ESPRIT ET LITTÉRATURE EN ALLEMAGNE
Outre les souverains de la maison d'Autriche, Allemagne vit, dans le cours de ce siècle, quatre de ses familles princières monter sur des trônes étrangers : savoir, celles de Brandebourg, de Saxe,
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de Hanovre ct de Hesse-Cassel, Cependant, elle n’en profita pas, d’abord à cause de son affaiblissement intérieur, puis parce que l'intérêt des pays héréditaires était toujours sacrifié à celui des nouvelles couronnes ; de telle sorte que l’Allemagne se trouva entraînée dans tous les démélés de l’Europe (1)
La prépondérance de la Prusse se faisait sentir dans le régime militaire, qui s’étendait partout, dans le nombre excessif des officiers, dans le goût des parades, qui nuisait à l'art véritable, et auquel Frédéric lui-même renonça après en avoir fait l’essai. Dans le Palatinat, on comptait onze généraux pour quinze cents hommes; en Bavière, dix-huit mille soldats étaient divisés en trente régiments, avec un feld-maréchal et un corps d’officiers qui formait le tiers de l’armée.
Frédéric, tout en se souciant si peu de l’Allemagne qu’il proclamait hautement sa préférence pour les sentiments et la littérature de la France, devint l’idole de la nation, qui, le considérant comme son propre type, et charmée de voir son nom voler de bouche en bouche par toute l'Europe, donna à ce siècle le nom de Frédéric.
Il est certain que l’Allemagne recouvra, durant la guerre de Sept ans, sa gloire militaire, éclipsée par le drapeau français, qui devint l’objet de haïnes plus vives. Le faste auquel les princes s'étaient habitués, à l’exemple de Louis XIV, céda aussi devant la simplicité que Frédéric affichait. La maison d’Autriche ellemême, naguère si jalouse de l'étiquette espagnole, s’en écarta peu après, surtout lorsque les princes de Lorraine vinrent à oc-
(1) L'histoire des autres familles immédiates et souveraines de l’Empire scrait fort longue. Elles se mélèrent souvent aux guerres de l’Empire ou de leurs voisins ; plus souvent elles s’occupèrent d'introduire dans leur pays les améliorations qui se répandaient en Europe.
Dans le nombre de ces princes se distingue Léopold d’Anhalt-Dessau, qui voyagea comme ils faisaient presque tous , mais avec plus de connaissance et possédant le goût des arts st des inscriptions. 11 appela à Dessau les meilleurs arlistes, pour l’embeilir d'édifices, d'établissements de police et de secours pour les pauvres, d'écoles, da théâtres. Jean-Bernard Basedow voulut réduire en pratique les théories de Jean-Jacques Rousseau en introduisant des méthodes qui, si elles n'étaient pas bonnes, détruisaient au moins d'anciens préjugés. Frédéric l'appela à Dessau pour y fonder une maison d’éducation , où il attira des hommes de cœur, qui, s'étant ensuite séparés, allèrent en instituer ailleurs.
Un des princes les plus dignes de souvenir fut Charles-Frédéric de Baden, qui abolit la torture en 1767, lorsqu'il ne s'agissait pas d’arracher au prévenu l’aveu de circonstances qu’il ne pouvait ignorer. Il simplifia la procédure, réorganisa le gouvernement , introduisit dans le pays des manufactures, l'élève des bœufs, des moutons mérinos, et déclara les paysans libres en 1783.
cuper le trône. Howard, le bienfaiteur des prisonniers, refusa d'être présenté à Joseph IE, parce qu'il ne voulait pas s’agenouillerdevantun homme, et l’empereur le dispensa de cettecérémonie humiliante, qu’il abolit.
Mais l'admiration accordée partout aux Français fit regarder comme barbares la littérature et les usages nationaux ; on voulait les façonner à la Française, et de là un dénigrement haineux des institutions auxquelles se rattachait l’idée d’un renouvellement général, i
L'exemple de la cour de Berlin discrédita de plus en plus la langue allemande : on faisait venir de France les instituteurs ; les Bremische Beyträge invitaient les écrivains, par le conseil et l’exemple, à se rapprocher de la manière française, que l’on imita constamment, sauf sous le rapport de la clarté. On alla même jusqu’à vouloir dénaturer la langue, et Plattner proposait de disposer les mots selon l’ordre logique, chose à peine tolérable dans les aphorismes.
Dans ses écrits et ses traductions, Jean Christophe Gottsched de Kœnisberg francisait la littérature, tâche dans laquelle il fut aidé par sa femme, qui était très-versée. dans la langue française, dans l’anglais, le latin et le grec. Il faisait des vers et des compositions comme on fait des thèmes à l’école, avec un modèle et des règles imprescriptibles; mais il se fit une grande réputation en caressant les dispensateurs de la renommée, Sa Poésie critique est un manuel de règles empruntées aux Français; par les exemples qu’il cite dans cet ouvrage, ainsi que dans la Rhétorique raisonnée et dans le journal Die Tadlerinnen, on voit cumbien peu d’Allemands écrivaient passablement (1).
Il faut dire que les fameux piétistes Spencer, Godefroy, Arnold et surtout Bôhme avaient beaucoup du caractère national ; aussi, écoutés du peuple bien plus que de la classe cultivée, ils se répandirent très-rapidement.
Le grand Leibniz, qui dans la théologie même et la philoso-
(1) « Les décrets des empereurs et autres actes (dit Gottsched ) font connaître l'histoire de la langue allemande. Elle fut parlée correctement au siècle de la réforme, mélangée toutefois de mots italiens et espagnols, qui s’y étaient glissés par la cour et par quelques serviteurs étrangers ; mais an temps de la guerre de Trente ans, l'Allemagne ayant été inoridée d'étrangers et d’indigènes , la langue souffrit autant que le pays, et les actes impériaux sont pleins de termes que nos aïeux auraient répudiés. Après la paix de Munster et celle des Pyrénées, la langue et l'influence françaises prédominèrent, et la France fut proposée comme le modèle de toute élégance, » Gedarken Wegen Verbesserung der deutschen Sprache, $ 24.