‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 26 sur 146 · FETE IE MC · texte numérisé non relu

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Colonies éoliennes.

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poésie, qui rendit si célèbres les cygnes du Caystre ; ce fut peutêtre l’invasion des Doriens qui poussa sur ces bords les premières colonies éoliennes, dans lesquelles il faudrait plutôt voir des immigrations et des déplacements de peuples expulsés. Les Pélopides, chassés du Péloponèse, s’y établirent; Oreste, Penthilus , son fils, Archélaüs, fils de ce dernier, Graïs ou Gras, fils d’Archélaüs, étendirent successivement leur lente conquête jusqu’à l’Hellespont. Les Béotiens et autres Grecs exilés de leur patrie vinrent se joindre à eux, et les aidèrent à s'emparer de la Mysie et de la Carie, des îles de Leshos , Ténédos , Hécatonnèse. Ils conquirent sur le continent jusqu’au mont Ida, y propagèrent le nom d’Éolide et fondèrent douze cités, parmi lesquelles Cume ct Smyrne brillèrent au premier rang. Cette dernière, qui se vantait d’avoir donné le jour à Homère et qui lui avait élevé un temple, fut depuis comprise dans l’Ionie; détruite par les Lydiens, vers 600, elle fut reconstruite quatre cents ans après par Antigone.

De même que lon citait l’Ionie pour la douceur de son climat, l'Éolide l'était pour son étendue et sa fertilité; comme chacune de ses villes avait sa constitution particulière, au fond démocratique, et qu’elle se trouvait ainsi agitée par les dissensions intestines, les Æsymnètes avaient la mission de les apaiser, et des pouvoirs illimités leur étaient confiés à cet effet pour un temps déterminé, Elles tenaient des assemblées générales, mais seulement dans des circonstances graves, et le plus souvent à Cume. Le principal établissement des Éoliens fut Lesbos, habitée d’abord par les Pélasges, et qui, après avoir été gouvernée par plusieurs tyrans, dut sa constitution à Pittacus, l’un des sept sages de la Grèce. Le poëte Alcée, qui conspira contre lui, lui reproche d’être gras, d’avoir de grands pieds, d’être négligé dans ses vêtements et de sortir d’une famille obscure : gloire à lui siun ennemi ne sut lui trouver que de pareils torts! 11 disait : Æeureux le peuple qui ne permet pas aux méchants de le gouverner, et qui y oblige les gens de bien. — Le pardon vaut mieux que le remords d'un châtiment irréparable. — L'État le plus fort est celui que régissent des lois écriles et connues de tous.

Dans la prospérité, fais-loi des amis ; dans la disgrâce, éprouveles. — Prévois les malheurs afin de les éviter, el supporte-les quand ils sont arrivés. — Ne fais pas connaitre les projets, dans la crainte d’exciter la railleries s'ils échouent. — Pouvoir faire le mal est un grand encouragement à mal faire.

Ses aa punissaient doublement celui qui commettait un délit son intention étant de prévenir les excès auxquels

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entrainaient les vins célèbres de Lesbos. Mitylène était la ville la plus renommée du pays; extraordinairement riche et puissante sur mer, On ne la citait pas moins pour ses mœurs efféminées. La tête d’Orphée y rendait des oracles , et le temple de Junon était l’arène où les femmes se disputaient le prix de la beauté. Arion et Terpandre se firent une grande réputation comme musiciens ; leur art devait être en honneur chez les Mityléniens, puisque, voulant

punir des alliés infidèles, ils défendirent d'enseigner à leurs enfants

la musique et les belles-lettres.

À la même époque de l'invasion dorienne , les loniens , chassés du Péloponèse par les Achéens, s'étaient réfugiés à Athènes. Nélée et les autres fils de Codrus, que la liberté nouvelle excluait du trône , ne pouvant rester tranquilles, l’oracle de Delphes, c’est-àdire l’assemblée des Amphictyons, leur ordonna d'emmener les loniens hors de l’Attique : sage expédient pour obvier à une restauration menaçante. Des Thébains, des Phocidiens, des Abantes de l’Eubée et d’autres Grecs dispersés dans cet ébranlement général, se joignirent à eux, et ilsallèrent occuper les plages méridionales de la Lydie et celles au nord de la Carie; cette contrée reçut dès lors le nom d’lonie. Ils fondèrent douze cités, nombre rituel que nous retrouvons dans toute l'antiquité : sur la terre ferme (en les désignant du nord au midi) Phocée , Érythrée, Clazomène, Téos, Lébédos, Colophon, Éphèse, Priène, Myonte, Milet ; dans les îles, Samos et Cos. Dans le Panionium, temple de Neptune, bâti à frais communs sur le promontoire de Mycale, ils célébraient les solennités nationales, et délibéraient sur les intérêts généraux. Les formes républicaines prévalaient généralement dans toutes ces villes; mais le triomphe alternatif des factions les livrait tantôt aux maux de la tyrannie, tantôt à ceux, pires encore, de l’anarchie. Les villes, pourtant , restèrent indépendantes l’une de l’autre jusqu’à ce qu'elles se soumirent aux Mermnades, qui occupaient le trône de Lydie, et aux Perses de Gyrus ; mais elles conservèrent, même sous la domination étrangère, leur constitution intérieure, payant seulement un tribut , et aspirant toujours à recouvrer leur entière liberté, ce qui fut la première cause de la guerre contre les Perses.

