‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 141 sur 245 · BAVIÈRE · texte numérisé non relu

BAVIÈRE

. impériale.

Les entreprises de Joseph sur la Bavière causèrent dans l’Empire de plus graves mécontentements ; elle avait été gouvernée par Maximilien-Joseph IIT, qui avait aussi du penchant pour les innovations philosophiques. Ce prince fonda à Munich l’Académie des sciences, à laquelle il attribua le monopole des almanachs , et dont les travaux furent dirigés par deux protestants alsaciens extrêmement distingués : J:-enri Lambert, mathématicien, et C.-Frédéric Pfeffel, jurisconsulte et historien, qui publia le huitième. volume des Monumenta boica. L’esprit littéraire s’éveilla alors dans le pays, qui était infesté par des voleurs et des vagabonds. Comme tout autre remède restait sans effet, l’électeur chargea le baron de Kreïtmayer, son vice-chancelier, de faire un code criminel , qu’il traça en caractères de sang : le troisième vol qui excède trente kreutzers , ou le premier s’il est de la valeur de vingt florins , est puni de la corde; le sacrilége, les sorcelleries , les pactes avec le diable entraînent le bûcher; celui qui tue encourt la mort; le suicide est enterré sous le gibet , et un tiers de sa succession confisqué; la torture est conservée. La Bavière fut donc couverte d’échafauds ; on compta en dix-huit ans, dans 1° seul bailliage de Burghausen, onze cents victimes, tellement que le peuple ne faisait plus même attention à ces supplices atroces. Les deux codes civil et judiciaire, supérieurs alors à toute autre législation en Allemagne, apportèrent quelque remède à cet éi” ‘° choses,

Cette maison électorale, issue de la branche cadette des Wittelspach, s'étant éteinte en 1777, lélecteur palatin, °l°f de la branche aînée, revendiqua Phéritag: ; mais Pélectrice enve de

L . Là . . . L Saxe élevait des prétentions sur les biens allodiaux ; Josspn récla-

Bavière.

ia

mait, en qualité d’empcreur, quelques fiefs dont cette maison avait été investie séparément; Marie-Thérèse en revendiquait d’autres, comme reine de Bohême et archiduchesse d'Autriche, mais eu réalité pour arrondir ses Étets. On alla déterrer dans les archives un diniôme de 4426 (1), et Charles-Théodore , électeur palatin, naur succéder tranquillement au reste de l’héritage, consentit au démerabre:e:r:. En conséquence , l’Autriche occupa les peys dont ‘ut formé Îe :arcle de l’Inn, sans en rien donner aux lignes intéressées. Joseph, qui aspirait à arrondir son duché paternel en échangeant la Bavière contre les Pays-Bas, trouva la compensâtion bien chétive; il se mit donc à démolir les forteresses qu’il était obligé d'entre:enir et renvoya la garnison hollandaise, Eudn , 3! proposa cet échange à la inaison palatine avec le titre de royaume de furgogne , en apaisant avec de l’argent les prétenüons des collaisraux.

Joseph croyait pouvoir tout oser dans l’état d’épuisement où se trouvaient la France, l’Angleterre , l'Espagne et la Hollande après les campagnes d'Amérique. Frédéric IT jouissait en paix des fruits de la guerre , et l’empereur ne pensait pas qu’il voulût les risquer jamais pour défendre les intérêts d’un tiers; mais si Joseph eût accompli son projet, la Prusse se fût trouvée environnée par les possessions de l’Autriche, qui aurait embrassé toute l’AIlemagne méridionale. Frédéric reconnut vite de quelle importance il serait pour lui de se faire l’organe des mécontentements de toute l'Allemagne. Avec la résolution vigoureuse d’une politique supérieure à l’égoïsme , il repoussa des propositions avantageuses ; s’il s'était montré usurpateur dans d'autres circonstances, il se leva alors pour défendre la constitution de l'Empire , menacé, disait-on, par cette ambition sans bornes.

Marie-Thérèse voulait un arrangement; Joseph s’y opposa, au point de la menacer de transférer dans quelque autre ville la résidence impériale, et, avide de se mesurer avec l’ancien adversaire de sa maison, il accepta la guerre. Il quitta Vienne avec Lascy à la tête de cent mille hommes. Le vieux Frédéric se mit en marche à la tête de ses vétérans. La France et l’Angleterre s’étant interposées, on fit la paix de Teschen, tout à l'avantage de Charles-Théodore , qui s’était constammesi opposé à la guerre.

Cite tentative de la part de Joseph ": onna naïssanre à une co ":"'ération, qui avait pour but de :révenir de nouveaux abus

Schæll (tom. XLI, p. 680) examine les documents produits à ce sujet, 4 trouve altéiés.

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FIN DE JOSEPH 11. Ÿ 44ÿ

de la force et de sauvegarder la constitution ; en conséquence , la ligue des princes | Furstenbund) s’organisa entre Frédéric, la Saxe, le Hanovre , et plusieurs autres États y adhérèrent. La mort de Frédéric empècha les confédérés d’y donner suite; mais ce fut la première idée de l’unité germanique , sous le patronage du roi de Prusse , à laquelle tendirent constamment tous ses successeurs.

