PALLADIO
le plan pentagone et les bastions qui sont au pied; la distribution intériéure et les dégagements sont excellents; et sa situation pittoresque lui procure une vaste perspective. Annibal Caro en dirigea les peintures, exécutées par les Zuccari et par d’autres artistes, avec des perspectives de Vignolé lui-mêmé. À la recommandation du cardinal Farnèse, il fut chargé de l'église du Jésus de la maison professe, quelle Milanais Jacques délla Porta (1) surchargea én la finissant , ce qui nufsit beaucoup à l'élégance des profils et à la régularité de la distribution primitive.
Philippe I bâtissait alors l'Escurial ; mais, peu satisfait du plan, il en fit demander un aux'artistes italiens ; on luien proposa vingt-deux. Vignole choisit dans chacun d’eux les parties les méilléures, pour en composer un nouveau ; néanmoins il ne voulut pas aller l’exécuter, préférant travailler à Saint-Pierre, où il continua les idées de Michel-Ange par l'élévation des deux coupoles latérales.
Plusieurs architectes avaient déjà entrepris de commenter Vitruve, ce qui donna à d’autres l’idée de composer de nouveaux ‘traités d'architecture. Vignole, dans sa Règle des cinq ordres d'architecture, réduisit cet art à des mesurés fixes et à un principe constant. Non content de fournir des exemples, il étudia les raisons, et proclama que les édifices antiques les plus vantés doivent leur mérite à ce qu’ils offrent une intelligible correspondance de membres, des convenances simples et claires, un ensemble où les moindres parties sont comprises et harmoniquement ordonnées dans les plus grandes, ce qui constitue le fondement des proportions.
André Palladio suivit dignement la route frayée par ses pré-
décesseurs, et devint un modèle de goût pour ceux qui ne le trouvent que dans les œuvres des Grecs et des Romains; il semble qu'il n’ait pas voulu faire un pas sans l'autorisation de Vitruve. Il déploya son habileté dans la basilique gothique de Vicence, commencée en 1444, et qui déjätombait en ruines ; il y adapta un contre-fort de portiques d’un style neuf, qui se marie parfaitement au gothique.
À Rome, il fut chargé de plusieurs constructions ; il dessina et mesura les édifices antiques, dont il restaura les plans pour
(1) Cet architecte fit la voûte de la coupole de Saint-Pierre, et construisit
plusieurs palais et façades. Le Belvédère des Aldobrandini, à Frascati, est de lui.
Palladio.
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établir leur rapport avec les ruines. Outre un ouvrage sur ces de ruines, il publia un Traité d'architecture (1570) qui fut traduit de u
dans toutes les langues (1).
Appelé pour orner Venise, Vicenca et les rives dela Brenta, à il expérimenta toutes les combinaisons d'ordres et de matériaux bre dans la construction de palais adaptés aux besoins modernes et piq anx habitudes de l'aristocratie vénitienne; palais où l'égalité rep des grandes fortunes et le désir de ne pas rester au-dessous de son voisin apparaissent plus que la magnificence. édif Renfermé dans le cercle étroit des éléments anciens. ii üt de les beaux vestibules comme il le voyait chez les Romains, aus 545 dép appartements sont mal distribués; il applique aux maisons de tou plaisance les pronaos des temples romains , et néglige es conve- con pances au profit d’un goût correct, d'une exécution pure, de formes par choisies et ornées. sere
Ayant succédé à Sansovino dans Venise, il exécuta, au monastère de Saint-Jean de la Charité, le plan donné par Vitruve pour les maisons romaines; mais le feu détruisit cette construction ainsi que sun théâtre. 11 déploya heaucoup de goût dans l'église et le réfectoire de Saint-George Majeur, en imitant la basilique plutôt que le temple paiïen. Son chef-d'œuvre est l’église du Rédempteur, qu'il bâtit pour accomplir un vœu fait par le sénat lors de la peste de 1576; mais il donna une preuve de siérilité en reproduisant trois fois la même façade , sans égard pour la distribution intérieure et la différence entre deux églises de pauvres capucins et une de bénédictins fort riches. D'autre part, comme l'architecture et la sculpture ne constituaient pas dans son esprit un ensemble harmonique, il laissait déparer ses travaux par les stucs et les statues de Vittoria et de Ridolfi, statues confusément distribuées. Il avait fourni des plans pour les cathédrales de Brescia et de Bergame, et pour divers autres édifices qui ne furent pas terminés; on ne faisait aucun travail important sans le consulter.
Les débordements de i: tenta lui donnèrent occasion de dessiner un pont pour .:;7". ; ais, arrêle par la trop grande dépense, ilen fit un en bois, de cent quatre-vingts pieds de longueur, d'une admirable simplicité ; celui de Rialto, qu’il n'avait pas obtenu, fut confié à Jean de Ponte, qui proposa le plan le moins dispendieux. Deux siècles et demi ont attesté la solidité
(1) L’Architecture d'Antoine Labacco mérite aussi d’être citée.
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SCAMOZZI. PELLEGRINO. J01
de cette construction si hardie, qui d’abord avait inspiré des doutes.
Palladio travailla pour la cathédrale et le prétoire de Brescia, à Turin, pour le pare royal. À Vicence, il bâtit, outre de nombreux édifices, la rotonde du Capra, et, pour l'académie Olympique, un théâtre disposé à la mauière des anciens, et destiné à des représentations classiques.
