‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 2 sur 146 · CF PITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CF PITRE PREMIER

Nous appelons Perse, non-seulement le pays sauvage et montagneux nommé Persis par les anciens et Pharsistan par les modernes, mais aussi toute la contrée qui s’étend au-dessous du Caucase, entre la Mésopotamie et l’Inde, désignée jadis par les Orientaux sous le nom d’Iran ou Ériène, par opposition au Turan qui indiquait la Scythie ou Tartarie.

Les rois de Perse avaient auprès d'eux, dans le palais, dans les fêtes, à la guerre, des personnes chargées de prendre note # de leurs paroles et de leurs actes : usage que nous voyons déjà pratiqué par Assuérus , et qui fut eonservé par les derniers conquéà HIST, UNIV. — T, Il. 1

rants mongols, comme Gengis-Kan , ou comme Haïder-Ali, qu' était toujours accompagné de quarante écrivains.

Telle fut l’origine des Chroniques officielles , déposées à Suze, à Ecbatane, à Babylone ; malheureusement, ce que le temps avait épargné fut détruit par les mahométans. |

Néanmoins, de même que l’on conserve les Védas à l’est de l’Indus, ainsi l’on possède en deçà des livres de la plus haute antiquité, dans un alphabet et une langue dont l’usage est perdu, et qui sont vénérés comme le fondement de la religion nationale. Naskas estleur nom; Zoroastre, leur auteur présumé, et la langue, le zend, langue dont on vient à peine de découvrir les éléments; il est donc difficile d’en tirer des inductions, d’autant plus que le manque de toute chronologie positive empêche de déterminer l’âge de ces livres, même par comparaison.

Les Hébreux, surtout pendant leur servitude, en ont parlé quelquefois, et l’on voit que Daniel connut la religion de ces peuples, à laquelle Ézéchiel emprunta quelques-unes de ses images. L’auteur du livre d’Esther, ainsi qu’Esdras et Néhémie, nous ont introduits dans les palais de ces souverains. Les Grecs, auxquels manquait le sentiment de la civilisation orientale, défigurèrent les faits et passèrent pour menteurs, lorsque leur seul tort était souvent d’avoir mal compris. Hérodote et Ctésias purent probablement consulter les archives et les annales dans lesquelles’ les rois de Perse faisaient consigner tous les événements notables : la Retraile des Dix mille et les Helléniques de Xénophon sont riches enj détails pleins de vérité et d’exactitude , rapportés avec la naïveté qui est le caractère des mémoires ; et, quoique la Cyropédie soit un roman, un œil exercé peut aisément discerner la vérité dans le tableau qu’a peint le disciple de Socrate pour représenter l’idéal d’un monarque parfait et d’un empire heureux à l’orientale. D’autres historiens entremélèrent aux vicissitudes de leur patrie les événements concernant la Perse (1); mais il y a lieu de s’étonner que, non contents

(1) STRABON, ARRIEN; PHILOSTRATE, dans la Vie d’Apollonius ; DIocÈNE LAERCE, CLÉMENT D'ALEXANDRIE, EUSÈBE, dans la Préparation évangélique; DAmascius, Des Principes; PLUTARQUE, PLINE L'ANCIEN, QuiNTe-CurcE, les auteurs de l'Historia augusla, Jusnn, etc.

On peut consulter de plus :

MaLcoim, History of Persia.

BARNABÉ BnissoN, De régio Persarum principatu, libri III; compilation excellente pour tout ce qui concerne les usages, les lois, le& croyances , et devenue plus importante par les notes de Sylburg, édit. de Zederlin.

Pasrorer, Histoire de la législation. — Zoroastre, Confucius et Mahomet ; Paris, 1787.

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noms. Ainsi, on appelait Darius le puissant, Xerxès le guerrier, et les diverses nations qui leur obéissaient auront traduit ces mots dans leur langue, ou les auront adaptés aux circonstances qui leur étaient propres (1).

En poursuivant notre récit, interrompu au règne de Sardanapale, nous chercherons à tirer le meilleur parti possible de l'étude critique des écrivains grecs et hébreux, et nous dirons qu’Arbace, satrape de Médie, et Bélésis, satrape de Babylone, lesquels s’étaient révoltés contre ce prince, devinrent les chefs de deux dynasties (2).

Les Mèdes, montagnards farouches, belliqueux et indépendants, originaires d’un pays froid et mal cultivé, s’amollirent une fois descendus dans les plaines de l’Asie, où ils étendirent leur empire jusqu’au Tigre et à l’Ali. Ainsi qu’il arrive d'ordinaire, les commencements de cette révolution furent orageux; les principaux chefs, ne se croyant obligés à l’obéissance envers personne, ne reconnaissaient pour loi que leur volonté. Enfin Déjocès, magistrat politique ou juge, parvint à se concilier l'opinion publique,

Beck, Anleitung zur allgem. Weltgeschichte.

Dorow, Morgenlandische Alterthümer. La première livraison contient une savante dissertation de GROTEFEND sur les monuments persans symboliques.

LicaTENSTEIN, Tentamen paleographiæ Assyrio-Persicæ.

Vans KENNEDY, Examen de l’histoire persane, selon les musulmans, antérieure à Alexandre le Grand, dans les Transactions of the litterary society of Bombay.

L. Duseux, la Perse, Univers pittoresque; Paris, Didot, 1841.

Les voyageurs plus récents, Niesüar, Reise nach Arabien ; Ouivier, Voyage dans l'empire ottoman et la Perse; Bruyn, Voyage dans le Levant ; CHARDIN, FRANKLIN , FoRSTER, abondent en renseignements sur tout ce qui concerne l’antiquité comparée.

De Hammer a inséré des travaux importants sur la Perse dans les Annales de Vienne, de Heidelberg, et dans les Fundgruben des Orients, bearbeitet durch eine Gesellschaft von Liebhaber.

Voyez aussi, quant à la langue : RicHARDsON, On the language of eastern nations, au commencement du Dictionnaire persan, et Wasn, Histoire des langues orientales.

