CHAPITRE XXVII
La Sicile, théâtre d'événements mythologiques, est appelée parfois terre du Soleil, île des Titans et des Lestrygons. Les vastes grottes qui, dans plusieurs endroits, s'ouvrent dans ses montagnes, et notamment dans le Val-di-Noto, à Spaccafurno et à Ipsica , où elles sont superposées les unes aux autres, comme les étages d’une maison, devaient être les habitations des Polyphèmes , types des peuples qui, sans lois sociales, faisaient paître leurs troupeaux dans la contrée et vivaient de fruits sauvages.
Bientôt les Titans et les Lestrygons eurent pour successeurs Cérès, Triptolème et les Cyclopes laborieux. Apollon, qui fait paître ses troupeaux dans l’Ortygie; Vénus, qui préfère Éryx à Gnide; Aristée,
n'est pas une simplo monographie, mais ane exposition savante et curieuse, à l’aide du style et du dessin, des antiquités de cette cité ct de son territoire,
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qui enseigne à cultiverla vigne , à faire le vin, à recueillir le miel ; Hercule, qui conduit les troupeaux de Géryon, découvre et montre l’usage des eaux thermales d’Égeste et d’Himère , et remplace les sacrifices humains par des fêtes et des rites nouveaux, sont des fables qui indiquent l’ancienne civilisation de cette île. Mercure et Faunus arrivent de la Sicile en Égypte; puis les populations, que l’arrivée de nouvelles bandes chassaient de l'Italie, se réfugièrent souvent dans l’île. Ainsi Jes Sicanes, de race ibérique (1), et plus tard les Sicules et les Morgètes , repoussés par les OEnotriens , occupèrent la partie orientale si fertile, et renfermèrent les Sicanes dans le territoire occidental. Mais, au delà de ce peuple , vers la pointe sud-ouest, dans la contrée pierreuse autour du fleuve Mazara , vivaient les Élymes, race pélasgique venue de l’Épire, dont la capitale Égesta attribuait sa fondation au Troyen Aceste. Drépanum, Entella, Éryx, où l’on voyait un temple de Vénus de construction cyclopéenne, se donnaient aussi une origine iliaque. Quelle quesoit la valeur de ces traditions , elles signalent du moins que des colonies vinrent du Levant dans une époque très-reculée; du reste, il paraît certain que la Sicile fut occupée par quatre peuples , tous de race pélasgique.
A ces peuples vinrent bientôt se joindre les Crétois , symbolisés dans Dédale, qui fut accueilli par Cocalus, roi des Sicanes ; Minos, roi de Crète, réclama Dédale et s’empara d’Héraclée Minoa, sur la rivière Alcium , où iltrouva la mort, Dans le huitième siècle avant J.-C., des Phéniciens et des Carthaginois s’établirent aussi sur le littoral.
L’Athénien Théoclès, après un naufrage dans la Sicile, dont il avaitappréciéles avantages, proposa à ses compatriotes d’y conduire une colonie, mais ne fut point écouté ; il s’adressa alors aux habitants de Chalcis en Eubée , etfonda avec eux Naxos près du fleuve Onobota. D’autres colons arrivèrent bientôt; mais, au licu d’un sol barbare, ils trouvèrent des villes phéniciennes ou sicules déjà florissantes, dont ils s’'emparèrent, en s’attribuant l’honneur de leur fondation et en remplaçant l’ancienne population par une nouvelle. Ils ne tardèrent pas à occuper toute la côte du Pélore au Pachynum ct à Lilybée ; les Phéniciens , renfermés entre Lilybée ct le Pélore, dominèrent surtout à Motya, Sélinonte et Panorme.
On désigne aussi comme villes Chalcidiques: Zancle, Mégare, Himère , Catane ,Léontium ou Léouticum. Les Doriens, à la même époque, en avaient fondé d’autres, parmi lesquelles Syracuse, Acra,
(1) Tuucyome, VI, 4.
Phalaris,
470 TROISIÉÈMÉ ÉPOQUE.
Casimènes , Camarine, Thapsos, Géla , Agrigénte. La différence d’origihé et d'institution devint uni feriie d’inimitié (1) qui, après uüe prospérité éphémère, les entraîna toutes dans leur ruine. Les colonscommencèrent par soumettre les naturels ; dès que les campagnes furent placées sous le joug d’un petit nombre de familles descendant des preïhiers colons, les ambitieux, profitant de cet abaissement , s’érigèrent en tyrans.
Le premier fut Panétius de Léontium, qui excitales pauvres contre les riches. Agrigente , colonie de Géla , qui rivalisa souvent avec Syracuse, se gouverna d’abord aristocratiquement , comme toutes les colonies d’origine dorique ; puis elle tomba sous lé joug des tÿrans, parti lesquels on compte le Crétois Phalaris. Toutes les histoires r'épètent ses cruautés et parlent du taureau de cuivre rougi dans lequel il renfermait ses victimes, et qui n’était peutêtre qu’une tentative pour introduire le féroce usage phécinien de brûler les hommes; mais peu rappellent que Ménalippe , fatigué de ces cruautés, résolut de le tuer, et, dans ce but, se confia à son ami Chariton , qui lui dit avoir formé le même projet. Le moment venu, Chariton, armé d’un poignard, s’approche du tyran ; les gardes l’arrêtent ; mais la torturé ne peut lui arracher le nom de ses complices. Ménalippe alors se présente , en déclarant qu’il a le premier médité le meurtre, ct que son ami n’a fait qu’obéir à ses instigâtions; Chariton le nie, une lutte s’engage entre les deux amis, et le tyran, ravi d’admiration, leur fait grâce de la vie ét des biens, à la condition qu’ils abandonneront le pays (2).
Entraîné par les mêmes soupçons, il sévit contre le philosophe Zénon; mais ses cris produisirent une telle émotion parmi la multitude , que le tyran fut lapidé, et la liberté rétablie.
Phalaris eut pour successeur Alcman, puis Alcandre, enfin Théron , loué par Pindare et les historiens , qui défit les Carthaginoiset soumit Himère. Thrasydée, son fils et son successeur dégénéré , fut battu et chassé par Hiéron de Syracuse. Dès ce moment, Agrigente adopta le gouvernement populaire , à l’exemple de Syracuse , et parvint à l’apogée de sa grandeur. Magnifique par son luxe et ses monuments, elle devint une des cités les plus opulentes , si bien que l’on disait que les Agrigentins bâtissaient comme s'ils ne devaient jamais mourir, et mangeaient comme s'ils n'avaient qu’un jour à vivre. Callias, très-riche habitant d’A-
(4) WLaADiIMIR BRUNET DE PRESLE, Recherches sur les établissements des Grecs en Sicile; Paris, 1845.
(2) Eten, IF, 4, — ATHÉNÉE, XUT, 8, On rejette aujourd'hui le recueil de lettres de Phalaris.