Il se complut à construire en briques , parce qu'il voyait des édifices, faits avec ces matériaux, mieux conservés que ceux dans lesquels entrait la pierre de taille. Il sut bâtir richement sans dépense excessive, et, dans la décoration des édifices, employer toute espèce de matériaux; aussi a-t-il mérité d’être étudié comme classique, non par ses contemporains déjà dévoyés, mais par les modernes ; on fera bien de le consulter, tant que la règle sera considérée comme la principale beauté.
Vincent Scamozzi, que les exemples de son concitoyen portèrent à cultiver son art, fut appelé à l'exercer dans Venise, centre de l'architecture civile; mais, froissé de trouver les premières places occupées par Pailladio, Sanmicheli, Sansovino, il résolut de se jeter dans les innovations bizarres ou de pallier limitation ; dans la pratique et ses écrits , il affectait de n'avoir aucun rapport avec les maîtres, et n’en parlait qu'avee dédain. Constructeur habile et ingénieux, il connaissait les écrits et les travaux des anciens. Son mausolée du doge Nicolas del Ponte, dans 1 Charité, lui fit obtenir la partie antérieure de la bibliothèque de Saint-Marc et les Procuraties neuves. Dans le premier ouvrage, iltriompha avec talent de l’inégalité d'espace : dans l’autre, où il avait à faire un pendant aux Procuraties vieilles, et à ramener à ua même style des constructions diverses, il adopta le dessin fait pour la bibliothèque par Sansovino ; mais il le gâta par l'addition d’un étage et l'emploi des trois ordres, plan auquel se conforma Balthazar Longhena pour le terminer.
Il ne voulait refuser aucun des travaux qu'on lui proposait, bien qu’ils fussent très-nombreux ; mais il ne nous reste de beaucoup que les dessins. Il fit à Bergame le palais de la commune, un des plus beaux qu'il y ait; néanmoins le plan de Fontana pour la reconstruction de la cathédrale, œuvre d'Antoine Filarite, fut préféré au sien, et celui qu’il présenta pour la cathédrale de Salzbourg dut encore faire place à un autre de Santino Solari, de Côme.
Dans l’Zdée de l'architecture universelle, il se proposait de
Scamozzi, 1849-1607.
JL
302 QUINZ1ÈME ÉPOQUE.
joindre aux préceptes de l’art des exemples pris dans toute l’Europe. Afin de se procurer les dessins, il avait soin de s’attacher à des gentilshommes vénitiens qui étaient chargés d’ambassades; avec eux, il put faire de fréquents voyages à l’étranger sans dépenses, écrire et dessiner. Mais il lui aurait fallu beaucoup plus de connaissances, de voyages et de savoir ;aussi, ne produisit-il qu’un ouvrage confus, prolixe, plein de digressions, sans compter l'ennui qu’on éprouve à le voir toujours mettre au-dessous des siens les ouvrages des autres, même ceux du premier ordre (1). Il laisse jusque dans son testament un témoignage de l’orgueil qui respire dans ses écrits.
La loge de Brescia suffit pour assurer la gloire du Visentin Formentone. À Milan, Joseph Méda traça le plan des canaux de Paderno et de Pavie, outre qu’il fit la cour majestueuse du grand séminaire ; celle du collége helvétique est due à Fabio Mangone, qui construisit encore la belle bibliothèque Ambrosienne. Martin Basso érigea la porte Romaine à Saint-Laurent, et Vincent Seregni divers édifices autour de la place des Marchands, sans parler de quelques cloîtres ; François Richini de Rovato bâtit plusieurs égliseset palais, parmi lesquelscelui de Bréra. Ces noms sont inconnus hors de leur pays.
Pellegrino Pellegrini de Tibaldo naquit à Bologne de parents milanais. Désolé de mal réussir dans la peinture, il avait résolu de se laisser mourir ; mais on lui donna le conseil de se livrer à l'architecture, et il se trouva bien de l’avoir suivi. Il fat nommé à Milan ingénieur de l’État, et chargé de diriger la construction de la cathédrale, dont il fit le pavé; il donna aussi le plan de la façade, dans lequel Martin Basso, autre architecte de cette église, appuyé de l'opinion de plusieurs bons maîtres, fit sup-
(1) Indépendamment des nombreux éloges qu’il met dans la bouche des autres , il ne cesse de s’en décerner lui-même. Ainsi on lit dans l’Zdée : « Les fatigues, nous les avons endurées sans nul regret pour notre instruction particulière, et dans l'intérêt de ceux qui bâtissent, comme aussi pour laisser quelque exemple à la postérité de la belle manière d’édifier ; car vraiment Palladio, Buonarroti, Vignole, Sanmicheli, Sansovino, n'avaient rien laissé qui pût servir de modèle, etc. » Puis, dans son testament : « J'ai tâché de restituer à son ancienne majesté cette très-noble science... Avec beaucoup de fatigue et de dépenses , j'ai amené mes livres à la perfection. J’ai orné Venise d’une infinité d’édifices, qui ne le cèdent en beauté et en magnificence à aucun de ceux des anciens. Je ne doute pas que mes écrits et les nombreux édifices que j'ai construits ne soient faits pour conserver éternellement mon souvenir. »
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