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ILLUMINÉS

sectateurs d’Emmanuel Swedenborg s'étaient répandus beaucoup en Suède et au dehors. Ce visionnaire, favorisé, disait-il, de révélations d’en haut, croyait avoir trouvé l'explication de l’Apocalypse, et il a écrit les Merveilles du ciel et de l'enfer ainsi que des terres planétaires terrestres. Selon les partisans zélés qu’il a laissés ici-bas, il aurait été transporté vivant dans d’autresrégions.

Martinez Pasqualis, juif portugais renégat, avait introduit en Allemagne une théosophie cabalistique, dont plusieurs loges s’étaient établies en France après l’année 1754 ; elles se répandirent au delà du Rhin; les adeptes furent appelés martinistes, et le fameux Saint-Martin était du nombre. Les Rose-croix, qui considéraient ceux qui n'étaient pas affiliés comme; de « misérables esclaves du fanatisme et de la ténébreuse superstition, continuaient aussi d’exister. »

Adam Weisshaupt, professeur d’Ingolstadt, croyant qu'il valait mieux recourir à un mode d’action secrète que de s’attaquer à lopinion par la publicité, établit une société qui avait pour objet d’anéantirtoutesupériorité ecclésiastique et politique, et de rendre

: l'homme à l'égalité primitive, à laquelle il avait été enlevé par la

religion et les gouvernements ; son intention était dediriger ces derniers dans la voie du bien, comme instruments. Les sujets les plus capablesde tous les pays devaient appartenir à la secte, pour se préparer par une obéissance aveugle à devenir dignes de commander.

Les initiés ne devaient voir dans l’affiliation qu’une société littéraire ; en avançant, ils étaient tenus d’observer quelles personnes méritaient d’être agrégées, et d’examiner leur vie, leurs œuvres, leurs penchants. Les aréopagites étaient divisés en deux classes, celle des préparations et celle des mystères : la premièrese subdivisait en plusieurs grades, novice, minerval, illuminé mineur et majeur ; l’autre comprenait ceux de prêtre, de régent, de philosophe, d'horr:rae-roi. Ils devaient encore entrer dans les fonctions pour se*,i: ’odre, employer les femmes et faire des prosélytes surtout parrnt les employés, les serviteurs des princes, les libraires, les maîtres de poste, les professeurs. Aux différents grades, les adeptes étaient soumis à des épreuves difficiles; tous marchaient vers un but, lequel n’était pourtant connu que du prêtre, à qui ln enseignait, au moment de l'initiation, le mépris des couronnes et destrônes, pour exalter l'avantage des symboles de la vertu ; après lui avoir parlé contre la propriété représentée comme une usurpation, on lui en montrait les effets désastreux. Au moyen de la caste guerrière, on provoquait l’aversion contre la tribu mercantile (Die Kaufmannschaft). Au-dessus de tous

étaient Weisshaupt, Massenhausen, Zwaks et Meiz. Chacun des adeptes ne connaissait que la classe dont il faisait partie et celle qui lui était subordonnée. Tous étaient connus des supérieurssous des noms de convention. On dit que Weisshaupt, en voyant tant de prosélytes dans toutesles conditions, s’écria : O hommes, que ne peuton vous faire accroire ? Le baron de Knigge, Hanovrien, l’un des plus ardents sectaires, chercha à faire servir la franc-maçonnerie à ces affiliations de novateurs, qui, dans leur orgueil, comparaient le Christ au dalaï-lama, et se donnaient le nom d’illuminés | aufklarer). Ils représentaient dans leurs rites, imités de ceux d'Eleusis, le passage de la prétendue égalité naturelle aux misères sociales, qu’ils avaient la prétention de réformer.

