FONTANA
primer plusieurs idées bizarres (1). Parmi beaucoup d’autres travaux de Tibaldo, nous citerons les sanctuaire de Roet: de Caravaggio, l'archevêché" de Milan, la maison professe des jésuites à Gênes. Appelé par Philir,e II poùr la: construction de l’Escurial, il reçut de lui, outre trs sommes comérables, le sen de Vasolda.’ ‘*
Le cardinal Montalto out à Dominique Fontana, né à Mélide sur le lac de Lugano, la chapelle de la Crèche, dans Sainte- Marie Majeure ; mais il se voyaitforcé d'interrompre les travaux, le pape ayant suspendu ses pensions, ‘lorsque Fontana offrit de continuer à ses frais. Le prélat fut sensible à la délicatesse de ce procédé; aussi, devenu pape sous le nom de Sixte-Quint, non-seulement il lui fit achever cette chapelie,; remarquable pour lesélégantes proportions de la coupole, ainsi que le palais voisin (la villa Negroni), mais encore il le chargea de relever les obélisques ; celui du Vatican, à demi enseveli, restait seul debout. Lorsqu'il fut question de le transporter devant la basilique de Saint-Pierre, on consulta tous les mathématiciens, qui donnèrent cinq cents avissavants ou bizarres ; la préférence fut donnée à celui de Fontana, qui a décrit le Mode employé pour transporter l'obélisque du Vatican.
Ce fait, embelli encore par les traditions, est un des plus dramatiques de l’art. Le monolithe avec son revêtement donnait un ptids d’un million cinq cent mille livres; il fallait l’enlever de sa base, le coucher ‘sur les chariots , puis le redresser, et l’asseoir sur sa base nouvelle. Sixte-Quint choisit pour eette opération un mercredi, jour qu'il disait lui être toujours favorable. L’anxiété était générale parmi les habitants; il avait été défendu, sous peine du gibet, de prononcer un mot sur la place, pour ne pas gêner les commandements des chefs. L'architecte se trouvait suspendu entre la gloire et les châtiments dont l’avait menacé le sévère pontife , qui, par un nee de violence, de: grandeur et d’exaltation, voulait soumettre à !a croix les monuments de l'idolâtrie, dans le lieu même où les martyrs avaient versé leur sang. Déjà l’obélisque était transporté, et déjà il se dressait sur sonemplacèment ; mais les poulies ne pouvaient arriver à le mettre entièrement debout, quand un paysan s’écria, du milieu de la foule silencieuse : De l’eau aux cordes ! Avis plein de
(1) Voy. Basst, Dispareri in maniera d’architettura e di prospettiva,
Fontana.
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bon sens, qui eut pour effet d'empêcher les câbles de se briser, de les raccourcir et de produire le résultat voulu. Aussitôt les cloches et le canon du château Saint-Ange annoncèrent que l’entreprise avait réussi. Sixte-Quint fit son architecte chevalier ; le paysan qui avait affronté le gibet pour émettre un avis opportun demanda en récompense le privilége, pour son village, de fournir à Rome les branches d’olivier pour le dimanche des Rameaux (1).
L'érection des autres obélisques offrit plus de facilité. T rèsversé dans la mécanique, Fontana, en architecture, sacrifia beaucoup à la nouveauté, Il fit la façade de la basilique de Latran, du côté de Sainte-Marie Majeure, et le palais pontical , masse grandiose, aux ornements corrects et sobres. Au Vatican, il traversa la cour du Bramante par un édifice destiné à la bibliothèque, et fit la partie du palais qui regarde Rome. Il travailla aussi à celui du Quirinal, dont il élargit la place, où il mit les deux colosses ; il éleva les quatre fontaines au carrefour des deux rues Félice et Pia, et restaura la colonne Trajane et la colonne Antonine; on lui doit, en outre, l’hospice des Pauvres mendiants,' l’Acqua Félice, la fontaine de Termini, une des plus belles parmi les Fontaines si remarquables de Rome, où il représenta ou plutôt indiqua le miracle de Moïse. Fort heureusement la filature de laine projetée dans le Colisée ne fut pas exécutée.
Tous cestravaux furent accomplis dans les cinq années du règne de Sixte-Quint. Après la mort de ce pape, Clément VIII, prétant l'oreille à des insinuations malveillantes, destitua Fontana de ses fonctions d'architecte pontitical, et lui demanda compte des sommes employées ; mais le comte de Miranda, vice-roi de Naples, l’appela près de lui en qualité d’architecte royal. Arrivé
(1) Le chevalier Adamini de Montagnola, compatriote de Fontana, et l’ingénieur français Montferrand , ont érigé, il y a peu de temps, une masse semblable à Saint-Pétersbourg. La colonne que l'empereur Nicolas a consacrée à la mémoire d’Aléxandre I*" est le plus grand monolithe du monde.
Le fût seul pèse. . . .. 293,820 kil.
Avec les appareils. . . . 423,500 L'obélisque nu. . . . . 337,000
Avec les appareils. . . . 375,922
L'érection de l’obélisque de Luxorsur la place de la Concorde, par M. Le Bas, a causé aussi une vive émotion dans Paris, dont les applaudissements ont salué l’habile architecte.
