‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 16 sur 146 · EXPÉDITION DE CHARLES VIII · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE CHARLES VIII

Le mariage de Charles avec Anne, héritière du duché de Bretagne, lui donna ce grand flef, mais le brouilla avec l’empereur Maximilien, dont la fille lui avait été ‘lancée, L'empereur porta ses plaintes au roi d'Angleterre, qui, saisissant l'occasion avec joie, fit alliance avec lui et débarqua à Calais. Le monarque autrichien, qui s'était mis à la solde d'un souverain étranger comme un aventurier, s'avança pour combattre ; mais, ses États ne lui fournissant pas l'argent nécessaire, il fut obligé dé rester dans l’inaction ét de faire la paix. Charles lui rendit la Franche- Comté, l’Artois, le Charollais et Noyers ; il paya à Henri VII sept cent quarante-cinq mille écus d'or (huit millions), et restitua à Ferdinand le Catholique, par scrupule de conscience, le Roussillon et la Cerdagne, clefs de la France du côté des Pyrénées, detruisant ainsi l'œuvre d'unité pour laquelle son père avait déployé tant de soins et d'efforts ; mais qu’importaient ces morcellements à Charles VIII, qui révait la conquête du monde?

Charles, duc du Maine, dernier héritier de la maison d'Anjou, avait institué Louis XI son héritier. Le droit public d'alors autorisant les princes à disposer des gouvernements comme de leur propriété, Charles VIIL conçut le projet de faire valoir ses droits héréditaires sur Napleset Constantinople, et de restaurer l'empire d'Orient. Ep

Ludovic le More caressa cette ambition de Charles, l’encourageant à délivrer l’Europe des Turés et à conquérir le royaume de Naples, comme point de départ pour cette expédition. L'entreprise était facile, selon lui; il consentait à lui livrer passage par Gênes et la Lombardie, et s’engageait, en outre, à lui fournir des hommes et dé l'argent. Le pape, ajoutait-il, devait le favoriser, au moins sous main, pour se venger des Aragonais; les négociants floréntins ne voudraient pas se brouiller avec la France, où ils avaient leurs principaux comptoirs, et il aurait pour amie Venise, à qui les Turcs donnaient d’ailleurs assez à faire. De leur côté, un grand nombre de barons napolitains prodiguaient les promesses et les excitations, monnaie habituelle des exilés. En Francé, la noblesse était toujours avide d'occasions de faire ses prouesses (1), dans l'espoir de gagner de bons fiefs. Le départ

(1) « Le François ne fut jamais qu'il n'aimast à menér les mains, sinoti Con- « tre l'étranger, plutost contre soi-même. Aussi le Bourguignon et le Flamand « disent dé nous que, quand le François dort , le diable le bétce. » BRANTÔME, disc. 89.

4498, 25 janvier.

le Charles devait Jaisser le champ libre à la dame de Beaujeu

” exercer un pouvoir despotique; puis on répandait des prophetiés annonçant que Charles conquerrait non-seulement l’empire de Constantin, mais le royaume de David.

Charles leva donc des troupes, envoya travailler les prpulations et reconnaître le pays. Allons, disait-il, où nous appellent la gloire de la guerre, la discorde des peuples et l'assistance de nos amis; mais il avait épuisé ses finances , d'abord pour acheter la paix, ensuite pour donner le spectacle de joutes (1) et de fêtes aux dames de Lyon, « qui sont volontiers belles et de bonne grâce (2), » si bien qu'il hésita s’il devait aller plus avant. Poussé cependant par des confidents ambitieux ou corrompus, il se procura de l'argent à gros intérêt, cinquante mille ducats à Milan, cent mille des Sauli de Gênes; Blanche de Savoie lui prêta ses diamants, qu'il mit en gage.

On ne s'endormait pas en Italie; Ferdinand gagna le pape en accordant à son fils l'objet de son ambition, c'est-à-dire la main de Sanche, filie naturelle d'Alphonse, duc de Calabre ; il mourut au milieu des préparatifs, et laissa la couronne à ce dernier avec un trésor bien garni, une flotte et une armée en bon état. A une grande réputation de bravoure son successeur unissait la perfi- : die et 'la cruauté nécessaires pour réussir ; il soutint d’abord l'opinion qu'on avait de lui, en excitant les princes à défendre l'indépendance italienne, en fortifiant le pays par terre et par mer, si bien que les premières tentatives de la France vers le territoire de Gènes n’eurent point de succès.

Les Italiens sont dans l’habitude de considérer les Français, avant leur venue, comme des libérateurs; aussi Jean-Galéas espérait-il qu'ils le délivreraient du joug de son oncle. Les Florentins se promettaient de s'affranchir, avec leur aide, de celui des Médicis; Alexandre VI, de donner une principauté à sa famille ; les Vénitiens, d’humilier la maison d'Aragon; les Napolitains, d'échapper à la tyrannie étrangère ; néanmoins les gens sages trouvaient les circonstances assez grave: jour redouter l'avenir, sans même se préoccuper des prod": ‘1 1 conjonctions d’astres dont s’effrayaient le vulgaire ei ies savants.

(1) « Ce gentil roy ne songeoit qu’à donner aux seigneurs et aux dames force « beaux plaisirs et passe-temps, et des beaux tournois à la mode de France, e« qui ont toujours emporté le prix par-dessus tous les autres ; jeux guerriers « ri il étoit toujours des mieux tenans et des mieux faisans. » BRANTÔME, (2) Mén, de Baycrd.

Beaujeu les proit l’em-

populappellent sistance rd pour 8 (1) et es et de er plus ou corte mille e Savoie

pape en la main mourut lier avec . À une

la perfi- .

bord l’odre l’inpar mer, erritoire

rançais, n-Galéas ES Flode celui à sa fas Napoes gens edouter »njonc-

mes force e France, guerriers TÔME,

Page 1