Burnouf, dans le vol. X de la 2° série du Journal asiatique, p. 5, 237, 320, disserte sur la langue et les textes zends, outre le Commentaire sur l’Yaçna ; Paris, 1835,2 vol, in-4°.

(1) Müller, dans le Journal asiatique , 1839, p. 300, démontre que les noms de l’As{yage grec, de l’Azidaac pelvi, du Doac ou Zoac des Persans modernes, et de l’'Aidaac des Arméniens, sont tout à fait identiques.

(2) La chronologie est très-incertaine ; les uns font régner Sardanapale de 797 à 759, les autres de 707 à 667.

Empire médobactrien.

Déjocès.

au point de paraître le seul capable d’apporter remède aux maux de la patrie. Il promulgua des lois , institua des magistrats, fit rendre la justice ; puis, dégoûté du pouvoir, il y renonça. Aussitôt, comme alors qu’une digue ‘est rompue, les désordres reprirent leur cours avec une nouvelle violence ; Déjocès , auquel on eut recours pour les apaiser, prit le titre de roi, et établit une monarchie non moins rigide que celle des Assyriens. Renfermé dans son sérail, à l’abri de murailles fortifiées , visible seulement pour les officiers du palais, auxquels devait s’adresser celui qui avait à lui parler (4), il punissait de mort quiconque osait rire ou cracher en sa présence. Il fonda Ecbatane, qu’il fit entourer de sept murailles, l’une plus élevée que lautre de toute la hauteur des créneaux : chaque enceinte était distinguée par la couleur différente de ces créneaux, blancs , noirs, rouges, bleus et orange; les deux derniers rangs étaient , l’un argenté, l’autre doré (2).

(1) L’échanson Sacas était l'introducteur auprès d’Astyage. Voy. Cyropédie, F, 3.

(2) Ecbatane, qui devint ensuite la capitale de l’ancienne Médie Atropatène, dans son plus grand développement, était, selon Hérodote ( I, 98), égale en étendue à Athènes, y compris le Pirée. Selon Polybe (X, 27 ), le palais seul du roi avait sept stades de tour, et Diodore (XVII, 110 ) donne à la ville une circonférence de deux cent cinquante stades (environ 40 kilomètres). En lisant dans la version latine du livre de Judith, Arphaxæad ædificavit civitatem potentissimam quam appellavit Ecbatana , on doit remarquer que le texte grec dit : Kai Dxodounoev ën” ’Exéaravuwv xüxkw teiyn, c’est-à-dire: « il construisit des murs autour d’Ecbatane. »

Les sept enceintes de cette ville représentaient les sept sphères célestes, et leurs couleurs étaient affectées particulièrement aux dieux qui présidaient aux planètes et leur servaient de guides. Winkelmann non plus que les hellénistes n’aittachèrent pas grande importance à l’usage allégorique des couleurs, et ne comprirent pas l'architecture symbolique; il est pourtant hors de doute que, dans l’art antique, certaines couleurs étaient rituelles. Ainsi, Saturne, Memnon, Osiris- Sérapis, Knef-Ammon-Agathodémon-Nil, Vischnou-Narajana , Krischna, Bouddha, étaient noirs ou bleu foncé, probablement parce qu’ils se rapportaient à l’eau; Jupiter, couleur de terre ou de feu, comme ita et GCiva-Ganesa; Mars, rouge, comme Sabramania, Osiris-Horus , Sem ou Somi, etc. ; le Soleil, couleur d’or;

Vénus, de pourpre; on faisait Mercure d’une pierre azurée; le temple de la Lune,

en pierre verte. Voy. GEoRRESs, Mythengeschichte. JEAN-Laur. Lypvs dit : « Le rouge était consacré à Mars, le blanc à Jupiter, le vert à Aphrodite, le bleu à Kronos et à Poséidon.. en rapport avec les quatre éléments ; le rouge étant dédié au feu pour sa couleur, le vert à la terre pour les fleurs, le bleu à l'air, le blanc à l’eau; ou bien aux quatre saisons, c’est-à-dire le vert au printemps, le rouge à l'été, le bleu pâle à l'automne, le blanc à l'hiver. C’était un mauvais présage pour les Romains quand (dans les combats du cirque) le vert avait l’avantage, etc. » Jo.-Laur. Lyous, de Mensibus, liv. IIL, ©. 25-56.

Cette symbolique des couleurs a une grande part dans les monuments , ainsi que dans les cérémonjes chrétiennes. Indépendamment de la couleur différente

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La nation était divisée en six castes, sur lesquelles dominaient les mages , les prêtres et les guerriers. Les rois ne pouvaient révoquer une loi promulguée : immobilité conforme au génie oriental, qui excluait le progrès et le redressement des erreurs ou des abus reconnus, tandis qu’elle ne mettait aucun obstacle à l’arbitraire absolu du monarque (1). Les Mèdes se peignaient le tour des yeux, mettaient du fard et portaient de faux cheveux ; ils étalaient un grand luxe en manteaux et en colliers d’or, en chevaux aux caparaçons et aux freins en or (2). Les fils du roi étaient élevés au milieu de la lâche soumission des eunuques; la polygamie n'était pas seulement permise, mais commandée. Néanmoins nous ne saurions concilier deux faits rapportés par Strabon : l’un, que dans les pays de montagnes tout homme devait avoir au moins sept femmes; l’autre, que la femme était méprisée si elle avait moins de cinq maris.

des ornements, certaines parties des églises gothiques ont des couleurs prescrites ; l'abside est d’or et d'azur ; Marie , reine des cieux , est revêtue du manteau bleu, couleur de l'air ; Jésus-Christ, soleil naissant, est habillé de rouge. Les couleurs des bannières , dans nos processions , celles du costume des cardinaux, etc., sont symboliques.

