‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 3 sur 146 · CYRUS ET SES SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

CYRUS ET SES SUCCESSEURS

Les Perses, qui habitaient principalement les montagnes, de la frontière de Médie au golfe Persique, étaient divisés en dix tribus : trois nobles, les Pasargades, les Maraphins et les Maspiens ; trais agricoles , les Pantaliens, les Drusiens, les Germaniens ; quatre nomades, les Daunes , les Mardes, les Dropiques, les Sagartiens.

L'histoire s’occupe seulement des Pasargades , parmi lesquels était au premier rang la descendance d’Achémène (Schemschid), dont sortit Cyrus. Ce grand nom est l’anneau qui rattache les races primitives aux modernes, dont les Perses font eux-mêmes partie par l'esprit de conquête, source à la fois de tant de mal et de tant de bien, car la force elle-même devient un instrument de lumière. |

Déjà, du temps d’Hérodote, l’histoire de Cyrus, qui datait à peine d’un siècle, était altérée par les fables, cortége ordinaire de tout nom illustre (1). Xénophon en recueillit aussi de la bouche

trois récits divers : Torpdoias &XAGS GOoUÛs.

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des Perses eux-mêmes (1). Les traditions, tout à fait contradictoires, peuvent être ramenées aux faits suivants : Agradate, issu de l’une des tribus des Pasargades, et de la famille d’Achémène, s’étant signalé probablement par sa beauté, son courage, son habileté, et par sa haine pour le joug des Mèdes, fut élu chef de sa tribu, puis successivement de toutes les autres ; il descendit des montagnes natales, assaillit les dominateurs, vainquit Astyage, leur roi, et mit fin à l’empire médo-bactrien. Devenu souverain d’un nouveau royaume de Perse, il rendit son peuple sédentaire en construisant Pasargade , et mér'i: le titre de Cyrus (Koresc), c’est-à-dire soleil. De nouvelles carquôtes rangèrent sous son obéissance les Bactriens, les Indiens, les Ciliciens, les Saces, les Paphlagoniens, les Mariindvn'ens, les Grecs d’Asie, les Chypriotes, les Égyptiens, outre les Syriens, les Assyriens, les Arabes, les Cappadociens, les Phrygiens, les Lydiens, les Cariens, les Phéniciens, les Babyloniens. Les historiens varient sur les détails; cherchons à les mettre d’accord (2).

Babylone et Ninive, assises sur l’Euphrate et le Tigre, qui se jettent dans le golfe Persique, devaient naturellement désirer de communiquer avec la Méditerranée, afin de profiter du commerce des deux mers; Cyrus dirigea donc ses premières expéditions contre l'Asie Mineure : la grande diversité et le nombre de ses habitants

(1) Le titre même de Cyropédie n’annonce autre chose que l'intention de raconter l’histoire de l'éducation de Cyrus ; le but moral et politique y est si manifeste, qu’il exclut l’idée d’y chercher la vérité. La fin de l'ouvrage semble avoir été ajoutée par une autre main. Pour ne pas entacher son héros du crime d’usurpation, Xénophon fait Cyrus noveu d’Astyage et le défenseur de son fils Cyaxare ; mais, dans son histoire de la retraite des Dix mille, il s’accorde avec Hérodote et Ctésias pour le dire monté sur le trône après en avoir renversé son aïeul Astyage. Voy. FRÉRET, Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. VII.

(2) Xénophon, après avoir dépeint Cyrus comme le plus sage et le plus humain des princes, le fait mourir dans son lit après un règne de trente ans. Hérodote le représente comme un conquérant, fléau de l'humanité ; il le montre vaincu par Tomyris, reine des Massagètes , qui plonge sa tête dans un vase plein de sang, en ts. . Rassusie-toi de ce sang dont tu étais si altéré! Diodore le fait crucil:: «5: :‘sias le dit : de blessures reçues dans l’Hyrcanie. Son âge avs © 6! |. iv: seau de Pasargade , attesté par Arrien, indiquent qu’il mourut dans son lit, quoique la défaite dont il est question soit très-probable.

