‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 115 sur 245 · DUPLEIX · texte numérisé non relu

DUPLEIX

ayant étudié à fond le pays, vit la possibilité d’y dominer, et dissimula cette pensée tant qu’elle put paraître folle ou téméraire, Son projet, extrêmement simple, consistait à mettre des corps européens au service des princes indiens, persuadé qué bientôt ils y acquerraient de la prépondérance ; par ce mÿyen, en effet, il parvint à dominer, dans le pays de Karnate, puis dänhs le Deccan, sur trente-cinq millions d’habitants’, c'est-d-diré suf presque la moitié de l'empire du Mogol; il détruic't où éréà à sa volonté des établissements d'étrangers. |

Les Anglais voyaient de mauvais œ: ‘117 des Français, et si les derniérs favorisaient un nabab, c’ét: (1 r10tif suffisant pour que les autres le prissent en inimitié ; auss: ‘es deux nations continuaient-elles de se faire la guerre dans ces contrées, tandis qu’elles étaient en paix en Europe. Les Anglais ayant repoussé la proposition faite par la France de la considérer comme neutre dans la guerre qui venait d’éclater, les chefs de la colonie française durent se mettre sur la défensive. Après la paix d’Aix-la-Chapelle, Dupleix reprit ses vastes projets, dans la conviction où il était que la compagnie française serait hors d’état de lutter contre la compagnie anglaise, tant qu’elle ne deviendrait pas une puissance continentale, Malheureusement, les chefs étaient en désaccord et jaloux l’un de l’autre ; La Bourdonnais, au lieu de s’unir à Dupleix qui méditait la conquête de Madras, voulut avoir seul la gloire d’enlever aux Anglais leur plus riche établissement dans le Coromandel.

Madras était divisé en ville blanche des Européens, et en ville noire des Juifs, des Banians, des Arméniens, des mahométans, idolâtres, nègres, rouges, cuivrés. La Bourdonnais avait ordre du ministère, qui ne connaissait point les localités, de ne conserver aucune des conquêtes qui seraient faites ; en conséquence, il accepta dix millions de livres pour la rançon de cette ville ; mais Dupleix, qui en appréciait l’importance, cassa la capitulation, saccagea et brûla la ville, ce qui fit exécrer dans ce pays le nom français. Puis il opposa à son rival tant d’entraves dans de nouvelles expéditions, que La Bourdonnais seretira, pour rentrer en France, où il fut mis à la Bastille.

Il ne pouvait rien arriver de plus désirable aux Anglais, qui, ayant réuni des forces, non-seulement recouvrèrent Madras, mais encore assiégèrent Pondichéry. La belle défense de Dupleix, qui contraignit les Anglais à battre en retraite, étendit un voile sur les torts qu’il avait pu avoir.

Madras une fois perdu, Dupleix dirigea ses efforts sur le WIST, UNIV, = T, XVH, 24

2 septembre.

470 DIX-SKPTIÈMÉ ÉPOQUE.

Deccan et le Carnate , ‘que des rivaux se disputaient. Au milieu de leurs discordes, il parvint, après des exploits romanesques (1), à installer dans la soubabie du Deccan Mousa-Fersing, son protégé, qui augmenta considérablement les territoires de Pondichéry et de Karikal, et lui donna Masulipatam avec ses environs.

Dans le Carnate, la compagnie anglaise, sans déclarer ouvertement la guerre, vint en aide à l’adversaire de Dupleix, qui, mal soutenu par ses alliés et le cabinet pusillanime de Versailles, finit par succomber. Plein de hardiesse au milieu des difficultés et inépuisable en expédients, il sut se relever, et ses victoires avaient excité un enthousiasme inexprimable en Europe; on disait que les seules terres obtenues de Chandasaeb rapportaienttrente-neuf millions, et il semblait qu’on dût compter annuellement sur un revenu net de cinquante millions : c’étaient des chimères, comme celle de Law. Tous comptes faits, les directeurs de la compagnie se trouvèrent en perte de deux millions, et inculpèrent Dupleix, comme si l’on n’avait pas dû prévoir que ses vastes entreprises devaient coûter beaucoup d'argent , et qu’il en faudrait encore beaucoup pour en recueillir ultérieurement . les fruits. Irrités donc de se voir déçus dans leurs spéculations, ils résolurent de lui donner un successeur ; le gouvernement s’y prêta d’autant plus volontiers que les Anglais demandaient qu’il fût rappelé, comme ne faisant qu’attiser la discorde en Asie. Alors les cabinets de France et d’Angleterre s’unirent pour réconcilier les deux compagnies , et les mettre sur le pied d’une égalité parfaite de forces, de territoire et de commerce sur les côtes de Coromandel et d’Orissa, afin que chacune d'elles pût jouir en paix. de ses possessions, sans se mêler des querelles des princes indigènes.

Dupleix était indigné que son successeur ebt négocié avec les Anglais, au lieu d'employer les troupes qu’il avait amenées pour assiéger Tricinapali, dont l’acquisition aurait assuré aux colonies françaises la domination ct des avantages immenses. Lorsqu'on voit ce que les Anglais ont effectué depuis cette époque, on est porté à croire qu’il conseillait le meilleur parti; mais il dut obéir. Il avait avancé treize millions de ses deniers, plein de confiance qu’il était dans la victoire, et elle

(1) On raconte qu’un officier français, nommé de Latouche, entouré par quatre-vingt mille ennemis , pénétra de nuit dans leur camp avec trois cents de ses compatriotes, en tua douze cents , épouvanta les autres , et les dispersa sans avoir perdu plus de deux soldats.

