LE MILANAIS
titure dont ils sentalent n'avoir pas besoin. Le duché comprenait, outre le territoire. de Milan, les territoires de Crémone, Parme, Pavie, Côme, Lodi, Plaisance, Novare, Alexandrie, Tortone, Bobbio, Savone, Albenga, Vintimille et l'État génols, qui fournissaient un revenu de six cent mille ducats d'or (1). Jean Galéas portait le titre de duc, mais il n'avait que ce titre, attendu que son oncle Ludovic le More le gouvernait pour lui. Ambitieux et plein d'astuce, Ludovic était soutenu par le parti gibelin, qui avait à sa tête les San-Severino; mais, quand ce parti se révolta contre lui et déclara la guerre au Milanais, Ludovic le More le repousse, s’empara du château de Pavie et du trésor « qui était le plus graud de la chrétienté, » s’attribua toute l'autorité, et réforma l'État comme s’il avait été le maître. Il aspirait même à l'être de nom, et, dans ce but, il voulait supplanter son ueveu;. mais les États voisins le souffriraient-ils, surtout le roi de Naples, dont Jean-Galéas était le petit-fils ? Il fallait donc troubler l’eau, afin de pouvoir y pêcher plus sûrement. Les, princes italiens, menacés par les Français, héritiers des prétentions de la maison d'Anjou, avaient senti la nécessité de se confédérer. Le More, voulant qu'un acte public fit connaître cette alliance à l'Europe, proposa de réunir à Rome, à un jour déterminé, les ambassadeurs de chacun d’eux pour féliciter le nouveau pontife, et de charger celui du roi de Naples de porter la parole au nom de tous. Pierre de Médicis, l’un des ambassadeurs, non content d’éclipser les autres par le luxe de sa suite, voulut encore faire étalage d'éloquence florentine ; il indisposa donc le More, qui s’aperçut bientôt que Pierre, désertant l’ancienne alliance des Sforza , s'était tourné du côté du roi de Naples, lequel reprochait au prince milanais d’opprimer son neveu, et de lui imposer même des privations de nourriture. Alexandre VI avait caressé le prince aragonais, dans l'espoir qu'il donnerait en mariage à son fils une fille naturelle d’Al-
phonse, duc de Calabre; mais, trompé dans son attente, et
voyant que le roi fomentait la désobéissance de Virginio Orsini, qui, posté entre Viterbe et Cività-Vecchia, pouvait ouvrir Rome aux Napolitains, il s’entendit avec le More. Venise fut encore amenée par Ludovic à conclure une alliance offensive et défensive; de plus, il maria sa nièce Blanche-Marie, avec une riche dot, à Maximilien, et il obtint en secret de cet empereur l'inves-
(1) Conto.
titure du duché de Milan. Accoutumé toutefois à ne compter sur les promesses des souverains qu'autant qu’ils ont intérêt à les
* tenir, {l sentait qu’un tel engagement était sans valeur réelle, et
que ses alliés l’abandonneraient des qu’ils ÿ trouveraient leur profit; il chercha done un nouvel appui dans la famille royale de France, à laquelle les ducs de Milan s'étaient alliés par des mariages multipliés.
À la mort de son père, Charles VIII était près d'atteindre sa quatorzième année, âge auquel les fils de France sortaient de tutelle. La faiblesse de sa santé, ou plutôt la jalousie de Louis XI, qui craignait qué son héritier ne conspirât contre lui, comme il avait lui-même conspiré contre son père, l'avait empêché de participer aux affaires et de soigner son instruction ; {! ne connaissait donc nullément les hommes, qu’il n'avait point vus, et ue savait même ni lire ni écrire. Monté sur le trône sans transition, humilié dé son insuffisance en entrant dans la société, il s’appliqua à l'étude, mais tardivement et sans plan suivi. À peine eut-il appris à lire, que les exploits de César et da Charlemagne enflammèrent son imagination, et qu'il voulut devénir un héros ; il les égalait sans doute en vaillance, mais il lui manquait ét le génie pour combiner de vastes entreptises, et Ja constance pour les poursuivre malgré les revers.
Anne de Beaujeu, sa sœur, chargée de la régence, était une élève excelleute de son père, pour l’art de feindre et l’impérieuse inflexibilité; elle se concilia l’opinion publique en faisant pendre Olivier le Daim, dit le Diable, barbier de Louis X1, son ministre des finances, son Ame damnée, et en faisant mutiler, puis cxiler Jean Doyac, procureur général du parlement, et l'espion du feu roi. Les états généraux furent assemblés à Tours pour organiser la régence ; alors fut rompu le silence qu'avait imposé la terreur du règne précédent, les plaintes éclatèrent, et l’on parla de réunit les six nations de France, tant le pays se sentait un depuis l'extinction de l'aristocratie. Les députés proclamèrent à haute voix que le pays était épuisé, et qu’une longue paix pouvait seule ramener là prospérité, et ce fut alors précisément que commencèrent les grandes guerres.
Charles fut sacré; mais, tandis qu’il s'amusait avec des chiens, des écoliers, de jeunes filles et des ménestrels, la dame de Beñujeu exerçait l'autorité suprôme, malgré l'opposition de Louis, duc d'Orléans, qui eut même recours aux armee, et finit par se faire battre à la journée de Saint-Aubin. $
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