‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 78 sur 245 · POLOGNE · texte numérisé non relu

POLOGNE

nant s'entendre pour consommer l’un des faits les plus odienx dont l’histoire fasse mention, que désapprouvèrent ceux même qui y prirent part ; ce fait d’ailleurs corrompit la morale publique, en accoutumant les États à des violences qui devaient plus tard trouver des imitateurs. |

La république polonaise devint l’État le plus puissant du Nord jusqu’au moment où l’agrandissement de la Suède, de la Turquie, de là Russie et de la Prusse lui ôta la suprématie, et lui enleva plusieurs de ses provinces ; mais elle eut plus à souffrir encore de sa constitution intérieure. Une fois que l’on permit aux étrangers de se mettre sur les rangs pour l'élection au trône, le champ fut ouvert aux intelligences, aux manœuvres secrètes de leurs agents; dès ce moment disparut la souveraineté, qui cesse alors qu’une autre puissance s’immisce dans les affaires intérieures.

Les étrangers qui montèrent sur ce trône n’avaient ni les qualités ni les vices de la nation, et se trouvèrent en opposition avec les revrésentants ; dès lors ils entretinrent des pratiques continuelles avec les autres puissances pour des intérêts contraires à ceux du pays. Leurs ambassadeurs, d’accord avec eux, secondaient ces menées, devenues une arme des gouvernements; les rois eux-mêmes distribuaient soit des charges, scit desterres pour conquérir des partisans. Tout interrègne était donc une révolution et une guerre, où le sang coulait souvent , mais où les étrangers faisaient toujours assaut de corruptions et de honteuses brigues, tant pour favoriser leur protégé que pour écarter celui de leurs rivaux.

Le pouvoir suprême de l'État était la diète ; mais , comme à fallait que ses décrets fussent unanimes ( nemine contradicente ), toute mesure pouvait être entravée par un seul noble disant : Sisto activitatem. Pour remédier à ce morcellement de l'autorité , il se formait des confédérations de nobles qui se réunissaient en corps dans un but déterminé, et chaque confédération se donnait des lois et des statuts, comme si elle eût formé un corps souverain; opposées le plus souvent entre elles, toutes étaient d’accord sur ce point, que la majorité des suffrages décidait. Le remède était plus dangereux que le mal ; car, lorsque toute la noblesse d’un cercle, d’un palatinat, d’une province se réunissait , elle prétendait avoir la prépondérance dens la diète ; l'État se trouvait partagé en autant de petits États, et la guerre civile restait organisée.

Les grands cherchaïent à placer leurs créatures dans les tribunaux, ce qui était très-important dans un pays où les propriétés, transmises par fidéicommis et inaliénahles, mais surchargées

d’hypothèques, fournissaient des occasions fréquentes de procès.

C'était le temps où les institutions féodales succombaient partout en Europe sous le principe monarchique, qui, l’emportait. Comment donc la Pologne, sans tiers état, sans finances, ni commerce, ni subordination, aurait-elle pu, à l’aide de sa seule valeur militaire et de ses souvenirs nationaux, se soutenir contre le nouveau système de centralisation ?

Personne ne s’occupait du peuple, attaché à la glèbe , qui le nourrissait et s’abreuvait de ses sueurs; la diversité de religion avait été la source de nouvelles discordes. Jamais dans les provinces lithuaniennes, autrefois sujettes de la Russie, les Grecs, qui se trouvaient en grand nombre, n’avaient pu se réunir aux catholiques. Les idées républicaines des calvinistes avaient souri à beaucoup de gens dans cette noblesse turbulente. Sigismond II garantit aux nobles grecs et protestants, ou dissidents, comme on les appelait, les droits politiques ainsi que l’admissibilité à tous emplois et dignités ; mais on commença sous Sigismond III à restreindre à leur égard la liberté du culte et les droits politiques, malgré l'intervention des puissances voisines. Lorsque Charles XII se montra plein de zèle pour le luthéranisme, la diète, par réaction, ordonna de détruire toutes les églises des dissidents bâties depuis l'occupation suédoise, et défendit d’introduire ce culte dans des localités nouvelles; enfin les dissidents se trouvèrent exclus de la chambre des nonces.

Un écolier catholique ayant été arrêté à Thorn à l'occasion d’une rixe suscitée par une procession, ses condisciples, ameutés, demandèrent qu’il fût relâché, prétendant qu’on violait leurs priviléges ; n’obtenant rien, ils forcèrent le collége des jésuites. Ces pères firent grand bruit de cet événement dans toute l’Europe, en représentant cet acte de violence comme une attaque contre la religion. Une commission spéciale commença des procédures rigoureuses, qu’elle poursuivit avec rapidité pour que des princes protestants ne vinssent pas s’y interposer ; beaucoup de prévenus, quelques-uns de très-haut rang, furent condamnés au supplice ou à diverses peines. Le nonce du pape, Santini, conseillait en vain la clémence et l'humanité ; le supérieur des jésuites refusa de prêter le serment duquel dépendait le sort des condamnés; les sentences n’en furent pas moins exécutées, et l’on prit des mesures pour assurer la prédominance aux catholiques.

L'Europe en fut émue. Les puissances voisines déclarèrent que le traité d’Oliva était violé. Mais la diète de Grodno parut défier les menaces ; elle exclut les représentants anglais, menaça le roi

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