Il existe une ressemblance singulière entre les traditions relatives au fondateur de l'empire des Perses et celles qui regardent le fondateur de Rome. Astyage craint que sa fille Mandane ne mette au monde un fils, présage sinistre pour sa puissance. Amulius a la même crainte à l’égard de Rhéa-Sylvia. Cyrus est élevé par une chienne, Romulus par une louve; l’un et l’autre se mettent à la tête de bergers, s’exercent à la chasse et à divers jeux, jusqu’à ce qu’ils délwrent leur peuple et fondent, l’un un empire , l’autre une ville.

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l'avaient toujours empêchée deseréuniremun seul État. A l'occident, étaient les Cariens; les Phrygiens vivaient dans Pintérieur jusqu’à l’Halys; de l’autre côté de ce fleuve, habitaientles Syriens, les Cappadociens, et, dans la Bithynie, les Thraces. L'histoire fait une mention spéciale des royaumes de Troie, de °hrygie et de Lydie. Nous avons déjà parlé du premier ; quant aux rois de Phrygie, presque tous appelés Midas et Gordius, leur histoire est environnée de fables.

Les Phrygiens sont un peuple antique, puisque Namacus, leur premier roi , est antérieur à Deucalion. Déjà civilisés , ls savaient tisserles étoffes (opus phrygium);ilsinventèrent l’anere,le char à quatre roues et l’art d'exploiter les mines. L’histoire fait mention d’un certain Darès , historien phrygien , et du fabuliste Ésone. Midas If, sous le règne duquel le pays jeta son plus vif 6e. t, offrit au temple d’Apollon un trône magnifique. Midas Y mourut sans lasser d’héritiers, et ce royaume tomba sous le joug de la Lydi

Les Lydiens ou Méoniens, branche de la population csrienne , étaient constitués en monarchie dès les temps ies plus r s; ils s'étaient accrus de gens de toute nation qui accouraient , CEUX comme dans un pays où se faisait un commerce très-aclit, urtout

en esclaves, et où le fleuve Pactole etle mont Tmolus fourm-saient de l'or en abondance, or qui, recueilli en paillettes, s’acew ulait dans le trésor royal. Les premières hôtelleries pour les étræsers furent établies en Lydie ; on fabriquait dans ce pays de petits 1hjets de luxe et des jouets divers. Les poëtes célèlwes auxquels lle donna naissance, et parmi lesquels il suffit de nommer Homes , firent inventer la fable des cygnes; mais les mœurs des Lydiems étaient excessivement corrompues, et les femmes se faisaient une dot en vendant leurs faveurs.

Trois dynasties s’y succédèrent : celle des Atyades, tout à fait fabuleuse, régna jusqu’en 1292 ; celle des Héraclides, qui commençaavec Argon, fils de Ninus, finit en 708 ; enfin, celle des Mermnades, auxquels commencent seulement les temps certains. Gygès, ayant tué le dernier Héraclide Candaule, régna jusqu’en 670; continuellement en guerre avec les colonies grecques établies le long des côtes de l’Asie Mineure, il s’empara de Colophon. Ardyr II, qui régna jusqu’en 621 , conquit Priène; mais sous lui le pays fut désolé par les incursions des Cimmériens. Sadyattes occupa le trône jusqu’en 610, et jusqu’en 559 Alyattes, qui expulsa tout à fait les Cimmériens, soutint une guerre contre Cyaxare et fit l’acquisition de Smyrne. Enfin , parut le célèbre Crésus, qui conquit Ephèse, subjugua l'Asie Mineure jusqu’à l’Halys, porta au plus

Lydie.

Crésus.

haut degré de grandeur le royaume de Lydie, et fut près de réunir toute l’Asie antérieure en un seul empire. On rapporte que, dans ses voyages , Solon, l’un des sages de la Grèce, étant arrivé à la cour de Crésus, ce prince, après lui avoir montré ses immenses richesses, lui demanda s’il avait jamais connu quelqu'un de plus heureux que lui.

Oui, répondit le sage ; j’ai connu l’Athénien Tellus, qui vécut sans être ni riche ni pauvre, et mourut les armes à la main pour sa patrie en laissant deux fils dignes de lui.

Et après celui-là? reprit le roi.

Après celui-là, je crois que nul ne fut plus heureux que Cléobis et Biton, les fils d’une prétresse de Cérès. Les bœuÿfs qui devaient la conduire jusqu’au temple pour un sacrifice solennel , tardant à venir pour étre mis au char, ils s’y attelèrent eux-mêmes. Leur mère, transportée de joie, pria la déesse de leur accorder la plus grande récompense qu'un homme puisse obtenir. On les trouva morts tous deux le lendemain matin.