Le nombre sept revient à chaque instant dans les annales des Perses. Le roi a sept conseillers et sept eunuques principaux (Esther, I, 10); sept jeunes filles servaient Esther (II, 9); sept capitaines commandaient l’armée sous les ordres du général (Hérod., V, 17). Le banquet donné au peuple de Suze dura sept jours ( Esther, I, 5). Il y avait sept temples principaux consacrés au feu. Généralement , les nombres ne sont jamais arbitraires dans les institutions de l’antiquité. A Rome, les trois cents sénateurs correspondent aux jours des dix mois de l’année cyclique. Carthage avait cent quatre sénateurs, c’est-à-dire le double des semaines d’une année. Les trois cent soixante maisons d’Athènes, les trois

comme les sénateurs de Rome avec ceux de l’année cyclique. C’est ainsi qu'il y a trente sénateurs à Sparte , trente confréries chez les Souliotes modernes, trente ducs longobards, et que la truie aperçue par Énée à l’endroit où Rome s’éleva depuis, avait mis bas trente petits : trente villes composaient la confédération latine; trente Sabines furent enlevées par les Romains, et Romulus donna leur nom aux trente curies. Les collines de Rome étaient au nombre de sept, de deux fois sept les quartiers d’Auguste, de sept ceux de Rome chrétienne ; il y avait douze tribus d’Israël ; les Pélasges avaient fondé douze cités sur le P6 , en Étrurie, au midi du Tibre.

A Athènes, les douze xékets étaient distribuées en douze Sfr, douze oparpiar, douze quai : l’aréopage commence avec les douze dieux; douze vautours apparaissent à Romulus ; il y a douze dieux scandinaves, douze compagnons d’Odin, douze chevaliers de la Table ronde d’Arthur, douze paladins à la cour de Charlemagne. .

(1) Cela indique seulement, sans doute, le respect que le souverain devait avoir pour les priviléges de chaque caste.

(2) Xénophon (Cyropédie, 11, 3) représente Cyrus comme élevé dans la 50briété des Perses, par opposition à la mollesse de la cour d’Astyage (I, 3).

Phraorte, 657-635.

Cyaxare,

Déjocès régna cinquante-trois ans, et eut pour successeur Phraorte, qui fit la conquête de la Perse, fut vaincu par les Assyriens, et tué dans la vingt-deuxième année de son règne. Cyaxare, son fils, recouvra ses États, et forma ses sujets à l’art militaire, qui jusque-là n’avait consisté qu’en excursions dévastatrices. Cela ne le mit point à l’abri des Scythes et des Cimmériens, dont les hordes pénétrèrent dans le pays, et le rendirent leur tributaire durant vingt-huit années, au bout desquelles il s’affranchit de la même manière que les Siciliens se délivrèrent des Français. Il fit ensuite la guerre aux Lydiens ; puis, s’étant allié avec le roi de Babylone, il alla combattre Chinaladan, roi des Assyriens. Cette nation avait perdu l’empire de l'Asie , mais s’était conservée indépendante jusqu’au moment où Gyaxare s’empara de Ninive et détruisit ce royaume. Cyaxare eut pour successeur Astyage, dernier roi des Mèdes, qui fut détrôné par Cyrus.

Tel est le récit d'Hérodote; mais Diodore, copiant Ctésias, qui avait cor … ‘té les archives de la Perse , raconte de tout autres événements suus des noms bien divers. Selon lui, Mandace aurait succédé à Arbace et régné dix-huit ans; puis, Sésarme aurait régné trente ans, Artyès cinquante, Arbiane vingt-deux, Artée quarante, Artinès vingt-deux. Ce dernier aurait eu à soutenir de rudes combats contre les Saces et les Cardusier, ; ; enfin, après avoir donné un règne de quatorze ans à Artibarne , il fait commencer la dynastie d’Astyage. Xénophon parle aussi d’Astyage, mais lui donne pour successeur Cyaxare II, son fils.

Lequel croire ? Faut-il rejeter leurs récits comme fabuleux, ainsi que l’exigeraient la longueur des règnes et leurs circonstances miraculeuses? ou faut-il supposer que Diodore a confondu, avec celle des Mèdes, une autre dynastie régnant dans les mêmes contrées et sortie de la même révolution ?

Babylone, ayant secouéle joug des Assyriens , tombe sous ladomination des Chasdjim ou Chaldéens. Quel était ce peuple dont parle tant l’antiquité? Représentait-il les habitants primitifs qui renaissaient alors? Était-il nomade, ou ce nom de Chasdjim était-il commun à tous les barbares du Nord? Leurs hordes, descendues un siècle auparavant dans le Kurdistan, où les Curdes actuels semblent perpétuer leur race, se seraient-elles répandues dans la Mésopotamie , puis mises à la solde des Assyriens, jusqu’à ce que, soumettant ces derniers , elles eussent, avec leur empire, usurpé dans la postérité la gloire acquise à leur savoir? ou bien encore est-ce le nom d’une caste sacerdotale qui se serait servie de la valeur des peuples du Caucase pour s'emparer du pouvoir dans la

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Babylonie? C’est ce que l’histoire n’éclaircit point (1). Seulement, nous trouvons placé à cette époque Nabonassar (2), à partir duquel les astronomes babyloniens commencèrent à computer les années; mais nous n’avons aucun renseignement certain ni sur lui ni sur ses successeurs immédiats , jusqu’à l'instant où Nabopolassar II affermit la domination chaldéo-babylonienne.

Ce fut sous le règne de Nébokadn-Asar que cet empire brilla de son plus grand éclat. Il conquit Ninive, vainquit près de Circésium le pharaon Néchao II, et s’avança jusqu’en Égypte ; il accomplit sur Tyr les menaces de Dieu, et, après avoir détruit Jérusalem, il transporta les Hébreux à Babylone. Les histoires de Tobie et de Daniel nous donnent une grande idée de la cour chaldéenne. Dans le livre de ce dernier, Nabuchodonosor s’écrie : « N’est-ce- « pas là cette Babylone que j’ai fondée pour ma résidence royale, « dans la force de m&-puissance , et pour la gloire de ma magnifi-

(1) Abraham vint de .Ur Chaldæorum. Il est dit en outre dans le livre de Job, 1, 17 : Chaldæi fecerunt tres turmas et invenerunt camelos eë tulerunt eos , nec non et pueros percusserunt gladio, etc. Dans le premier passage, il en est parlé comme d’un peuple civilisé; dans le second, comme de tribus errantes. 11 pourrait se faire qu’une partie eût adopté un genre de vie stable, et que l’autre fût restée nomade.

