‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 175 sur 245 · PR ER · texte numérisé non relu

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habitants , étrangers admis à résider, mais sans aucun privilége, tous protestai.!, de sorte que les catnoliques qui voulaient être propriétaires u exercer un métier, devaient changer de religion. Quiconque naissait à Genève d’un habitant était considéré comme natif, et possédait quelques droits de plus que son père; mais il ne pouvait aspirer à aucune fonction de l'État, ni faire le commerce; sa personne et. ses biens étaient taxés , pour toutes les Charges publiques , plus que ceux des autres. Les bourgeois, admis aux droits.de cité à la condition de « jurer sur les saintes Écritures de vivre selon la sainte réforme évangélique , » étaient libres de se livrer à queique trafic qu’ils voulussent , sans pouvoir être expuisés autrement que par jugement; ils participaient au gouvernement et à la législation , mais non aux charges supérieures. Le fils d’un citoyen ou d’un bourgeois né dans la ville était cifoyen ; aussi les mères venaient-elles, même de fort loin , accoucher dans la ville, pour ne pas priver leurs fils du droit de parvenir aux premières charges de la république. Enfin il y avait les sujets ou étrangers habitant lo territoire, qui étaient exclus des droits de

cité.

La république avait grandi par la paix et l’industrie; mais les enrichis affectaient la supériorité, et la classe inférieure, qui s'était civilisée, les supportait avec peine, Les Français réfugiés dans le pays après la révocation de l’édit de Nantes contribuèrent à attiser le feu. L’avocat Fazioet un certain Lachesne, s'étant mis à la tête du peuple, demandèrent que les lois, dont on n’avait parfois connaissance que par les sentences rendues, ‘ussent promulguées par la voie de la presse ; que l’on ne votât plus de vive voix, mais par fèves; que le droit de présenter au conseil des deux cents les membres à élire füt enïevé aux vingt-cinq, et qu’il ne pt siéger dans ce conseil plus de trois membres de la même famille. Il fallut satisfaire à ces demandes, et l’on ajouta qu’aucune loi ne serait exécutoire sans l'approbation du conseil général, qui devait se réunir tous les cinq ans; cependant Lachesne et Fazio, convaincus de complots, furent condamnés à mort. .

Les troubles ayant recommencé, l’édit de 1570 fut aboli, et un nouvel Édit de pacification conserva les droits du peuple sans porter atteinte aux lois.

. Genève était devenue , par l'industrie, une des villes les plus riches du continent. Bonnet, Burlamachi, Rousseau, étaient des noms glorieux pour elle. Voltaire, qui habitait Ferney, dans le voisinage , attirait les curieux de toute l’Europe; les révolutions

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suisses , dont il se moquait, étaient, disait-il, « des tempêtes dans

un verre d’eau; » pour narguer le rigorisme calviniste, il élevait un théâtre à deux pas de Genève.

La prospérité accrut le luxe:et l’arrogance des conseils, et la plèbe tyrannisée ne cessait de faire entendre des plaintes. Les Lettres de la Montagne, de Jean-Jacques Rousseau , en proclamant que la souveraineté du peuple est inaliénable , 'imprescriptible, et qu'il peut dès lors la reprendre à ceux auxquels il l’a confiée , firent éclater l'incendie qui couvait depuis longtemps. Les Genevois, appliquant cette doctrine au'cas sel ; disaïént que les conseils n’étaient pas souverains avec l’assemblée des citoyens, mais que l'autorité suprême appartenait à tous les citoyens, c’est. à-dire aux quatorze cents individus qui seuls avaient la plénitude des droits de cité. à |

