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CHAPITRE XX VIII

La Sardaigne , la Corse et l’île d’Elbe, étendues comme elles sont, et: voisines de la terre ferme, durent être peuplées de bonne heure.

On fait dériver le nom de Sardaigne de sarad, plante du pied ; c’est par la même raison que les Grecs l’appelèrent Ichnusa (2). Ses premiers habitants furent probablement les Libyens et les Ibériens, qui, sous la conduite de Norax, y fondèrent la première ville, appelée Nora. Les Grecs, bien que, selon leur usage, ils attribuassent à leurs anciens héros la civilisation de cette île, n’y vinrent que tard, quand ils bâtirent les villes de Caralis, aujourd’hui Cagliari, et d’Olbia. Les Phéniciens et les Carthaginois y formèrent des établissements de commerce, et détruisirent l’ancienne religion, pour y substituer le culte voluptueux et sangui-

(1) D’après FazeLut, de Rebus Siculis, Palerme, 1558, trois de ces colosses étaient encore debout en 1400, et ils figuraient en effet dans les armoiries de la ville de Girgenti, dont la légende est : Signat Agrigentum mirabilis aula Gigantum.

(2) "Ixvoucav éndesav, être vd axñua Th fou xat’ lyvos péliota Ériv &vôpone, parce qu’elle a la forme du pied d’un homme. (PausaAnIAS , X, 17). Le même Pausanias, au même endroit, dit que les Libyens furgnt les premiers qui y vinrent avec leurs vaisseaux, np@tot à GiaGñvar Aéyovrar vauolv elç tv vAcov AlGuec. Ils avaient Sardus pour chef, ajoute-t-il. Ottf. Müller voudrait qu’on lût Alyuec, sans en déduire le motif, Ce Sardus, qui donna son nom à la Sardaigne, était . suivant la Fable, fils de l'Hercule libyen.

490 TROÏSIÈME ÉPOQUE.

naire de leurs dieux (1). Les naturels, tyrannisés par eux (2), ne purent endurer leur joug: vêtus de peaux et de leur mas urga, armés du poignard et du bouclier, ils abritèrent dans les cavernes de leurs montagnes léüi sauvage indépendance (3). Les Étrusques s’y établirent aussi; puis les Romains, sous la domination desquels l’île compta jüisqu’à quarante-deux villes, dont dix seulement existent aujourd’hui. Les Sardes étaient dès lors robustes ét gais, braves jusqu’à la témérité, d’une imagination vive, ardents en amour ét implacables dans la haine.

Nous avons parlé ailleurs des Vuraghes, monuments coniques, destinés probablement à servir de tombeaux. Nous ajouterons quë les premières sardoines furent trouvées dans la Sardaigne. Selon Dioscoride, il y croissait une plante dont la racine, lorsqu'on en mangeait, causait la mort avec des convulsions de la face ressemblant à celles du rire : c’est de là qu’on aurait dit un rire sardonique.

La Corse, appelée anciennement Théramné, puis Collista par les Phéniciens, ensuite TAcra par les Spartiates ou Phocéens d’Asie, Cyrnos ou Corsis par les Grecs, et Corsica par les Romains , située entre l’Italie , l'Espagne et la France, semble destinée à être le centre des relations les plus importantes. Les Pélasges habitèrent peut-être cette île, où ils trouvèrent des Ligures et des Ibères, Les Étrusques la dominèrent et bâtirent Nicéa sur le Golo ; puis une colonie de Phocéens, après que les Perses eurent détruit leur patrie, y fonda Aléria. Ces Phacéens devinrent assez puissants pour tenir tête aux Étrusques et aux Carthaginois; ils reinportèrent la victoire, mais ils la payèrent chèrement au prix de quarante de leurs vaisseaux et d’un grand nombre d'hommes, qui, conduits à Agylla en Toscane, y furent massacrés. La peste ayant éclaté peu après dans cette ville, l'oracle de Delphes, qu’on envoya

(1) Voy. MunrEr, Appendice à son ouvrage sur la religion des Carthaginois : Ueber sardische Idole.

(2) Polybe, dans son premier livre, nous représente l'Île de Sardaigne comme très-florissante quand les Romains y abordèrent. Aristote, au contraire, dans sou livre de Mirabilibus, ch. 105, dit que Les Carthaginois avaient délruit en Sardaigne tous les arbres fruitiers, et défendu, sous peine de La vie, aux habitants, de s'occuper d'agriculture. Une contradiction aussi manifeste ne peut nullement s'expliquer ; mais Beckmann , dans l'édition qu'il a faite de cet ouvrage, a démontré qu’une pareille assertion ne s'appuie que sur quelque tradition vague, et qu’elle est démentie par la concordance des faits.

(3) On trouve dans l'ilot de San-Antioco ( Énosis), près Sulchi, des milliers de tombeaux, qui servent aujourd'hui de cabanes aux habitants, Il en est de

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consulter, répondit que les habitants devaient apaiser les mânes des Phocéens égorgés ; ce qu'ils firent en instituant des jeux annuels, et la maladie cessa,

Les Phocéens, s’apercevant héahmoïns qu’ils ne pourraient se maintenir dans l’île, émigrèrent en Italie et sur les côtes de la Gaule. Diodore de Sicile (1) atteste que les esclaves corses surpassaient tous les autres en vigueur et en intelligence. Strabon (1) raconte, au contraire, que « si parfois un général romain, péné- « trant dans l’intérieur du pays, y surprenait un lieu fortifié et « emmenait à Rome quelques esclaves ; c'était un spectacle sin- « gulierque de voir leur air farouche et leur stupidité. Ou ils dédai- « gnaient de vivre, ou, restant dans une apathie absolue, ils las- « saient leurs maîtres, et leur faisaient regretter le peu d’argent « dépensé pour les acheter. » Peut-être Strabon interprétait-il ainsi les effets de cet amour indomptable de liberté que ce peuple conserva toujours, et auquel il dut de garder tant d'originalité dans son ‘caractère et ses mœurs. Polybe (3) nous dépeint l’aspect àpre de cette contrée couverte de forêts, où paissaient librement de nombreux troupeaux, obéissant au son connu du cor des pâtres. Lorsque ceux-ci voyaient des navires s’approcher de Pile, ils sonnaient du cor, et les bêtes accouraient; du reste, elles ressemblaient à des animaux sauvages.

L’ile d’Elbe, formée de quelques montagnes émergées des eaux et nommée -Ethalia par les Grecs, {va par les Romains, était célèbre pour le fer qu’on en tirait de temps immémorial. Aristote, ou l’auteur, quel qu’il soit, des choses merveilleuses à entendre, rappelle ses mines de fer, dit populonien , parce que c’était à Populonie que se trouvaient les fours de fusion. Strabon assurait que le métal s’y reproduisait : idée qu’il avait empruntée à d’anciens naturalistes. Elle fut soumise aux Étrusques, qui possédèrent aussi la fumante Lipari, nid de pirates, d’autres ilots de l'archipel Tyrrhénien et quelques iles de l’Adriatique.

Les Phéniciens avaient introduit à Malte et dans d’autres iles leurs fabriques, dont ils transportaient les produits dans la Grèce ut l'Italie,

(t) Dionone De SicteE, V, 19, (2) SrRañoN, V, page 294.

(3) Pozyse, XI, 3 ct 4.

Rols d’Albe.

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