PERSE. LES KADJARS
nom d’Adil-Schah, roi de justice. Il commença par se débarrasser de toute la descendance de son oncle; mais, un an après, il fut renversé par son propre frère Ibrahim, lequel, à son tour, se vit abandonné par l’armée au moment où il marchait contre Schah-Rok, né de Riza-Éouli et d’une fille de Schah- Hussein, qui avait été proclamé dans lé Khorassan et dans l’Irak-Adjemi. Schah-Rok , comme descendant des Sophis et de Kouli-Khan, essaya de soumettre toutés les provinces ; mais Achmet-Schah , ami de Nadir, qui, rétiré avec les Afghans et les Usbeks dans le Kandahar, avait fondé un nouvel empire afghan, refuge des sunnites, commença à lui faire la guerre. À son exemple, d’autres khans voulurent se rendre indépendants, d’où il résulta que le désordre et la guerre s’intrôduisirent partout. Enfin Schah-Rok, fait prisonnier par le derviche Mirza-Seid-Doub, également issu dés Sophis, fut aveuglé, puis délivré par Achmet- Schah, qui, par respect pour Kouli-Khanñ, lui laissa le Khorassan.
Ali-Merdan, l’un des meilleurs généraux de Kouli-Khan, présénta un enfant né , disait-il, d’un fils du deposte Hussein-Schah, ét le fit proclamer à Ispahan sous le nom d’Ismaël, afin de régner lui-même comme régent ; mais Ali fut bientôt assassiné par Kérimhan, qui, né d’une famille très-pauvre, s’empara de lautorité, et réussit à l’étendre sur d’autres provinces. Il vécut quatre-vingts ans, ranima le commerce , et son administration fut mémorable. Un jour qu’après avoir donné son audience ordinaire, il se retirait fatigué, un homme sé précipita dans la salle : Qui es-tu? demanda Kérim. — Un marchand, et les voleurs m'ont enlevé tout ce que je possédais. -— Que faisais-lu quand ils sont venus ? — Je dormais. — Pourquoi aussi dormir ? reprit Kérim éourroucé, — Parce que je croyais que tu veillais pour moi. Céètte réponse hardie trouva grâce et récompense.
Mohammed-Hassan lui dispute longtemps le pouvoir; mais il fut pris et décapité (1758). Après la mort de Kérim, les dissensions éclatèrent plus vives que jamais, pour ne plus cesser dé tout le siècle.
Deux factions déchiraient le pays, celle des Kurdes et celle des Kadjars : l’une soutenait la famille de Kérim-Schah, dans PIran, c’est-à-dire dans les provinces méridionales ; l’autre au nord, dans Afghanistan, était favorable à la famille de Mohammed-Hassan, qui résidait dans le Caboul. Les premiers succombèrent , et, la race de Kérim s'étant éteinte en 1794, Aga-Mohammed-Khan resta le seul maître de la Perse. Il envoya barbarement à la mort Schah-Rok, qui, tout aveugle qu'il était, avait continué de régner
Aga-Moha1mimcd-Khan,
dans le Khorassan. Il extermina tous ses frères, et disait : Si j'ai versé tant de sang, c'est uniquement pour que cet enfant (et il montrait son fils } puisse régner en paix. Ayant été tué, il eut pour successeur son neveu Baba-Khan sous le nom de Feth-Ali, avec le titre de schah, c’est-à-dire roi, tandis que ses prédécesseurs n'étaient appelés que régents ( wakil ).
La Perse, au moment où il en prit les rênes , se trouvait dans la misère la plus profonde ; elle était sans commerce ni agriculture, et déjà dans le siècle précédent Chardin y avait trouvé à peine dix millions d’habitants, tandis que le pays pouvait en contenir quatre fois autant. Mahommed chercha à la relever; il favorisa le commerce, les arts, la poésie, et envoya deux ambassadeurs à Napoléon, qui songeait à se servir de ce prince pour seconder ses projets gigantesques contre la Russie et l’Angleterre.
Les Ottomans ne profitèrent ni du moment rapide où se releva la monarchie des Schyytes, ni de la décadence où elle fut précipitée. À l’époque uï ils se trouvaient en guerreavec Kouli-Khan, le Grand-Seigneur ordonna à Kuplan-Guéraï, khan des Tartares de Crimée, de conduire une armée en Perse, et de soumettre les peuples du (ucase ‘septentrional, peu dociles à Pégard de Constantinople, depuis que les Russes avaient étendu leur domination jusqu’à Derbent. La czarine Anne voulut profiter de cette occasion pour accabler les Turcs, etempêcha la marche du khan. Vingt mille Russes de troupes régulières , commandés par le général Léonteff, étant entrés dans le pays des Tartares Nogaïs, au milieu des steppes de l'Ukraine et de la Crimée, mirent tout à feu et à sang; mais le froid etla peste, cette terrible alliée des Turcs, la contraignirent à la retraite.
Ces Tartares étaient les restes de la terrible Horde d’or, qui, après avoir tenu dans la servitude et la terreur la Russie et la Pologne, réduite enfin à subir le vasselage de la Porte, lui servait de milice contre les Russes, les Polonais et les Hongrois. Ivan IT avait subjugué les Tartares de Kazan, d’Astrakhan et de Sibérie ; restaient encore ceux-ci, qui, outre la Crimée, possédaient le Kouban, les deux Kabardies et les vastes régions situées sur le Danube, sur le Dniester, sur le Boget et le Dniéper. La Russie désirait les soumettre, afin d'assurer sa domination sur la mer Noire, but consiant de ses efforts, et de dicter ainsi des lois à la Turquie dégénérée.
