant l’ancien langage, auquel s’étaient pliés les Lombards eux-mêmes,

Le'savoir se propageait non-seulement par la cour, mais encore par les monastères ; celui de Fulde enseignait la grammaire, et les couvents de Reichenau, d'Hirschau et d'Osnabruck furent fondés par des moines, qui en sortaient pour répandre l'instruction. Le grec était spécialement enseigné dans le dernier. Francs, Bavaroïis, Frisons, Suèves, Anglais, accouraient, dans Utrecht, aux lecons de Grégoire, disciple de saint Boniface. L’école de Corbie (Corwey\ fut fondée par saint Anschaire et par Ratbert pour civiliser la Saxe. De l'école établie par Aleuin à Tours, il sortit des évêques et des abbés que des ouvrages ne permettent pas sans doute de compter parmi les littérateurs, mais qui furent plus utiles que des gens de lettres; car ils offrirent des asiles à la civilisation, assaillie de toutes paris par une nouvelle barbarie. C'est sans doute parce qu'ils considéraient les couvents comme autant de remparts contre cette barbarie, que les Arubes, quand ils s’élançaient de l’Espagne ou de la mer pour tomber sur l’Europe, dirigeaient sur eux leurs attaques ; celui de Lérins, qui avait produit tant de prélats, tomba sous leurs coups, et tous les moines furent tués avec Porcaire, leur abbé.

La reine des sciences était la théclogie, qui a pour but prin-

Hewin manoth.. , , . . Mois de foin.

Aran — 4 4 + + + « — de moisson.

Wintu — + … «+ — de vents.

Windume — , . . … « — de vendange Herbiat — ,. ,. , . . ,. — d'automne.

Heilag — D de mort,

(1) Tnican, de Gestis Ludovici, ©. 19.

(2) Conc. Turon., an. €13, c. 17.

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nt l’exraduits t parlé x fron- \ Lyonavec le it sucs Lom-

, Mais grambruck andre e deraient, Bonichaire le par e des mi les {tres; outes qu'ils ontre l’'Est sur 1t de tués

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cipal l'explication des saintes Écritures ; mais, attendu qu’elle exige d’autres connaissances, celles-ci venaient à la suite, ct formaient comme le cortége de la science de Dicu. La division connue du érivium et quadrivium de Cassiodore et de Boëce fut portée d'Italie en Angleterre par Augustin; en Espagne, par Isidore de Séville ; par Alcuin, en France. Dans linterprétation de la Bible, les théologiens ne hasardaïent rien de nouveau ni de leur propre fonds, et se bornaient à accumuler les citations des Pères; du reste, comme ils ignoraient les langues orientales et ne savaient pas exercer la critique, ils n’auraïent pu sortir de cette étroite limite. Nous en avons un exemple frappant dans le fait que nous avons apporté de la répugnance des églises franques à accepter le décret du concile de Nicée, alors que la question aurait pu être tranchée immédiatement en recourant au texte grec.

La dialectique s’en tenait à Aristote, mais sans en deviner le génie et les hardiesses. L'arithmétique se trouvait entravée par la numération romaine, à laquelle on suppiéait par de bizarres calculs sur les doigts (1); mais cette ressource était elle-mêine insuffisante quand il s'agissait de fractions. La science des nombres eut principalement à s'appliquer aux comptes des fêtes mobiles et des révolutions lunaires. Alcuin fut plusieurs fois questionné à ce sujet par Char:cinagne. La géométrie et l'astronomie signalaient ce qu'il y avait de plus élevé dans la philosophie naturelle : mesquines répétitions de choses anciennes, sans critique, sans expériences. IL n’est donc que plus étonnant de trouver la cause des marées indiquées dans Bède, telle que Newton la démontra plus tard, et la forme sphérique de la terre, avec l’existence des antipodes, soutenue par l’Irlandais Virgile, évêque de Saltzhourg et disciple de saint Colomban.

Le petit nombre de chartes qui nous sont restées de cette époque font foi de l'extrême négligence de la langue et de la syntaxe, Passons-nous aux livres, ils pèchent, au contraire, par un soin excessif, par une affectation de termes bizarres, de métaphores étranges et accumulées. Les auteurs entassent pêle-mêle les expressions grecques et latines, se complaisent dans les jeux de mots, et montrent une emphase qui contraste avec la simplicité de l’image. Si l'on exagère encore ce style, et qu'on le découpe en fragments de mesure inexacte, on aura

(1) Beps, de Indigilatione.