Les philosophes Bias et Thalès, l'écrivain politique Hippodamus, natif de Milet comme Anaximandre, fondateur de l’école ionienne, Anaximène, son élève, et le géomètre Euclide, Anaxagore de Clazomène , Archélaüs, le maître de Socrate, Xénophane de Colophon, et d’autres noms illustres, rendent témoignage de l’état prospère des étüdes dans l'ionie ; mais ces études profitèrent

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Colonlies ioniennes,

Milet,

peu à la liberté politique, car la douceur du climat, l’opulence, l'exemple des Asiatiques rendirent les foniens mous et efféminés.- La poésie, devenue chez eux un instrumént de mollesse et de corruption, essayait pourtant. quelquefois de les arracher à ce sommeil paresseux. Callinus disait aux jeunes Éphésiens : « Jus- « qu’à quand resterez-vous oisifs, Ô jeunes gens? n’aurez-vous jamais une âme forte et vaillante? Vos voisins ne vous font-ils pas honte, insouciants que vous êtes? Espérez-vous dormir en paix, quand la guerre envahit toute la terre? Léte Vaul levez- « vous : que chacun, dans le combat, heurte de son bouclier un « ennemi, et lance en mourant un dernier traits car il est hono- « rable, il est glorieux de combattre pour sa patrie , pour ses en- « fants, pour sa jeune épouse. La mort viendra quand lès Parques « l’auront décidé. Eh bien! marchez én avant la pique haute, et « sous Je bouclier ramassez toute votre énergie au moment de la « mêlée. L'homme ne peut fuir l'heure fatale, füt-il même du sang « desdieux immortels. Souvent celui qui, par la fuite, se soustrait « au tumulte de la bataille, au sifflement des javélots, trouve la « mort dans ses foyers; mais il ne laisse dans le péuplé aucun sou- « venir d'affection, aucun regret, tandis qué Si quelqu'un tombe « victime du sort, petits et grands le pleurent, car ils l'ont vu, « semblable à üne tour, faire seul ce qui sérait étonnant de la « part de plusieurs. »

Milet avait été fondée par les Cariens, avant l’arrivée des Ioniens; mais elle n’acquit qu'après leur arrivée la richesse et la puissance, qu’elle dut surtout à Son commerce, présque égal à celui de Tyr et de Carthage. Elle arma jusqu’à cent vaisseaux dans ses quatre ports, et, semblable à la Doris de la fable, mère de cinquante filles, elle avait fondé près de trois cents colonies, principalement sur la mer Noire et sur la mer d’Azof; de là, elle pénétrait dans la partie méridionalé de la Russie moderne, et, vers lorient, dans la grande Bucharie, c’est-à diré jusqu'aux pays voisins de la mer Caspienné, pour en tirer des blés, des poissons séchés, des esclaves et des fourrures ; en même témps elle suivait par terre la route que les Perses avaient ouverte, et, s’avançant au loin dans l’intérieur de l'Asie , elle s’assurait le monopole des denrées septentrionales.

Agitée par des dissensions intestines, clle réclama l’arbitrage de quelques habitants de Paros, qui se rendirent à son invitation ; les envoyés visitèrent le pays, ét, remarquant les terres les mieux cultivées, ils conseillèrent aux Milésiens de confier Île

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raient dans l’administration de la chose publique le même soin attentif dont ils avaient fait preuve pour leurs intérêts domestiques.

Une autre fois, les jeunes filles furent prises d’une telle manie de suicide que prières, remontrances, châtiments, étaient impuissants à les en détourner. Le seul remède efficace fut de décréter que le cadavre de celles qui se donneraient la mort serait exposé nu aux regards du public ; ainsi, le sentiment de lapudeur l'emporta chez elles sur l'instinct de la conservation.

