‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 103 sur 146 · XXXIV · texte numérisé non relu

XXXIV

(3) I des V, 89.

(4) XVIL, 8.

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Des héros tués dans un chant reparaissent dans les suivants vour donner la mort. Angélique, cause de tant de querelles, disparaît au milieu du poëme. Cette helle, qui ne porte pas d armure, va de Paris dans la Chine, aussi tranquillement qua le poëte de Modène à Reggio, lorsque , par distraction, il fit ce trajet en pantoufles ; Renaud voyage à travers les espaces du ciel etau milieu de l'Italie ; mais ni les uns ni les autres n’ont jamais rien à démèêler avec les arts , les professions, les lois, uvec aucune des choses qui font la vie de l’humanité, et dont le seizième siècle était rempli.

Oui, sans doute, il en était rempli : les armées étrangères foulaient aux pieds la malheureuse Italie, la trahison était le droit, et chacun déchirait le manteau de saint Pierre ; les Turcs s’avançaient menaçants, et les mœurs étaient perverties. Quel magnifique sujet pour un poëte jaloux de rciever la conscience nètionale , et qui, planant dans les régions sereines de l’éternelle beauté , eût exprimé le côté sérieux de la vie, les élans sublimes du cœur, la grandeur morale de l’homme et de la nation, et célébré les vertus bienfaisantes, la valeur bien employée ! L’Arioste se sent entrainé vers la poésie par un ascendant irrésistible; mais à quelle divinité demanda:t-il des inspirations ? à l’adulation.

Si la flatterie, cette misérable ressource des talents médiocres, dépara les écrits des Grecs à la cour des Ptolémées , et des Latins dans l’âge de la décadence, on ne l’avait pas encore vue se prostituer avec cette impudence dans les grands poëtes. Virgile chante les héros à qui Rome dut sa naissance et sa grandeur, et fait descendre d’eux la famille Juiienne ; mais il n’invente pas d’aieux au nouvel Auguste, et les louanges qu’il leur donne ne sont , au fond, que des louanges à l’adresse de Rome. Lors même qu’il se prosterne devant l’autel d’Auguste, qui lui a restitué son petit héritage, il lui peint la tristesse des champs distribués à ses vétérans, et le guerrier qui usurpe les guérets cultivés et dépouille les possesseurs L'e ces douces campagnes. Horace célèbre Auguste, mais parce qu’il rétablit l’ordre et renä la paix à la patrie; il v’oublie ni l’âme intrépide de Régulus , ni l’invincible Caton. Lucain, sous Néron même, ose vanter les vertus républicaines.

Mais l’Arioste ne loue que la maison d’Este, cette semence féconde que l'Italie et le monde entier doivent honorer, la fleur,

la joie de tout ce que le ciel a vu jamais d'illustres lignages. Or quels étaient ces seigneurs d'Este? quels étaient ce juste Alphonse, ce bienveillant Hippolyte, cette Lucrèce Borgia qu’il met au-dessus de la Lucrèce romaine ? L'histoire nous le dit,

Une seule fois il se rappelle qu’il a une patrie : c'est pour gourmander les chrétiens qui se déchiraient entre eux et désolaient l'Italie, au lieu de songer à repousser l’inondation menaçante des musulmans; puis, comme un de ces pauvres hères qui mendient la louange en la prodiguant, il accouple, dans son dernier chant, les noms les plus glorieux des contemporains à des noms obscurs. Aussi de nombreuses plaintes s’élevèrent contre lui; les uns se trouvaient mal qualifiés , et les autres confondus dans la foule, et, comme il arrive souvent, la prodigalité de ses éloges ne lui valut qu’amertumes. Christophe Colomb, Améric Vespuce et Cabot sont des hommes dont l'Italie, sans doute , a le droit d’être fière; or l’Arioste, en parlant de le découverte de mondes nouveaux, ne mentionne que des Portugais et des Espagnols, et saisit l’occasion de louer Charles-Quint , le plus sage empereur et le plus juste qui ait été depuis Auguste, et qui sera jamais (1).

Encore; s’il ne se raillait que des hommes ! mais il n’épargne pas les choses saintes ; il se moque de Dieu même (2), et met dans sa bouche des commandements puérils. Lorsque l’ange du Très- Haut , dont il fait un serviteur niais et grossier, se voit trahi et abusé par la Discorde, il vole à sa recherche, ct, [a prenant par les cheveux, il fait pleuvoir sur elle les coups de poing et les coups de pied ; puis il {ui brise sur la téte, le doset les bras, un manche de croix (3). Le voyage aérien d’Astolphe, à qui saint Jean fait voir le Temps, les Parques et autres vieilleries mythologiques, est une impiété continuelle; l'évangéliste est comparé aux historiens qui travestissent la vérité (4): Dieu montre à Moïse, sur

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