Il n’est plus fait mention d’eux jusqu’à Isaïe, qui les nomme Chasdjim. Ce nom pourrait nous donner au surplus l’étymologie de celui d’Arphaxad, aïeul d'Abraham, qui ne serait autre qu’Arpha-Chasd, frontière de Chasd, c'est-àdire habitant sur la frontière des Chaldéens. Ces derniers alors seraient fort anciens, et il faudrait ajouter foi à Bérose, qui veut que leurs rois aient précédé les Arabes, Ur aurait été située sur le versant méridional des monts d'Arménie ; une portion des Chaldéens aurait traversé l'Euphrate avec Abraham, et serait venue s'établir dans le pays d’Aram , tandis qu’une autre serait descendue dans l'Arrhapachitis, et de là dans la Babylonie, pour y fonder la dynastie mentionnée par Bérose.

On peut consulter les diverses opinions émises à ce sujet par GESENIUS, ad Isaiam, XXIIT, 13; SCHLOETZER, Repertorium für die morgenländische Litteratur, t. VITT; Michaëuis, Spicilegium Geog. hebr. exter., XI, 77, qui les suppose Scythes, mais à tort. P. Scneyer a donné un Essai de t'histoire des Chaldéens comme appendice à son £xamen des objections contre les prophélies de l'Ancien Testament ,'surlout celles d’Isaie , etc., XX et XIV, sur la destruction de Babylone. (Allem. ) Rothenbourg, 1835.

M. Borè , qui visita la Perse en 1840, croit avoir trouvé les Chaldéens au centre de l'Asie occidentale dans les montagnes qui se ramifient entre Mossoul, Diarbékir, Van et Souleimanie. Ils sont appelés CAidan ou Assori par les Arméniens, et Makin par les Curdes. Dans ces noms apparaissent ceux des Chaldéens et des Mages, ainsi que celui de l’Assyrie, occupée autrefois par ces peuples. Là, observe Borè, se conserve le véritable langage chaldéen, qu'il ne suffit pas de chercher dans les quelques chapitres de Daniel et d'Esdras , où l’hébreu se mêle à la langue de la servitude,

(2) Nebo-Nasar, prophète victorieux.

26 février 747,

Nabuchodonosor,

« cence? » par allusion sans doute aux édifices merveille”: élevés par lui et confondus ensuite avec ceux qu’on attribue à £ miramis, tels que les jardins suspendus, que, selon Bérose, il i: construire pour plaire à sa femme, Mède d'origine. 11 para des dépouilles des vaincus le temple de Bélus et ceux d’autres divinités, et régla le cours du fleuve ; puis, enorgueilli de sa puissance, il prétendit être adoré : fol orgueil qui lui valut d’être réduit à la condition de la brute.

La monarchie pencha rapidement vers sa ruine sous son fils Évilmérodac, qui fut égorgé par des conjurés , à la tête desquels était Nériglissor ; celui-ci lui succéda, et périt dans une guerre qu’il avait provoquée. Laborosoarchod, qui le remplaça sur le trône, fut assassiné après quelques mois de règne ; enfin la monarchie chaldéenne périt avec Nabonid , appelé Labynète par Hérodote , et Balthazar par Daniel : son despotisme absolu , appuyé uniquement sur la force des armes , ne trouva plus de secours dans le patriotisme, lorsqu'il fut attaqué par un ennemi plus puissant.

mistoriens Tel est le récit dont on peut puiser les éléments chez les écrinationaux. F ; , .

vains étrangers , en laissant de côté les détails les plus suspects ; mais les ouvrages nationaux nous présentent sous un aspect bien différent ce grand empire de Asie.

Vers l’année 1000 de notre ère, le sultan Mahmoud le Ghaznévide résolut de recomposer les anciennes annales des Perses, en faisant recueillir les fragments qui se trouvaient dans les mains de quelques adorateurs du feu, réfugiés dans les montagnes. Ces documents avaient été remis au poëte Dakihi pour qu’il en composât une histoire en vers, depuis le commencement de la monarchie perse jusqu’au dernier des Sassanides, Yezdedgerd TI, détrôné par les Arabes en l’an 652. La mort de Dakihi ayant interrompu ce travail, le jeune Aboul-Kasem-Mansour Firdoussy fut chargé de le continuer. Il termina cet ouvrage dans la solitude , où il s’était retiré(4); mais l’ingratitude et l'oubli furent sa récompense. Son poëme, intitulé Schah-nameh ou Livre des rois, rempli de fables, de règnes illustres et d'entreprises gigantesques, renferme, en soixante mille distiques, tout ce que savent les Asiatiques concernant les antiquités de la haute Asie. La critique ne doit donc pas plus le négliger que les récits d’Hérodote et de Ctésias, d’autant moins que les livres zends, récemment découverts, ont offert les mêmes noms et les mêmes faits capitaux, adoptés d’ailleurs par Mirkhond et son fils Kondhémir, qui, plus tard, écrivirent

(1) Voir liv. IX, ch, 22, du présent ouvrage.

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l’histoire de leur patrie. En fût-il même autrement, ce poëme n’en serait pas moins curieux ; car il fait connaître l’opinion que les Orientaux ont de leur histoire primitive. Nous croyons donc de notre devoir d’en tracer une esquisse.

Le fondateur de l'empire ou de la première civilisation fut Mahabali ; il édifia les cités, distribua les castes et eut treize successeurs, qui vécurent des milliers d’années. Sous Azer-Abad, l'empire changea de mains, et Schi-Afram fonda la dynastie des Schamanes, qui périt à son tour. Déjà la langue , l’aspect , la religion’ attestent la communauté d’origine des Perses et des Indiens , communauté fortifiée d’ailleurs par les traditions, puisque les quatorze Mahabalis (1) rappellent les quatorze Manous de l'Inde, de même que les Samanéens de celle-ci correspondent aux Schamanes.

