BENGALE
d’avoir trahi les intérêts du roi et de la compagnie, et abusé de son autorité; en conséquence, il fut conduit au supplice à l’âge de soixante-six ans, avec un bâillon dans la bouche , sans qu’il
pôût se résigner à son sort. Sa condamination fut plus tard cassée
par Louis XVI (1).
Nous ne passerons pas ici sous silence le nom d’un de ces héros bienfaiteurs dont les mérites pacifiques rafraichissent le cœur au milieu du récit navrant des conquêtes. Pierre Poivre, de Lyon, qui se destinait aux missions étrangères de Saint-Joseph, étudia soigneusement les usages et les lois de la Chine et de la Cochinchine, où il devait être envoyé; mais pris par un vaisseau anglais, et, amputé d’un bras à la suite de blessures, il dut renoncer à l’état ecclésiastique. Lorsqu'il eut recouvré sa liberté, il parcourut avec attention les établissements européens dans l’Inde et en Afrique; puis, revenu en France avec beaucoup d’instruction, il proposa à la compagnie des Indes d'établir un commerce direct avec la Cochinchine, et de transporter dans les îles de France et
(1) « Les erreurs de Lally furent nombreuses sans doute, et il consomma la perte de l’Inde. Il faut avouer néanmoins qu'il suppléa, autant qu’il était possible , aux inconvénients de son caractère par une bravoure brillante , une ardeur indomptable, par un dévouement absolu aux intérêts du roi et de la patrie. Il inspirait aux Anglais même, au milieu de ses revers accumulés, une admiration mêlée de terreur. Si une série de fautes partielles pouvait équivaloir à un crime capital, il n’y aurait pas une personne revêtue d’une haute autorité qui pôt se flatter d’être innocente. Si le mauvais succès seul fait le crime, indépendamment de l'intention, tout général vaincu devrait finir sur l’échafaud. Il n’est donc point étonnant que l'opinion publique ait réformé l'arrêt du parlement; et Voltaire se fit l'organe de l'opinion générale quand il appela l'exécution de Lally un assassinat commis avec le glaive de la justice. D'Alembert dit un mot qui, cruel dans la forme, avait un grand fond de vérité : Touë le monde élait en droit de tuer Lally, excepté le bourreau. En effet, personne n'était moins propre que Lally au rôle qui lui était assigné. 11 portait un caractère impétueux, violent, extrêmement irascible là où il ne fallait que ménager et temporiser. Il était dominé par une seule idée quand ies intérêts auxquels il se trouvait mêlé étaient divers et compliqués. Il ne voulait agir que d’après ce qu’il avait vu ou fait ailleurs, en Allemagne, en Espagne, dans les Pays-Bas, où les circonstances, les personnes, les choses étaient très-différentes. IL méprisait et opprimait les Indiens, tandis qu'il fallait avant tout se les concilier et les séduire; expérimenté dans la guerre méthodique de l’Europe, il portait la rigueur systématique d’un général allemand où il aurait fallu l'esprit heureux et souple d’un Clive et d’un Bussy. Le destin s'était permis une sanglante ironie en l'appelant sur un théâtre qui n'était pas fait pour lui. Un loyal gentilhomme, un brave soldat, un habile officier monta sur l'échafaud atteint de la triple accusation d’ignorance, de lâcheté et de trahison. Si l’histoire peut expliquer cette terrible catastrophe, l'historien ne saurait la raconter sans une émotion
profonde. » BARCHOU DE PENHOEN , liv. VI. |
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de Bourbon les arbres à épices, réservés aux Moluques. Envoyé
dans ce but, il obtint, en effet, d'établir un comptoir français à
Fai-fo; puis, surmontant les difficultés soulevées par la jalousie
es Hollandais, qui punissaient de mort l’extraction d'un arbuste
exploité exclusivement par eux, et répandaient de fausses cartes géographiques pour égarer les navigateurs, il parvint à leur soustraire dix-neuf pieds de noix muscade, Mal secondé par les direc” teurs des colonies alors en discorde, il alla d’île en île, traitant avec
les princes et en obtenant des girofliers, du riz sec, des arbres à
poivre et des cannelliers, qu’il distribua entre les colons. Les
embarras de la compagnie à cette époque diminuèrent les ré-
sultats de sa constance; mais lorsque, après sa dissolution, il
fut nommé intendant des colonies, il s’employa activement à en réparer les désastres et à réaliser les nobles projets de La Bourdonnais.
Le Bengale est la province la plus orientale du Grand Mogol; arrosé par le Gange, il produit avec une extrême abondance le riz et toute espèce de fruits. Souïa-al-Daoula , successeur d’AIlaverdi dans le Bengale, Bshar et Orissa, détestant cordialement les Anglais, surprit Calcutta, leur principale factorerie, peutêtre à l’instigation des Français, et cette place fut obligée de se rendre. Comme il trouva peu de marchandises et d’or, il crut qu’on les avait cachés; pour obliger les prisonniers à révéler leurs trésors, il les enferma dans l’Enfer noir, cachot de dix-huit pieds sur onze, qui ne recevait de lumière que par deux ouvertures d’un seul côté; aussi, dans l’espace de douze heures qu'ils y restèrent, cent vingt-trois d’entre eux périrent suffoqués. Les Anglais de Madras frémirent à cette nouvelle, et l’amiral Charles Watson, dirigeant aussitôt sa flotte dans le Gange, s’avança sur Calcutta, qu’il reprit.
Robert Clive, fils d’un gentilhomme peu aisé du Shropshire, avält-Mmontré dès son enfance beaucoup d'intrépidité; étant passé aux Indes, il éprouva les contrariétés réservées à tous les caractères énergiques; enfin, s'étant jeté dans la carrière militaire, pour laquelle il n’avait pas été élevé, il se forma à l’école des difficultés (1). Ce nouveau Cortès possédait, comme le conquérant du Mexique, la force de résolution, la promptitude à prendre un parti, la rapidité à exécuter; il savait inspirer son enthousiasme aux soldats, imposer aux nations étrangères, agir de son propre mouvemen., et pourtant soumettre à sa patrie ce
(1) Voy. Sa vie écrite par sir John Malcolm.
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