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sions. Il est vrai que les écrivains faisaient la guerre à l'autorité ; mais les grands bouleversemisnts ne viennent que des basses classes ; or, il n’y avait pâs un philosophe qui e” songé à elles. Le peuple nelisait pas, et lés théories psélàmées n' scaient pas à son usage. Toutes ces théories d’ailleurs s’accordaient à ne pas vouloir une révolution violente, mais un progrès pacifique ; ceux qui déclamäient lé faisaient par exercice de style, satisfaits s'ils s’en-
tendaient applaudir, ou s'ils pouvaient s’attirer honneur d’une
persécution.
Aïnsi la plus heureuse et la plus tranquille des révolutions allait éclore des méditations des philosophes et des vœux des philanthropes: Les doctrines répandües dans les hautes classes descen- : draient dans les rañgs inférieurs ; on ferait un câtéchisme moral, populaire, et cela eu quelques pages: Le gothique castel de la féodalité serait remplacé par un élégant édifice dans le style grec ; on aurait uné religion dégagée dé superstitions ; et le bonheur public se fonde: ait sur la connaissance générale des droits de l'homme.
Les élections se firent, et le parti populaire Pemporta,fsoit parce qué la noblesse bretonne refusa d’envoyer ses députés, blessée de voir qu’on ne respectait pas les priviléges et qu’on eût décrété le doublement du tiers état ; soit parce que les nobles rendirent un hommage désintéressé aux vertus et au savoir de plusieurs membres de la bourgeoisie. Les curés eux-mêmes furent nommés en plus grand nombre que les évêques et les gros bénéficiers. En Provence, le comte de Mirabeau se présenta comme candidat; repoussé par les nobles, commé déshonoré par sa conduite, il fut élu d’acelamation par le tiers état, dont il devint idole : homme étonnant pour tenir les masses en mouvement, les arrêter dans leurs excès, pour obtenir par son autorité Pobéissanee qui était refusée aux magistrats.
Que ne devait-on pas espérer d'élections aussi désintéressées et des mandats donnés aux élus? mais en regardant au fond des choses, on reconnaissait combien les maux étaient enracinés et les remèdes difficiles au milieu de tant de dissentiments entre l’autorité royale, les maximes parlementaires et cette opinion publique si mobile ; il fallait bien reconnaître que ee n’est pas une tâche sans danger, ni d’une exécution peu laborieuse que de changer toutes les habitudes d’un peuple.
De toute manière, il était manifeste que, si les discussions venaient à se prolonger, et avec elles l’inquiétude et la paralysie du pouvoir, le peuple interviendrait pour décider, et resterait aus-
sitôt le maître des événements; il importait donc que le roi prit les devants. Malouet, député de l’Auvergne, le sentit, et il dit à Necker ; « N'attendez pas que les.états généraux demandent ou
« qu'ils commandent ; hâtez-vous d'offrir tout ce que les bons «esprits peuvent désirer raisonnablement. N’entreprenez pas de « défendre ce que l’expérience et la raison publique démontrent «abusif ou vermoulu; n’exposez pas au basard d’une délibéra- «tion tumultueuse les bases et les forces essentielles de l’auto- « rité royale; donnez large carrière aux besoins et aux vœux « publics, et préparez-vous à repousser, même par la force, ce « que la violence ou l’extravagance des systèmes ne pourrait « exiger sans jeter le pays dans l’anarchie; proposez ce qui est a: juste et utile, Mais si le roi hésite, si le clergé et la noblesse « résistent, tout est perdu. »
On était loin d'entendre ainsi les choses 4 la cour. Les assemblées se conduisent avec un fil, y disait-on; quoi de plus facile, dans des réunions où l’on ne suit pas un plan arrêté, que de susciter des dissensions entre des ordres qui déjà se regardent de travers? Alors le roi dirait : Ou meitez-vous d'accord, ou allezvous-en, et, après avoir montré l’inutilité de assemblée, il la dissoudrait, puis redeviendrait roi absolu comme devant; mais ‘ce serait pour répandre avec une activité, un amour tout paternel, sur une nation toujours éprise de ses rois, des bienfaits en harmonie avec les progrès du siècle.
Voilà les songes. dont se berçait encore cette cour frivole au moment d’un si terrible réveil !
‘ Ce fut sous l’influence de ces idées que les états généraux s’ouvrirent, le 5 mai 1789 ; ils ne firent que décréter une révolution déjà accomplie. Dès ce moment, commence une histoire affligeante et magnifique , que nous retracerons , le mieux que nous pourrons, dans notre dernier livre, et cela: sans jamais nous départir de cette sincérité qui nous coûte bien des amertumes, mais pas un repentir.