COMBAT DE FORNOUE
avait conservé leur fidélité, lui reprocha avec franchise sa mauvaise foi et les excès de son armée, double faute qui l'avait fait échouer dans la mission que Dieu lui avait confiée, et il le menaça du châtiment céleste. On crut qu'il avait prophétisé la mort du Dauphin, survenue quelques jours après.
Charles , qui fut empêché par les siens de revendre à Florence la liberté de Pise et de Sienne, liberté qu'il avait déjà vendue à ces deux républiques, quitta la Toscane; mais à Fornoue, entre les collines séparées par le Taro, qui, des montagnes du territoire de Gênes coule dans le P6, les confédérés italiens lui barrèrent le passage avec des forces nombreuses. Le danger parut si grave que neuf guerriers se vêtirent comme le roi pour détourner les coups dirigés contre sa personne, et lui-même fit un vœu à saint Denis et à saint Martin. Mais les Italiens, montés sur des chevaux plus faibles que ceux des Français , et couverts d'armes plus pesantes , tombaient à terre sous le choc, et, une fois ren-
versés, ils étaient égorgés par les valets ; l'infanterie ne pouvait
résister aux hallebardiers suisses et à la furie française; Trivulce, qui connaissait la nature de la cavalerie dalmate et épirote, force des Vénitiens, abandonna les bagages à son avidité ; les séradiots se jetèrent donc sur cette proie, les fantassins à leur suite, et la déroute fut bientôt complète. Quoiqu'il n’eût duré que quelques heures, le combat fut très-sanglant, parce que les Français ne faisaient point quartier, et se hâtaient même d’éventrer les prisonniers, dans la pensée qu'ils avaient avalé leur or pour le soustraire à la rapacité. Toutefois Charles s’estima heureux de pouvoir continuer sa marche au plus vite à travers Je pays ennemi, et par les plus grandes chaleurs de l'été. Une portion de l’armée, qui, sous la conduite de Louis d'Orléaus, s'était avancée sur le Milanais, fut assiégée dans Novare (1); elle endura toutes les souffrances de la faim, jusqu'au moment où Charles, ne pouvant la dégager par les armes, la sauva par des négociations. Sur cesentrefaites, les Suisses à sa solde, trompés dans leur espoir de faire du butin, se jetèrent sur le camp français ; Charles eut de la peine à s'échapper par la fuite, et fut obligé de promettre un demi-million de francs à ces amis, plus incommodes que des ennemis. Ferdinand II reparut à Naples, où chacun le désirait depuis qu’il n’y était plus; le peuple, furieux, égorgeait les Français dans les rues. Prosper Colonna, Alphonse s’Avalos, marquis de
(1) Le duc d'Orléans y ft frapper la première monnaie obsidionale en cuivre.
6 juillet.
Combat de Fournoue.
22 octobre.
Pescaire, Gonzalve de Cordoue, surnommé le Grand Capitaine, rendaient de plus én plus difficile la position de l’armée, dont la peste, pour surcroît de maux, décimait les rangs; enfin, ne rece- 2 juillet, ant pas de secours de France, elle se vit obligée ‘de capituler.
Telle fut l’issue de l'expédition de Charles VIII; expédition suggérée par une vanité puérile, conduite follement, et terminée sans autre résultat que l'épuisement de l’armée et des finances. Les effets en furent nombreux et déplorables pour l'Italie. Jamais la diplomatie n’avait intrigué avec tant d'activité; les haines intérieures s’aigrirent, et cherchèrent à s'appuyer sur les étrangers, qui, sûrs de trouver faveur sur le sol italien , fixèrent leurs regards de ce côté, dans des idées de conquête.
1496. Ferdinand 11 d'Aragon mourut à l’âge de vingt-neufans, avant d’avoir perdu l'affection des siens ; il eut pour successeur son oncle Frédéric, déjà cher à ses sujets, parmi lesquels il s’efforça d'assoupir les jalousies et les haines. Charles VIIL consentit, moyennant le payement d’une somme considérable, à restituer aux Florentins les places qu’il avait occupées : mais ce fait réveilla les jalousies; les Vénitiens soutinrent Pise, et les combats contipuèrent entre les Italiens avec la férocité qu'ils avaient apprise la des envahisseurs.
Ludovic le More, qui se faisait honneur d'avoir appelé et re-
poussé les Français par son astuce, puni et relevé les princes ara- qu gonais, se ménageait de nouvelles chances ; afin de continuer la ca guerre et de conserver tous ses avantages, il invita Maximilien à dé venir se faire couronner. Ce prince, qui, toujours dénué d'argent et embarrassé de ses propres affaires, aimait à se mêler de ge celles des autres, prêta l'oreille aux suggestions de son oncle: le mais il-vint en Italie avec si peu de forces qu'il se trouva hors lu d'état de réduire à l’ohéissance ceux qui ne voulurent pas se fa soumettre; honteux lui-même de son impuissance, il évitait les m villes et cherchait les routes détournées. Les Italiens confédérés pe contre Florence lui fournirent quelque argent et des troupes; il | tu 1488. put alors passer à Pise et assiéger Livourne : mais bientôt il fut le obligé de retourner en Allemagne, laissant de sa personne, en co Italie, une idée chaque jour plus défavorable. Il
Pierre de Médicis, qui n'avait pas su profiter de la faveur de
Charles pour rentrer dans Florence, fit alors deux tentatives
avec l’aide des chefs de bandes romagnols et des intelligences.
ue Le gonfalonier Bernard de Nero et d’autres encoic , :22us6és d’a- id 21 août, voir trempé dans le complot, furent condamnés à mort. |
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