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tions relatives à Pythagore et à ses disciples. On ne sait même s’il faut compter parmi eux deux législateurs illustres de la Grande Grèce, Charondas et Zaleucus, confondus souvent l’un avec l’autre. Tous deux ont été l’objet de beaucoup de fables, car histoire,
qui se plaît à exalter les destructeurs du genre humain, se soucie peu de ceux qui en sont les bienfaiteurs.
Charondas était de Catane; comme les anciens législateurs, qui, . non contents de commander aux actes, voulaient encore restreindre la volonté , il donna pour base à son code l'existence des dieux (1), la famille et la patrie. La moralité des actions, que les génies punissent ou récompensent selon leur mérite, émane des dieux. Le respect pour les parents doit s'étendre jusqu’à la terre où reposent leurs restes : que celui qui contracte un second mariage soit banni des assemblées, parce qu’il met des germes de discorde entreses enfants; que l’homme et la femme puissent dissoudre leur union, mais non pas en former une nouvelle avec une personne plus jeune. Dans l'intention de conserver les familles, conformément à la pensée des anciens législateurs, en opposition avec celle des modernes, il chercha à multiplier les alliances dans la même lignée. Leplus proche parent d’une héritière pouvait l’épouser ; il devait le faire si elle était orpheline et pauvre, ou lui donner une dot.
Seul, parmi les législateurs, Charondas voulut conjurer les maux causés par l'ignorance, et, dans ce but, il ordonna que des maîtres payés par l’État enseignassent à tous Pécriture et la lecture. Il défenditde fréquenter les hommes vicieux et de mettre un citoyen sur la scène, à moins qu’il ne fût adultère ou espion. Le calomniateur devait porter une couronne de tamarisc, peine si ignominieuse que plusieurs, pour léviter, se donnèrent la mort ; la ville fut ainsi délivrée des sycophantes. Quiconque abandonnait le champ de bataille était tenu de rester trois jours sur la place , vêtu en femme. Il prononça un châtiment contre les juges qui substitueraient des commentaires à la précision du texte. Il admit la peine du talion, et ordonna que quiconque proposerait une innovation à la loi devait se présenter la corde au cou, pour être étranglé si le vœu public se déclarait contre lui.
(1) En tête de la loi des Douze Tables étaient aussi ces mots: Deos caste adeunto. Juslinien place au commencement de son code le titre De summa Trinitate et fide catholica. Lorsqu'il fut question de rédiger le Code civil de la France, Portalis, dans le discours préliminaire du projet , disait qu’il avait paru convenable de le faire précéder par un livre Du droit et de La loi en général; ce livre fut en effet préparé par lui, par Tronchet, Bigot de Préamencu et Mal: leville; mais on crut qu'il valait mieux le supprimer.
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Afin de conserver aux réunions politiques une entière indépendance, il défendit, sous peine de mort, de s’y présenter avec des armes. Un jour qu'il exerçait des soldats, entendant un grand bruit dans l’assemblée, il y courut avec son épée; ses ennemis lui reprochant alors d’être le premier à violer ses lois : Au contraire, reprit-il, je veux les confirmer, et il se plongea le fer dans la poitrine. Aristote fait l’éloge de la précision et de la noblesse de son langage dans la rédaction de son code (1); il dit que les villes chalcidiques de Sicile, Zancle, Naxos, Léontium, Catane, Eubée, Myles, Himère, Gallipolis, peut-être même Rhégium, reçurent de lui leurs institutions.
Le Locrien Zaleucus (2) passe pour beaucoup plus ancien ; quelques-uns même voudraient qu’il fût antérieur de trente années à Dracon. Il faisait aussi dériver la loi de Dieu, et il avait fait précéder son code d’un prologue dans lequel, prouvant l'existence de la Divinité par l’ordre merveilleux de la nature, il affirmait que les dieux n’agréent pas les sacrifices et les offrandes des méchants, mais qu’ilsse complaisent aux œuvres justes et vertueuses. Unissant toujours la morale qui conseille à la loi qui commande, il veut que les esclaves soient gouvernés par la crainte, les hommes libres par l'honneur ; que les citoyens ne nourrissent pas l’un contre l’autre de haines irréconciliables ; que personne n’abandonne sa patrie; qu’une femme ne sorte pas accompagnée de plusieurs suivantes, ni avec un trop grand luxe, à moins d’être une courtisane , et que les hommes ne portent d’anneaux et de robes milésiennes que pour se rendre en de mauvais lieux (3). Aux caprices de l’habitudeil substitua des lois fixes et en petitnombre,
(1) Cette phrase pourrait être proposée comme modèle d’une admirable conci. sion : Xp à éupéveuv tofç elpnpévoss” rèv dE napaBalvovra Évoyov elvar ti nokrixr apä.
