CHAPITRE XII
Comme les eaux s’élancent aussitôt que la digue qui les retenait se rompt, ainsi les jalousies mal dissimulées se déchaînèrent à la inort de Cimon. Une fois qu’il eut mis hors de combat l’ennemi À commun, le sentiment commun s’éteignit. Athènes n’est plus né- à cessaire, et, depuis le traité avec Artaxerxès jusqu’à la bataille de Chéronée , se succèdent cent onze années de paix au dehors et de D carnage au dedans.
La trêve de cinq ans durait encore, lorsque les Delphiens disputèvent aux autres Phocidiens la possession du fameux temple d’Apollon, Les Spartiates prê‘érent aux premiers l’appui de leurs armes ; les Athéniens , par le conseil de Périclès, se mirent du parti Ÿ des seconds. Périclès avait dissuadé ses concitoyens de aire la k guerre aux Béotiens, et, comme elle fut malheureuse, sa : :"harité s’en accrut tellement qu'il ne lui manquait que le nor oi; il savait d’ailleurs la ce: rver en prodiguant les de "0": siics en lôtes et en magnifi:: ‘3, Les villes alliées, qui : + ent con- | :
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traintes de payer pour les plaisirs d’Athènes le triple de ce qui avait été convenu, passaient des plaintes aux menaces, et Périclès n’en tenait pas compte, convaincu que, si elles osaient redress :r la tête, il saurait les dompter et les surcharger encore d'impôts. En effet, Thasos, Naxos, Égine, Eubée, Samos et d’autres îles plus petites s’insurgèrent; mais, ne se rappelant pas que la force réside dans l’union , elles furent vaincues l’une après l’autre par Périclès, démantelées , obligées de recevoir garnison athénienne et de payer. Périclès, à la tête d’une flotte de cent voiles, longeait les côtes du Péloponèse, et parcourait le Pont- Euxin pour inspirer une haute idée d’Athènes, qui portait aux nues son héros : en gouvernant sa patrie à son gré, il ne lui faisait pas seatir les inconvénients inhérents au gouvernement populaire, évitait avec soin toute imprudence, et cherchait à faire croire qu’à lui seul était due la grandeur d’Athènes.
Le parti aristocratique n’avait jamais cessé de lui faire obstacle, et Thucydide était un de ses principaux adversaires, Inférieur à son rival sur le champ de bataille , supérieur à lui dans les délibérations, il succomba néanmoins ; exilé par l’ostracisme,il laissa les nobles sans crédit et son rival arbitre suprême du gouvernement. Périclès prit à tâche de faire triompher la démocratie dans les villes alliées, et notamment à Samos, qui, après neuf muis de siége, lui ouvrit ses portes et paya les frais de la guerre; ce fut ainsi qu’il remplit le trésor par ses triomphes, etrendit Athènes forte au dedans, respectée au dehors.
Comme pour attester la suprématie de sa patrie, il invita les Grecs à envoyer à Athènes des députés, afin de délibérer sur les moyens d'accomplir les vœux faits aux dieux pour l’expulsion de l'étranger. Les Etats les plus éloignés se rendirent à son appel ; mais ceux d'Europe, s’apercevant que par cette démarche ils reconnaîtraient Athènes pour capitale et pour siége de leurs délibérations, se crureni insultés, etles germes de mécontentementfermentèrent davantage. Le premier résultat de cette disposition des esprits se manifesta dans le différend entre Corinthe et Corcyre, sa colonie, qui, enorgueillie par ses richesses, supportait impatiemment la dépendance. Les Corinthiens, ayant expédié à Épidamne (Durazzo), colonie de Corcyre, des secours contre les
lu, rept“ont Épidamne , fiseat main basse sur les Corinthiens qu'ils y trouvèrent, ravagèrent leur territcie ei celui de leurs alliés, sans épargner l'Élide, terre sainte de ia Grèce.
Guerre
Corinthe et Corcyre,
Ge
Siége de Potidée,
Après ces exploits, les Corcyréens, craignant une vengeance, demandèrent du secours à Athènes, qui s’empressa de le leur accorder, joyeuse qu’elle était d’humilier les provinces septentrionales et de se concilier une île qui pouvait favoriser des projets déjà formés sur la Sicile et l'Italie, et défendre le passage aux navires qui viendraient en aide au Péloponèse. En effet, bien qu’après de courtes hostilités, la trêve avec Sparte eût été renouvelée pour trente ans, on pouvait facilement prévoir qu’elle ne durerait guère entre deux cités avides de domination. Les Athéniens, ne voulant pas toutefois rompre ouvertement avec les Corinthiens, se bornèrent à faire avec Corcyre une ligue défensive ; lorsque celle-ci fut attaquée, ils expédièrent dix galères, qui, réunies aux cent dix de cette île, remportèrent une victoire signalée.
Les Corinthiens, n’ayant plus dès lors d'autre désir que de trouver des ennemis aux Athéniens, excitèrent Perdiccas IT, roi de Macédoine, à s'affranchir de la dépendance d’Athènes, et Potidée, la clef de ses possessions en Thrace, à lui refuser le tribut. Les Athéniens accoururent pour faire rentrer cette ville dans le devoir; les Péloponésiens la soutinrent, une bataille s’ensuivit, et Potidée fut assiégée par les Athéniens.