Poëtcs.

ce qu’on appelait alors de la poésie; à la fois triviale et pleine d’enflure, elle se perd, dans les compositions légères, en puérilités et en niaiseries dignes d’une littérature dégénérée. Lorsqu’elle chante des exploits guerriers, elle ne sait pas réunir les deux éléments nécessaires de toute épopée, l’imagination ct le récit. Cela n’empêchait pas les beaux-esprits du temps de se comparer entre eux aux écrivains les plus illustres (2), dont ils n'avaient peut-être jamais vu les ouvrages. Adhelme, évêque des Angles occidentaux (709), fit trente-six vers, dans lesquels on retrouve le premier, en lisant le dernier à rebours; l’acrostiche, en descendant ; le télostique, en remontant. Il composa en outre plusieurs énigmes, où sont accumulées des difficultés du même genre (1).

Eugène, évêque Jde Tolède (657), écrivit des vers élégiaques et moraux, non sans se livrer à des jeux puérils : témoin deux épitaphes acrostiches et télostiques, dont une, destinée à luimême , donne Eugenius avec les lettres, initiales, et Micellus avec les finales. Il en est une dont les mots sont coupés d’une manière extravagante (2). Parfois cependant il se montre assez

({) Voici ce que Pierre de Pise écrivait, en vers, à Paul le Diacre :

Qui te, Paule, poelarum

Vatumque doctissimum

Linguis variis, ad nostram

Lampantem provinciam

Misit, ut inertes aptes

Fecundis seminibus ?

Græca cerneris Homerus,

Latina Virgilius,

Flaccus crederis in metris, d Tibullus eloquio.

Et Paul, en répondant, montrait, plus par le fait que par les mots, qu'il ne méritait pas ces louanges exagérées :

Peream si quemquam horum Imilari cupio, À via quam sunt secuti Pergentes per invidiam Potius, sed istis ergo Comparabo eanibus.

Tres aut quatuor in scholis Quas didici syllabas, Ez hac mihi sst ferendus Manipulus adorea…

(2) Adl:lmus cecinit millenis versibus odas.

(3) © 30 versiculos newos quia despicis mANNES, ele,

pué- heureux dans la pensée, et, par moments aussi, dans l’ex- LOTS- pression (1).

unir Les inscriptions sépulcrales peuvent nous donner une idée tion de la poésie en Italie; celle de Cunipært, dans Saint-Sauveur s de de Pavie (2), où reposaient aussi Aribert et Pertharite, ési bien dont mauvaise, ainsi que celle d’Ansprand (3); il y a quelque chose me , . de mieux dans celle d'Auduald, duc de Pavie (4), mort vers dans l'an 718.

urs;

t. Il (t) Ainsi que dans ces vers sur l'été :

Nunc polus Phæbi nimio calore Æstlibus flagrat, fluviosque siccat,

ques Intonat trislis, jaculansque vibrat eux Fulmina dira.

lui- . Ingruil imber inimicus arvis,

Flore nam suevit spoliare vires :

lus Spem quoque frugum populat nivosis une ! Grando lapillis.

ssez Buffo nunc turget,"inimica sylvis

Vipera lædil, gelidusque cimex,

Scorpius ictu jugulat, parilque] Stellio peslem.

Musca nunc sævil, piceaque blatta,

Zt culex mordax, olidusque cimex,

Suetus in nocle vigilare puler, Corpora pungit.

(2) Aureo ex fonte quiescunt in ordine reges Avus, pater, hic filius ejulandus tenetur Cunigpert, florentissimus et robustissimus rex, Quem doininum Italia patrem atque pastorem Inde flebilem maritum jam viduata gemet.

Alia de parte si originem quæras, ne Rex fuit avus, mater qubernacula tenuit regni : Mirandus erat forma, pius ; mens, si requiras, Miranda. e eve .

Ansprandus, honestus moribus, prudentia pollens, Sapiens, modestus, patiens, sermone facundus, Adstantes qui dulcia, flavi mellis ad instar, Singulis promebat de pectore verba.