(2) Voy. sur Zaleucus, BenrLey, Opusc., p. 340 ; HEyNE, Opusc. acad., 11, 273 ; SAINTE-CroIx, Sur La législation de la Grande Grèce; Mémoires de l'Académie des inscriptions, XLII; sur Charondas, les mêmes Bentzer et Heyne , et, parmi les anciens, Amsrote, Politique, 11, 9, 5; sur tous les deux, Srosée, Sermo 145, et, L\rmi les modernes, C. G. RiouTEn, De veferibus legum legislatoribus ; Leipsick, 1790,
Nirzou ( De historia Homeri) a nié que Zaleucus fût le plus ancien des législateurs; mais Muzen l’a réfuté dans le Journal de Gôttingue, 1831, p. 292.
(3) Élien (11, 37) rapporte une de ses lois : « Si un malade, chez les Épizéphyriens, buvait du vin pur sans l'ordonnance du médecin, et qu’il guérit, il était condamné à mort pour avoir pris une boisson qui ne lui avait pas été prescrite. » Athénée (X, p. 429) dit à peu près de même : EL 16 äxparov Émte, LA mpoaté- Euvroc larpoù Oepanelus Évena , dévaros Av À Enula. Si quelqu'un, pour sa santé, buvait du vin sans l'ordonnance du médecin, 4l était puni de mort. MUST, UNIV, — TN. 30
Zaleueus.
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maisil poussa jusqu’à Pexcès le désir de les rendre immuables. Îlen interdit l'interprétation, donna au texte une force invincible, et alla jusqu’à défenüre à celui qui rentrait dans sa patrie de s’informer s’il y avait quelque chose de nouveau. Démosthène affirme que, dans l’espace de deux siècles, une seule dé ses lois fut modifiée.
Elles furent particulièrement en vigueur parmi les Locriens- Épizéphyriens, colonie fondée par des gens de pays divers, et surtout par des Locriens-Ozoles. Durant une longue guerre, leurs femmes s'étaient livrées à des esclaves; au retour de leurs maris, saisies de crainte, elles prirent la fuite avec leurs amants, et allèrent s'établir dans une contrée fertile à l'extrémité de l’Apennin. Là les nouveaux arrivés firent, dit-on, ce serment aux Sicules, qui s’en contentèrent : Tanf que nous foulerons celte terre et que nous porlerons ces téles sur nos épaules, nous posséderons le pays en commun avec vous. Maïs ils avaient mis de la terre dans leurs chaussures et des têtes d’ail sur leurs épaules; le tout jeté, ils se crurent déliés de leurs serments, et s’arrogèrent l'autorité sur les naturels, La jalousie fit éclater la guerre entre eux etles Crotoniates ; assaillis par ceux-ci dans leurs foyers, ils en triomphèrent sur les bords de la Sagra, avec des forces si disproportionnées que, le bruit de leur victoire s'étant répandu jusqu’en Grèce, on l’attribua à l'intervention des Dioscures. On fit honneur d’une autre victoire qu'ils remportèrent sur les Crotoniates au spectre d’Ajax, qui passa pour avoir combattu en faveur des Locriens. L'autorité était chez eux dans la main de cent familles, parmi lesquelles on choisissait un cosmopole, magistrat suprême, et mille teurs investis du pouvoir législatif; des inspecteurs étaient gés de veiller à l'exécution des lois. Si Locres ne grandit pasen richesses, elle eut le mérite de conserver des mœurs simples et des goûts pacifiques, jusqu’à l'époque où Denys II, chassé de Syracuse, vint chercher un asile dans ses murs, où il introduisit des désordres de toute nature. Locres conserva toutefois son indépendance jusqu’au temps de Pyrrhus.