Et moi, tu ne me comptes donc pas au nombre des heureux? continua Crésus.

On ne peut dire que quelqu'un soit heureux tant qu'il vit encore.

En effet, Cyrus s’avança contre lui, le défit à Thymbrée, en Phrygie, et le condamna au supplice du feu. La légende raconte en outre que Crésus, enchaîné sur le bûcher (1), se rappelant sa grandeur passée et la chute qui lui avait été annoncée , s’écria : O Solon, Solon! Cette exclamation fut rapportée à Cyrus, qui voulut en savoir la cause; l'ayant apprise, il s’appliqua la leçon et rendit la liberté à Crésus(2).

La bataille de Thymbrée , l’une des plus importantes de l’antiquité, décida de l'empire de l'Asie, et mit la région antérieure aux mains de Cyrus, tandis que ses généraux s’emparaient des colonies gr cques. Il fonda dans l’Asie Mineure dix satrapies qui eurent une grande influence sur l'avenir dela Grèce : la principale fut celle de Lydie avec la cité de Sardes, où séjournaient les rois

(1) Quand on connaît le respect des mages pour le feu, on est forcé de voir dans cet acte la preuve, comme nous l'avons dit tant de fois, que la religion des Perses différait de celle des Mèdes.

(2) Solon était mort, néanmoins, l’année où Crésus monta sur le trône. Plutarque ajoute que le fabuliste Ésope vivait alors à la cour de Crésus, et qu'il dit à Solon: On ne doit pas converser avec les princes, ou bien on doit leur être agréable. » Solon lui répondit qu'on ne doit pas les approcter, ou qu'il faut leur dire la vérité.

La chronologie est très-incertaine,

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de Perse quand ils venaient visiter les rives fabuleuses du Méandre et du Caystre. Cyrus, voyant toutefois que les colonies grecques supporteraient difficilement le despotisme , inconciliable avec la liberté nécessaire au commerce , leur donna pour chefs leurs citoyens les plus marquants; et ses successeurs les gouvernèrent plutôt par l'adresse que par la force. La politique, ou peut-être la nécessité, lui fit laisser partout en vigueur les lois et la forme de gouvernement établies ; il se borna à préposer un des siens à la surveillance générale.

Cyrus, étant retourné en Orient, assiégea Babylone, où régnait Balthazar, jeune homme inconstant et plein d’orgueil. Ce prince, afin de s’étourdir sur le péril, donna un festin splendide aux sei gneurs et à ses femmes; mais l'Hébreu Daniel vint troubler la joie de l’orgie enlui prédisant la fin de son règne. Cette nuit même, en effet, Cyrus, ayant détourné le fleuve , pénétra dans la ville par les canaux, et Balthazar passa de l’ivresse à la mort.

Cyrus trouva dans Babylone les Hébreux esclaves, auxquels il devint favorable à cause de la ressemblance des croyances; il fit alors publier dans tout le royaume que tous ceux qui voudraient retourner dans leur patrie, étaient libres de partir, et leur restitua les vases que Nabuchodonosor avait enlevés du temple de Jérusalem pour les placer dans les siens.

Cyrus agrandissait ses États soit par la conquête, soit par les souinissions volontaires qu’il acceptait, comme il fit à l’égard des villes de la Phénicie ; sa domination s’étendit ainsi de l’Indus et de l’Oxus jusqu’à la mer Égée, et de la mer Caspienne au golfe Arabique. Mais, s’étant avancé contre les nomades de l’Asie antérieure, il fut défait au milieu de ses déserts, et mourut dans un âge avancé. « Son « tombeau, à Pasargade, était entouré d’un grand nombre d’arbres, « d'eaux abondantes et d’une riche végétation. La base, en pierre, « avait quarante pieds en carré; au-dessus s'élevait une cellule « aussi en pierre, où l’on entrait par une porte très-étroite. Là « était déposé le cercueil d’or aveclesrestes du héros, et, auprès, un « trône aux pieds d’or, dont les degrés étaient couverts de tapis « babyloniens. Sur le catafalque étaient étendus des vêtements « précieux , de diverses couleurs, d’un travail mède et babylo- « nien; des colliers, des sabres, des pendants d'oreilles en or et « en perles. À côté s'élevait l'habitation des mages , auxquels, de « père en fils, était confiée la garde du tombeau. Le roi leur « donnait par jour un agneau, une mesure de blé et de vin, et, « chaque mois, un cheval à immoler à Cyrus. On lisait sur le « monument: Mortel, je suis Cyrus, qui assurai l'empire aux

Cyrus prend Babylone.