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daos cette ville, Fontana redressa des rues, des palais, la place du Château-Neuf ; il fit la belle fontaine de Médine, les tombeaux de Charles I‘, de Charles Martel et de Clémence dans l’archevêché, plusieurs atels, notamment celui de l’archevêché d’Amalfi, et le très-beau soffocorpo de Saint-Matthieu, à Salerne. Le palais du roi, son ouvrage le plus remarquable, a subi tant de changements dans sa distribution intérieure qu’il est impossible de retrouver le plan primitif. Il fit aussi, pour la tour Saint- Vincent, le projet d’un môle et d’un pont qui ne furent pas exécutés.
Son frère Jean s’occupa de construire des digues le long du P6, et de procurer de l’eau à un grand nombre de maisons de plaisance et de villes ; il amena de Bracciano l’eau qui alimente le Fontanone de Rome, et de là, après avoir traversé le pont Sixte, va fournir l’autre cascade en face de la rue Giulia.
Michel Sanmicheli, de Vérone, fut satérieur à ces architectes et les surpassa. Formé par les leçons de son père et de son oncle, il étudia les restes de l'antiquité, d’abord dans sa ville natale, puis à Rome, où il fut bientôt en réputation. Chargé de continuer la cathédrale d’Orviéto, où les meilleurs architectes l’avaient précédé, il se conforma à leur style. Il se donna plus de liberté dans celle de Montefiascone, où il fit une coupole à huit arêtes, dont la circonférence constitue le temple. Il embellit d'autres ouvrages sa patrie et Venise, fidèle à l'habitude de r’entreprendre aucun travail sans avoir fait chanter une messe solennelle.
Ailleurs nous avons examiné ses travaux dans l'architecture militaire, en indiquant les artistes qui s’occupèrent de ce genre de constructions.
D’autres s’appliquèrent à l’architecture nautique, comme le Milanais Camille Agrippa (1) et Mario Savorgnano, comte de Belgrade (2).
Beaucoup écrivirent sur l’hydraulique, science qui offrit constamment des applications en Italie; parmi eux, on distingue Louis Cornaro, qui traita des lagunes de Venise comme moyen de défense (3).
(1\ Nuove invenzioni sopra il modo di navigare ; Rome, 1595.
(2) Arte militare terrestre e marittima , secondo la ragione e l'uso de’ più valorosi capitani antichi e moderni; 1599.
(3) Trattato delle acque ; Padoue, 1560.
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Sanmichell.
LD
Arts hors de l'Italie.
Les arts du dessin se répandirent aussi hors de l'Italie. Henri VIIT, François 1°" et Charles-Quint recherchèrent les artistes italiens. Déschamps raconte (1) qu'en 1573,.Maximilien II d'Autriche demanda un peintre et un sculpteur à Jean Bologne, qui lui envoya Spranger d'Anvers et Jean Monti. Un an après la mort de Maximilien, Rodolphe fut sur le point de les congédier ; mais, sur l’avis de son chambellan, il garda le peintre et renvoya le-sculpteur.
La faveur accordée aux arts en France contribua à grandir le monarque qui, par là encore, se trouva supérieur aux petits feudataires. On continua fort tard à construire dans le style gothique : témoin la belle tour qui a seule survécu à la destruction de Saint-Jacques de la Boucherie, et qui fut élevée à Paris en 1502, ainsi que l’église entière de Saint-Eustache, commencée en 1532.
La peinture n’y était pas ignorée ; mais elle se bornait à des portraits d’une ressemblance très-étudiée, à des miniatures sur parchemin, à la coloration des vitraux, art national que ne dédaignaient pas d'exercer même des gentilshommes. A l’exemple des Lombards, on avait adopté, du temps de Charles VIII, une méthode meilleure , qui unissait la souplesse à la vérité, l’art au sentiment , la correction à l'inspiration, surtout dans l'architectureet la seul pture.
Le frère Joconde travailla dans Paris à la cour des comptes, et au château de Gaillon en Normañdié, qui appartenait au cardinal d’Amboise, et sans doute aussi au château de Blois, qui est peut-être la plus intéressante’ dé toutes les habitations royales. Le tombeau du cardinal d'Amboise, en marbre chargé de sculptures avec des peintures et des dorures, est le plus beau monument de ce siècle. Déjà l’art est tout à fait renouvelé dans le mausolée de Louis XII à Saint-Denis, qui offre un style large et une sage imitation de la nature ; on l’attribue à Ponce Tribatti, mais il paraît plutôt être l’œuvre de Jean Juste de Tours. De riches négociants comme Ango, de hauts dignitaires comme Duprat, des courtisans et des seigneurs élevaient à l’envi des châteaux ; celui de Chambord, bâti par François [*', en manière de château fort avec des tours, dont. les ornements sont d’un style mélangé, est une œuvre magnifique ; ilest de 1525, c’est-à-dire antérieur
(1) Vies des peintres flamands, t. I, p. 193.
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