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grigente , offrait tous les jours des banquets divers, et ses serviteurs invitaient à la porte tout individu qui voyageait ; un jour qu’il passait cinq cents cavaliers de Géla, il les traita tous , et, comme il vintà pleuvoir, il donna à chacun un manteau de sa garde-robe ; il avait'dans sa cave trois cents pièces de vin, de cent amphores chacune. La mollesse devint telle que , pendant un siége, on défendit aux citoyens, lorsqu'ils allaient faire la garde dans la citadelle, d’emporter plus d’un matelas, d’une couverture et d’un traversin. Les vins et les huiles, qu'on n’avait pas encore naturali: sés en Afrique, et dont elle faisait le commerce avec Carthage, étaient la source principale de ses richesses. Les autres cités étaient également tombées sous le joug des Lyrans, qui les éntretenaient dans des guerres continuelles, alimentant ainsi les goûts belliqueux , maïs excitant l’esprit municipal au préjudice du sentiment national. Syracuse , la plus connue de toutes ces colonies , était au moins aussi grande que Paris, et renfermait un million deux cent mille habitants , autant que toutela Sicile d'aujourd'hui. Elle se gouverna en république , depuis l’époque de sa fondation jusqu’à Gélon, sans s'étendre beaucoup au dehors, bien qu’elle eût fondé les colonies d’Acra, de Casmènes, de Camarine, L'autorité était dans la main des propriétaires { geomori); mais les esciaves , excités par les démagogues , se révoltèrent contre eux, et les réduisirent à se réfugier dans Casmènes, Gélon, tyran de Géla, se servit d’eux pour acquérir le souverain pouvoir à Syracuse , et jeter les fondements de sa propre grandeur et de celle du pays. ll accrut Syracuse en y appelant d’autres Grecs , et en y transportant les habitants riches des villes détruites de Mégara, de Camarine , et d’autres encore; il faisait en même temps vendre au dehors ceux qui étaient pauvres, disant qu’il était plus aisé de gouverner cent hommes dans l’aisance qu’ui seul n’ayant rien à perdre. Syracuse devint ainsi plus puissante sur meret surterrequ’aucun autre État de la Grèce, surtout lorsque Gélon eut contracté des alliances avec Théron , seigneur d’Agrigente ; il fournit gratuitement du blé aux Romains, et, autempsde la guerre médique, Gélon offrit aux Grecs deux centstrirèmes , vingt mille fantassins et deux mille cavaliers, s'ils voulaient lui conférer le commandement de la flotte alliée. Sa démande fut refusée, et les Carthaginois, confédérés avec Xerxès l’empêchèrent d’envoyer des secours; Amilcar, en effet, était venu avec une flotte considérable à Panorme pour mettre obstacle aux expéditions que la Sicile et la Grande Grèce pourraient diriger vers la mère patrie. Cependant Gélon, à la tête de cinquante mille hommes et de cinq
Syracuse,
Héron I,
mille chevaux, surprit l’amiral carthaginois, et le défit le jour même où Thémistocle remportait la victoire de Salamine; cent cinquante mille Africains restèrent sur le champ de bataille , et les prisonniers furent en si grand nombre que l'Afrique, disait-on, se trouvait transplantée en Sicile.
La paix fit plus d'honneur encore à Gélon que la victoire; car il imposa aux Carthaginois la condition d’abolir les sacrifices humains. J1 distribua les trésors acquis dans cette guerre entre les plus braves, et en fit aussi des offrandes aux temples, surtout à celui d’Himère. Les prisonniers furent partagés entre les différents corps de l’armée, cequi permit de mieux cultiver les campagnes, de terminer beaucoup de constructions , d’élever dans Agrigente un temple célèbre et des aqueducs non moins fameux. Gélon accepta l’alliance de ses rivaux , et, le danger conjuré de ce côté, il s’apprêtait à porter à la Grèce les secours promis, quand il apprit que le patriotisme de ses habitants avait suffi pour repousser l’étrunger. Alors il licencia ses troupes ; puis , ayant rassemblé ses sujets, il parut sans armes au milieu d’eux , leur rendit compte de son administration , et se vit salué des plus vifs applaudissements. Gélon s’était montré rigoureux dans le principe ; mais, une fois son autorité affermie, il devint plus humain,
fit prévaloir la justice et favorisa l’agriculture, vivant lui-même
au milieu des cultivateurs; il repoussa de tout son pouvoir les arts qui énervent et qui corrompent, et mérita que ses sujets l’appelassent leur meilleur ami. Lorsqu’il sentit les années s’appesantir sur lui, il abdiqua en faveur de son frère Hiéron , et mourut peu de temps après. Le magnifique tombeau qu’on lui avait élevé fut détruit par les Carthaginois et par le tyran Agathocle, mais non le souvenir de ses vertus.
Son successeur tint une cour splendide ; il disait que les oreilles et le palais d’un roi devaient être ouverts à tous ses sujets, Il mit un frein à l’éloquence, qui se développait alors , et favorisa de préférence les arts d’imagination ; aussi vit-il accourir près de lui Bacchylide, Épicharme, le vieil Eschyle , banni de sa patrie, et Pindare, qui ne cesse de l’exalter comme généreux'et juste, comme ami de la musique et de la poésie, « ouvrant aux Muses les portes de son riche et magnifique palais; » mais il dissimule. avarice et les violences dont il se souilla, Simonide surtout s’était acquis la confiance de ce prince, qui lui demanda un jour ce qu’il pensait sur la nature et les attributs de la Divinité. Simonide le pria de lui donner un jour pour répondre, puis deux, puis trois, jusqu’à ce que, pressé par le roi, il lui avoua que, plus il
sfit le jour ine; cent ille , et les disait-on,
entre les surtout à les difféles cam.
lever dans s fameux.
juré de ce is, quand | pour reyant raseux , leur s plus vifs le prinhumain, lui-même ir les arts s l’appeppesantir urut peu ait élevé e, mais
s oreilles ts, Il mit a de prés de lui atrie, et , Comme les porule. l’at s'était jour ce monide X, puis , plus il
y pensait, plus le sujet lui paraissait obscur et compliqué.
Hiéron attaqua Théron et son fils Thrasydée , rois d’Agrigente, parce qu’ils avaient accordé asile à son frère Polyxène, que la faveur populaire lui faisait redouter ; mais Simonide, s’étant rendu médiateur entre eux, rétablit la paix, qu’il consolida par des alliances. Hiéron envoya au secours de Cumes sa flotte, qui remporta une victoire sur celle des Étrusques; il transféra à Léontium les habitants de Catane , qu’il remplaça par de nouveaux colons, afin d’acquérir le titre de héros que l’on décernait aux fondateurs de cités, et pour se ménager un refuge en cas de péril. |
IL mourut dans cette ville, et son frère Thrasybule lui surcéda ; mais les Syracusains , irrités de ses cruautés, s’entendirent avec les autres villes, le chassèrent, et instituèrent, en mémoire de sa chute, des fêtes annuelles à Jupiter Libérateur, dans lesquelles on sacrifiait quatre cent cinquante bœufs pour la solennité religicuse et le repas public.
Syracuse rétablit alors le gouvernement républicain; à son exemple , les autres villes chassaient les gensnouveaux pour restituer leurs biens aux anciens propriétaires dépouillés, et leur rendre le privilége des magistratures. Il en résulta de graves désordres et une guerre civile , qui se termina par l’expulsion des étrangers ; on leur assigna pour demeure Zancle, qui avait pris le non de Messine de colons messéniens établis dans cette ville, Ces bannis, la plupart d’origine italienne, formèrent le nœud d’une association de guerriers qui plus tard , sous le nom de Mamertins, ouvrirent l’île aux Romains, c’est-à-dire à la servitude.
Syracuse, placée à la tête des villes grecques de la Sicile, devenait de plus en plus opulente ; elle regorgeait d’esclaves, de troupeaux et de tous les biens de la vie (1); car c’était un signe de prospérité que la multiplication des malheureux condamnés par la servitude aux souffrances et à l’opprobre. Leur nombre était immense en Sicile, où on les marquait avec un fer rouge, en les accablant des plus rudes traitements , excepté durant les fêtes annuelles instituées par Hercule.