Le Napolitain Constance de Costanzo, envoyé à Berlin pour le service de l’association, inspira des soupçons à Frédéric, qui en fit part à la Bavière. Charles-Théodore y.réprimait les innovations que Von caressait ailleurs, et il avait prohibé les sociétés secrètes. Les francs-maçons avaient obéi, mais non les illuminées, qui pourtant se retirèrent sur de nouveaux ordres. Les autres princes ne s’en effrayaient pas, attendu que, sous le rapport des idées, ils les croyaient justes, et qu’au point de vue des réformes , ils se confiaien tdans la police et l’armée. D’auires entraient dans Passociation pour la compromettre ; Frédéric se fit donc initier par le major Bielfeld, Joseph Il par le baron de Born, et tous les princesdu Rhin ies imitèrent : con vence qui ressemblait à une sanction. Cest ainsi que les doctrines préparaient la mine à laquelle la guerre devait bientôt mettre le feu, pour démolir cet édifice décrépit dont Voltaire disait qu’il n’était plus ni saint , ni romain, ni empire. ,

Frédéric-Guillaume étant monté sur le trône de Prusse, les s0ciétés secrètes et mystiques s’étendirent dans le pays par réaction contre l’incrédulité introduite par son prédécesseur ; elles avaient pour chefs le général saxon Bischoffsverder, homme probe et. habile, qui avait promis au roi de le mettre en communication avec le ciel, et G.-Christian de Wolner, ministre d'État, membre de plusieurs sociétés secrètes et notamment des Rose-Croix. Le dernier fut l’auteur de l’Édit de religion, qui voulait queles trois confessions fussent maintenues dans l’ancienne forme, y compris les hernuttes, les memnonistes, les frères bohêmes, maissans que personne pût faire de prosélytes, surtout les prêtres catholiques ; il désapprouvait les illuminés qui niaient les dogmes et se faisaient sociniens, déistes, naturalistes, méconnaissant que la Pible est la parole de Dieu. Les ministres qui n'étaient pas convaincus devaient

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renoncer à leurs fonctions. Les rationalistes se plaigrirent surtout lorsqu’on eut posé quelques limites à la liberté de la presse.

Les attaques dirigées contre ia foi avaient donc rencontré àe la résistance. Dans lAcadéniie même de Frédéric, la science avait été employée à démontrer la vérité de la religion. Euler combattit pour la divinité et le christianisme dans ses Lettres françaises adressées à la nièce du roi. Le naturaliste Lamberti devint poëte dans ses Lettres cosmologiques, où. en calculant l’immensité des cieux et des espaces, il reconnaît l'existence de Dieu. George Hamann se fit l'adversaire déclaré de l’école encyclopédiste ; esprit d’une grande portée, mais obscur, ce qui l'avait fait appeler le Mage du Nord, . disait: Mes écrits sont difficiles à comprendre, parce que j'écris d’un style elliptique comme les Grecs, allégorique comme les Orientaux ; le laïque et l’incrédule ne peuvent que trouver mon style absurde, parce que je m’exprime en plusieurs langues, que je parle tour à tour le langage des sophistes, des plaisants, des Crétois, des Arabes, des blancs, des nègres, des créoles, et que je mêle ensemble la critique, la mythologie des principes et des énigmes. » Mendelson soutint l’immortalité de l’âme, et popularisa Platon. Frédéric Jacobi réfuta le matérialisme et le scepticisme de Hume, et il montra dans son roman de Woldemar, l'incapacité des réformateurs de l’époque, Le poëte Mathias Claudius déclara la guerre aux rationalistes, et fit connaître le mystique Saint-Martin. Stolberg, converti au catholicisme, donna une histoire de l'Église, qui devint le livre à la mode.

Novalis (Frédéric de Hardenberg) dont la courte existence révéla un talent original, considérait la nature comme l'expression des harmonie. divines, d’une sympathie entre l’homme et toute la création. Une inspiration religieuse et mélancolique lui dicta ses Poésies de foi et d'amour et ses Hymnes à la nuit. W appelait la philosophie son mal du pays ; et il Pétudia dans Spinosa et Fichte, ces deux extrêmes qui identifiaient tout, soit dans le moi, soit dans ia Divinité. Hésitant entre eux, il entrevit ia vérité, espéra dans une unité qui embrasserait le monde entier, de telle sorte qu’ni n’y aurait plus qu’une seule science, un seul esprit ; bien que prostestant, il ne vit d'autre remède aux plaies sociales que dans le vrai catholicisme appliqué à humanité.

be même que les encyclopédistes en France, Kant prétendit affermir la science , et la diriger conformément au bien général pou. ce qui regarde la connaissance transcendante, la vie, l’homme. Quoiqu'il montrât du respect pour l’expérience et la foi , il se laissa entraîner au vertige des idées nouvelles ; coutefois,

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