Après la mort de ces monarques, Yassan fonda la dynastie des Yassaniens; puis l'anarchie anéantit cette civilisation, et les hommes habitèrent les bois et les déserts, jusqu’à ce que la divinité eût suscité Kaïoumarot , fondateur de la dynastie des Pisdadianiens. Ayant réuni les hommes dispersés, il se fixa dans Balkh, vécut mille ans et en régna cinq cent soixante. Il descendit des montagnes, couvert d’une peau de tigre, et enseigna aux hommes à se vêtir et à se mieux nourrir. Tous les êtres vivants, y compris les animaux sauvages, venaient deux fois par jour lui rendre hommage. Arimane, le génie du mal, envoya un démon pour lui livrer une bataille , dans laquelle son fils Siamek fut tué. Uschenk vengea la mort de son père, lui succéda à quarante ans, et enseigna à cultiver la terre. Ayant rencontré un monstre dans la forêt , il saisit une grosse pierre pour la lui jeter; mais, comme celle-ci en heurtant contre un rocher, en fit jaillir des étincelles, il dit : Ce feu est une divinité; qu'il soit adoré dans le monde entier. A l’aide du feu, il inventA l’art de travailler le fer; il régla le cours des fleuves, apprit a: & hommes à élever les troupeaux, à substituer aux peaux les étoffes de laine, et écrivit des livres de morale (2). ,

(1) Le nom de Mahabali, qui a la même racine que Bélus, Baal, rattache le magisme au brahmanisme,

(2) On attribue à Uschenk divers ouvrages de morale, parmi lesquels sont quatorze maximes intitulées : Testament de Uschenk, ou Des devoirs du roi, et le Djavidan , ou Livre de l'éternelle raison. Les premières furent publiées par W. Jones à la fin de ses Commentarii poeseos asiat. Silvestre de Sacy a rendu compte de l’autre à l’Institut de France, dont les mémoires en rapportent quelques fragments. Mais ils sont empruntés à la version arabe, la seule qui subsiste, et qui probablement a subi des interpolations, quoiqu'elle soit antérieure à l’islamisme.

Son fils Tamourasb fut le premier à chasser avec le faucon et le Lynx ; il enseigna la musique. Un ange lui remit un filet et un cheval pour qu’il chassât les démons, dont il prit un grand nombre ; il leur accorda la vie sauve, à la condition qu’ils lui enseigneraient l'écriture et la science.

Après trente années, Schemschid (4), le héros de la Perse, auquel obéissaient les oiseaux et les péris ou les bons génies, succéda à Tamourasb. Il fut l'inventeur de l’année, construisit Estakhar, creusée dans les rochers, et appelée aussi le trône de Schemschid; il trouva le vase merveilleux nommé Dscham, miroir du monde, coupe contenant le plus précieux breuvage (2); il divisa le peuple en quatre castes : les Katours, prêtres qui habitèrent les hauteurs ; les Asgars, guerriers ; les Sebaisas, agriculteurs , et les Anoukekis, artisans. Il vécut heureux durant trois siècles, jusqu’à ce que, l’orgueil l’ayant rendu rebelle envers la divinité, il fut expulsé par ses sujets, qui s’insurgèrent sous la conduite de Zoak, prince des Tasis ou Arabes, et il mourut après avoir régné sept cents ans (3).

Zoak , horrible tyran, en régna mille. Les démons, avec lesquels il avait fait un traité d’alliance, lui firent naître des épaules deux serpents auxquels il fallait chaque jour, pour les rassasier, la cervelle de deux hommes; mais les cuisiniers sauvaient adroitement ces infortunés en les envoyant dans les montagnes, où se forma ainsi la population des Curdes. Zoak , instruit par un songe que Férydoun , fils d’une de ses victimes , le punirait un jour, fit chercher partout cet enfant pour le mettre à mort; mais sa mère, après l’avoir donné à nourrir à la génisse divine Pour-Maïa, l'avait fait passer dans l’Inde , où il fut élevé par un Parsis. A seize ans, il descendit des montagnes ; puis, ayantappris qu’ilé tait issu d’unefamille royale de Perse, détrônée par Zoak, il brülait de s’en venger. Une sédition populaire, à la tête de laquelle était un forgeron qui arbora son tablier au bout d’une lance, lui en fournit l’occasion. Férydoun orna ce tablier de pierres précieuses et d’or, et il en fit l'étendard vénéré Kaveïani-Direfsck (4). Aidé ensuite par l'ange

(1) En retranchant la terminaison schid, seigneur, de Schemschid, et la terminaison ène de Achémène, nom grec du chef de la dynastie persane, il reste Schem et Achem qui se ressemblent assez pour les croire identiques,

(2) Dans les traditions orientales, la coupe est donnée à Pharaon, à Joseph, à Salomon , à Bacchus, à Hermès, à Alexandre.

(3) On trouve dans les langues de la Perse et de la Médie beaucoup de mots d'origine sémitique, différents de ceux que purent introduire les Arabes modernes , et qui attestent que des colonies sémitiques avaient anciennement passé l’'Euphrate cet s'étaient établies dans l'Iran avec les nations japétiques.

(4) Ce fut l'étendard de l'empire perse jusqu’à la chute de la dynastie des Sas-

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ie des Sas-

Serouch, il triompha d’un enchantement qui protégeait Zoak, et. il l’enchaîna dans une caverne.

Ayant épousé deux filles de Schemschid, jeunes encore mille ans, il en eut trois fils, qu’il maria à trois princesses Œ& men. Il leur partagea alors le monde, en donnant à Selm I Fe ( l'Asie Mineure et l'Égypte ; à Tur, la Chine et le pays aulte l’Oxus (Touran); à Irédi enfin, la Perse (Iran) et l'Arabie. premiers, mécontents de ce partage, tuèrent Irédi dont ils eîk où rent la tête à son père, qui pria le ciel de prolonger sa vie, Ne ke de pouvoir venger celui qu’ils avaient égorgé.

