‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 174 sur 245 · EL 1A · texte numérisé non relu

EL 1A

armes contre les cantons catholiques; mais cette guerre fut terminée par voie d'arbitrage.

Les Suisses n’ont pas, comme les autres réformés, un symbole qui leur soit propre; la première confession helvétique, en 1536, pcrdit toute valeur après que Calvin eut fait pré-

valoir le dogme de la prédestination. Tous les calvinistes

de France s’y étaient rattachés; mais, comme il déplaisait à beaucoup d’entre eux, Moïse :Amyrant, ministre dé Saumur, écrivit la défense de Calvin, en modifiant tellement la doctrine de la prédestination, qu’elle ne différait presque plus de la grâce universelle de Luther. On disputa beaucoup en France parmi les réformés; néanmoins elle fut acceptée, et se répandit de là en Suisse. Les orthodoxes de ce pays ne voulurent pas s’y opposer; mais les gouvernements de Zurich, de Bâle, de Genève, adoptèrent un livresymbolique, Formula consensus Ecclesiarum helveticarum reformæ cirea doctrinam de gratia universali et connexa, aliaque non nulla capita), en vingt-six articles, où sont condamnées les doctrines d’Amyrant et celles du Suisse Louls Capyel, qui prétendait que les points diacritiques, dans l'écriture hébraïque, étaient d’origine récente

Les réformés allemands protestèrent; de là, des haines et des persécutions. Berne établit sa chambre de religion pour veiller sur les croyances et les mœurs des citoyens , sans ménager les emprisonnements-et les-exils; en un mot, c’était l’inquisition. Le temps seul put apaiser les esprits, et peu à peu le consensus fut regardé comme une formule non, pas de foi,. mais de doctrine.

Le territoire de Toggenbourg prit les armes contre l’abbé de Saint -Gall, qui, soutenu par l’Empire, prétendait y exercer uneautorité despotique ; cette guerre continua avec beaucoup de cruauté jusqu’en 1718, et fut la dernière lutte religieuse. Déjà les dissensions avaient été apaisées par le traité d’Aarau, qui accorda la liberté du culte. La paix publique, conclue à Bade, régla tout ce qui concernait les possessions communes, soit sous le rapport du droit civil, soit pour les affaires religieuses. Après la révocation de l’édit de Nantes, et plus tard au temps des persécutions ‘de Louis XV, un grand nombre de réformés s'étaient réfugiés en Suisse, où ils avaient apporté leur industrie ; ils introduisirent la culture de la vigne dans le pays de Vaud, et les alentours de Vevey lui doivent leurs terrasses verdoyantes. Ils établirent à Lausanne un séminaire entretenu aux frais de diverses puissances protestantes.

Dès ce mor-ent, l'équilibre se maintint entre les divers cultes;

uerre fut ter-

més, un symon helvétique, eut fait préles calvinistes il déplaisait à e dé Saumur, la doctrine de us de la grâce nce parmi les andit de là en s s’y opposer; ve, adoptèrent r helveticarum mexa, aliaque mdamnées les el, qui prétenraïque, étaient

haïnes et des our veiller sur . les emprion. Le temps és fut regardé 1e.

tre l’abbé de ercer une auup de cruauté Déjà les disui accorda la régla tout ce S le rapport rès la révocasécutions ‘de t réfugiés en roduisirent la alentours de lirent à Laues puissances

divers cultes ;

mais, tandis que les gens éclairés se laissaient envahir par le philosophisme, le gros de la population conservait une dévotion entachée de superstition.

Quand Louis XIV envahit la Franche-Comté, les cantons déterminèrent le contingent que chacun d’eux devait fo. “nir, en cas de péril; il comiprenait en tout quatre-vingt-treize mille a divisés en trois corps (defensionale ).

Les cantoñs corrigeaient ou altéraient leurs constitutions intérieures. Le patriciat s’établissait à Berne, Fribourg, Lucerne , Soleure ;. la haute bourgeoisie et les anciennes familles, à Zurich, Bâle, Schaffhouse, Saint-Gall. Les cantons démocratiques eurent aussi une noblesse; issue de services rendus, sans priviléges légaux, mais qui se iransmettait comme un patriciat. Les seigneurs gouvernaient avec sagesse , mais arbitrairement, et les villes faisaient peser leur tyrannie sur leshabitants des campagnes, ilotes. à qui on ne laissait que le droit de travailler et de payer. Des baillis arrogants et avides punissaient leurs moindres fautes avec une verge de fer, épuisaient le pays par des amendes. Ve-

‘ nait-on à réclamer, les magistrats étaient soutenus dans les con-

seils et devant les tribunaux par leurs parents et tous les nobles, et leur impunité encourageait les subalternes. En 1653 les paysans sa mirent à crier hautement contre les impôts, contre le prix du sel et la dépréciation des monnaies uséés ; ceux du canton de Lucerne prirent d’abord les armes, puis ceux de Berne, de Soleure, de Bâle ; comme naguère les comtes et les seigneurs avaient secoué le joug de l’Empire pour acquérir le domaine héréditaire de leur territoire, et les grandes villes s’étaient soustraites à l’autorité des comtes, ainsi les paysans voulurent alors secouer le joug des villes et ubtenir une égale liberté. Leur tentative était prématurée, et ils furent contraints, tant par les armes que par les supplices, de se soumettre de nouveau; néanmoins on introduisit quelques améliorations.