Cujus ad æthereum spirilus dum pergeret axem, Post quinos undecies vilæ suæ circiler annos Apicem reliquit regni præslantissimo nato Luytprando inclyto et qgubernacula gentis.

Datum Papiæ die iduum junii indictione decima

(4) Sub regihus Liquriæ ducatum tenuit audax e Audoald armipotens, claris natalibus ortus, Victrix cujus dextra subegi! naviter hostes

ns re a REA di tr mon HS te

C’est probablement à celte époque qu’appartient ce Vespa, auteur d’un dialogue entre un cuisinier et un boulanger (Judicium Coei et Pistoris), sur la prééminence de leur art. Vulcain, appelé comme juge, déclare que les deux arts :ort dignes d'estime, et menace les compétiteurs, s'ils ne s’en vont pas tous deux en paix, de leur refuser également son ministère, sans lequel ils ne sont rien. Cette petite composition ne manque pas de finesse ni de mérite poétique.

Un certain Cresconius a chanté l'expédition du patrice Jean en Afrique (698).

Il nous reste aussi, des évêques de Tolède Ildefonse et Julien, des hymnes, des épitaphes et des épigrammes. Théodulf, Goth d'Italie, appelé en France par Charlemagne, nommé évêque d'Orléans, abbé de Fleury ei employé plusieurs fois en qualité de délégué royal, fut déposé comme coupable de trames sous Louis le Débonnaire, et relégné à Angers, où il mourut. Nous avons de lui un livre sur le baptême, un sur l'Esprit-Saint et quelques hymnes, parmi lesquelles l'Église à adopté celle qui se chante le jour des Rameaux :

Gloria, laus et honor tibi sit, rex Christe redemptor.

Sa Parænesis ad judices est un poëme dans lequel il exhorte et instruit les juges envoyés par les rois ; il expose les moyens qu'on met en œuvre pour les corrompre, les avertit de considérer les hommes comme égaux, et leur suggère, envers ceux qui souffrent, des égards plus délicats que l’on ne s’attendait à en trouver dans un siècle où tout était force et rudesse (1). L

l'inilimos, et cunctos longe lateque degentes, Belligeras domavit acies, et hostilia castra Maxima cum laude prostravit Didymus iste, Cujus hic est corpus hujus sub tegmine cautis…

Et plus bas :

Lale ul non fama silet, vulgatis fama triumphis, - Quæ vivum, qualis fuerit, quantusque per urbem Innotuil laurigerum et virus bellica ducem ; Sexies qui denis peraclis circiter annis Spirilum ad ælhera misit, et membra sepulchro (! Humanda dedit, prima cum indictio esset, Dei nonarum juliarum, feria quinta.

(1) Quis patre seu matre erbatur, vel si qua marito, Istorum causas sié tua cura sequi :

Spa, udiain, nes pas ère, que

Jean

Jululf, nmé s en traù il sur e à

Paulin du Frioul écrivit aussi des lettres et des hymnes; mais il est plus célèbre pour avoir argumenté contre les erreurs de Félix et d’Élipan (802). Il assista à tous les conciles tenus dans l'empire, et c’est à lui surtout que sont dus les décrets de celui d’Aix-la-Chapelle. Charlemagne lui donna les biens d’un partisan de Didier, mort les armes à la main, puis une maison de campagne ct le patriarchat d’Aquilée.

Saint Julien, évêque de Tolède (690), traita, dans les Prognostici, de la vie future et de l’état des âmes avant la résurrection, établissant clairement le dogme dn purgatoire. Il a laissé, en outre, la Guerre du roi Wamba contre le duc rebelle Paul et d’autres ouvrages en prose et en vers.

Bède le Vénérable obtint une plus grande renommée. N& dans le comté de Durham, il fut mis, à l’âge de sept ans, dans le couvent de Viremont, d’où il passa dans celui de Jarow.

Toute sa vie fut -:mployée à étudier les sciences et l’Écriture sainte, à l'explication de laquelle il s’appliqua spécialement une fois qu’il eut reçu les ordres, au point d'écrire plusieurs ouvrages sur cette matière. Taxé d’hérésie, parce qu’il préférait le calcul du texte hébraïque à celui des Septante relativement à l’époque de la naissance de Jésus-Christ, il se déferdit en montrant que cette opinion ne portait aucune atteinte à la foi, tandis: qu’il n’était pas permis de faire des conjectures sur le temps où le monde doit finir, chose que Dieu a voulu tenir cachée aux hommes.

