‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 70 sur 245 · PERSE. NADIR · texte numérisé non relu

PERSE. NADIR

Je ne suis ni Dieu, ni prophète, ni roi, lui répondit Nadir; mais un guerrier que Dieu envoie dans sa colère pour châtier les nations. N’étant pas rassasié du sang qu’il avait fait couler, il voulut encore l’or des vaincus ; 2,000 millions leur furent arrachés au milieu des tortures les plus barbares (1). Afin de rétablir l’ordre dans l’Hindoustan , il rendit la ccuronne à Mohammed, déclarant aux grands que, « s’ilsse révoltaient contre l'empereur qu’il leur donnait, il effacerait leur nom du livre de la création. » 11 imposa à l’empereur un tribut de 70 millions, et le laissa l’inutile représentant des Timurides ; car l’autorité véritable appartenait à un régent et à un conseil qu’il avait institués ; il assigna à la Perse les provinces situées sur la rive droite de l’Indus, et voulut que le Grand-Mogol se reconnût son tributaire. Dans les provinces à l’ouest de l’Indus, le gouverneur du Sind refusa de se soumettre, etil en coûta plus pour le réduire que pour faire la conquête de l'Inde.

Après avoir épousé une princesse du sang de Tamerlan, Nadir reprit le chemin de’sa patrie, emportant les dépouilles de l’Inde sur trois cents éléphants, dix mille chevaux, autant de chameaux et de mulets. A la vue de ces trésors, les tribus du voisinage s’élançaient pour en recouvrer ou en enlever quelque partie; des débordemients de fleuves ajoutaient aux difficultés de la marche. Puis, sous prétexte que les soldats se dégoûteraient du métier des armes s'ils étaient trop riches, Nadir-Schah ordonna de déposer au trésor toutes les pierreries et tous les objets en or,.sous peine de mort pour les contrevenants ; il leur laissa seulement l'argent monnayé, que les marches pénibles et le poids de l’armure ne leur permettaient de porter qu’en petite quantité.

A peine fut-il de retour dans sa capitale que les Lesghiz et les Tartares-Usbeks, vinrent troubler la paix ; pour repousser leurs incursions, il alla soumettre les pays de Khiva, de Boukhara, de Kharizm. Les esclaves persans, qu’il délivra en grand nombre dans ces contrées, peuplèrent une ville qu’il fit construire au lisu où ii était né; puis il déposa ses trésors dans le château peu éioigné de Kélat. Il envoya à la Porte des dons considérables, et au czar

(1) On a estimé que Delhi perdit alors 10 milliards de francs, et les environs 4 milliards. L’énorme diamant des Mongols, qui a un pouce et demi de longueur sur un de largeur et six lignes d'épaisseur, tomba alors au pouvoir de Nadir. A sa mort il passa à Ahmed, chef des Afghans, son compagnon d’armes ; en 1812 il fut l’occasion d’une guerre entre les Afghans et Randjit-Sing, chef des Seikhs, qui en est aujourd’hui le possesseur.

90 juin.

Pierré une ambassade dont le luxe éblouit les Moscovites, encore grossiers.

Ne pouvant supporter le repos, Nadir courut soumettre les provinces du Caucase. 1] demanda à la Porte la démolition de ses nouvelles fortifications et la reconnaissance du rit jaférique , comme cinquième secte orthodoxe , en lui assignant un poste d'honneur à la Mecque; mais elle refusa d'y consentir. Alors il attaqua Bagdad, puis Mossoul avec des chances diverses. La paix fut enfin conclue à Kerker entre « le sublime et puissant « Nadie-Schah , brillant comme la lune, éblouissant comme le « soleil, joyau du monde , centre de la beauté des Moslemins et « de la véritable croÿance de Mahomet, souverain dont les troupes « égalent lé nombre des étoiles, monarque siégeant sur le trône « de Xerxès, » et «le souverain dominateur, ombre de Dieu, mi- « roir de justice, protecteur des vrais croyants et des rois, dont « l'armée est aussi nombreuse que lePétoiles, véritable succes- « seur des califes, serviteur des deux villes saintes, maître des « deux continents et des mers, sultan fils de sultan, trois fois & puissant, trois fois redoutable, trois fois magnifique, trois fois « mägnanime empereur, Mahmoud le conquérant. »

Le padischah renonçait par ce traité aux prétentions religieuses, et ceux qui appartenaient à la secte ennemie pouvaient faire le pèlerinage de la Mecque, sans toutefois s’y rendre par caravanes entières.

Une ballé qui frappa Nadir au milieu des gorges du Mazanderan lé rendit soupçonneux, augmenta sa férocité et son avidité habituelles, au point de le rendre un des plus cruels tyrans; il entretenait à son service deux cent cinquante mille soldats, et le pays, ayant perdu son commerce au milieu des guerres civiles et étrangères, ne pouvait suffire à la dépense. Contraint d’augmentef les impositions, il vit la haine succéder à l’admiration qu’avaient excitée ses premières entreprises ; il finit par être assassiné dans son éamp par quelques officiers , qui lui supposaient Pintention de faire égorger tous les soldats persans par les troupes étrangères.

Les rivalités éclatèrent au milieu de cette multitude de tous pays qu’il avait rassemblée sous ses lois. Les haines implacables des sunnites et des schyytes seravivèrent, et, après s'être égorgés autour de son cercueil, ils s’en retournèrent chacun dans leur pays. Ali-Kouli-Khan, son neveu, qui se déclara le fauteur de la conjuration et le vengeur du culte national, ne tarda point à accourir ; après s'être emparé du trésor de Kélat, il se fit saluer sous le

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