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Lorsqu'il fut de retour, on refusa de lui tenir compte de ses avances, et l’on intenta un procès à celui qui avait été sur le point de donner l’Asie à la France : « J'ai sacrifié, écrivait-il, « ma jeunesse, ma fortune, ma vie à combler de richesses « ma nation en Asie; des amis malheureux, des parents trop

« faibles ont consacré tout ce qu'ils avaient à la réussite de :

« mes desseins; actuellement je suis dans la misère, Je me « soumets à toutes les formes judiciaires, et comme le dernier « des créanciers, je demande ce qui m’est dû... Mes services « sont traités de fables, on se rit de mes réclamations, on me « traite comme le dernier des hommes... Le peu qui me reste « est séquestré, et je suis obligé de demander des délais pour « ne pas être jeté en prison. » Après avoir dispersé ce qui lui restait à solliciter une audience de ses juges, il mourut pauvre, lui qui avait eu à sa disposition les trésors de l’Inde.

. La compagnie française possédait alors sur les côtes d'Orissa et de Coromandel Masulipatam avec quatre districts, Pondichéry avec un vaste territoire, Karikal et l’île de Chéringam, possessions considérables, mais trop écartées pour se prêter mutuellement assistance. Le marquis de Bussy, lieutenant de Dupleix, avait soutenu l’influence française dans le Deccan, et il eût été convenable de confier les choses à son expérience. Au

lieu de cela, le cabinet français envoya le comte de Lally,

Irlandais, officier plein d’honneur et de courage, mais imprudent, et qui n’avait ni le liant ni la modération nécessaires dans des contrées si éloignées et en des temps difficiles. Par instinct national, il détestait les Anglais, et disait que sa politique consistait dans ces quatre mots : Plus d’'Anglais dans la Péninsule;. mais il ignorait les ‘lois, les intérêts, la politique de l’Inde et s'obstinait à ne pas écouter ceux qui auraient pu l'en instruire. Les hautes classes fuient le travail; les classes inférieures ont des professions déterminées, et se croiraient déshonorées si elles en exerçaient une autre : ainsi le paysan , s’il cultivait une terre non ensemencée par lui; le portefaix , s’il faut tenir sous le bras le fardeau qu’il doit porter sur la tête; le soldat, s’il creusait la tranchée derrière laquelle il doit s’abriter ; le cavalier, s’il fauchait l'herbe pour son cheval. Les armées , par conséquent, sont suivies d’une tourbe innombrable ; Lally, n’ayant pu la réunir, fit marcher par force les habitants de Pondichéry , sans égard pour

les castes et la distinction des travaux, attelant aux canons le

Lally.

16 janvier.

prêtre avec le paria, ou les obligeant à porter des fardeaux : c'était fouler aux pieds, d’une manière inouïe, l’ordre social et l'ordre religieux tout à la fois. Son adversaire Coote, au contraire, homme froid, résolu et modéré, savait influer sur tout ce qui l’environnait et profiter des erreurs de l’ennemi.

Les premières entreprises de Lally réussirent bien. Après avoir repoussé les Anglais de toute la côte de Coromandel, il voulut les poursuivre dans le pays de Madras; mais l'argent et les hommes lui manquèrent. On lui proposa d’aller à cinquante lieues de distance exiger le payement de treize millions dus par le radjah de Tandjaore. Il, y alla en affrontant la famine, et assiégea la ville; mais il apprit que Pondichéry était menacé, et, retournant à la hâte, il repoussa les Anglais. Toujours à court de ressources, aucune de ses entreprises n’eut de résultat; il s’aliéna par la rigueur et les menaces les administrateurs et les nombreuk agents à qui les abus profitaient ; l’armée elle-même se révolta contre lui, et les Anglais bloquèrent Pondichéry.

Au milieu de la discorde, des révoltes, de la famine, Lally résista à des forces vingt fois supérieures aux siennes; mais enfin, réduit aux dernières extrémités, il rendit la place, et fut conduit prisonnier en Angleterre.

Avec la prise de Pondichéry finit la domination des Français dans l'Inde, où ils ne conservèrent que des factoreries insignifiantes, tandis que le Coromandel et le Bengale ajoutèrunt immensément à la grandeur de l’Angleterre. A la paix de 1763, P: ‘-héry fut restitué à la France, mais en ruine et avec un ÿ ire restreint; bien que, rebâti ensuite, il füt bientôt peuplé de trente mille habitants, il ne put rivaliser avec Madras et Calcutta. Karikal, Chandernagor et les autres comptoirs dans le Bengale furent aussi rendus à la France, mais à la condition qu’elle n’y élèverait pas de fortifications.

Louis XV avait aussi perdu en dix ans ses établissements d’Afrique , [une partie de ceux d'Amérique et tout le Canada ; de là une grande irritation, et, comme il lui fallait un but, elle se dechaîna sur Lally, dont toutes les actions furent interprétées dans le sens le plus défavorable, et qu’on accusa même de trahison. Dès qu’ilen eut connaissance , il obtint de venir d'Angleterre pour se disculper, et il écrivit à M. de Choiseul : J'apporte ma téte et mon innocence. Le parlement fut appelé ( chose absurde) à porter un jugement sur des campagnes et des siéges dans un pays et des conditions qu’il ignorait complétement. Lally, absous quant aux crime de lèse-majesté, fut condamné comme coupable

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