Outre le latin, il savait le grec. Il cultiva la poésie, l’astronomie, l’arithmétique, la musique vocale, et il écrivit sur presque toutes les matières, quelquefois avec une certaine indépendance ; on rencontre dans ses vers des passages assez heureux (1). Son Contraste du printemps avec l'hiver, dernière

Horum cüœusiloquus, horum tulela maneto ; Pars hæc te matrem noverit, illa virum.

Debilis, invalidus, puer, æger, anusve, senexve, Si veniant, fer opem, his miserando, piam ; Fac sedeat qui stare nequit, qui surgere prende ; Cui cor voxque tremit, pesque, manusque, juva ; Dejectum verbis releva, sedalo minacem; Qui timet, huic vires ; qui furit, adde melum.

(1) Comine ceux-ci sur la mort d’un coucou :

Collibus in nostris erumpant germina læla, Pascua sint pecori, requies et dulcis in arvis, Et duices rami præslent umbracula fessis,

Controversistes.

rem

Historiens

Paul Diacre, 740-801.

tentative du poëme bucolique en latin, lui valut les louanges qui lui furent décernées dans les temps voisins du sien. On lit encore aujourd'hui utilement quelques-unes de ses Vies de Saints, et surtout son Histoire ecclésiastique de l'Angleterre (1); ayant couçu Je projet de raconter les événements de sa patrie, il demanda des renseignements à l’abbé Albin, très-versé dans la connaissance des faits relatifs à l'Angleterre, et d’autres lui furent fournis par de Nortelme, prêtre de Londres. Il tira de archives de Rome un grand nombre de lettres qu’il inséra dans le récit, donnant ainsi l’exemple des histoires érudites. Riche de ces documents puisés à de bonnes sources, il écrivit cinq livres, à partir de Jules César jusqu’en 731, quatre ans avant sa mort; bien qu'il se soit proposé de raconter seulement les faits ecclésiastiques, ceux-ci se trouvent tellement unis aux faits politiques que son ouvrage devient une autorité précieuse.

On retrouve à peu près la même physionomie dans l’Abrégé d'Histoire universelle que l’abbé George Syncelle, de Taraise, patria’ che de Constantinople, avait entrepris d'écrire, en commençant à la création. Sentant sa mort prochaine lorsqu'il n’est encore arrivé dans son livre qu’au règne de Domitien, il pria l'abbé Théophane de continuer son travail, ce que celui-ci fit en le conduisant jusqu’à son temps. Cet abrégé donne des renseignements assez étendus sur les affaires ecclésiastiques dans l’empire d'Orient, dont elles faisaicnt alors toute la vie intérieure. :

Nous ne trouvons pas d'autre historien qui ait écrit en grec; mais, parmi ceux qui ont employé l’idiome latin, Paul Warnefride mérite une mention spéciale. Il était né à Cividal, dans le Fricui, et fut diacre de l'Église d’Aquilée. Des souvenirs encore vivants lui servirent à composer son histoire des Lombards; mais il n’alla que jusqu’à Rothairc. Peut-être fut-il re-

tenu par la difficulté et le péril de retracer des événements :

récents, d'autant plus que ses jugements pouvaient être altérés par la faveur et le dépit; Erchempert la continua pour ce qui concerne les princes de Bénévent.

Uberibus plenis veniantque ad mulctra capellx, Et volucres varia Phæbum sub voce salutent.

(1) De Sex mundi ælatibus, Elle est aussi remarquable en ce qu'elle est le premier ouvrage dans lequel les années soient disposées selon l'ère devenue ensuite vulgaire.