Tandis que Syracuse aspirait à dominer au dehors, elle était déchirée au dedans par les dissensions. La crainte de la tyrannie lui fit instituer le pétalisme consistant à inscrire sur une feuille (rérahov) de figuier le nom du citoyen qui , placé au premier rang dans sa patrie, encourait le soupçon de vouloir lopprimer ; si la
(1) Dionore , XI, 72,
Thrasybule.
lle époque, 466,
Gucrre avec les Athéniens,
majorité des suffrages le condamnait, il était banni pour cinq ans. Cette loi, qui, semblable à l’ostracisme d'Athènes, éloignait des affaires les citoyens les plus dignes pour livrer la république à une foule ignorante, fut bientôt abrogée.
Les anciens Sicules n’avaient pas tous péri; ils osèrent relever latête, et, réunissant toutés les villes , à l’exception d’Hybla, dans le même intérêt, ils entreprirent, sous la conduite de Ducétius, de chasser les Grecs. Le succès couronna leurs premiers efforts; mais ils furent enfin vaincus, et Ducétius se réfugia au pied des autels des Syracusains , qui l’envoyèrent à Corinthe. L’ancienne race resta dès lors subjuguée pour toujours.
Syracuse dut l’affermissement de sa puissance à cette victoire et à cellé qu’elle remporta ensuite sur Agrigenté, sa rivale. Après avoir aussi triomphé sur mer des Étrusques , elle profita de la paix générale pour accroître encore sa prospérité. Mais les Léontins , jaloux de sa puissance et mécontents de se voir enlever leur commerce, attirèrent contre elle les Athéniens , que l’illustre orateur Gorgias mit facilement dans les intérêts de ses compatriotes; car ils ne démandajent pas mieux que d’avoir à se mêler des affaires intérieures d’une île d’une si grande importance dans la Méditerranée. Ils envoyèrent donc une flotte à leur aïde, et prirent une part active aux discordes intestines du pays, qui s’apaisèrent enfin, à la condition que chacun garderait ce qu’il possédait. Les Léontins, voyant alors qu’ils ne pourraient plus défendre leur ville, la démolirent, et se transportèrent à Syracuse, qui maintenait sa suprématie, bien que les Athéniens eussent tenté d’armer contre elle une confédération.
Onze années après, Ségeste et Sélinonte en vinrent à des hostilités; Syracuse prit le parti de Sélinonte, et les Ségestains vaincus réclamèrent le secours d'Athènes. Périclès avait donné aux Athéniens la pensée d’occuper la Sicile; mais il avait été assez prudent pour ne pas engager alors sa patrie dans une entreprise aussi incertaine, L’aventureux Alcibiade ly poussa, au contraire, bien qu’elle eût toute la Grèce sur les bras dans la guerre du Péloponèse, en lui démontrant que la conquête de la Sicile la rapprocherait de l’Afrique et de l'Italie. La guerre fut donc décrétée, et sa direction confiée à Alcibiade lui-même, à Nicias et à Lamachus. La confiance dans le succès était si grande que le sénat avait décidé à Pavance du sort des différentes provinces de l'île. Les gens sages s’opposaient de toutes leurs forces à l'expédition, bien que la loi défendit de remettre en discussion une décision prise, Niciascontinua de la combattre avec autant de chaleur qu’Al-
ur cinq ans.
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ent relever Hybla, dans à de Ducérs premiers réfugia au inthe. L’an-
ette victoire vale, Après a de la paix $ Léontins , r leur comstre orateur triotes; car des affaires la Méditerprirent une aisèrent en-
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xpédition, e décision eurqu’Al-
cibiade en mettait pour la faire entreprendre. Le peuple, entraîné par celui-ci ,et natürellement partisan detout ce qui est hasardeux, se rangea du côté de la conqüête, et fit hâter les préparatifs. Cent trente-quatre trirèmes se réunirent doncà Corcyre avec vingt mille soldats pesamment armés, plus les archers et autres troupes légères, et trente chevaux seulement.
La mer une fois traversée , les Athéniens furent mal accueillis à Thurium, à Locres, à Rhégium , quoique ces villes eussent été colonisées jadis par des loniens; les Ségestains, qui s'étaient engagés à payer les dépenses de la guerre, n'avaient pas plus de trente talents (1) dans le trésor public. Nicias propose alors de ne pas fournir aux Ségestains, qui les avaient abusés, au delà du secours qu’ils étaient en mesure de payer, et de revenir à Athènes. Lamachus voulait, au contraire, tenter la fortune contre Syracuse; Alcibiade, entrer en négociation avec les autres villes, La discorde se mit aînsi entre les généraux. Alcibiade, dont l'avis l’emportait, fut rappelé à Athènes pour se disculper de l’accusation de sacrilége. Nicias, qui n'avait point de confiance dans la cause que l’on avait embrassée, hésitait et décourageait les soldats. Enfin Syracuse fut assiégée , mais quand elle avait déjà pu s’approvisionner en vivres et en munitions, tandis que les Athéniens, au contraire, s’étaient épuisés d'hommes, de provisions, et avaient perdu courage.
Syracuse , située sur un promontoire en forme de triangle, défendue de trois côtés par la mer et dominée par le fort d’Épipoles, était entourée de très-fortes murailles, qui, datis leur enceinte de dix-huit milles de tour, renfermaient douze cent mille habitants. Elle avait trois ports : le Trogile, le petit port appelé de Marbre, et le grand où se trouvaient les chantiers, pouvantrecevoir trois cents galères (2). Elle se divisait en quatre quartiers, Achradine , Tyché, Témène et Ortygie ou l'Ile ; ce dernier quartier forme à lui seul toute la ville actuelle , et il est excessivement vaste pour les quatorze mille habitants qui lui restent. Les pierres tirées des latomies voisines , transformées ensuite en prisons, avaient servi à sa construction. On admirait surtout son temple dorique de Minerve, avec ses deux façades et son péristyle extérieur, dans le fronton duquel on voyaitune immenseégidedebronzeornéedelatête de la Gorgone ; les portes, d’un bois rare , étaient incrustées d’or et d'ivoire ; des peintures précieuses l'embellissaient, et plus tard
(1) 165,000 francs environ.
(2) Dionone de Sicice, XVI, 7 ; FLOnUS, II, 6, 24.
Siège de Syracuse,
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Août,
Dioctés.
CIFA
Archimède dessina sur le pavé un méridien où le soleil venait frapper en droite ligne à l’époque des équinoxes.
Le démagogue Athénagore avait aveuglé les Syracusains sur le danger ; aussi, lorsqu'il devint menaçant, s’effrayèrent-ils au point que ce fut à peine si le généreux Hermoclès put relever leur cou-
rage. Nicias dirigea les travaux du siége avec une telle habileté qu'il était au moment de s'emparer de la ville, quand Alcibiade, qui, mécontent de sa patrie, s'était refugié chez les Spartiates, conseilla à ces Doriens de secourir la dorique Syracuse; en effet, ils lui envoyèrent Gylippe. Nicias, se trouvant dans une position difficile, demande à être remplacé, et l’on envoie pour prendre le commandement Démosthène et Eurymédon. Le premier, désapprouvant les lenteurs de Nicias, livre bataille, la perd, et le siége est levé.
