ESPRIT ET LITTÉRATURE EN ALLEUTNE
phie sut s’accommoder sans servilité au goût xénéral, vit la possibilité d’une restauration de l’idiome national, mais assez éloignée, En attendant, il se servit du français comme étant plus connu, et sema son latin de gallicismes. La philosophie de Wolf maintenait une méthode scolastique ennuyeuse, et ses ouvrages paraissaient graves à cause de leur apparence systématique. Frédéric IT était las de cette philosophie pédantesque, d’une poésie sans vigueur, d’une rhétorique sans goût, d’une langue tellement inculte que Gottsched pouvait en être cité comme la gloire, Il osa publier, en 1770, une critique de cette littérature qu’il ne connaissait pas; en discutant les remèdes à employer, il avançait que les Français, les Anglais et les Italiens s'étaient formés en s’appropriant la manière de penser du siècle d’Auguste; que le défaut le plus général des universités allemandes était de manquer d’une méthode universelle dans l’enseignement des sciences; qu’il aurait été à propos d’adoucir la langue en ajoutant des voyelles à la fin des mots; d'adopter partout le meilleur'traité de logique, c’est-à-dire celui de Wolf; le meilleur dialecticien, c’est-à-dire Bayle ; de réformer le mauvais goût des spectacles publics, où l’on représentait les abominables drames de Shakspeare, au grand divertissement du peuple, qui se pâmait à ces farces dignes des sauvages du Canada et en opposition à toutes les règles théâtrales. Le Goetz de Berlichingen, disait encore Frédéric, en est une imitation détestable, et pourtant le parterre applaudit, et crie bis à ces dégoûtantes parades. En somme, le roi détestait l'originalité, et il savait bien pourquoi. Voltaire ne parle de cette littérature que pour lui souhaiter plus d’esprit et moins de consonnes. Ce jugement frivole et incompétent fut accepté par l’Europe, et les hommes de mérite laissèrent à l’écart tout ouvrage allemand, pour courir après les livres français et anglais.
Thomasius conserve l’empreinte nationale dans ses Pensées naïves, sérieuses, facétieuses, ou Dialogues moqueurs sur différents livres, principalement sur des ouvrages nouveaux ; mais, ennuyé du pédantisme de l’université, il embrassa les idées de Locke, et ouvrit la voie à la nouvelle philosophie française.
Leibniz fut alorsoublié, et l’on s’éprit du scepticisme railleur; on voyait les bustes de Voltaire et de Rousseau dans les cabinets des électeurs ecclésiastiques et des chanoines à seize quartiers. Frédéric TL accorda la liberté de la presse pour les matières religieuses, attendu que l'attention se détournait ainsi des questions politiques : Raisonnez tantque vous voudrez, disait-il, sur ce que vous voudrez, pourvu que vous ahéissiez ; eLil out le triste courage
452 LIX-8EPTIÈME ÉPOQUE. Fo de professer le matérialisme dans l’éloge de l’'insensé Lamettrie, en gicond. Wieland, qui avait passé d’une piété excessive à une incrédulité ré moqueuse et à un épicurisme plein de quiétude, devint l'écrivain , cal le plus répandu : c’est toujours Voltaire avec un surcroît d’éru- des dition et de métaphysique ; au lieu de viser à l'actualité , il dirige ais ses épigrammes fastidieuses sur Alcibiade et les Abdéritains. Son | Obéron, où il déploya toutes les richesses du genre fantastique, le fit AI surnommer l’Arioste allemand. tai De grands écrivains, Edelman, Bahrdt, Basedow, s’associèrent au 1.81, aussi à l’œuvre de destruction. Dans l'Éducation du genre humain , me Lessing ne considère les différentes religions que comme un pro- rai grès’ de l'esprit humain. Penchant vers Spinosa, il s’éleva contre cle ses incrédules, mais uniquement parce qu’il pensait qu’une mau- aus
vaise religion valait mieux que l’absence de toute religion ; il préchait une philosophie facile et le culte du plaisir.
Il introduisit une philosophie facile, un culte d’allégorie, et devança de quatre-vingts ans les hardiesses de Strauss. Il fut combattu
vs. par les écrivains les plus distingués, même par Salomon et Semler; toutefois le dernier fit plus de mal que de bien en prétendant que la formation du dogme catholique était successive ; aussi , modifiant l’authenticité des livres sacrés, il admit comme la seule légitime l'interprétation littérale. Selon lui, le Christ et les apôtres s’étaient prêtés à un système d’accommodement, et il préchait même des vérités purement locales et passagères.
Christophe Nicolaï de Berlin et beaucoup d’autres avec lui étaient engoués de l’irréligion et du goût français ; en conséquence, les préceptes de Le Batteux à la main, ils combattaient toute hardiesse littéraire. N’osant s'attaquer de prime abord au penchant religieux des Allemands, ils glissèrent les idées nouvelles sous l’apparence d’interprétations de la Bible, en les publiant dans la b:bliothèque germanique ; mais bientôt la trivialité s’enhardit, et la tolérance du protestantisme laissa se propager ce qu’on appelait
le libre penser; on vitalors la théologie succomber devant l’incré- re
dulité, et la frivolité dogmatique remplacer l’examen. Cette frivo- le
lité nuisait d’autant plus que la littérature, ‘en Allemagne, n’est ct
pas un simple amusement, mais une occupation sérieuse, un le- à
vier de mouvement. ce
d di
tubes Par réaction contre l’incrédulité et lesencyclopédistes, ilse forma ® Westphalie. das sociétés de théosophes, qui admettaient dans le christianisme A des doctrines exotériques et des communications avec la divinité, le
soit par la méditation ou par des moyens naturels. Déjà les
Lamettrie, ncrédulité Pécrivain roît d’éru- , il dirige ains. Son que, le fit
ssocièrent > humain , > un proya contre ne mau- 1; il pré-
ie, et decombattu 1 et Semétendant > AUSSI, > la seule les apôpréchait
avec lui équence, Jute harpenchant ous l’ap- 1s da bidit, et la appelait l’incréte frivone, n’est , un le-
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