La Suisse présentait toutes les formes de gouvernement : démocratie absolue à Schwitz, Uri, Unterwald; aristocratie étroite à Berne ; oligirchie à Lucerne; principauté constitutionnelle à Neuchâtel ; pouvoir théocratique à Porentruy (1), Einsiedlen, Dissentis ; les combinaisons municipales les plus variées à Bâle, Zurich, Genève, Saint-Gell ; la capricieuse agitation des factions du moyen âge chez les Grisons, composés de 150 démocraties rura-

(1) La Suisse avait 1,500,000 habitants, dont un tiers dans les cantons de Zurich et de Berne; 38,000 servaient à l'étranger pour quatre ans.

les, avec peu de liaison entre elles, et dirigées tour à tour par les Salis et les Planta. Chacune d’elles avaiten outre, particulièrement ou conjointement avec les autres , 0 sujets qui offraient tous les degrés de la dépendance.

C’est en 1481 que fut tenue la Moisiee diète, où tous les cantons envoyèrent des. députés; on décida ensuite qu’elle se réuni. rait tousles ans, ci que la convocation serait faite par Zurich. Elle s’assembla d’abord à Baden en Argovie, et, l’an 1712, à Freuenfeld en Turgovie ; deux députés y siégeaient par canton.

Au milieu des guerres de cabinet qui furent pour l’Europe une cause d’abaissement autant que de ruine, la prudence des chefs nelvétiques sut résister aux intrigues des rois, qui voulaient entrainer, la Suisse dans leurs demélés: Le pays grandit alors par les arts et l’industrie : il compta des hommes remarquables, tels que Haller, Rousseau, Bodmer, Hottingler, Steinbückel, Bernoulli, le mathématicien Euler, l’astronome Lambert, les naturalistes de Saussure et Bonnet , les médecins Tissot et Zimmermann, lhistorien Müller; Lavater, dont les théories sur la physionomie sont tumbées ‘en oubli, mais dont le peuple n’a pas oublié les chants patriotiques; Gessner, qui, en peignant les scènes de la vie pastorale, charma les imaginations.

La Suisse n’était plus cependant le pays poétique de la pure liberté ; l'amour des richesses et du pouvoir avait atteint les cœurs. Flattant les étrangers et les servant non-seulement par les armes , mais encore par des intrigues , ses habitants recherchaient les titres, les décorations, les colliers. Les petits cantons, nourrissant dés rancunes contre les cantons riches qui dominaient, songeaïient à se fortifier par des alliances étrangères, et les ambassadeurs des puissances fomentaient les haines dans le pays. Humbles au dehors, les Suisses devenaient orgueilleux à l'intérieur. Un petit nombre d’oligarques dominaient sur une multitude abaissée, et un égoïsme imprévoyant leur faisait perdre de vue la patrie pour le canton , et le canton pour la caste.

A côté d’une caste aussi servile que celle des monarchies, le vulgaire s’ytrouvait beaucoup plus mal. Personne ne s’inquiétait de l'éducation, ni des besoins qui se faisaient sentir ; il n’était pas permisde s’élever par l'instruction auniveau de ceux qui dominaient, ni de parvenir aux emplois civils, militaires ou religieux, L’industrie et le commerce se trouvaient même interdits à certaines localités, attendu, prétendait-on, qu’ils étaient le privilége des grandes villes. La liberté de la presse n’existant point, le silence gardé sur les affaires du pays empêchait qu’il ne se formât un es-

\ tour par les ticulièrement aient tous les

tous les can.

elle se réuni.

Zurich. Elle 2, à Freuenon.

l'Europe une ice des chefs voulaient enalors par les les, tels que Bernoulli, le turalistes de rmann, Phisionomie sont ié les chants la vie pas-

> de la pure atteint les lement par abitants res. Les petits s riches qui étrangères, ines dans le gueilleux à nt sur une sait perdre aste.

ies, le vulquiétait de ait pas perominaient, x. L'indusrtaines lovilége des le silence ât un es-

prit public ; aussi, bien que restée quatre-vingts ans sans guerres intestines, la. Suisse avait vu sa tranquillité fréquemment troublée par des haines intérieures toujours renaissantes, sans but élevé et toujours auisibles à sa considération au dehors.

Nous ne ferons mention que de quelques-uns de ces démélés.