Les Athéniens ne songeaient alors qu’à se retirer sains et saufs, et il en était temps; mais, comme on allait lever lanc: :; le soleil s’éclipse, et Nicias, ne voulant pas s’embarquer avec un si mauvais présage, fait retarder le départ, Les Syracusains ct Gylippe profitent du moment, attaquent les Athéniens par terre et par mer, et leur font essuyer la déroute la plus complète. Les Syracusains s'étaient assuré l'avantage sur mer, en faisant leurs proues moins hautes que celles des Athéniens; ils pouvaient donc frapper les navires ennemis à fleur d’eau ou au dessous, et parfois ils les coulaient du premier &hoc. Eurymédon périt en combattant ; Nicias ct Démosthène, faits prisonniers, se donnèrent ou reçurent la mort dans leur cachot. Sept mille prisonniers furent renfermés dans les carrières, où ils restèrent exposés au soleil et à la pluie, n'ayant presque rien pour apaiser leur faim et leur soif, Les uns moururent, les autres résistèrent à cette vie de privations et de douleurs, un certain nombre fut vendu. Heureux, parmi ces derniers, ceux qui connaissaient les productions littéraires de la Grèce ! Les vers d'Euripide, récités de mémoire, valurent à plusieurs d’entre eux la liberté et leur retour dans leurs foyers (1). Ge fut ainsi que les Syracusains se vengèrent de ceux qui venaient envahir leur patrie, et Athènes ne se releva plus d'un aussi rude échec.
Le triomphe des Syracusains accrut encore leur grandeur. Ils se décidèrent, d’aprèsles conseils de Dioclès, à réformer leur gouvernement ; des juges furent élus au sort, et l’on chargea de la
(1) Pruranque, Vie de Nicias, 29. Nous y lisons aussi que les Siciliens accucillirent un navire caunien poursuivi par des pirates, et qu'ils repoussaient de leur rivage, aussitôt qu'ils se furent aperçus que ceux qui le montaient savaient dés vérs d'Euripide,
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rédaction d’un code des hommes de savoir et d’expérience. Dioclès lui-même fut choisi pour présider à la rédaction de ces lois, qui n’avaient pas seulement pour objet de punir les méchants, mais aussi de rémunérer les bons; elles furent adoptées par plusieurs cités, et tenues en si haute estime qu’un temple fut élevé à Dioclès.
Cependant les dissensions entre Ségeste et Sélinonte entratnèrent Syracuse dans une guerre avec Carthage, ce qui changea bientôt l’état des choses en Sicile. Les Carthaginois prirent Himère, sous la conduite d’Annibal, fils de Giscon, qui fit égorger trois mille prisonniers, au lieu même où Amilcar, son oncle, avait péri sous le poignard, après avoir été vaincu par Gélon; il extermina ensuite les habitants de Sélinonte et d’Himère. Cet événement laissa dans Syracuse une vive agitation. Hermocrate, le plus grand homme de la Sicile après Gélon (1), avait rendu de grands services dans la guerre contre les Athéniens; puis, banni par les intrigues des démagogues, iltenta de rentrer les armes à la main, et fut tué, Dans le même temps, les Cart iginois, désireux de conquérir l'île entière, y envoyèrent, sous la conduite du vieux Annibal et du jeune Himilcon, cent vingt mille soldats, qui ruinèrent Agrigente, dont ils firent passer à Carthage les précieux chefsd'œuvre avec des peaux et des crânes d'hommes tués.
La terreur fut grande dans toute la Sicile, et Denys, fils d’Hermocrate, prit occasion de ses désastres pour accuser les juges ct les généraux de tiédeur et de corruption. Comme il ne put prouver ce qu’il avançait, il fut condamné à une amende; mais, hors d'état de la payer, il allait perdre le droit de parler à la tribune, quand Philiste (qui depuis écrivit une histoire de Sicile) acquitta sa dette, et lui servit de caution pour les amendes futures. Denys, ainsi appuyé, n’en devint que plus ardent à déclamer contre les gouvernants. Le peuple, disposé en sa faveur par le courage qu’il avait déployé lors de la tentative d'Hermocrate, réforma les juges en exercice et le comprit parmi les nouveaux. Il fit alors appeler les bannis, persuadé qu’ils lui prêteraient une assistance énergique; puis ilse mit à contrarier ses collègues et à combattre leurs projets, tout en dissimulant les siens. Afin d’être chargé seul du commandement des troupes, il fit cireuler le bruit qu’ils s’entendaient avec l'ennemi. On l’envoya seul, en effet, pour secourir Géla, où il prit le parti du peuple contre les riches ; les biens con-
LA
Douys.
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fisqués lui servirent à se concilier l’armée, dont le dévouement lui permit d'établir à Syracuse le pouvoir absolu,
Il s’entoura alors d’espions, s’allia avec les familles puissantes, employa soixante mille hommes et trois mille paires de bœufs à fortifier l’Épipoleset à creuser des souterrains qui communiquaient avec le fort de Labdale : ouvrage destiné à favoriser les sorties au moyen de nombreuses ouvertures ménagées dans la voûte. Néanmoins la fortune ne lui sourit pas d’abord; n’ayant su défendre Géla, dont s'emparèrent les Carthaginois, les soldats se révoltèrent, saccagèrent son palais, et maltraitèrent sa femme au point qu’elle en mourut. Mais il parvint à réprimer la révolte, qui céda à la force et au massacre; enrôlant alors les esclaves affranchis, secouru par les Spartiates et favorisé par la peste qui s'était déclarée parmi les Carthaginois, il les contraignit à faire la paix et à lui céder toutes leurs conquêtes dans l’île, ainsi que Géla et Camarine, qui devaient être démantelées. Il rendit ensuite l’indépendance à toutes les villes, Syracuse exceptée.
Les Syracusains s’insurgent alors de nouveau, et réduisent Lenysauxdernières extrémités ; mais il les tient en respect jusqu’à l’arrivée de ses alliés, qui l’aident à les vaincre et à les désarmer. Précédé alors par la terreur, il assujettit Naxos , Etna, Catane, Léontium ; les habitants de Rhégium , qui avaient pris les armes, implorent de lui la paix , et il peut enfin diriger toutes ses forces contre les Africains, qu’il veut à tout prix expulser de la Sicile. Il attaque donc les Carthaginois avec quatre-vingt mille homines et deux mille voiles; mais ceux-ci, commandés par Annibal et Himilcon, rassemblent à Palerme trois cent mille hommes et quatre cents navires, prennent Éryx et Motya, détruisent Messine jusqu'aux fondements, et s’avancent contre Catane et Syracuse, dans le port de laquelle ils entrent avec deux cents galères parées de dépouilles ennemies et un millier de petits bâtiments.
Le mécontentement de ses sujets fut plus funeste à Denys queces forces imposantes ; abandonné par eux, il dut se réfugier dans la citadelle. Les Syracusains , résolus à recouvrer leur liberté, espéraient être aidés par les Spartiates , dont le secours avait été réclamé; mais ceux-ci déclarèrent qu’ils n’étaient venus que pour défendre Denys, qui réussit par la douceur à apaiser ses sujets, au moment où les Carthaginois, denouveau moissonnés par la peste, furent réduits à quitter l’île, en abandonnant même Tauroménium. Himilcon, leur général, de retour dans sa patrie , dut expier le sacrilége de la violation des temples, en allant, pauvrement vêtu,
vouement
uissantes, e bœufs à niquaient sorties au ite. Néandéfendre se révolau point qui céda ranchis, qui s'était e la paix e Géla et te l’indé-
réduisent t jusqu'à ésarmer, Catane, S armes, es forces la Sicile.
