CHAPITRE X
Aucun peuple de l'antiquité n’envoya au dehors autant de colonies que la Grèce; elles contribuèrent plus qu’on ne saurait le croire à la civilisation et à la richesse de la mère patrie. Leur puissance devint assez grande pour faire pencher la balance en sa faveur dans les plus graves événements politiques(1). Rien ne prouve autant le génie des Grecs, toujours portés au mouvement, que cette incessante activité à se répandre partout, des rivages de l'Asie Mineure aux anses les plus reculées de la mer Noire, du Nil aux côtes méridionales de la Gaule, de l’Espagne, et jusqu’à la Baltique (2). La jeunesse allait y chercher des aventures, les mar-
(1) SaiTE Croix , sur les Colonies des peuples anciens; Paris, 1786. — D. H. Hecewisca, Notions historiques et géographiques sur les colonies grecques; Altona, 1808. Excellent travail. — RaouL-RocHETTE, Histoire critique de l'établissement des colonies grecques ; Paris, 1815 ; ouvrage qui embrasse et les anciennes colonies des Pélasges et les nouvelles colonies des Macédoniens, avec plus d’érudition que de méthode et de critique. C’est encore le traité le plus ample, le plus utile et le mieux fait sur cette question.
(2) Colonies éoliennes. Ægées, Cume, iarisse, Grynium, Lesbos, Temnos, Pitane, Cilla, Notium, Égiroesse , Néontichos, Myrine avec ses dix villes, l’île de Ténédos. Dans l’Asie Mineure, Protosélène , Lyrnesse, Adramytte, Thèbes, Antandre, Assos, Hamaxite, Néandrie, Élée, Atarne, Andérie, Chrysa, l’antique Pergame , Teuthrenie, Cébrène, Gargare, Sigée, Célène, Syllium , Carène, Cisthène, Astyra, Perpérène, Magnésie sur le Méandre, Sida en Pamphylie, Abydos. En Thrace, Énos, Alopéconnèse, Sestos. En Italie, Spina , sur le P6, en considérant les Pélasges comme Grecs; Cume, dans le pays des Opiques; Parthénope et les îles Pithécuses.
Colonies ioniennes. Milet, Myonte, Priène, Éphèse, Colophon, Lébédos, Téos , Clazomène , Érythrée, Smyrne, Phocée, Samos, Chios, Mycale, Tralles, Néapolis, Phygèle, Panormos, Posidéon, Athymbra, Hydrèle, Coscinus, Orthosie, Mastaura, Acharaque, Thessalocé, Pélopé, Dascylium , Samorne , Parthénie, Héraclée de Carie, Myrlée en Bithynie, Cionte en Mysie, Polichna dans la Troade. Dans la Chalcidie, Sanos, Acanthe, Stagire. En Thrace, Amphipolis, Argile, Esymna, Galepsus, Éléonte, Abdère, Périnthe. Dans l'Égée, Thasos, Imbros, Lemnos , la Samothrace. Dans les Cyclades, Céos, Cythnos, Sériphe, Siphnos , Cimole, Andros, Gyare, Ténos, Syros, Délos, Mycone , Paros, Naxos, Amorgos; et Pharos, île voisine de l’Illyrie, plus Ammon en Libye.
Colonies doriennes. Indépendamment des villes principales de Milet, de Phocée, de Samos, d'Égine : Pédase, Mynde, Triopium, Mylése, Limyre, Thermes, Héraclée, Aspende, dans l’Asie Mineure. En Cilicie, Tarse, Lyrnesse, Mallos, Anchiale, Soli, Dans les Sporades, Pathmos, Calymne, Rhypara, Caryande près de la Carie et Carpathos. En Macédoine, Œnos, Pydna, Mé-
chands des richesses , les vaincus le repos. Les républiques y envoyaient les gens remuants et l'excès deleur population ; car, dans les aristocraties plus ou moins développées, Padministration de l'État étant considérée comme une source de profits, les privilégiés
désiraient être aussi peu nombreux que possible, pour augmenter .
d’autant leur part d’avantages.
L’aristocratie puisait de nouvelles forces dans les colonies, parce que les fondateurs étaient tenus pour sacrés, et, par gratitude, élevés au trône. Le territoire se partageait entre les colons avec cette égalité qui fut le rêve de tous les hommes d’État de la Grèce ; mais cétte égalité durait peu, et les colons enrichis retournaient dans la mère patrie.
