FIN DE SAVONAROLE
Malheur au parti libéral qui se voit contraint de recourir à l’effusion du sang! Les piagnoni, qui avaient poussé à cette condamnation, déchurent dans l'opinion. Savonarole parut un intriguant, dont les passions donnaient un démenti à ses paroles, et qui avait sottement annoncé comme un envoyé de Dieu cet inconstant et imbécile Charles VIIL, Un plus grand crime pesait sur lui, la hardiesse avec laquelle il flétrissait les forfaits commis par la famille du pontife , où les scandales se multipliaient, et dans laquelle un frère tuait un frère pour n'avoir point de rival auprès de sa sœur. Alexandre VI lui intenta donc un procès d'hérésie , lui défendit la prédication, et suscita contre lui les partisans des Médicis, les oligarques et la jalousie des autres classes. Le moine protesta contre l’injuste condamnation dont il était l’objet (1), et continua de précher, d'autant plus écouté qu’il était plus raillé par les compagnacci, et plus anathématisé par les augustins. François de Pouille, frère mineur, le défia de prouver la vérité de ses prédications par un miracle (2), et lui proposa d'entrer avec lui dans le feu, sous la condition que l'on croirait à la parole de celui qui en sortirait sain et sauf. On peut juger si la multitude accueillit avec joie l'espérance d’un pareil spectacle. Savonarole refusa cette épreuve impie; mais Dominique de Pescia, son élève, offrit de la subir. Le bûcher préparé, Savonarole exigea que son champion y entrât avec l’hostie consacrée; les franciscains s’y refusèrent obstinément. La journée se passa dans ces débats, et le soir une pluie torrentielle dispersa la foule.
L’enthousiasme déçu se convertit en colère et désir de vengeance. Le frère Jérôme fut insulté; la seigneurie put désormais le laisser arrêter et mettre en jugement. Quinze de ses ennemis lui furent donnés pour juges. On le mit à la torture, pour lui faire rétracter comme mensongères ses révélations ; mais il démentit , au contraire, les calomnies, et soutint qu'il ne se croyait point inspiré, qu'il se fondait uniquement sur les saintes Écritures, et n'était mû ni par la cupidité ni par l’ambition, mais par le désir de déterminer la convocation d’un concile, afin que les coutumes fussent réformées, à l'exemple des temps apostoliques. Il fat condamné au feu avec frère Dominique et frère Sylvestre
(1) Savonarole écrivit au pape Alexandre : Dignetur sanctitas vestra mihi significare quid ex omnibus quæ scripsi vel dixi sit revocandum, el ego id libentissime faciam. (20 septembre 1497.)
(2) Charles VIII lui avait dit aussi : Failes-moi un pelil miracle.
Perte de Savonarole.
7 avril.
93 mare,
7 avril,
42 QUINZIÈME ÉPOQUEX.
Maruffi, Lorsque l'évêque annonça, en les dégradant, qu’il les séparait de l'Église comme hérétiques : De l’Église militante, ajouta Savonarole ; et il expira avec la confiance d'entrer dans l'Église triomphante.
Ce ne fut pasun meurtrereligieux, mais un meurtre politique. Si Savonarole était maudit par quelques-uns comme un imposteur et un démagogue, d’autres le vénéraient comme un saint. On vit soudain « paraître des écrits, des peintures significatives, « des médailles, où il était décoré des titres les plus glorieux (1). » Peu de temps après, le pinceau de Raphaël le représentait dans le Vatican parmi les docteurs de l'Église; son portrait figurait , à Sainte-Marie Nouvelle, dans l’une des lunettes où sont représentés le Christ préchant et la naissance de saint Dominique. Catherine des Ricci l’invoquait dans ses prières: aussi, lorsqu'il fut question de la héatifier, on se remit à discuter sur les mérites de frère Jérôme. Saint Philippe de Neri, qui conservait son portrait dans sa chambre, priait Dieu que sa mémoire ne fût pas réprouvée. Elle ne le fut pas : au contraire, des images et des médailles où le titre de docteur et de martyr lui était- décerné , se répandirent et se gardèrent dans les maisons ; enfin, pendant plus de deux siècles, au jour anniversaire de son supplice, les jeunes gens jonchaient de fleurs le lieu souillé par cet acte d'iniquité (2),