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queces dans la , espéété rée pour sujets, a peste, énium,
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de sanctuaire en sanctuaire, ‘snfesser son impiété : opprobre dont il s’affecta au point qu'il: ;urut f |
Denys résolut alors de «:. uguer la Grande Grèce. Il traita les villes conquises avec générosité, leur laissant l'indépendance, et renvoyant les prisonniers sans rançon; il ne sévit que contre Rhégium, asile des bannis syracusains. Cette ville, dont la flotte ne comptait pas moins de trois cents voiles, soutint un siége de seize mois; elle succomba enfin, et ne put désormais se relever, bien que Denys le Jeune la favorisät. Renversée plus tard par un tremblement de terre, elle fut reconstruite par César, qui lui donna son nom, Rhegium Julii. Frédéric Barberousse laréduisit en cendres. Rebâtie encore, elle eut à souffrir de plusieurs assauts des Turcs (1593), et de nouveaux tremblements de terre, dont elle essaye aujourd’hui d’effacer les traces.
Denys porta aussi la guerre dans l’Illyrie et l’Étrurie, sous le prétexte d’exterminer les pirates; il enleva mille talents du temple d’Agylla, ville tyrrhénienne, plus une valeur de cinq cents talents en prisonniers et en butin. Il se proposait d'établir des colonies sur les côtes de l’Adriatique, et de passer de là en Épire et dans la Phocide pour saccager le temple de Delphes; mais les Carthaginois, qui revinrent en Sicile sous la conduite de Magon, interrompirent ses projets. Denys les vainquit d’abord, tua leur général , et refusa la paix ; puis, défait à son tour, il accepta de nouvelles conditions ; le fleuve Alycus fut pris pour limite, et Carthage garda Sélinonte avec une partie du territoire d’Agrigente. Ces concessions pesaient à Denys, qui , dès que la peste eut recommencé de sévir dans l’armée africaine , reprit les armes et assaillit les villes; mais un oracle lui ayant prédit qu’il mourrait lorsqu'il aurait vaincu un ennemi plus puissant que lui, ilne poussa point la guerre avec vigueur et consentit de nouveau à la paix.
Les Sicules , habitants primitifs du pays, prenaient part à ces combats continuels et faisaient prévaloir le parti du côté duquel ils se rangeaient.
L'administration de Denys futhabile,maisarbitraire et violente(4). Connaissant les périls qui environnent un tyran, il ne couchait jamais dans la même chambre , et se faisait brûler la barbe par ses filles, depuis que son barbier avait dit fièrement : Je tiens chaque
(:) L'Allemand Annozp a écrit l’histoire de Syracuse jusqu’au règne de Denys. Elle se trouve aussi dans la quatrième partie de l’His{oire grecque de Mrrronp, où Denys l'Ancien est lavé des imputations injustes des auteurs originaux , et dans l'ouvrage déjà cité de M. Bauner pr Pres, Recherches sur les établissements des Grecs en Sicile.
Rhégium,
semaine lavie de Denys sous mon rasoir. Il enleva à Jupiter un manteau d’or massif, en disant : 72 est trop pesant pour l'été, et trop froid pour l'hiver. Comme il revenait à pleines voiles de Locres, où il avait pillé le temple de Proserpine , il s’écria : Que les dieux sont propices aux sacriléges ! TU fit ôter à Esculape sa barbe d’or, attendu qu’il n’élait pas convenable que le fils portât une barbe quand le père n'en avait pas. Ce fut du reste à force d’or qu'il parvint à réunir sous ses drapeaux jusqu’à deux et trois cent mille soldats, outre les équipages de sa flotte.
Les suffrages de la Grèce libre excitèrent aussi son ambition; il y envoya son frère vaincre pour lui dans les jeux Olympiques, et disputer en son nom la palme poétique que lui avaient fait espérer ses flatteurs ; mais, tout roi qu’il était, les Grecs, au goût indépendant, lesiffièrent, etLysias entreprit même de démontrer qu’untyran étranger n’était pas digne de concourir dans une solennité destinée à resserrer les liens qui unissaient des hommes libres. Il lutune fois des vers de sa composition au poëte dithyrambique Philoxène, et comme celui-ci les trouva mauvais, ille fit renfermer danses carrières. Le lendemain , on le tira de sa prison, et le roi le consulta sur d’autres vers ; le sincère Philoxène se contentade dire : Qu'on me ramène aux carrières ! Denys souritet lui pardonna. Il endura non moins tranquillement les discours hardis du jeune Dion, qui, l’entendant plaisanter sur l'administration paisible de Gélon, lui dit : Tu règnes, et l’on a confiance en toi, grâce à Gélon ; mais, grâce à toi, l’on ne se fiera plus à personne. Quand son beau-frère Polyxène, qui s’était déclaré contre lui, eut pris la fuite, il fit venir sa sœur Thesta et lui adressa de sévères reproches, comme complice de la fuite de son époux; mais elle lui répondit : Me crois-tu donc assez lâche pour avoir eu peur d'accompagner mon mari, si J'avais connu ses projets de fuite ? J'aurais voulu partager ses misères, plus heureuse d'être appelée la femme de l'exilé Polyxène que la sœur du tyran Denys.
Platon voulut persuader à Denys, comme Machiavel à son prince, d’élever sur les ruines de la démocratie un État assez fort pour repousser toute intervention des Grecs et des Carthaginois, et faire que la langue osque ne fût pas remplacée par l’idiome hellénique ; il pensait qu’uné oligarchie, composée d’hommes réunis comme les pythagoriciens, en sociétés secrètes, lui aurait été d’un grand secours dans l’exécution de ce plan (1). Denys , au con-
(1) Les lettres attribuées à Platon, dont plusieurs sont adressées à Dion et à Denys, sont apocryphes; mais certainement elles ont été écrites à une époque
voisine de son temps. l’laton devait aussi faire allusion À Denys dans le chap, 5
dévot en tie
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prince,
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ion et à époque
aline à Viapre
traire, favorisait et enrichissait les chefs étrangers, qui, pour se concilier ensuite le peuple, toujours hostile aux nouveaux venus, portaient à l’excès le luxe et la débauche; il concentrait dans Syracuse toute l’existence nationale et négligeait le reste de la Sicile. Aussi, peu satisfait des conseils du philosophe, s’entendit-il avec le pilote lacédémonien qui le ramenait en Grèce pour qu’il le jetât à la mer, ou le vendit comme esclave. Platon fut en effet vendu , et racheté par les pythagoriciens, qui lui dirent qu’un philosophe, à moins de savoir flatter, devait se tenir éloigné des princes.
Bien que leur association fût dissoute et qu’on les persécutt, les pythagoriciens étaientencore puissants dansle pays et luttaient contre la tyrannie de Denys. Dans le nombre étaient Damon et Pythias, dont l’anecdote est bien connue; lun ayant été condamné à mort pour un de ces crimes que les mauvais gouvernements imputent à ceux qui n’en ont commis aucun, l’autre s’offrit en otage jusqu’à ce que son ami, qui était allé faire ses adieux àsa famille, fût revenu se constituer prisonnier. Damon ayant dépassé le terme convenu, Pythias demande à mourir à sa place; mais Damon arrive, s’y oppose, et uncombat de générosité s’élève entre eux, pour savoir qui devait périr. Denys, touché de tant de dévouement, les mit tous deux en liberté, et les pria de l’admettre en tiers dans leur amitié. Était-ce chose possible entre deux philosophes et un tyran?