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Quand le trône des rois lombards se fut écroulé, Paul, s'étant retiré dans le monastère du mont Cassin, resta dévoué à la cause nationale, et prêta la main aux tentatives d’Adelchis pour recouvrer la couronne. De lâches conseillers, qui jamais ne manquent pour souiller de leur abjection la générosité d’un prince, excitaient Charlemagne à laisser subir au diacre la perte des yeux et des mains, en punition de sa prétendue trahison; mais il leur répondit: Où ‘:. :verons-nous une main aussi habile pour écrire l'histoire? 1 :: !':mmena avec lui en France, où il lui fit rédiger l’Homs::::,: pour toutes les fêtes. Il le traitait avec une bienveillance amicale, et lui adressait des énigmes en vers, que Paul expliquait aussi en vers; il lui envoyait encore, lorsqu'il fut retourné au mont Cassin, des saluts affectueux (1). Paul composa l’Historia miscella, dont les dixhuit premiers livres sont une amplification d’Eutrope. Le dixhuitième arrive jusqu'au règne de Léon l’Isaurien ; les six autres, qui furent ajoutés dans le neuvième siècle par Landolf, chanoine de Chartres, conduisirent le récit jusqu’à Théophane.

Il fut dépassé en mérite par Éginhard, qui, né de race franque, peut-être au delà du Rhin, s'appelle lui-même un barbare peu exercé dans la langue des Romains. Charles le fit élever avec ses enfants dans l’école du palais, puis il le chargea de la surintendance des travaux publics, ct il en fit son conseiller et son secrétaire particulier. Si nous en croyons les chroniques, il le tint en si haute estime que, le sachant épris de sa fille Emma,

il la lui donna en mariage (2). Il est certain qu'il le garda tou-.

(1) Parvula rex Carolus seniori carmina Paulo Dilecto fratri mittit honore pio.

Et s'adressant à sa propre lettre :

1llic quære meum mox per sacra culmina Paulum : Ille habilat medio sub grege, credo, Dei.

Inventumque senem devota mente saluta, Et dic : Rex Carolus mandat aveto tibi….

Colla mei Pauli gaudendo aniplecte benigne, Dicilo mulloties : Salve, pater optime, salve.

(2) La chronique du monastère de Lorch raconte qu'Éginhard, étant devenu amoureux d'Emma et ne pouvant maîtriser sa passion, pénétra dans la chambre de la princesse, où il lui ouvrit son cœur. Pendant que les amants oubliaient l'un près de l’autre que la nuit s’écoulait, une neige épaisse s’était étendue sur la terre; quand il voulut se retirer, Éginhard reconnut qu'il ne pourrait le faire sans que ses traces révélassent son secret. 11 se désolait de ce contretemps, quand Emma, prompte, comme toutes les femmes, à trouver des expé-

Éginhard.

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Beaux-arts.

jours à ses côtés tant qu'il vécut, et que Louis le Débonnaire l’eut aussi en grand honneur; mais l’ami de Charles, témoin de la splendeur dont ce monarque avait entouré l’empire, la voyait avec douleur s’éclipser sous son fils dégénéré; il se retira donc dans le monastère de Seligenstadt, où il resta jusqu’à sa mort.

Il entreprit, par reconnaissance, de retracer la vie de Charlemagne, et son sujet le fit s'élever de beaucoup au-dessus des misérables chroniques d'alors; procédant avec un ordre que l’on ne rencontre plus depuis que l’ancienne litiérature s’est éteinte, il croit nécessaire de commencer par jeter un coup d'œil sur les règnes des prédécesseurs de Charles. Il passe ensuite au récit de ses guerres, puis à son gouvernement intérieur; enfin il aborde sa vie domestique. Nous ne parlons pas de ses Annales, qui ont peu de valeur. Son caractère d’historien impérial peut diminuer notre coufiance en sa véracité ; mais il est bien loin de se livrer aux adulations éhontées que certains écrivains jugent indispensables quand ils parlent de rois vivants. Acteur lui-même dans les événements auxquels il avait pris part l’épée ou la plume à la main, confident des secrets du grand homme, il ne s’en tient pas aux faits extérieurs ni à leurs conséquences superficielles ; il scrute les causes lointaines, et souvent avec bonheur. Il pèse le mérite des institutions, et montre dans sa grandeur monumentale ee Charles qui, sous la plume des autres, apparaît rapetissé dans un style trivial, ou gonflé à force d’exagérations.

