LOUIS XIE
vingt-buit ans, laissant le souvenir d’un prince libertin, insouciant, ambitieux et changeant. Il eut pour successeur Louis XI, qui, peu estimable comme duc d'Orléans, élevé dans la debauche et les excès, par lesquels il semble que Louis XI, son beau-père, eût voulu l’abrutir, changea de nature en montant sur le trône, ct protégea les droits du plus grand nombre; aussi fut-il surnommé le Père du peuple, ou, par une dérision qui tourne à sa louange, le Père des roturiers. Nous parlerons ailleurs de ce qu'il fit pour la France. Quant à l'Italie, il manifesta, en prenant le titre de roi des Deux-Siciles et de Jérusalem, et celui de duc de Milan, l'intention de soutenir ses prétentions comme descendant de Valentine Visconti et comme héritier du prince d'Anjou (1) ; c’était là une conséquence de la polit'que intérieure et extérieure, La guerre fut toujours considérée par les rois de France comme nécessaire pour éblouir les regards et occuper au dehors les forces inquiètes de la nation; ils ont cru aussi qu'elle protége mieux les frontières que les forteresses. D'un autre côté, si Louis XII eût laissé subsister les petites puissances d'Italie, elles auraient fini par l’accabler,
Parmi ces puissances, prédominait alors Ludovic le More, D'un esprit très-actif et d'une âme très-basse, il aimait les lettres; ayant appelé à sa cour des savants et des historiens, il en forma une académie de beaux-arts et de ssiences; il ajouta des constructions nouvelles à l'édifice de l’université de Pavie, et réforma ses statuts; il étendit la culture du mûrier, et jeta les fondements du Lazaret de Milan ( 1489), probablement sur les plans de Bramante. Cet architecte, qu'il avait attiré près de lui par de fortes pensions , construisit alors la tribune et la coupole de l'église delle Grazie, le vestibule de Saint-Ce!se, l’église de Saint-Satyre et le cloitre de Saint-Ambroise; en même temps, Léonard de Vinci peignait son admirable Cène dans le réfectoire des Grazie, appliquait dans le nouveau canal de la Martesana les soutiens que nous appelons conques, et fondait une école d'où sortirent les Luini, César de Sesto, Lomazzo, Marc d'Ogionno, Salaini, Boltraff,
Incomplet dans ses bonhes comme dans ses mauvaises qualités, le More se confiait dans son habileté politique pour diriger à son
(1) Louis, second fils de Charles V, épousa Valentine Visconti, dont {l eut deux fils : Charles, souche de la maison d'Orléans , et Jean, de celle d'Angoulême, qui parvinrent successivement au trône. Louis XII était fils de Charles,
15 avril,
27 septembre.
2 octobre.
gré les affaires de l'Italie, Effrayé maintenant de prétentions dont il ne s'était pas inquiété lorsqu'il avait appelé les Français en Italie, il accumulait les traités et les alliances ; il tâchait d'empêcher les Florentins de s'entendre avec Venise, et de lui abandonner Pise. Mais les Vénitiens, imitant la conduite qu'il avait tenue, conduite blâmée hautement par eux, n’hésitèrent pas à lui susciter un antagoniste; par le traité de Blois, ils reconaurent Louis XII duc de Milan et roi de Naples, moyennant la cession de Crémone et de la Geradadda, outre celle des villes qu'ils occupaient daus la Pouille. D'un autre côté, ce roi, afin d'obtenir la dissolution de son union détestée avec Jeanne de France, et de pouvoir épouser la veuve deson prédécesseur, héritière de la Bretagne, se mit à caresser Alexandre VI.
La guerre ne se faisait plus désormais en Italie que par les chefs de bandes ou condottieri; outre le célèbre Jean-Jacques Trivulce, Baglione, Marc Martinengo de Brescia, Galéas de San- Severiuo, Appiano de Piombino, Charles Orsini, Barthélemy d’Alviano, Paul Vitelli de Cività di Castello, qui fut décapité comme traître par les Florentins, étaient en grande réputation de vaillance,
Ludovic le More avait le plus grand besoin d'eux: mais Trivulce s'était déclaré son ennemi mortel ; San-Severino, son général, avait déserté ses drapeaux, et les autres étaient obligés de rester chez eux, pour défendre leurs foyer: contre le duc de Valentinois. Parmi ses alliés, Maximilien, que les Italiens appelaient Court d'argent, était occupé à opprimer les Suisses; ce prince, d’ailleurs, ne pouvait être d'aucun secours. Frédéric, roi de Naples, songeait à remédier aux désastres que le peuple avait soufferts ; Bajazet II seul, dont le More excita la défiance contre Venise et la France, envoya dans le Frioul ScanG::, pacha de Bosnie, qui ravagea le pays jusqu’à la Livenza, et massacra tous les prisonniers qu'il fit.
Ce fut un nouveau motif de haine contre cet agitateur perpétuel de l'Italie; aussi, lorsque les Français arrivèrent sous le commandement de Trivulce, le peuple, accablé d'impôts et fatigué de cette ambition tortueuse, tua-t-il le ministre des finances, bouc émissaire ordinaire des Milanais, Ludovic le More, dénué d'assistance et de conseils, après avoir approvisionné le château de Milan, s'enfuit en Allemagne par la Valteline. Alors le peuple s’insurgea de tous côtés, et, lorsque apparut Louis XIT, tout était consommé; devenu maître du château par trahison, il
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