Denys, ayant enfin remporté le prix de la tragédie dans les fêtes de Bacchus, donna un magnifique banquet, à la suite duquel, soit à cause d’excès, soit par l'effet du poison, il mourut, après avoir régné plus qu'aucun tyran. Il eut pour successeur son fils, Denys If, sous la tutelle de Dion, son oncle, citoyen vertueux, ami de Platon, respecté de son beau-frère par l'influence de la vertu sur ceux même qui la haïssent. On rapporte que Dion conseilla au vieux tyran de laisser le pouvoir au fils de sa sœur Aristomaché, à l'exclusion de l’indigne Denys, motif pour lequel ce dernier aurait hâté la fin de son père et détesté Dion. Ni celui-ci ni Platon, qui revint en Sicile, ne réussirent à rendre meilleur un jeune prince dont le cœur était des plus pervers. Ilne vit dans leurs conseils que le résultat d’un complot en faveur du fils d’Aristomaché, exila
du liv, IV des Lois, lorsqu'il disait : « Rien ne vaut mieux , pour organiser un nouveau gouvernement, qu'un tyran jeune encore , d'une mémoire sûre, désireux de savoir, courageux , animé de nobles sentiments , et près duquel un hasard favorable place un homme versé dans la connaissance des lois, Heureuse la république dirigée par un chef absoiu conseiiié par un bon législateur ! »
HIST, UNIV, — T, Il, jt
Denys Îl le Jeune, au8,
Timoléon.
Dion en Italie, garda Platon prisonnier dans sa cour, et dispersa les pythagoriciens, leurs amis. Mais Dion , avec l’aide des Corinthiens, s'empara de Syracuse, renyersa Denys, et se mit à la tête de l’État,
Quand il proclama la délivrance du pays, il monta sur un pifdestal où était gravé un cadran solaire, ce qui fit dire au vulgaire : Comme le soleil est mobile, la domination de celui-ci ne saurait durer. En effet, l’Athénien Callippe, après avoir feint de lui être très-attaché, l’assassina et s'empara de l’autorité; mais, l’année suivante, l’usurpateur fut dépoui lé du pouvoir par Hipparinus, fils d’Aristomaque , qui domina jusqu’en 350, laissant une mémoire souillée.
Au milieu des factions toujours inquiètes, Denys parvint à se faire un parti, et remonta sur le trône après dix ans d’exil. La crainte de retrouver dans le fils de Dion les vertus du père le poussa à corrompre les mœurs de ce jeune homme, qui, honteux de ses propres déportements, mit fin lui-même à ses jours. Pour empêcher les Syracusains de sortir pendant la nuit, Denys permit aux malfaiteurs de dépouiller ceux qu’ils rencontreraient; il accorda aux femmes tout pouvoir dans leurs maisons, afin qu’elles lui révélassent les complots de leurs maris. Des flatteurs poussèrent la bassesse au point d’affecter de se heurter contre les meubles, parce que le tyran avait la vue basse. L'espèce n’en est pas perdue, ;
Quelques citoyens généreux, que la tyrannie avait contraints d’abandonner Syracuse , allèrent fonder Ancône; d’autres songèrent à délivrer leur patrie du tyran et à la soustraire aux menaces des Carthaginois. Ils demandèrent à cet effet des secours à Corinthe, qui leur envoya Timoléon, grand capitaine etnon moins grand citoyen. Son frère Timophane , nommé au commandement des troupes de Corinthe , avait usurpé le pouvoir ; Timoléon, n’ayant pu le déterminer à yrenoncer, décida deux deses amis à lui donner la mort. Les uns exaltèrent sa grandeur d’âme, les autres le traitèrent d’assassin. Maudit par sa mère, il résolut de se laisser mourir de faim; mais, renonçant à cette résolution désespérée , il se retira des affaires publiques et s’en alla pleurer dans la solitude. Après douze ans, il revint à Corinthe , où il vivait en simple particulier, lorsqu'on lui proposa de secourir les Syracusains; il accepta en disant que sa conduite prouverait s’il fallait l'appeler fratricide ou tyrannicide.
Timoléon aborde à Syracuse avec vingt vaisseaux , montés par sept cents hommes seulement. Icétas, qui, après avoir vaincu Denys , le tenait bloqué dans Ortygie et s'était emparé de l’auto-
Cuse,
donn
Jersa les nthiens, le l’État.
un piéulgaire :
saurait » lui être anée suiinus, fils mémoire
vint à se Pexil. La
père le honteux 8 jours.
t, Denys reraient; ons, afin flatteurs ontre les
n’en est
ontraints es songèmenaces s à Corinins grand ment des , N'ayant ui donner es le traiser MOuée, il se solitude.
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ontés par ip vaincu de l’auto-
rité, tente {vainement de corrompre l’austère Corinthien. T'imoléon, fortifié par denouveaux adhérents, défait Icétasetle condamne à mort, démolit la forteresse de l’Ile, repaire des tyrans, et contraint Denys de se retirer à Corinthe, où il se fit maître d’école pour gagner sa vie. Timoléon marche ensuite contre les Carthaginois ; leur général Magon , saisi d’une terreur panique, prend la fuite, puis se donne la mort pour échapper au supplice de la oroix, qui attendait à Carthage le général vaincu. IL délivre de même Engyum et Apollonie de la tyrannie de Leptinus , triomphe de Mamercus et d'Hippon , tyrans de Catane et de Messine, rétablit dans Syracuse le gouvernement républicain, et réunit dans une confédération , sous les lois de Dioclès, les cités affranchies et reconnaissantes. La liberté qu’il leura rendue est consolidée par une nouvelle victoire sur les Carthaginois, commandés par Amilear et Asdrubal; Timoléon enjoignit aux Carthaginois de reconnaître l’indépendance de toutes les villes de la Sicile, et bientôt la paix fit renaître la prospérité et renouvela la population.
Timoléon , ce modèle accompli du héros républicain dans l’antiquité , fit juger les statues des rois précédents ; on ne trouva digne d'être conservée que celle de Gélon, représenté en simple citoyen. Après cela, il déposa le commandement, et rentra dans la vie privée; mais l’autorité de ses conseils dirigea la marche des affaires. Devenu aveugle, les magistrats allaient le consulter; il était l’objet des plus grands honneurs, et l'assemblée du peuple retentissait d’applaudissements lorsqu'il exposait son opinion. Il mourut dans un âge très-avancé , sans s'être laissé entrainer par l'ambition, etsans avoir encouru l’ingratitude populaire. Quand il fut déposé sur le bûcher, le héraut s’écria : Le peuple de Syracuse, reconnaissant envers Timoléon pour avoir détruil les tyrans, vaincu les barbares, rendu leurs franchises à beaucoup de villes, donné des lois aux Siciliens, a décrété de consacrer deux cents mines (1) à ses funérailles, d'honorer tous les ans sa mémoire par des concours de musique, des courses de chevaux et des jeux gymniques.
Il s’était proposé la réforme de l’organisation politique du pays, non d’après le système de Pythagore et de Platon, mais d’après les idées doriennes dans toute leur sévérité : iltrouva malheureusement un obstacle dans les mœurs, qui, corrompues comme elles l’étaient, ne pouvaient être refrénées que par la vertu et l'exemple de Timoléon. A peine , en effet, eut-il fermé les yeux,
(1) Environ 18,400 francs,
Agathocle.
mot.
que tout fut bouleversé au dedans comme au dehors ; Agathocle , audacieux aventurier, profita des circonstances pour s'élever, par la violence et la ruse, de la boutique du potier à l’autorité suprême. Il sut la conserver longtemps , en affectant la popularité, en abolissant les dettes, en distribuant des terres, en refusant le diadème et des gardes, en se montrant accessible à tous ; mais en même temps il exterminait les exilés et les aristocrates des différentes cités.