Dans le canton de Zug, la famille de Zurlauben occupait depuis deux siècles les principales dignités, grâce à l'argent que la France distribuait en présents par ses mains, et dont elle gratifiait un petit nombre de personnes ; au lieu de-les répartir entre tous les citoyens. Il en résulta du mécontentement, et le parti qu’on appelait les doux trouva des opposants dans celui des rudes. Ces derniers, soutenus par l'Autriche et dirigés par Antoine Schumacher, l’emportèrent sur leurs rivaux , rompirent l'alliance avec: la France, et persécutèrent ceux qui lui étaient favorables. Ces rigueurs déplurent, ce qui rendit bientôt aux Zurlauben leur influence, et l’on continua d’accepter les gratifications de la France.

Deux partis agitaient le canton d’Appenzell : sur les douze ‘arrondissemer!* lrodi) de ce canton, ceux qui étaient situés au pied des Alpe, ::::lés intérieurs, suivaient le culte catholique ; les autres , dit: “: êrieurs , sur les deux rives de la Sitter, professaient la religion réformée ; de là, inimitié entre les membres du même canton.

A Berne , la réforme avait enrichi l’État, en lui attribuant les biens du clergé; le patriciat y devint très-puissant, ambitieux, et chacun, poussé par une jalousie ir'quiète, voulait s’élever, intriguer, sacrifier l'intérêt public à celui de la famille ; iles grands ne songeaient qu’à enchaîner le peuple dans l’obéissance, la pensée dans la censure, la vie dans l’espionnage. Il est vrai que , comme les autres tyrannies, celle-là favorisait les progrès matériels, l’agriculture , l’industrie ; mais , comme elles aussi , elle ne voulait point qu’on pensât. Haller et Bonstetten n’entrèrent point dans le sénat; ceux dont le génie menaçait d’éclipser leurs pères durent aller briller ailleurs. Tschiffelli, qui fonda à Berne la Société économique, trouva des contradictions obstinées. Une conjuration faite pour détruire l'oligarchie coûta la vie à Henzel, qui en était le chef,

Des mésintelligences s’élevèrent aussi à Fribourg entre les bourgeois et l'aristocratie, qui avait restreint dans un petit nombre de famiiles le droit de siéger dans les conseils (segreti). Les paysans de Gruyères marchèrent en armes contre la ville; mais Berne les apaisa.

Outre les treize louables cantons , la Suisse avait dix alliés, savoir : l’abbaye de Saint-Gall,, la ville du même nom, séparée de la précédente par une muraille; le Valais, la principauté de Neufchâtel , les villes de Bienne et de Mulhausen , les trois ligues grises ét la république de Genève.

Le principauté de Neufchâtel, qui avait appartenu successivement la Bourgogne, à l’Empire, aux maisons de Châlons , de Hochberg et de Longueville, échut par héritage à Frédéric I, roi de Prusse , qui jura d’en respecter les lois et les coutumes ; il en était une qui donnait à la ville le droit de percevoir les impôts et les revenus du prince dans tous le pays. Frédéric IT cependant les afferma en 1748. Les habitants s’en irritèrent , et leur mécontentement éclata ; mais en 1766, lorsque Frédéric II voulut introduire dans la province une forme unique de perception, on déclara déchu de ses droits quiconque participerait à la ferme. Le commissaire royal protesta, et demande qu’un code füt rédigé pour régler les droits réciproques ; on vit alors , spectacle nouveau, un grand roi discuter contre ses sujets devant un tribunal cantonal, celui de Berne , qui avait été choisi pour juge. Le roi gagna sa cause, et ce fut le signsl d’un tumulte; le procureur général Gaudot, ayant tiré par sa fenêtre sur la multitude, fut massacré. Bientôt la réaction commença; plusieurs citoyens se virent condamnés à mort, d’autres à l'exil, tous désarmnés; enfin la ferme de l'impôt fut restituée à la ville , la constitution garantie, la chasse déclarée libre, les lois améliorées en faveur du peuple , et l’on institua une assembiée des communes, sans l’aveu de laquelle aucun changement ne pouvait s’effectuer.

Chez les Grisons , alliés des Suisses , deux familles puissantes, les Planta et les Salis, s'étaient longtemps disputé la prépondérance. Ces derniers, devenus les plus forts, disposaient des charges, de la ferme des droits, des commandements des troupes au service étranger et des magistratures dans la Valteline. Les Planta, voulant leur enlever cette suprématie, gortèrent à soixante mille florins la ferme des péages quand on la mit aux enchères; ils demandèrent aux puissances étrangères que l’avancement des officiers fùt donné à l’ancienneté, et accusèrent les magistrats de vénalité ; de là, des scandales et des haïines furieuses. L’irritation fut au comble lorsque l'Autriche , par une violation flagrante du droit public, fit arrêter, sur le territoire grison , d'accord avec les Planta ou grâce à leur connivence , Sémonville, ambassadeur de la république française.

À Genève, la population était répartie en quatre classes : les

= put D ©, A

Page 1