Lorsque Joseph II visita la Toscane, il voulut que son neveu, P'archiduc François , désigné comme son successeur, fût envoyé à Vienne pour être élevé par le comte Colloredo, que la cour de Florence n’avait pas jugé capable de remplir cet office. Malgré les traités , il songeait à incorporer la Toscane à l’empire , sauf à dédommager le futur grand-duc Ferdinand ; frère de François, par un archevêché en Allemagne ; ce projet le brouilla avec son frère Léopold (1).

Frédéric IL avait effectué des changements sans s’occuper des individus, et comme s’il eût opéré sur une matière brute; mais il y avait dans son pays plus de centralisation du pouvoir, plus d'habitude du système militaire chez le peuple, plus de génie dans le législateur; en Autriche, une aristocratie vigoureuse, un caractère flegmatique , des habitudes stationnaires étaient autant d'obstacles; une foule de maréchaux et de généraux empêchaient de régénérer l’armée. Les innovations du monarque prussien n’atteignaient que l’armée et l’administration, tandis que Joseph s'attaquait à lintelligence et au sentiment. Frédéric fut béni de sa nation , qu’il éléva au premier rang : Joseph fut mal vu, et sa puissance se trouva compromise ; aussi s’écriait-il, dans l’amertume de son cœur : « Si'je n’avais pas connu les devoirs de mon « état, si je n’eusse été convaincu que la Providence veut que je « porte mon diadème avec la somme des devoirs qu’elle y a atta- « chés, mon cœur serait déchiré en pensant à mon sort malheu- « reux, et mon désir le plus ardent serait de cesser de vivre; mais « je connais aussi mes intentions , et j'espère que, lorsque je ne « serai plus, la postérité appréciera avec plus de justice ce que « j'ai fait pour mon peuple (2). »

(1) Zom, Histoire civile de la Toscane ; I, 343.

(2) Paganel se demande en terminant l’AHistoire de Joseph II (Paris, 1833 ), qui en est plutôt le panégyrique, « pourquoi, malgré des erreurs si graves, ce monarque inspire tant de sympathie. » On peut voir dans son ouvrage sa réponse à cette question. !

CHarLes RausuioRN, Aaiser Joseph IT und seine zeit, Leipzig, 1845, fait aussi l'éloge de ce prince. Il lui suppose l'intention d’unifier et de centraliser l'Allemagne , idée qu'il ne put avoir tout au plus que par rapport à l'Autriche.

L’historien anglais de la maison d’Autriche le juge avec beaucoup de sévérité,

1786, 17 août.

1790, L 20 février.

Ainsi, à la fin de sa vie; Joseph II se voyait battu par les Turcs. La Grande-Bretagne, la Prusse et la Hollande s'étaient liguées contre ses prétentions ; la Hongrie et les Pays-Bas se trouvaient en insurrection; partout éclataient des plaintes; tous ses projets avaient échoué; le trône était ébranlé au moment où il avait le plus besoin de solidité, et ce prince ne transmettait à ses héritiers que la haine des innovations. Repentant et résigné sur son lit de mort, il envoyait des saluts et des félicitations à l’armée , « dont la gloire avait toujours été le but principal de ses soins. ». Puis reprenant, par un retour de sa conscience, des sentiments plus humains, il disait : « Je ne regrette pas le trône ; un seul souvenir

‘ me pèse, c’est que j'ai fait peu d’'heureux et beaucoup d'in-

gras, » Che

Il composa lui-même son épitaphe : Ci-gét Joseph II, malheureux dans toutes ses entreprises ; il écrivit ces mots dans son testament : « Je prie ceux à qui, contrairement à ma volonté, je « n'aurais pas rendu justice, de me pardonner, soit par charité ‘€ chrétienne, soit par humanité. Un monarque sur le trône ne « cesse pas d’être un homme, aussi bien que le pauvre dans sa « cabane, et tous deux sont sujets aux mêmes erreurs, »

Léopold, ‘son frère, appelé à lui succéder, avait déjà su, en Toscane, rendre le peuple patient et mériter ses éloges ; il y avait introduit, tant dans le régime ecclésiastique que dans l’ordre temporel, des réformes d’une grande hardiesse, Mais l'exemple de son frère et les troubles de la France, alors en révolution, donnèrent une autre direction à ses idées.

Lorsque Léopold II eut obtenu la couronne impériale, il déclara que les états provinciaux étaient à ses yeux le fondement de la monarchie, et qu’il s’occuperait du bien public d’accord avec la nation. Interrogés par le prince, ses sujets implorèrent de toutes parts leurs anciens droits : parole malsonnante, qu'ils prenaient toujours soin de pallier en se reportant au règne de Marie- Thérèse.