Une fille d’Irédi , née après sa mort tragique, fut mariée par Férydoun à son neveu Menoudjar, auquel il transmit son sceptre orné de la tête de buffle ( Gao-Peigher) et tous ses trésors ; celui-ci vainquit et tua les meurtriers de son beau-père. Férydoun mourut après un règne de cinquante ans, et Menoudijar lui succéda. Alors vivait Sam, prince du Sedjestan, qui, ayant longtemps supplié etfait des vœux pour obtenir un fils, eut enfin Zal; mais le père, épouvanté de ce que cet enfant était né avec les cheveux blancs, le fit exposer. Simourg , roi des oiseaux, le nourrit et l’éleva, puis le rendit à son père en lui donnant une plume, et le prévint de la brûler s’il se trouvait jamais dans un danger pressant. Menoudjar fit de grands dons et assigna des terrés à Zal, qui épousa la belle Roudabe, fille très-belle de l’Arabe Mirab, roi de la race de Zoak. De cet‘e union naquit Roustam, le héros de la Perse, dont les exploits sont célébrés dans le poëme de Firdoucy.

Menoudjar transmit la couronne à son fils Nodar; mais celui-ci mécontenta ses sujets à tel point qu’ils ie laissèrent vaincre et faire prisonnier par les Turcs. Afrasiab s’empara alors du sceptre des Châhs; mais Zal, fidèle à la cause de Férydoun, fit proclamer Zab, et, après une longue guerre, l’empire fut partagé en deux royaumes. Gerschap succéda à Zab, et ne laissa point d’héritiers pour monter sur le trône de Perse.

Sans épiloguer sur des rapports de détail, on peut remarquer dans ce qui précède trois faits capitaux conformes à la tradition des Grecs : 4° Un vaste empire antique , qu’ils appelèrent Assyrien ; 2 sa ruine par les Mèdes; 3° les incursions des peuples du

sanides. On avait dû l'élargir peu à peu pour y placer les joyaux que les rois voulaient y ajouter ; il était ainsi parvenu à une dimension de 22 p. sur 15 quand il tomba entre les mains des Arabes , à ia bataille de Kadésia, l'an 25 de l’hégire. Le soldat qui l'avait pris obtint en échange l’armure de Galénus, général perse, et 30,000 pièces d’or. L’étendard fut mis en morceaux et distribué à l’armée avec la masse commune du butin. Voy. Price, Muhamm. history, t. 1, p. 116.

Dynastie des Kaïaniens.

Caucase, désignés par les Grecs sous le nom de Scythes, par les Perses sous les noms modernes de Chinois et de Turcs.

Quand Gerschap eut cessé de vivre, le roi de Turan envoya Afrasiab pour occuper l’Iran ; mais Zal fit élire par les grands Kaï- Kobad , du sang de Férydoun, qui défit cet ennemi avec l’aide de

-Roustam. L'Oxus resta encore la limite des deux empires.

Kaï-Kous, monté sur le trône après Kaï-Kobad, voulut conquérir Mazanderan , résidence des mauvais génies, et il sortit vainqueur

" de cette entreprise, comme de beaucoup d’autres, par la coopéra-

tion de Roustam. Enorgueilli de ses succès , il voulut essayer de monter au ciel sur les ailes de certains oiseaux; mais, retombé à terre, il expia son péché par quarante jours de pénitence. Son fils Siavech, aussi vaillant et aussi beau que vertueux, repoussa l'amour coupable de sa belle-sœur, qui l’accusait de son propre crime, et se justifia par l'épreuve du feu.

Après lui, vient Kaï-Kosron, peut-être le Cyrus des Grecs, trouvé au milieu des forêts, reconnu pour héritier du royaume d'Iran, grand conquérant, qui se retira ensuite sur une haute montagne en laissant le trône à Lorasp. Sous le règne de ce dernier vivait Zerdust , sage vieillard qui se présenta au schah en lui disant : Je viens, messager du ciel , pour montrer la voie qui conduit à Dieu. 1 lui remit alors un bassin plein du feu sacré, et sa doctrine qui devint celle de l'empire ; ce changement amena d’autres guerres avec les États voisins. Isfendiar, son fils, combattit contre Roustam, encore vigoureux à l’âge de sept cents ans, et fut tué par lui; mais Roustam lui-même mourut par la trahison de son frère. | |

Gustasp (1) dit en montant sur le trône : Je suis le roi qui adore Dieu. Dieu nous a donné cette couronne; il nous a donné celte grande couronne pour que nous écartions le loup du sentier de la brebis, pour que nous ne rendions pas la vie douloureuse aux hommes d’une noble nature, et que nous ne fassions pas la querre à ceux qui pratiquent la justice. Si nous sommes fidèle à nos devoirs de roi, nous ferons entrer les méchants dans la religion de Dieu. Le poëte ajoute que la justice de Gustasp fut si grande que les brebis se désaltéraient avec le loup au même ruisseau. Il transmit la couronne à Baaman, fils d’Isfendiar (2), qui vengea son père. A sa mort, il laissa enceinte Omaï, qui fit jeter à la mer son enfant nouveau-né, Un prêtre recueillit cet enfant et le nomma Darab, c’est-à-dire

(1) Paraît le même que Hystaspe; mais c'est un nom appellatif, du zend vista aspa , seigneur de chevaux.

(2) Mirkhond l'appelle Ardescir Diraz-Dest, Artaxerxès Longue-Main.