Ces colonies faisaient revivre sur la terre étrangère les noms du pays natal, de même que les nôtres ont rempli l'Amérique et la Nouvelle-Hollande de noms européens. La communauté d’origine n’entraînait pas la communauté de pensées, et les colonies se développaient selon les circonstances locales. Les colonies que fondaient des exilés étaient tout d’abord indépendantes; mais celles qu’envoyaient les métropoles suivaient pour la plupart les lois de la mère patrie, et recevaient d’elle leurs prêtres et leurs magistrats : puis venait l'instant où la force manquait à la métropole pour les dominer ; alors la dépendance se relâchait, et ilne restait plusguère qu’une confédération, ayant pour lien la communauté d’origine et
thone, Thermos. Chez les Chalcidiens , Potidée, Mende, Scione, Pallène, Égée, Aphytis, Olynthe, Torone, Sermylie, Chalcis, Spartole, Olophyxe, Cléone, Thysios, Apollonie, Dium, Acroate, Astacus, En Thrace, Eion, Maronée, sé lymbrie , Byzance, Mésembrie ; Issa , 1 , Nauloque, dansla Scythie. EnBithynie, Chalcédoine, Astacus , Seyros, Péparèthe, Sciathos , Astypalée. En Illyrie, les îles d'Issa, Tragurium et Corcyre la Noire; en outre, Épidamne, Apollonie, Lissos, Acroliss08 , Orique. Chez les Molosses , Ambracie. Dans ’Acarnanie , Anactorium, Molycrie, Argos Amphiiochique. Dans les iles Ioniennes, Corcyre, Céphallénie : Ithaque, Leucade, Zacynthe, les Échinades, Cythère, Mélos, l’unedes Cyclades.
La seule ville de Milet avait pour colonies : Cyzique, Astace et Proconnèse , dans la Propontide; Milétopolis, en Mysie; autour de l'Hellespont, Priape, Colone, Pariam, Lampsaque, Gergithe, Arisba, Limnée, Percote et Zélie, au pied de l’ida. Près de Milet étaient lasos, Latmos , Héraclée ; dans les Sporades, lcarie, Léros; sur les côtes de la mer Noire, Héraclée des Mariandyns, Tium, Sinope, Cotyore, Sésame, Chromne, Amise, Cérasonte, Trébisonde ; dans la Colchide, Phasis, Dioscuris; dans la Thrace, Anthéa, Anchialé, Apciionie, Thynias, Phinopolis, Andriacé, Crithote, Pactye, Cardie, Déultum; chez les Scythes, Odessus, Cruni, Calathis, Toni, Istropolis, Tyra, Olbie; dans la Chersonèse Taurique, Théodosie, Nymphée, Panticapée, Myrmécie; dans le Bosphore Cimmérien , Phanagorie, Hermonasse , Cépi; dans la Sarmatie, Tanaïs; en Chypre, Salamine; en Égypte, Naucratis, Chemmis-Paralie ; sur le Tigre, Ampé ; sur l'Euphrate, Clauda.
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de religion. Le commerce était la principale source de leur prospérité ; placées généralement dans des régions très-favorables, appelées à se constituer chacune un gouvernement , une administration, elles multipliaient les expériences, faisaient mûrir les idées politiques, et hâtaient par elles le développement des intelligences. Aussi les plus beaux esprits de la Grèceappartiennent-ils à ses colonies : Hérodote à Halicarnasse, Hippocrate et Apelles à Cos, Homère à l’lonie, Thalès à Milet, Pythagore à Samos, Xénophane à Colophon, Anacréon à Téos, Anaxagore à Clazomène. Dans l'architecture , elles créèrent les ordres ionique et dorique; la philosophie prit son premier essor dans l'Ionie. On dirait qu’elles durent servir de canaux pour transmettre à l’Europe les connaissances de l’Asie et de l’Afrique.
Bien que séparées de la mère patrie , les colonies conservaient pour elle de l'attachement, puisqu’elles lui avaient emprunté leur culte, leurs institutions , leurs lois civiles et politiques. L’Apollon de Delphes, le Jupiter d’Élis et la Minerve d’Athènes recevaient des offrandes des colonies. En outre, le droit d’hospitalité qui s’exerçait parmi les citoyens des divers États de la Grèce, s’étendait aux colonies respectives; leurs habitants avaient donc dans la métropole des protecteurs qui les recevaient chez eux, les défendaient et surveillaient leurs affaires. Non-seulement ils assistaient aux jeux publics et aux solennités religieuses, mais ils pouvaient concourir pour les prix. Dans leurs relations commerciales avec la métropole, exportations et importations, les colonies jouissaient de l’imnunité ; la métropole admettait parmi ses citoyens (isopolitia) les colons qui le méritaient. Les citoyens de la mère patrie qui se transportaient dans une colonie , y exerçaient la présidence (proedria) des sacrifices et des fètes, et étaient admis dans les assemblées du sénat et du peuple.
Nous n’entendons point parler ici des colonies des Pélasges et des Hellènes qui, dans des temps très-reculés, passèrent en Italie et en Espagne; elles cessèrent tout à fait d’être grecques, et nous nous en sommes occupé ailleurs. Il s’agit maintenant de celles qui plus tard s’établirent, à lorient, sur les côtes de lAsie Mineure et de la Thrace ; au couchant, dans la Sicile et dans la basse Italie; puis de quelques autres, éparses sur des rivages plus lointains.
A peine l’expédition des Argonautes et la guerre de Troie eurent-elles fait connaître aux Grecs les plages de l'Asie Mineure, que les colonies s’y multiplièrent, de l’Hellespont jusqu'aux confins de la Cilicie : ce furent les plus anciennes et les plus importantes. Elles fleurirent par le commerce non moins que par la
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