A l'exemple de Denys, il méditait l'occupation de la Grande Grèce et l'expulsion des Carthaginois; mais ceux-ci, dispersés d’abord par la tempête , reviennent bientôt sous les ordres d’Amilcar, le battent, et mettent le siége devant Syracuse.
Que fait alors l’intrépide Agathocle? Devançant la pensée de Scipion , il débarque avec une partie de son armée sur la côte d'Afrique; comme Guillaume le Conquérant en Angleterre , il brûle ses vaisseaux , pour ne laisser à ses soldats d’autre chance de salut que la victoire , et continue la guerre pendant quatre ans, au milieu des atrocités et des trahisons. Bomilcar, qui aspirait à dominer dans Carthage, ne lui opposait qu’une faible résistance ; mais ,ses projets ayant été découverts, il expira sur la croix. On rappela Amilcar, qui, dans ce moment même, tombait sous les coups des Syracusains. Agathocle , qui avait pris le titre de roi, informé que les cités grecques de la Sicile s’étaientrévoltées, accourut entoute hâte, abandonnant sonarmée en Afrique , comme Bonaparte abandonna la sienne en Égypte. La chance alors tourna contre ses troupes, qui, furieuses de se voir délaissées, égorgèrent ses deux fils et se rendirent aux Carthaginoïis. Agathocle, pour se venger, fit massacrer en Sicile les parents des coupables; puis la paix intervint, et les parties belligérantes se retrouvèrent dans leur premier état.
Agathocle fit aussi des excursions en Italie, attaqua :Crotone, vainquit les Bruttiens, saccageant le pays et se retirant avec le butin. Personne ne saurait dire, avec Timée, qu’il ne dut son élévation qu’à la fortune ; mais il souilla par des cruautés sanguinaires les brillantes qualités de son esprit. La tranquillité intérieure qu'il maintint d’un bras de fer prouve qu’il connaissait bien son pays, et son débarquement audacieux devant Carthage prouve qu’il ne connaïissuit pas moins ses adversaires. Aussi, lorsqu'on demandait à Scipion lequel des hommes de guerre avait à son avis montré le plus d’habileté dans la conception de ses plans et la plus judicieuse hardiesse dans leur exécution , il nommait Agathocle et Denys l'Ancien.
Agathocle, élever, par utorité supopularité , refusant le 1s ; Mais en s des diffé-
la Grande |, dispersés Drdres d’A- 2,
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Archagate, son neveu , l’empoisonne et lui succède; mais, peu de temps après, il est lui-même assassiné par Ménon, qui tente de se faire proclamer par l’armée. Assailli par un autre Icétas , il se réfugie parmi les Carthaginois ; cet Icétas gouverna pendant neuf ans sous le titre de stratége de la république. Tynion s’empare ensuite du pouvoir, qui lui est disputé par Sosistrate.
Au milieu de ces désordres, de nouveaux tyrans avaient surgi dans presque toutes les cités, Les étrangers , qui avaient combattu à la solde d’Agathocle, favorisés par les dissensions et les tyrannies diverses, s'emparent de Messine , et, charmés de la position de cette ville, s’y établissent sous le nom de Mamertins ; puis, soutenus par une légion romaine qui avait fait à Rhégium ce qu ils venaient «l’accomplir à Messine, ils subjuguent les États voisins. Les Garthaginois poussent leurs excursions jusqu'aux portes de Syracuse; cette ville appelle alors à son aide Pyrrhus, roi d'Épire, qui avait épousé Lanassa, fille d’Agathocle : ses expéditions trouveront leur place dans l’histoire romaine.
La jalousie arma les Agrigentins contre Syracuse , qui les vainquit. Ils gardèrent la neutralité durant les hostilités avec les Grecs ; mais, quand les Carthaginois envahirent la Sicile, Agrigente fut détruite, dépouillée de ses trésors et deson luxe; elle se releva lentement d’un coup si rude , et s’en ressentit toujours. Timoléon lui inspira une vigueur nouvelle , et, au temps d’Agathocle, elle avait acquis assez de puissance pour se mettre à la tête de la ligue formée contre ce tyran; mais elle succomba dans la lutte. Après la mort d’Agathocle, elle eut pour tyran Phintias, qui fut assailli près d’Hybla et vaincu par le Syracusain Icétas. Les Carthaginois firent d’Agrigente leur piace d’armes en Sicile, lors de leur guerre avec les Romains, qui finirent par s’en emparer. Girgenti n’occupe aujourd'hui qu’une faible partie de l'emplacement sur lequel s’étendait l’ancienne ville d’Acragas , Agrigentum. Mais des restes nombreux de son antique magnificence, des tombeaux d’hommes, de chiens et de chevaux dont les rues étaient ornées, les ruines de temples admirables, attestent quelle fut jadis la grandeur de la patrie d'Empédocle.
Les autres villes de la Sicile furent comme les satellites des deux cités principales. Léontium, ville voluptueuse au territoire des plus fertiles , était fameuse par ses vins. Taormine jouissait des mêmes avantages ; parmi les ruines douloureuses qui en attestent la magnificence , on admire son théâtre , dont les voûtes et les niches , disposées avec beaucoup d’art pour multiplier la voix des acteurs,
, répètent encore le erid admiration des étranger s et legémissement
Commerce silicier,
de ceux qui l’habitent actuellement, Oh y jouit d’une perspective sans égale : d'urt côté la mer vers laquellé 1h plaine s’äbaisse en pente douce, de l’autre lacanipagne s'élevant par degrés jusqu'aux cimes fumantes du mont Gibe/, dont le ïiom constate les conquêtes sarrasines (1). Catane dominait magnifiquement sur son golfe jusqu’à ce qu’elle fut bouleversée par l’Etna. Hybla, bâtie par les Grecs de Mégare, était renommée pour son miel, rival de celui d'Hymette. Camarine était infectée par un marais qui en défendait les approches, et dont le desséchement la rendit salubre, mais en la laissant à lamerci des Syracusains, qui la détruisirent. Empédocle obtint plus de succès , en donnant de l’écoulement aux eaux des marécages dont Sélinonte était environnée, et ses habitants, en reconnaissance d’un tel service , lui élevèrent des temples. Éryx attirait un grand concours d'étrangers par le culte voluptueux qu’elle rendait à Vénus; elle s’élevait sur la cime d’un mont, au pied duquel se trouvait Égeste, dont les Romains changèrent le nom en celui de Ségeste, effrayés d’un nom de sinistre présage par sa ressemblance avec Egesias; ce fut ainsi qu’ils changèrent Maleventum en Beneventum. Himère était célèbre pour ses bains chauds et pour avoir donné le jour à Stésichore. Enna, défendue par de fortes murailles, au milieu de sites riants, célébrait s0lennellement chaque année les fêtes de Cérès, déesse qu’elle avait vue naître, et dont la fille avait été enlevée lorsqu’elle cueillait des fleurs dans les champs d’alentour.
Nous ne suivrons pas ces villes dans leurs vicissitudes particulières, préférant recueillir le peu de renseignements qui nous sont restés sur le trafic de la Sicile. Les Phéniciens et les Carthaginois y firent d’abord un éommerce d’exportation; puis les colonies grecques y développèrent l’industrie. Les fables dont nous avons parlé prouvent que la Sicile cultivait , dès la plus haute antiquité, le blé, l'olivier et Poranger.