Après avoir rapporté la nouvelle ‘contribution financière, Léopold rétablit les anciens impôts, supprima les séminaires généraux, ainsi que l’absolutisme de la police et de l’adminis-ration, les entraves apportées au commerce au nom de la liberté, et ces améliorations du système judiciaire qui avaient entraîné tant d’abus;

au point de lui refuser de bonnes intentions , et de parler sans cesse de projets fous, de desseins insensés , de caractère inquiet, de d''pf:ité, ete. Voir chap.

par les Turcs.

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LÉOPOLD Ni. MT

il détruisit en un mot tout ce qu'avait fait son frère, maintenant toutefois l’édit de tolérance par lequel Joseph: If avait confirmé les innovations ecclésiastiques.

Les germes de révolte s'éteignirent en Honèfie) en Lonibardie, en Bohême, avec celui qui les avait semés. Les Matlgyars prétendaient que, Marie-Thérèse ayant violé le diplôme de Charles VE, et Joseph IT n'ayant pas été couronné, les droits de la muison d'Autriche sur le trône apostolique avaient cessé, et qu'ils pouvaient élire librement un roi. Ils se déterminèrent pourtant à nommer Léopold en considération de ses bonnes qualités, mais ils lui imposèrent, dans le diplôme d’inauguration, des conditions semblables à celles que les Français dictaient alors à Louis XVI, si bien qu’il ne restait guère plus qu’un magistrat publie. Léo-

pold réunit alors une diète générale à Bude, ce qui ne s'était : :

pas vu depuis un demi-siècle, et déclara qu’il: n’accepterait ni conditions, ni discussions sur les droits dont il avait hérité.

Plusieurs régiments hongrois ayant réclamé le droit de prêter serment à la nation, et demandé qu'aucun étranger ne füt admis

à servir dans les corps nationaux, Léopold fit emprispnner les officiers, les incorpora dans des régiments allemands, les remplaça dans les leurs par des officiers allemands, et ne voulut signer d’autre capitulation que celle de Charles VI. Il exauça seulement, comme acte volontaire, les vœux émis par les états, preinetlant qu’il ne donnerait les emplois qu’à des indigènes; que la diète serait triennale et l:: ‘contributions votées de trois en trois ans; qu’il y aurait un corx il national, indépendant de toute autre autorité que celle du roi, et qu’il pourrait faire des réclamations sur les ordonnances contraires aux lois ; que les états pourvoiraient à l’enseignement , que la langue hongroise sc d’un usage général, et qu’on choisirait parmi les nationaux .., plupart des officiers militaires: Après son couronnement, il promit que ses successeurs se feraient couronner dans les:six mois qui suivraient la mort du précédent monarque.

Léopold conclat aver la Prusse la paix de Reïchenbach, ce qui sauva l’Autriche d’une :: pète où elle courait grand risque de perdre pour le moins la Lodomirie et la Gallicie. Il termina aussi la guerre avec la Porte.

En Belgique il annula toute violation de la Joyeuse entrée et des priviléges provinciaux. Il proclama que l’ancienne constitution était excellente, et qu’ainsi il n’y avait plus de motif aux révoltes causées par les actes arbitraires de son frère; mais les deux partis refusèrent toute communication avec l’empereur, et, s’é-

tant réconciliés pour lui résister, ils demandèrent l'indépendance et un gouvernement populaire,

Vingt mille volontaires, prêts à marcher sur un signe de Van der Noot, pouvaient faire beaucoup de mal à l'Autriche; mais les états agissaient comme l’empereur, c'est-à-dire despotiquement, ce qui faisait que Vonck jetait les hauts cris. D'un autre côté, la révolution française marchait avec une énergie si terrible qu’elle paraissait plus à redouter que la domination autrichienne. Déjà l’enthousiasme avait cessé, et il ne restait plus qu’une haine mutuelle, la peur des Français et la perte de tout espoir de secours étrangers. Léopold, après avoir conclu la paix avec ses ennemis, se montrant résolu à ramener les Belges à l’obéissance, les états demandèrent alors à négocier, et offrirent la couronne à l’archi-

10 décembre, duc Charles. Les Autrichiens occupaient Bruxelles, et les puis-

sances firent à la Haye une convention par laquelle l’empereur confirmait les anciens droits et priviléges, accordait une amnistie, abolissait les ordonnances de Joseph IL; en outre, il déclarai: qu’il n’y aurait point de conscription ; que les états voteraient les impôts ; que les juges supérieurs, nommés sur unetriple liste présentée par les hauts tribunaux, seraient inamovibles ; enfin, que l’on consulterait ces tribunaux et les états pour la publication des nouvelles lois, pour celles de douanes, et sur la réforme de l’administration judiciaire.

‘Le calme ne se rétablit pas n‘nmoins daus le pays, et les idées des patriotes français lui firen. nvoquer une égalité opposée à ses habitudes. Des prétentions nouvelles et des atteintes portées à l’amnistie amenèrent des troubles ct des négociations, de sorte que Léopold mourut avant que rien fût terminé ; il laissait quinze enfants, dont l’ainé lui succéda sous le mom de François IL. Ce prince était destiné à trouver en face de lui non plus des révolutions de princes, mais des révolutions de peuples, et à voir expirer entre ses mains le vieil empire germanique.

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