Cambyse.

Conquête de l'Egypte.

« Perses et gouvernai l'Asie : ne m'envie pas la tombe (1).»

Les Perses, comme il advient de tous les peuples grossiers vainqueurs de nations policées , adoptèrent la civilisation, les lois, le culte des Mèdes, et altérèrent ainsi leurs usages primitifs. La classe des mages, gardienne des lois et des rites mèdes, fut conservée ; mais , comme elle perdit de son ancienne omnipotence , elle frémissait sous la main vigoureuse du vainqueur. Les autres classes étaient soumises , mais non réduites ; Cyrus, occupé de guerres continuelles , ne put ni rétablir l’ordre à l’intérieur, ni s’occuper dela fusion d'éléments aussi nombreux et aussi hétérogènes. Ainsi, les louanges qu’on lui décerne pour avoir laissé aux vaincus leurs propres lois signifient qu’il ne mit aucun frein à la tyrannie des chefs militaires, institués par lui dans chaque pays pour le maintenir dans l’obéissance , ni à l’arbitraire des exacteurs chargés de la perception des impôts.

Cyrus laissa deux fils : Cambyse (Kekobad) et Smerdis (Tanyoxarce ). Le premier lui succéda au trône de Perse ; l’autre eut la Bactrianeet les pays à l’orient , affranchis de tout tribut. Mais ‘ambitieux Cambyse le fit mettre à mort ; puis, désireux d'étendre les conquêtes paternelles, aiguillonné de plus par une haine particulière contre Amasis , roi d'Égypte, il se mit en marche pour soumettre ce pays.

Nous avons vu comment Psammétique avait rétabli l'unité en Égypte; mais ce prince ruina la constitution de son royaume, en s’entourant d’abord de soldats cariens, ioniens, libyens, qui faisaient de leur courage Vignoble trafic qui se continue encore dans la Suisse républicaine ; puis, illivrala plus grande partie du commerce aux Grecs, qui établirent une colonie dans un nome ayant autrefois appartenu à la caste des guerriers. Ceux-ci, blessés de cette préférence, émigrèrent en grand nombre, pour chercher, avec leurs femmes et leurs enfants, une nouvelle patrie dans le fond de l’Éthiopie, où ils bâtirent des villes et répandirent la civilisation. Les armées égyptiennes se réduisaient donc à des mercenaires et à des soldats recrutés dans les derniers rangs de la société. Psammétique, n’ayant plus, pour les refréner, les priviléges de la caste militaire, se laissa donc entrainer à l'esprit de conquête que les législateurs avaient mistant de soin à comprimer. Il voulut soumettre à ses lois la Syrie et la Phénicie , pays extrê-

(1) Tels sont les termes d'Anne, VI, 29. Le cheval devait probablement être iminolé au soleil, appelé aussi Cyrus ( Koresc), ce qui expliquerait l'erreur dans

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Néchao IT , son fils, poursuivant l’exécution de ses projets , s’avança jusqu’à l’Euphrate; mais il fut battu à Circésium par les Chaldéens de Nabopolassar IT. Il fit construire beaucoup de vaisseaux, tant sur la Méditerranée que sur la mer Rouge , dans l’intention de les réunir toutes les deux par la bouche Pélusiaque du Nil , au moyen d’un canal percé à travers le mont Casius. Cent mille hommes périrent à ce travail , qu’un oracle ou plutôt d’immenses difficultés firent abandonner, et qui ne fut terminé que par Darius II.

Psammis , fils de Néchao II, se mit à la tête d’une expédition qu’il fit en Éthiopie, probablement contre les guerriers émigrés. Apriès (Pharao Hophra) battit sur mer les Phéniciens , mais il fut défait par les Cyrénéens , ou ( selon la Bible ) par Nabuchodonosor, qui parcourut triomphalement l'Égypte.