Thurium fut bâtie sur les ruines de Sybaris par Athènes, mais avec un tel mélange de peuples que l’on se disputa pour savoir quel en était le véritable fondateur ; l’oracle consulté la déclara colonie d’Apollon. La démocratie tempérée dégénéra en oligarchie, quand les familles desanciens Sybarites, qui s'étaient établies dans la ville, s’emparèrent des meilleures terres et de l'autorité. Elles furent ensuite chassées ; de nouvelles familles arrivèrent de la Grèce, et adoptèrent les lois de Gharondas, Les Lucaniens , perpétuels en-
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nemis des habitants de Thurium, les vainquirent, De nouvelles agressions les décidèrent à réclamer la protection des Romains, ce qui fournit aux Tarentins un prétexte pour les attaquer et les battre. Plus tard, les Romains les réduisirent à l’état de colonie,
Fondée par les Chalcidiens, Cumes , la première des colonies grecques, prospéra par le commerce maritime, fonda Naples et Zancle, destinées à lui survivre , et tint tête aux Étrusques. Son aristocratie tempérée fut abattue par Aristodème, vaillant capitaine, qui, s'étant concilié l’armée par ses victoires sur les Étrusques , fit égorger les grands, contraignit les veuves d’épouser leurs assassins, favorisa le penchant des habitants à la volupté, et veilla à ce que leurs enfants fussent élevés dans la mollesse ; car il savait qu’il est facile de tyranniser un peuple corrompu. Il finit par être assassiné, et Cumes, ayant recouvré ses droits, poursuivit le cours de ses expéditions lointaines et de ses guerres avec ses voisins, jusqu’à ce qu’elle tomba au pouvoir des Romains, en conservant toutefois son importance à cause du port de Putéoli.
Les mêmes Chalcidiens de l’Eubée, unis à ceux de Sicile, avaient anciennement colonisé Rhégium à l’extrémité de l'Italie. Enlevée aux Aurunces, elle était gouvernée aristocratiquement par mille citoyens choisis dans Jes familles messéniennes, qui s’y étaient alliées avec les habitants primitifs. A mesure que ces maisons s’éteignirent, comme il arrive d’ordinaire , le gouvernement devint oligarchique , ce qui permit à Anaxilas de s’emparer de la tyrannie. Ses fils lui succédcrent (484) ; puis, chassés douze années après, ils laissèrent dans le pays l'anarchie, à laquelle on mit un terme en adoptant les lois de Gharondas. Grâce à elles, Rhégium se maintint en paix, jusqu’à ce qu’elle fut prise ct saccagée par Denys I°* (4). Denys I la releva quelque peu ; mais plus tard une légion romaine, cantonnée dans les environs, la surprit et massacra ses habitants. Rome punit de mort ces soldats, mais ne rendit pas à Rhégium la liberté.
Il ne nous a été presque rien transmis sur Métaponte , l’une des plus remarquables parmi ces colonies; elle fut bâtie par les compagnons de Nestor, à leur retour de Troie. Les Achéens et les Sybarites l’augmentèrent; Annibal contraignit ses habitants à émigrer dans le Bruttium ; puis l’insalubrité croissante des plaines voisines de la mer finit par la dépeupler entièrement, comme elle dépeupla Pæstum et d’autres villes (1). Pline cite un temple de
(1) Denys ayant demandé pour femme aux Rhégiens une de leurs filles, ils lui offrirent la fille du bourreau. SrRA8oN, VI.
(1) Métaponte, par le due or Luvnes et F, J, DebacQ (Paris, 1833, in-{ol, }
Cumes, 1300?
Rhégiur.
CT
Métaponte, 1260,
losidonie, 510,
Junon, soutenu par des colonnes en bois de vigne, preuve nouvelle que l'architecture dorique avait eu pour origine des constructions en bois dont elle conservait le caractère. L'église de Samson et la table des Paladins sont des débris de deux anciens temples d’architecture polychrome.
Posidonie , appelée Pæstum par les Romains, mérite une mention pour ses magnifiques restes d’antiquité. Elle était construite en carré, sur un terrain plat; ses murs, bâtis sans ciment , avaient cinq milles de tour, vingt pieds de hauteur et six d’épaisseur ; ils étaient flanqués de plusieurs tours et percés de quatre portes seulement , l’une en face de l’autre. Elle possédait trois temples fameux ; celui de Neptune, qui existe encore , est des plus admirables et des mieux conservés. Son péristyle , auquel on arrive par trois marches, se compose de six colonnes de front et de quatorze de côté; ces colonnes, cannelées et sans base , sont antérieures au temps où les Grecs donnèrent de la légèreté à lordre dorique lui-même. Pæstum était célèbre pour ses roses, qui fleurissaient deux fois lan. Elle fut détruite l'an 1000 par les Sarrasins , et oubliée au point que l’on considéra comme une découverte, dans le courant du siècle dernier, l'indication de ses ruines fournies par quelques chasseurs.