Les bourgeois nommèrent donc des délégués chargés de porter leurs représentations au conseil, et de l’obliger à les transmettre à l'as emblée générale, afin qu’il y fût fait droit. Les nobles niaient que cette assemblée eût aucune juridiction sur le petit conseil, et les noms de représentants et de négatifs devinrent des désignations de parti. La condamnation par contumace , que le grand conseil prononça contre Rousseau , accrut encore l’irritation des esprits; on préchait dans les cercles les "aximes qui agitaient ensuite les assembiées et les élections. La France, les cantons de Berne et de Zurich, s’interposèrent comme médiateurs; mais, leur tentative n'ayant point réussi, la France établit un cordon militaire qui nuisit beaucoup à l’industrie: elle se proposa même de fonder à Versoix une ville qui devait enlever à Genève son commerce. Les Genevois, avec cette fermeté que nous leur avons vus déployer dernièrement encore, prirent tous les armes, et la France fut contrainte de les laisser s’arranger entre eux.

Après de nouvelles agitations, ils s’arrêtèrent à un gouvernement démocratique, et promirent un code; mais c'était une œuvre difficile à mener à bien, car il existait d’anciennes lois trèsobscures et d’autres dictées par un calvinisme rigoureux qui pouvait exciter des discordes. Ce code avait en outre pour adversaires les représentants, qui attirèrent de leur côté les natifs, artisans pour la plupart, nés de réfugiés français et n’ayant d’autres droits que celui de chansonner leurstyrans. L'expérience ayant appris aux représentants que l'union engendre la force, ik formèrent des cercles et des associations, où l’on s’obiiges à suivre l'opinion du chef. Leur projet était d'introduire une démocratie complète; la France en prit ombrage , et intervint comme médiatrice. Mais lindépendance du pays en parut blessée, et la

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France renonça à la garantie. Alors les dissensions intérieures éclatèrent avec plus de:force; le sang coula, et il fallut établir un comité de sûreté. La France, qui avait renouvelé son alliance avec la Suisse en 1777, pour la défense réciproque des deux pays, songea à calmer les partis par d’autres voies que celle des exhortations. D'accord avec la Savoie et Berne, elle occupa Genève, où elle institua un gouvernement conforme au règlement de 4738, soutenant les natifs, humiliant la-démocratie, à ce point que cinq cents citoyens à peine conservèrent le droit de suffrage, et que les autres, réduits au silence, furent en outre désarmés ; mais bientôt cette dure tyrannie amena une réaction sanglante.

La condition des pays assujettis était encore plus pénible, attendu qu’il n’est point dé joug plus dur que celui des républiques. Argovie et le pays de Vaud relevaient de Berne, qui dominait aussi, conjointement avec Zurich, sur le comté de Baden et sur le Rapperschwill ; avec Fribourg, sur quatre baïlliages du côté de la France ; avec Zurich et Glaris, sur les Offices libres du nord, tandis que la partie au midi relevait des huit cantons , lesquels avaient aussi la Thurgovie et le comté Sargans, indépendamment du Rheïnthal, qu’ils partageaient avec Appenzell. Sur le versant méridional des Alpes, le canton d’Uri donnäit des lois à la Levantine; Uri, Schwitzet Unterwald, à la Rivière et à Bellinzona; les douze cantons ensemble, à Lugano, Locarno et Valmaggia ; la Valteline obéissait aux Grisons.

C’étaient des pays pauvres, livrés à la merci de magistrats ignorants, qui, ayant acheté leur charge, ne songeaient qu’à rentrer dans leurs fonds avec usure, ce qu’ils appelaient entre eux avoir fait un bon. gouvernement. Le plus souvent le bailli achetait sa charge de ses compat"intes, puis il allait la revendre à quelqu’un chez les sujets, et, après avoir fait un bon bénéfice, il retournait chez lui la bourse pleine, gardant le titre en sus. De là, une justice vénale, des excès tolérés, et, bien plus, l'impunité vendue en blanc pour les méfaits à commettre. La Levantine, qui osa se soulever, en fut punie par des exécutions sévères et la perte de ses priviléges. Dans 12 Valteline, tout délit pouvait être racheté à prix d'argent, sauf le meurtre qualifié ; mais, comme les procès rapportaient beaucoup, les podestats , non contents de découvrir les délits, s’arrangeaient pour en faire commettre : ils s’entendaient avec de malheureuses créatures

pour séduire quelque galant et l’accuser ensuite; ils excitaient des

soulèvements, qui donnaient prétexte à des confiscations (1). ‘(1) Voir le livre IX de l'Histoire du diocèse de Côme, où se trouve rapportée

b26 DIX-SEPTIÈME ÉPOQUE.