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sauvé des eaux; il fut reconnu et obtint l’empire. Il eut, de deux femmes, les princes Sekander et Darab (1), qui se firent la guerre, lun à la tête dela Grèce, l’autre de la Perse, parce que Sekander (Alexandre) avait refusé le tribut de mille œufs d’or promis à son père. Les conquêtes des Grecs furent aussi rapides qu’étendues, et Darab succomba. | Tel est le récit poétique des historiens perses. On pouvait supposer que leurs écrivains nationaux, venus vers la fin de cette série d’empires qui s'étaient succédé en Asie, avaient, par ignorance ou vanité, enté leur histoire sur celle des peuples antérieurs, confondant ainsi Mèdes, Assyriens et Perses; mais cette hypothèse est écartée parla découverte des livres zends, où l’on voit paraître les mêmes noms et en général les mêmes faits anciens. Il faut y joindre le Dabistan, qui traite de douze religions différentes ; il ne fut compilé que dans le dix-septième siècle, mais sur des documents pelvi, entre autres le Déçatir (2), publié naguère, et qui, bien qu'étrangement altéré, ne saurait être entièrement rejeté. On y voit aussi que quatre dynasties primitives dominèrent sur l’Iran, parmi lesquelles celle des Yanianiens ou purs dura tout un aspar, c’est-à-dire mille millions d’années. Un saint patriarche, Mahabali, demeuré seul à la fin du grand cycle, reçut de Dieu quatre livres de lois et de prières, partagea le peuple en quatre castes, et fonda la grande monarchie de l'Iran. Sous lui et ses treize successeurs, le pays jouit du bonheur de l’âge d’or;

(1) Alexandre le Grand et Darius. Le premier est aussi appelé Iskender Dzul- Karnaïn, c’est-à-dire Alexandre aux cornes ( celles d’Ammon qu'il portait à son cimier ).

(2) Le Dabistan , ouvrage de Scheik Mohammed-Mohsen, dit Fani on le Périssable , traite de douze religions différentes, el, entre autres, de celles de la Perse. Le texte persan fut publié en entier à Calcutta en 1809. Il acquit de la valeur par la découverte du Déçatir, l’une des autorités dont il s'appuie ( The Desatir, by Moulla Firouz bin Kaous; Bombay, 1820, 2 vol. in-8°). Quelques savants s’en appuyèrent; mais un examen plus rigoureux ne fut pas favorable à ces deux ouvrages. Les orientalistes les plus compétents s'accordent aujourd’hui à penser : 1° que le Déçatir (recueil de révélations divines faites dans le cours d’un grand nombre de siècles à quinze prophètes, depuis Mahabad jusqu’à Sassan V, contemporain de Kosroës) n’est pas autrement pelvi, mais qu’il fut écrit dans l’Inde par un auteur inspiré tout à la fois par sa propre religion et par le mahométisme ; 2° que l’auteur de la traduction et du commentaire persan est probablement aussi celui du texte, qui n'est écrit dans aucune des langues antérieures aux Sa-sanides, mais dans l’idiome conventionnel de quelque secte, comme le Balaibalan des Sophis; 3° qu’ilest postérieur à l’hégire et peut-être même au treizième siècle, De Hammer soutient qu’il est antique, au moins dans heaucoup de ses parties ; mais Silvestre de Sacy le nie. Journal des savants, 1821, janvier et septembre.

Critique.

les cœurs étaient innocents, les offrandes simples et pures , les rois se montraient les pères des peuples. Mais à la simplicité du culte primitif vint se mêler, sous leur règne, celui des astres, des génies et des planètes, représentés tels qu’ils étaient apparus à plusieurs saints et prophètes.

Or comment mettre les récits des Orientaux d’accord avec ceux des classiques? Un grand nombre de systèmes ont été inventés à ce sujet, notamment par les Allemands , aussi savants que laborieux; mais aucun ne saurait convaincre : nous ne leur emprunterons donc que les faits qui nous paraîtront les plus ‘Yraisemblables.

Les temps primitifs offrent un caractère plutôt mythique qu’historique : les constitutions astrologiques et les grandes périodes sidérales ont fourni , soit le fond , soit les circonstances de ces récits, dans lesquels les astres figurent comme des hommes, tandis que les prouesses des héros métamorphosés en planètes se confondent avec les révolutions de celles-ci. Des écrivains, cependant, veulent y retrouver la trace d’une grande monarchie qui, en communauté de langage, de croyances et d’institutions, aurait embrassé l’Inde, la Perse et l’Assyrie.

Le premier fait qui ressort de la connaissance des Naskas est leur analogie avec les Védas. Les deux langues sont sœurs (1) ; seulement le pelvi, agreste, moins développé, abonde en aspirations, tandis que le sanscrit est plus musical : le premier revêt le caractère des montagnes dont il ne franchit pas les limites; le second porte l'empreinte de climats plus doux et de divers mélanges. Comme on ne connaît jusqu’à présent que très-peu de chose des Naskas et peu des Védas, on ne saurait établir un parallèle complet; néanmoins ces quelques éléments suffisent pour attester la communauté de leur origine. Presque toutes les dénominations théologiques des Naskas figurent aussi dans les Védas; les noms des divinités sont presque les mêmes , bien qu’on ne puisse encore indiquer les traits particuliersquiles distinguent. Seulement, chosedigne de remarque, ce qu’une religion adore est souvent maudit par l’autre. Les Dévas sont des divinités bienfaisantes dans l’Inde, et dans les Naskas les Daévas sont les ennemis de l’homme. Ahouwra est le nom du Dieu suprême dans les Naskas, et les Asouras dans les Védas sont les génies du mal. Nous ne pouvons expliquer pour quel motif la même race parvint à des différences si fondamentales, tandis qu’elle resta d’accord sur d’autres points. De même, on rencontre

(1) Burnouf le démontre, Comm. sur le Yaçna.

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souvent dans les livres. sanscrits le nom de Mithras, si vénéré dans le magisme , qui lui donne pour compagnon , comme les premiers, Aryaman-Haoma, Dieu suprême des textes zends et identique avec Soma , divinité sanscrite; dans les deux religions , il est représenté par le suc de la plante sacrée, employée dans les sacrifices. Bien plus, le premier nom des deux peuples est le même, puisque celui d’4irya, célébré dans les Naskas comme titre national des peuples mèdes, indique dans le sanscrit (arya) les agriculteurs et les marchands, c’est-à-dire le gros de la population brahmanique ; Aryavarta est le nom primitif de l’Inde (1). Peut-être les deux nations se séparèrent-elles lorsque celle de l'Inde adopta le dogme panthéistique.