Une guerre régulière commença, guerre dans laquelle la Russie put employer des troupes formées par de bons généraux, notrmment par le feld-maréchal Münnich, gentilhomme
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TURQUIE. OTHMAN Ill. 237
d’Oldenbourg , qui, tout en dirigeant les opérations de guerre, faisait exécuter en ingénieur habile lPadmirable canal de Ladoga (1733). A la moindre désobéissance , il faisait lier les soldats aux canons, et les obligeait * les traîner ainsi un long espace de chemin; s’apercevant que beaucoup d’entre eux feignaient des indispositions pour ne pas marcher aux attaques, il défendit d’être malade sous peine d'être enterré vif : queiques-uns en effet subirent ce terrible châtiment. Un bataillon refusant de monter à l’assaut d’Otchakov en flammes, il fit tourner contre lui les batteries ; il introduisit les cadets, refréna la cavalerie tartare en répandant sur le terrain des chevaux de
. frise, et conçut le premier l’idée d’asservir la Turquie en sou-
levant les populations chrétiennes assujetties à sa domination.
Münnich passa le Don, se dirigea vers la Crimée, et arriva, en faisant une guerre de barbares, à Bactisaraiï, résidence du khan ; il incendia le palais , la bibliothèque et deux mille maisons. La famine et les maladies l’obligèrent à revenir sur ses pas sans avoir fait d'établissements; en même temps, les Kalmouks sujets de la Russie se jetèrent au milieu des Tartares du Kouban, et firent un riche butin.
Münnich, se remettant en campagne avec soixante-dix mille hommes, investit Otchakov et prit cette place d’assaut. Il poussa jusqu’en Moldavie et en Valachie, où il noua des intelligences avec les chrétiens du pays; mais les maladies le contraignirent encore à rebrousser chemin. Le feld-maréchal Lascy avait également porté le ravage dans la Crimée, et réduit en cendres un millier de villages.
Charles V[, qui s’était engagé à secourir la czarine Anne, ds l'espoir de réparer de ce côté les pertes qu’il avait essuyées en Italie, envoya une armée contre les Turcs, malgré l’épuisement de ses fin.ices; mais, comme elle était composée de nouvelles recrues et mal équipée, elle n’éprouva que des revers, et Charles fit faire le procès au comte de Seckendorf, qui la commandait; on le jeta en prison (1), et d’autres officiers supérieurs furent aussi disgraciés, tandis que le comte de Bonneval, qui s’était dégoûté de son service, conduisait les Turcs à la victoire. Se défiant donc de ses généraux et de ses ambassadeurs, il était disposé à faire la paix à tout prix. Le comte de Neipperg, qui fut chargé de la négocier, se conduisit de manière à passer pour
(1) Tueresius, Versuch einer Lebensbeschreibung des feld marschal Grafen von Seckendorf ; 1792.
traître jusqu’au moment où les documents publiés par son fils Léopold ( 1790 ) ne laissèrent à lui reprocher qu’une inconcevable
10 séptembre. légèreté. Il céda Belgrade et la forteresse de Sabacz, la province
de Servie et la Valachie autrichienne, en stipulant que ies Autrichiens faits esclaves pourraient être rachetés par les particuliers. Cest ai::3i1 que la présomptueuse incapacité des conseillers de Charles sacrifiait le plus beau fruit des victoires du prince Eugène. Une paix que l’on aurait à peine acceptée quand l’ennemi était aux portes de Vienne laissait l’accès de cette ville ouyert aux Turcs; Münnich, qui, après avoir passé le Dniester, se dirigeait sur Bender, se vit arrêter par des négociations « les plus étranges et les plus déplorables que présente l’histoire (1). »
La Russie, demeurée seule et ne se fiant pas à Thamasp, qui offrait d'attaquer de nouveau les Turcs, conclut la paix, en conservant ses limites antérieures, démolissant la forteresse d’Azov, et laissant désert, par mesure de sûreté , le territoire environnant. Les Kabardies restèrent libres pour former une barrière entre les deux empires; les esclaves furent restitués sans rançon; la Porte reconnut le titre impérial de la Russie, et permit à ses sujets de visiter les lieux saints sans payer tribut. La Russie renonçait, il est vrai, à l’acquisition de la mer Noire, but de la guerre, et s’engageait à n’y pas tenir de vaisseaux; mais elle détruisait les obstacles que la paix du Pruth avait mis à son ambition.
Le divan se dirigea dans cette circonstance d'après les conseils du marquis de Villeneuve, ambassadeur de France. Le traité de commerce que ce ministre conclut avec la Porte , régla depuis lors les relations des deux puissances.
Mahmoud aurait pu profiter de la position difficile où se trouvait l’Autriche, engagée dans la guerre de succession ; mais ils’offrit au contraire comme médiateur, en ajoutant d’excellentes réflexions morales, qui furent toutefois sans influence sur ces ambitions humaines, et il resta spectateur inactif de la lutte.
Constantinople ne jouissait jamais du repos : les soulèvements qui reraissaient sans cesse forçaient le sultan de changer ses ministres, des milliers de maisons étaient brûlées, et l’incendie ne s’éteignit que dans le sang. Mahmoud, occupé à réprimer la révolte et à préserver sa vie en faisant périr les autres, ne put exécuter le bien qu’il était capable de faire, ni s’occuper de la politique extérieure. Aimant la magnificence, il y sacrifia les ha-
(1) Scnoezr.
bitud s’int
jusq pou enfe pricé craig tés.
truis port rece