Le pays était donc rempli de mécontents ; toute confiance entre le gouvernement et les sujets avait disparu, et l’on ne trouvait aucun esprit public, aucune grandeur d’intentions, aucun patriotisme. On considérait comme étranger non-seulement quiconque vivait en dehors des limites du canton, mais le paysan lui même et jusqu’au bourgeois de la même ville (4). Le reste de l’Europe avait changé son système militaire que la Suisse s’en tenait encore à l’ancien ; plusieurs fois il avait été proposé de renouveler le pacte fédéral en vue de le restreindre. Partout il sé tait établi des loges de francs-maçons, surtout à Genève, à Soleure et dans le pays de Vaud, Ce fut l’origine de la Société helvétique, dont les séances annuelles se tenaient aux bains de Schinznact;

si, son but avéré était de s'opposer à l’individualisme ‘cantonal, Mais les luges maçonniques elles-mêmes n’arrivaient point à l’unité; reformées plus tard , elles se. fondirent avec les illurninés d’Alleraagne, et le Grand Orient, qui s'établit à Genève en 1786,

domina bientôt sur la magistrature de la cité.

une lettre de Bonstetten, encore vivant alors, dans laquelle il retrace d’une manière pittoresque la tyrannie de ces baillis.

(1) Zimmermann décrit en ces termes l’orgueil des petites cités abitotaiiques de la Suisse : « Les têtes y sont souvent aussi vidés que les rues... Un horrible ennui est le partage de tous les gens de condition, qui croient leur compagnie trop honorable pour les bourgeois... Dans aucun lieu une tyrannie plus odieuse ne pèse sur l'esprit que dans ces petites républiques, où non-seulement un citoyen s'érige en maître sur ces concitoyens , mais où l’horizon intellectuel même de ce misérable desposte devient celui dé toute la ville. Le tout-puissant et prétentieux magistrat tranche du dictateur envers tous, comme envers sa cité, Dans Ê sa bicoque, c’est le plus grand homme du monde. Le citoyen honnête se pré: [ sente avec crainte et tout tremblant devant cette redoutable majesté, parce ]

qu’elle pourrait lui nuire dans le premier procès. Le colère d’un sénateur est plus terrible que la foudre, attendu que celle-ci frappe et passe, tandis que l’autre reste toujours. Les femmes des conseillers se gontlent, affectent la gravité, gouvernent, ordonnent, bläment, injurient à tort et à travers. De leurs bonnes grâces ou de leur défaveur dépendent la réputation, le crédit, le bon- | heur... Les mots leur manquent pour exprimer leur dédain envers celui qu’on leur montre du doigt comme ayant fait un livre... Le jeune homme qui aspire à la gloire n’est encouragé, connu , aimé, compris dans aucun cercle; on le considère comme un fou ou un extravagant, qui , au lieu de chercher à se rendre agréable aux grands de son pays, de vivre comme tout le monde, aime mieux lire et griffanner chez lui... Lors donc qu’il voit l'ignorance et la stupidité orgueilleuse obtenir plus d’estine que n'en obtient la saine raison , et lopinion être dirigée par les bavardages de l’homme le plus inepte; lorsqu'il voit la phi- . losophie traitée de misérable délire et d'esprit de révolte , lorsqu'il n’est possible de se pousser que par une complaisance servile et une basse soumission, que reste-t-il à faire à un jeune homme honnête, sinon de se réfugier dans la solitude? » De la Solitude.

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La Suisse se trouvait donc bien peu préparée aux mouvements qui allaient éclater, aux agitations produites par l’exemple de la France, à la guerre européenne qui devait en sortir.

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