La plupart, distinguant dès le principe les Mèdes des Perses, rattachent aux premiers Zoroastre, le système des mages et la civilisation des Perses. Les Mèdes n’auraient d’ahord formé qu’un seul État avec les Bactriens , civilisés même avant eux; puis ils se seraient divisés en deux royaumes, auxquels se rapporteraient les dynasties différentes d’Hérodote et de Ctésias : mais leur origine et leurs relations avec les Assyriens demeurent tout à fait obscures.

La grande nation des Ériens, dont nous avons déjà parlé, se divisa ensuite en plusieurs peuples. Ceux de la Bactriane, plus voisins du sol natal, restèrent plus fidèles au nom et à l’idiome anciens; d’autres s’en allèrent vers le sud-ouest et le Caucase, où ils transportèrent le nom de l’Albordi et de l’Ériène (Arménie) : de sorte qu’il y eut des Ériens orientaux et des Ériens occidentaux. A ces derniers appartinrent les Mèdes , appelés Pahlavas par les Indiens, et les Perses qui, issus du rameau primitif, comme le témoignent des faits nombreux, s’établirent dans la contrée désignée particulièrement sous le nom de Pars.

Cette migration se rattache au nom de Schemschid , et nous en voyons l'indication poétique dans le Vendidad. L'Ériène-Veedjo, où Ormuzd plaça le premier homme , jouissait de sept mois d’été contre cinq d’hiver ; mais, Arimane l’ayant bouleversé, il n’eut plus que deux mois de chaleur. Les habitants le quittèrent donc, et Ormuzd créa pour eux seize autres pays, comblés de bénédictions. Ce fut ainsi qu’ils vinrent de l’est à l’ouest dans la Sogdiane, puis dans le Korassan, dans la Bactriane, enfin dans l’Iran. Là, les Bactriens et les Mèdes devinrent riches par le commerce, tan-

(1) Hérodote lui-même (livre VIT) dit que les Mèdes autrefois portaient le nom d’Ériens : ’Exahéovro Où néhu npù; névrwv *Apos.

dis que les montagnards s’occupèrent du soin des troupeaux; ce furent les Perses.

A peineles Perses commencent-ils à paraître, qu’ils tombent sous la domination, soit des Assyriens (1), soit des Arabes Chuscites, soit des Ghaldéens, représentés par Zoak, qui peut-être ne fait qu’un avec Nemrod, fils de Chus (2). L’Iran est alors divisé en deux : la partie occidentale appartient aux Chuscites, et l’est ou le nord devient la résidencedes Sémites. Dix siècles après, peut-être, ces derniers s’affranchissent sous la conduite de Férydoun (3) ou d’une famille qui se partage l'Iran, le Touran et les provinces de l’ouest, Bientôt les deux premiers pays deviennent ennemis, et deux guerres terribles avaient été soutenues de part et d'autre quand monta sur le trône Kaï-Kobad (4), c’est-à-dire le fondateur de la première dynastie mède des Kaïanides : cette dynastie met fin à la guerre avec le Touran, bâtit des villes et civilise Les Mèdes, qui apparaissent comme dominateurs.

La couronne passe alors à Déjocès , autrement à la dynastie des Kaï-Kous, vantée pour sa prudence et son courage, et qui fonde une ville sur une montagne (Ecbatane). Les victoires et les défaites se succèdent ; l'Iran se trouve deux fois sur le bord du précipice; il doit son salut à des héroset à des rois ( Roustam et Kaï-Kous), etrepousse les Scythes (Afrasiab) dans les déserts. Vient en dernier lieu Kaï-Kosrou (Gyrus), issu de deux races ennemies, élevé par son aïeul , auquel il succédera sur le trône, qui poursuivra Afrasiab jusqu'aux extrémités de la terre, et éteindra les inimitiés dans des flots de sang.

Il est inutile de s’arrêter sur les détails, car c’est déjà beaucoup si, dans une obscurité aussi complète, nous pouvons distinguer les masses principales. Nous remarquerons seulement que les Grecs se plaisent à embellir chaque chose et à lui imprimer le cachet européen, soit en commentant, soit en voulant circonstancier. Les Orientaux, au contraire, s’occupant de ce qu’il y a de sévère chez l’homme, de la passion et de la sagesse , encore plus que des faits, mettent souvent dans la bouche des monarques des préceptes de morale. Ils font dire à Férydoun : « Si l’homme con- « sidérait bien sa propre nature, la vanité des biens d’ici-bas et « la grandeur de Dieu, il appliquerait toute sa pensée à ce seul

(1) Selon Goerres, les Assyriens sont la dynastie des Pisdadianiens ; Schemschid représente les nations des Sémites.

(2) Ce nom comprendrait le Mardokente, le Ninus, le Sésostris des Grecs.

(3) Le Beletoras, Belraväs, de Ctésias, vers 1400 avant J.-C.

(4) Arsace, vers 900.

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les Grecs.

Être suprême. — Le monde ne fait que nous tromper ; en Dieu réside la vérité, — Que la richesse et le pouvoir ne t’enorgueillissent pas. — Que la chute de ceux que tu as vus élevés te serve de leçon. — Une même fin nous attend tous, et quand la mort nous pousse vers la tombe , qu'importe que nous partions d’une couche royale ou du plus misérable grabat ! le voyage est le même. »

Ils nous raconteront aussi que Kaï-Kosrou fit inscrire dans son appartement : « Ne prenons pas de nous une trop haute opinion « parce que nous nous trouvons au-dessus du commun des hom- « mes; car nous ne sommes pas plus sûrs de nos couronnes qu’ils « ne le sont de ce qu’ils possèdent. La couronne qui, après avoir

passé sur la tête de tant de monarques, pare aujourd’hui la

mienne, passera sur celle de mes successeurs. O roi, ne sois pas vain d’un bien aussi incertain et passager ! »

Leur histoire nous révèle ainsi ce caractère éminemment moral, que nous retrouverons dans toute la doctrine des Perses.

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