Amasis, soldat de fortune , étant parvenu au trône , caressa les prêtres, se montra bienveillant envers le peuple, sans négliger les Grecs , auxquels il permit d’avoir des temples , et, de plus, un tribunal à Naucrate sur le rameau Canopique du Nil. Il fit alliance avec Cyrène , rendit Chypre tributaire, et s’efforça de ramener les lois égyptiennes à leur origine, en même temps qu’il ornait les temples de colosses et d’autres magnificences. Il fléchit devant Cyrus; mais ayant refusé sa fille à Cambyse , il s’attira sa colère, et mourut au moment d’en éprouver les effets.

L’Égypte subissait la peine de son long isnlement ; la désunion entre le roi, les prêtres et les guerriers, la jetait dans l’épuisement ; aussi, lorsque Cambyse se fut avancé contre Psamménite , successeur d’Amasis, une seule bataille et dix jours de siége lui livrèrent Memphis et tout son territoire. On dit que les Perses firent ranger sur le front de leur armée une ligne d’animaux sacrés, et que les Égyptiens , de peur de diriger leurs coups sur leurs dieux , laissèrent avancer les assaillants sans résistance (1).

Après avoir réduit l’Égypteen province perse, Cambyse, entrainé par l'horreur que sa religion lui inspirait pour l’idolâtrie, résolut de détruire son culte sur les bords du Nil; mais on ne change pas une religion par des violences et des outrages. Combien

(1) Hénovore, liv. IL, raconte que, de son temps, on distinguait encore sur le champ de bataille les crânes des Égyptiens de ceux des Perses, ceux des premiers étant très-durs , attendu que dès leur première enfance ils avaient la tête rase et nue, tandis que les Perses l'avaient toujours couverte, C’est là la plus ancienne observation crânologique.

dut souffrir et s’irriter une nation aussi pieuse envers les morts, lorsqu’elle vit cet étranger faire exhumer la momie d’Amasis, la frapper, la percer de coups d’épée , et enfin la brüler! Dirigé par le même sentiment, Cambyse détruisit en un moment des édifices qui avaient coûté des siècles de travail, et dont les ruines déposent encore contre lui; mais les prêtres , dépouillés par ce prince de leurs priviléges, ont exagéré ses fautes en les transmettant à la postérité.

Que dit-on de moi? demanda un jour Cambyse à Prexaspe , son favori; celui-ci, ne se rappelant pas que les grands ne veulent guère ouir la vérité, même quand ils la demandent , répondit : On admire tes grandes qualités; mais on te reproche de trop l’abandonner au vin.

Eh quoi! reprit Cambyse, pensent-ils que j'en boive jusqu'à perdre la raison ? Tu vas en juger. Il vide maintes fois sa coupe, puis fait venir un jeune enfant, fils de Prexaspe, ordonne qu'il soit placé au fond de la salle, la main gauche sur la tête, prend son arc et, après avoir annoncé qu'il vise au cœur, il tire sur le jeune enfant, qui tombe; il ouvre sa poitrine palpitante, et, montrant à son père le cœur percé ae la flèche : Est-ce que la main me tremble? lui dit-il d’un air triomphant,. Et le courtisan de répliquer : Apollon n'eùt pas élé plus adroit! Les juges de son royaume furent plus avisés , lorsqu'il leur demanda si les lois du pays lui permettaient d’épouser sa sœur; ils répondirent qu’elles le défendaient, mais qu’une loi donnait au roi de Perse le droit de faire ce qui lui plaisait, et Cambyse l’épousa. On rapporte aussi qu’il fit mettre à mort un juge prévaricateur, et recouvrir avec sa peau le siége sur lequel devait s’asseoir son fils en succédant à sa charge, atin qu'il eût toujours cet exemple sous les yeux.

Il transporta dans la Susiane une colonie d’Égyptiens; Cyrène et la Libye se soumirent à lui volontairement. Il forma le projet de porter la guerre dans des contrées célèbres , que la piété , le commerce et leur richesse avaient rendues fameuses, c’est-à-dire Ammonium , à l'occident, et Méroé, au midi de l'Égypte; mais s’étant enfoncé imprudemment dans les sables du désert , il perdit son armée (1), et les prêtres dirent que c’était un châtiment dont le frappaient les dieux outragés. Il dirigeait encore ses vues sur Carthage ; mais il ne put rien tenter contre elle , parce que les Ty-

(1) En 1805, une caravane composée de 2,000 individus, fut engloutie par les flots de sable.

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