La période de la plus grande splendeur de Milet est comprise entre les années 700 et 500 avant J.-C, ; c’est à cette dernière époque qu’elle prit part à la révolte d’Aristagoras contre les Perses , qui la renversèrent de fond en comble (1) en 496.

Le commerce de Phocée s’étendait au contraire vers l’occident ; elle était renommée pour ses fortes murailles, la construction particulière de ses vaisseaux, ses belles campagnes arrosées par lHermus, les qualités propres à ses citoyens, rusés, laborieux et passionnés pour la liberté. Elle lançait jusqu’au détroit de Gadès ses navires, qui visitaient les côtes de l'Italie, de la Gaule, de l’opulente Espagne, et surtout l'ile de Corse, fondant différentes colonies. Lorsque les Perses se furent rendus maîtres de l’Ionie, les Phocéens, impatients du joug, s’expatrièrent. Bien qu’ils eussent, en jetant une masse de fer rouge dans la mer, proféré des imprécations contre ceux qui reviendraient dans leur pays avantque cette masse de fer surnageût, quelques-uns se repentient etrentrèrent dans l’Ionie; mais la plupart se fixèrent en Corse, où ils commencèrent un commerce si actif, que les Tyrrhéniens et les Carthaginois en conçurent de la jalousie et se liguèrent contre eux ; repoussés de vive force, les Phocéens se réfugièrent dans la Lucanie, où ils bâtirent Vélia ou Élée, entre Posidonia et Tarente.

La plus importante de leurs colonies fut Massalia (2), où ils conservèrent les lois et les usages de l’lonie , mais en substituant une aristocratie tempérée à la démocratie sans frein. Ils se répandirent de là sur tout le littoral de la mer Tyrrhénienné jusqu’à (Gènes , peuplant ou accroissant Monaco, Nice, Antibes, l’île de Lérins et celles d'Hyères, Olbie , Tauroentum , Citharista , Agatha, Rhodanusie, Plus tard, Massalia fonda en Espagne Rhoda, Emporium, Héméroscopium, Héraclée, Ménacé. Semblable à la Gênes du seizième siècle, Massalia ne dut pas tant ses richesses ? l'étendue de son commerce qu’à l’ordre et à l’économie. Obligée

(1) Ramsacu, de Milelo ejusque coloniis ; 1790, in-4°, (2) Elle fut ainsi appelée de muss, mot celtique qui signifie demeure , et des Salyens, qui habitaient entre la Durance , le Rhône et la mer,

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de se tenir toujours en armes contre l’ennemi, sur terre comme sur mer, elle n’en changea pas moins ses rochers nus en riantes plantations de vignes et d’oliviers; elle cultiva les sciences, mérita le surnom d’Athènes des Gaules (1), et promulgua différentes lois somptuaires dans l’intérêt des mœurs. Ainsi, les femmes ne devaient pas boire de vin, loi commune aux Milésiens et aux premiers Romains ; la jeune fille qui entrait à la fin du banquet versait du vin dans une coupe et la présentait à celui qu’elle choisissait pour époux ; la dot ne devait pas dépasser cent pièces d’or, en sus de cinq pour les habillements , et d’une somme égale pour les bijoux (2). Celui qui voulait se tuer était tenu d’en déduire les motifs en présence du sénat, et s’ils paraissaient valables , on lui fournissait le poison conservé à cet effet dans un dépôt public (3). Les sénateurs (Timoÿyo) étaient élus pour leur mérite seul , et après une discussion ; personne ne devait se montrer armé dans la ville, où l’on ne tolérait pas ceux qui faisaient trafic de choses religieuses. Les représentations théâtrales, qui r'offrent le plus souvent que des amourset des adultères, étaient prohibées (4), comme étart d’un exemple funeste. Les habitants étaient affables , tempérants , et l’on disait à Rome : Mœurs massiliennes, pour indiquer la gravité etl’honnêteté (5). Mais, plus tard, la même expression signifia le comble de la corruption , lorsque Marseille , prêtant secours à Rome contre les Gaulois, perdit à la fois sa puissance , la liberté et l'honneur.

Elle donna le jour à Pythéas, qui, au temps d'Alexandre, détermina , à l’aide du gnomon , la latitude de sa patrie , démontra la correspondance des marées avec les phases de la lune, et fit un voyage le long des côtes orientales et occidentales de l’Europe, depuis l’embouchure du Rhône jusqu’à la péninsule scandinave (6).

(1) Sedes ac magistra studiorum Massilia, locus græca comitate et provinciali parcimonia mistus ac bene compositus. Tacite, Agricola, 4.

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