Diodore attribue la prospérité d’Agrigente aux envois d'huile qu’elle faisait en Afrique , où ce produit manquait encore. Dans les temps historiques, Anaxilas introduisit les lièvres en Sicile, et Dcnys, le platane (2). Le safran et le miel de l'ile jouissaient d’une grande réputation, et ilsétaient d’autant plus précieux qu’onne connaissait pas le sucre, et que les épices et les couleurs pour la teinture étaient rares; aussi le safran passait pour fournir, après la pourpre, la plus belle couleur, outre qu’il entrait comme ingré-
(1) Djébel, montagne.
(2) TnéopnrasTE, IV, 17 — PuNE, XIE, 5,
dérspective baisse en jusqu'aux conquêtes son golfe tie par les } de celui en défenbre, mais t. Empéaux eaix abitants, bles, Éryx bluptueux mont , au gèrent le e présage angèrent ses bains défendue brait s0elle avait eillait des
particu- 1ous sont Hhaginois colonies us avons ntiquité,
; d'huile Dans les , et Dent d’une ine conla teinprès la > ingré-
stcite. 487
dient recherché daris les mets etles parfums. La Fable ct l’histoire sont d'accord pour vantér les troupeaux immenses et les fromages de là Sicile. Les chevaux, surtout ceux d’Agrigente, étaient trèsestimés, et si nombreux que la cavalerie dans les armées siciliennes était le dixième de l'infanterie.
Le surnom de grenier de l'Italie indique quelle était l& fertilité du sol, attestée d’ailleurs par la valeur de la dime en froment d’une ännée, sous la préture de Verrès (1), estimée à 9,000,000 de sesterces (2). Après la bataille de T'rasimène, Hiéron fil don anx Rornains de trois éent vingt mille boisseaux de fromient êt de déux cent mille boisseaux d’orge (3). Indépendämment de cétle richesse, elle abondait en niétaux ët en objets de luxe UE étharigeait cotitré des denrées. Rome ellé-mémié , déjà habitüée aux ttiomphés, s’émerveillà des richeésés trouvéés lots du sac de Syracuse. Nous avons dit combien cétte ville étaît peuplée ; Agrigente, Géla, Himière, Léontium , Lilybée, Catane, né l’étaient pas moins en proportion. Denys réunit sbixänte mille ouvriers dans les seulé environs de Palerme.
La Sicile cultiva les belles-lettres avant la Grèce. La poésie ut pastorale y fut trouvée par Stésichore ; Épichätme fnveñla la co-
médie, ét Sophron les mimés; Corax et Lysias fürent les premiers maîtres de rhétorique, et le dialecte dorique y eut son plüs grand développement. Nous avons des médaillessiciliennes qui remontent jusqu’à cinq siècles avant notre ère. Celles dé Gélon sont des plus belles qui existent; puis viennent celles de Sybaris, de Crotoné, dé Rhégium ét de T'arenté. Les Spartiates firent faire, par Léârque de Rhégium, une statue en bronze en plusieurs morceaux rêunis au moyen de clous , l’an 178 de Rome. En 214, Daméas de Crotoné eéxécuta pour l’Aftis dé PÉlide la statue de l’athfète Milon.
Les bas-reliefs découverts, il n'ÿ a pas longtemps, à Sélinonte (4), sont tit magnifique témoïighage de l’antériorité de la
(1) Cicéron, Verrines, II, 70. Voy. aussi l'Économie politique des Romains de M. Dureau DE LA Mie, t. Îl, p. 379.
(2) Environ 1,800,000 fr.
(3) Aujourd’hui encore que la Sicile est si mal cultivée, on calcule qu'elle exporte pour nenf millions de grains, qiatre dè soie, wr et demi en oranges et citrons , deux en huiles ; sans compter la soude, le thon mariné et le soufre, qi est sont or.
(4) Pisani, Memoria sulle opere di scollura n Selinunte ultimamente scoperle ; Palerme, 1824. — Hannis et Ge, Sculptured mélopes discovered amongst the ruins of the temples of the anctent city of Selinus. Harris mourut dans sa première jeunesse, par suite d’une maladie qu’il contracta en explorant ces ruines. — J. Hirrorr et Zanrn, Architecture antique de La Sicile; Paris,
érature et aux-arts.
Ruines de Sélino:te,
Sicile sur la Grèce dans la culture des beaux-arts; car cette ville beista que deux cent quarante-deux ans, et tomba avant, de s'être re. tie del’influence étrangère. Un amas de ruines colossales avait dépuis longtemps fixé l’attention des antiquaires et du vulgaire, qui le désignait par le nom de Piliers des géants. C’é. tait là, à ce qu’il paraît, que s’élevait, sur la haute colline la plus voisine, l’ancienne acropole; on ya fait dernièrement des fouilles qui ont amené la découverte de plusieurs temples doriques, dans l’un desquels étaient des métopes précieuses, antérieures à celles d'Égine, et d’autres sculptures qui font aujourd’hui l’ornement du musée de Palerme (1).
Les temples, au nombre de sept, sont tous, à l'exception du plus petit, entourés de colonnes doriques des premiers temps. Dans deux de ces temples, les colonnes à double rang qui soutiennent le portique de la façade, le pronaos ‘fermé comme une chambre , et les murs du sanctuaire se prolongeant sans pilastres ni colonnes, offrent des dispositions qu’on ne retrouve que dans les monuments égyptiens. Dans les métopes dont nous venons de faire mention , la monotonie des têtes, les barbes en pointe, les yeux fendus et droits comme ceux des oiseaux, les bouches, les cheveux, les draperies, révèlent des procédés rituels ,etindiquent le passage entre le style égyptien et l’art grec.
La Sicile possédait encore d’autres temples fameux, notamment celui d'Éryx, renommé pour ses esclaves sacrées, ses hiérodules , dont le trafic lui rapportait d’immenses richesses, et dont la beauté est rappelée par les charmes des femmes du mont Saint- Julien, où l’on voit encore les colombes fidèles à la déesse des Amours.
Au milieu d’une solitude s’élève le temple de Ségeste, qui a cent soixante-dix-sept pieds de longueur, et soixante-quatorze de largeur ; il est entouré de trente-six colonnes doriques de vingt-huit pieds d’élévation et de six de diamètre, aussi fortes qu’ille fallait pour supporter un entablement gigantesque de onze pieds. Tout porte le caractère d’une antiquité antérieure à la civilisation grecque.
el
1827 et suiv. — Marreuri, Le antichità dei Siculi; Aquila, :::2. -— SERRA pi FALCO, Le antichità della Sicilia; Palerme, 1834-37.
(1) « On croit voir l'ouvrage des géants, et l'on se trouve si petit auprès de ces constructions et de leurs moindres détails qu’on ne peut comprendre comment des ä:°-ms ont pu préparer et meltre en œuvre ces masses énormes, que l'œil a peine & ‘surer : chaque colonne est une tour; tout chapiteau, un rocher. » CDENAN } : « *onnes ont plus de dix pieds de diamètre; un morceau d’architrave, sit dier, à vingt-quatre pieds de longueur d'un seul bloc,
r cette ville a avant, de iines colosaires et du dants. C’é.
line la plus t des fouildoriques, térieures à hui l’orne-
eption du rs temps, 8 qui soumme une S pilastres ue dans les venons de ointe, les uches, les indiquent
, notam- , ses hiés, et dont ont Saintéesse des
qui a cent > de larvingt-huit le fallait ds. Tout vilication