‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 170 sur 245 · GUILLAUME V. D · texte numérisé non relu

GUILLAUME V. D

ceux qui avaient en vain espéré obtenir du prince des charges et des récompenses. La multitude les secondait, parce qu’ils criaient fort. d Lu,

Les oligarques, qui commandaient dan” les villes, et dont la révolution de 1747 avait restreint les pouvoirs, la voyaient de mauvais œil. Les orangistes n'étaient pas satisfaits non plus de voir Guillaume favoriser de préférence ses anciens adversaires, dans l'espoir de se les concilier. Les princes d'Orange héritaient comme parents de la famille royale d’Angleterre, des haïnes et de la faveur dont elle était l’objet. Lorsque la guerre d’Amérique éclata, le pays se divisa en deux partis : les patriotes demandaient l’augmentation des forces maritimes, afin de protéger le commerce contre les Anglais; les orangistes voulaient des hrmées de terre, pour fournir aux Anglais les secours qu’on était obligé de leur donner ; les choses allèrent si loin que PAngleterre répondit à la demande de neutralité par une déclaration de guerre.

Le coup fut terrible pour les orangistes, qui s’étaient tou-

‘jours appliqués au maintien de la paix. L'assemblée des régents

patriotiques rédigea un projet de réforme qui conservait ‘les états généraux et le stathouder, mais en donnant aux premiers la pleine souveraineté, une indépendance absolue, la direction de l’armée , tandis que le stathouder, exclu de leurs séances, c’est-à-dire du gouvernement, n’avait, à nommer ni les fonctionnaires publics, ni les officiers supérieurs. Conformément à ce projet, on institua des compagnies franches de citoyens ; tout catholique fut écarté du gouvernement , et des calomnies , des libelles se répandirent à profusion centre eux, surtout dans les Lettres hollandaises, écrit périodique: très-violent, et qui devint très-populaire. L’irritation des Hollandais n’eut plus de bornes lorsqu'ils virent la marine désorganisée au moment où la guerre éclatait avec Angleterre; renouvelant alors leurs anciens prodiges, ils armèrent quatorze vaisseaux de ligne , dix-huit frégates, portant douze cent quatre-vingts bouches à feu et huit mille hommes, et déployèrent encore à la bataille de Doggerbank un sourage héroïque. En même temps ils se livraient à un commerce très-actif, à tel point qu’en 1780 deux mille cinq cents navires hollandais franchirent le Sund, dont les puissances du Nord repoussaient tout bâtiment de guerre ou de course.

Mais l'Angleterre était trop supérieure. La petite île de Saint- Eustache, entrepôt de marchandises de toutes les nations, était d'une extrême importance pour la Hollande; il s'y trouvait, AST, UNIV, = T. XVI, 33

en marchandises hollandaises seulement, pour 46 millions de florios, indépendamment de quarante bâtiments richement chargés. Rodney s’y présenta, et la força de se rendre; il fit de ‘même à Surinain, à Démérary et dans les autres îles riches de denrées coloniales; en outre, il captura beaucoup de navires, et s’empara des établissements du Malabar et du Coromandel.

C'était en vain qu’on encourageait par de grosses primes les particuliers à armer en course ; au lieu d'agir, on disputait. Les entreprises malheureuses faites dans les Indes orientales attestèrent la faiblesse de la Hollande. A la paix conclue par l’entremise de la Russie, les Anglais lui restituèrent ses possessions, mais après avoir causé au négoce un dommage immense, et obligé la république à laisser le commerce libre avec ses colot nies (1).

D’autres malheurs vinrent s'ajouter à ceux-là. Les nègres de la colonie de Berbice, exaspérés par les plus criminels traitements, s'étaient révoltés plusieurs fois; ils se jetèrent enfin sur les habitants avec cette fureur qu’exaltent de longues souffrances, et l'on ne parvint à les soumettre qu’au prix de beaucoup de sang. Après avoir ichappé aux efforts d’ennemis redoutables, les Hollandais furent sur le point de succomber à ün désastre naturel; ils voyaient les digues qui défendaient leurs pays contre les ‘lots se rompre de temps à autre,.et occasionner des dégâts et des dépenses incalculables, Vers l’an 1730 ils s’aperçurent qu’un ver inconnu et apporté de l’Orient par les bâtiments rongeait les bois des pilotis ; comme ils ne voyaient aucun remède à ce danger, ils tremblaient que la mer ne reconquit le terrain qu’ils lui disputaient ; néanmoins ils surent y pourvoir en changeant leur système de construction, et les digues faites en galets protégèrent les palis et rompirent le choc des vagues. La Société de Harlem proposa à différentes reprises, pour sujet de concours , le moyen de boucher les fissures qui se forment par intervalles dans les digues , et son zèle lui valut le titre d'Académie nationale des sciences.

Les grosses faillites amenées par tant d'événements funestes ébranlèrent le crédit. En 4770, une épizootie terrible décima

(1) P. J. Dusois, Vies des gouverneurs généraux, avec l'abrégé de l'hisloire des élablissements hollandais aux Indes orientales ; La Haye, 1763.

Dirx van Hocenponr, Berigt van den tegenwoordigen Toestand dér Batafsche Bésittingen in Oast:Indien , van den Handel op dezelve ; Delit,

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