Les beaux-arts eurent à s'exercer dans de nombreux édifices commandés ou exécutés par Charlemagne, lorsqu'il eut vu les restes. de l’ancienne miagnificence italienne. Vasari lui-même, idolâtre de la forme, trouve d’un très-beau style le temple des

dients, lui offrit de le prendre sur son dos et de le porter ainsi jusqu'à sa demeure; ce qu'elle fit. Mais Charles, qui, par la permission de Dieu, avait passé la nuit sans sommeil, vit sa fille et son secrétaire dans ce trajet aventureux. 11 se contint cependant, en songeant que cela n'arrivait pas saus une disposition d'en haut; ayant ensuite réuni son conseil secret, il exposa le fait et demanda l'avis de chacun. Les uns voulaient qu’il subit un châtiment terrible, les autres qu'il fût exilé ; d'autres étaient d’avis de pardonner, pour ne pas divulguer le déshonneur de la famille royale. Charles adopta le dernier parti ; il fit venir Éginhard, et lui donna pour ferme sa porteuse, avec une grosse dot.

Ce fait n’est pas raconté ailleurs ; il paraît même contredit par l'histoire; mais, comme il a servi de sujet à des romans, à des poëmes, à des drames, nous ne pouvions le passer ici sous silence, Les comtes d'Erbach se préteudaient issus de ces amours.

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Saints-Apôtres, qu'il fit élever à Florence, et dont le plan originaire tenait de la simplicité antique. Saint-Michel de Rome est du même style. Un magnifique pont, qu'il avait construit à Mayence, fut détruit par le feu peu de temps après. 1} avait à Nimègue et à Ingelheim des palais d'une grande magnificence, et deux oratoires à Francfort et à Ratisbonne; mais il se complut particulièrement à embellir Aix-la-Chapelle, peu éloigné du berceau de sa famille, et où il se trouvait à portée de faire la guerre aux Saxons. Il y édifia ou fit agrandir un palais, qu’il nomma Latran, en souvenir de celui de Constantin à Rome, avec des maisons et des édifices publics alentour, notamment la chapelle de Notre-Dame, d’où l'endroit prit. son.nom d’Aixla-Chapelle. Cette église forme au centre un octogone circonscrit par un mur extérieur de seize côtés ; la coupole, percée de fenêtres, est également octogone : cctte disposition et surtout les sculptures, font supposer que des artistes grecs y ont travaillé (1). Elle eut pour architecte Anségise, abbé de Fontenelle, qui l’enrichit de mosaïques et de colonnes tirées de Rome et de Ravenne. La source thermale qui jaillit au pied de la montagne, et qui porte encore le uom de Source de l'empereur, fait penser aux :

+ si nue:

Lavacri . . * Ove, deposta l orrida Maglia, il guerrier sovrano Scendea del campo a tergere Il nobile sudor (2),

Ces monuments périrent dans les désastres du siècle suivant; nous ne pouvons donc savoir ce qu'il y a d'excessif dans l'admiration des contemporains, qui les comparent à ce que l'antiquité nous a laissé de plus splendide.

Charlemagne répandit aussi en Germanie l’amour des miniatures coloriées dans les livres manuscrits, art dans lequel les Allemands devinrent ensuite célèbres (3).

(1) Meinwercus quandam capellam prope majorem ecclesiam Paderbornensem; quindam per Geroldum consanguineum el signiferum Carol magni, per græcos operarios constructam in honore B. Mariæ, desolatam reformavit. Meinwerch mourut en 1036. Un passage des chroniques du quatorzième siècle (ap. Meibonium; Scripé. rer. germ., t. 1, 257) atteste que la tradition, au suj:t des artistes grecs employés par Charlemagne, s'était conservée jusqu'à cette époque.

(2) Manzon, Chœur, dans l’Adelchis.

(3) Un certain Ingohertus de ce temps se vantait, Graphidas Awronidos æquans superansve lenore.

Quand il n’agissait pas par lui-même, il inspirait les autres, et déterminait les abbés et les comtes à favoriser les artistes, qu’il faisait venir d'Italie pour la plupart? il tirait parfois de cette contrée les ouvrages antiques enx-mêmes.

Il est possible que les artistes appelés par lui de la Péninsule aient fordé une école, qui aurait été l’origine des loges où les francs-maçonsse transmettaient certaines doctrines et des procédés particuliers sur l’art de bâtir. De là peut-être l’étonnante

rapidité avec laquelle se propagea plus tard l'architecture gothique.

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