À un grief il en succède bientôt mille. Mégare se plaint de ce qu’Athènes, afin de la punir d’avoir donné asile aux fugitifs, lui a fermé ses ports et veut l’affamer; Égine, d’être réduite en esclavage ; d’autres ont aussi leurs oïfenses à alléguer, et Corinthe les pousse à porter leurs doléances à Sparte. Les hommes prudents de cette dernière ville répugnaient à s’attirer sur les bras toute la puissance athénienne; mais ceux qui désiraient la guerre eurent le dessus. Ce fut à Corinthe que se réunirent les députés des sept républiques du Péloponèse (Argos et l’Achaïe gardant la neutralité) et des neuf États de la Grèce septentrionale, à l'exception de l’Acarnanie, de quelques villes de la Thessalie, de Naupacte et de Platée qui restèrent fidèles à Athènes : la guerre fut résolue pour délivrer Potidée.
L'orage réveilla Athènes, qui s’aperçut du péril où l’avait jeté son Périclès. Les poëtes satiriques se mirent à le harceler sans relâche, dénonçant comme la cause de cet incendie Aspasie, l’âme de Périclès et les délices de ceux qui la payaient; elle était irritée contre les Mégariens de ce qu’ils lui avaient enlevé deux jeunes filles de sa suite * Pour trois coureuses, disait Aristophane, on met la patrie sur L ,ord du précipice. Anaxagore, le maître de Périclès, fut accuse d’impiété et condamné à mort; l’éloquence du
disci] pour Péric lui a senté ment à ren il s’er men!
denie qu’il pas devir guer tes (!
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r aC- disciple fit commuer la sentence, et le philosophe en fut quitte trio- pour l’amende et l'exil. Le grand sculpteur Phidias, créature de ojets | Périclès, se vit imputer d’avoir détourné une partie de l’or qui e aux lui avait été confié pour la statue de Pallas, et de s'être repré-
bien senté |: i-même ainsi que son protecteur ; on le condamna égalenou - ment. Des amisde Périclès on passa bientôt à lui-même ; il fut appelé le ne à rendre compte des trésors dont il avait eu l’administration; mais Athé- ils’en tira, selon les uns, en faisant voir combien il vivait pauvres Co- ment dans sa maison, selon d’autres, en offrant de payer de ses sive ; deniers tous les monuments érigés dans Athènes , à la condition réu- qu’il y ferait inscrire son non. La vanité athénienne ne voulut e si- pas y consentir, et le peuple, satisfait de la justification, n’en
devint que mieux disposé pour Périclès, qui put faire décider la e de guerre, et distraire ainsi de la pensée de lui demander des comp-
» roi Ù tes (1).
Po- Les Thébains rompirent les premiers la trêve, en attaquant si, but. Platée, restée fidèle aux Athéniens, qui envoyèrent des troupes ns le | pour la soutenir. La mine préparée depuis longtemps n’attendait ” t, et . que cette étincelle pour éclater. Sparte descendit dans la lice e ce (1) Thucydide, le plus grand historien de l’antiquité, a raconté la guerre du luia Péloponèse ; il dit (1, 22) : « Pour ce qui est des événements de la guerre, je scla- | ne nven suis rapporté ni aux informations du premier venu , ni même à mon » les s opinion personnelle ; j'ai cru ne devoir rien écrire sans avoir soumis à Pinvesti- 4 gation la plus exacte chacun des faits, tout aussi bien ce que j'avais vu moilents même que ce que je connaissais par oui-dire. 11 était difficile, d’ailleurs , de déle la couvrir la vérité; car ceux qui avaient assisté aux événements ne s’accordaient rent pas dans leurs rapports, et les dires des deux parties variaient suivant les incli-
nations personnelles et la mémoire de chacun. Peut-être aussi ces récits , désept pouillés de tout merveilleux , paraîtront-ils moins agréables à la lecture’; mais il tra- me suffira qu’ils soient jugés utiles par ceux qui voudront connaître la vérité sur n de le passé et préjuger les événements, ou identiques , ou analogues, qui naitront t de dans l'avenir du fonds commun de la nature humaine. Cet ouvrage est plutôt un bien légué à tous les siècles à venir qu’un jeu d'esprit destiné à charmer un ins-
tant l'oreille. »
: Voilà l’histoire devenue le patrimoine de l'humanité.
jeté ; Voyez aussi Diodore , de la moitié du XIL° livre à la moitié du XIII, et vers la fin du XV° où il arrive à la bataille de Mantinée, quand Xénophon lui succède
de avec ses Helléniques, la Retraite des Dix mille, V'Agésilas.
ue Pour connaître l’état de la Grèce, de l'Égypte et de la Perse à cette époque, TI il faut consulter surtout les Afhenian Letters, or the epistolary corresponnes dence of an agent of the king of Persia residing at Athens during the Pemel È loponnesian war ; Londres, 1741, 2 vol. in-4°. — On à dit que BanzuéLeuy ne kpi.… les connaissait pas; le sentiment des temps y est, au reste, beaucoup plus vrai É que dans son Voya: ‘: ‘une Anacharsis.
du Voyez enfin Lyrts :::LWwer, Athens, its rise and fall; Londres, 1837,
9 val. in-8°. C’est une neinture animée, faite d’après les meilleurs originaux,
comme la protectrice de la liberté grecque, ayant avec elle les principaux États de la terre ferme, le Péloponèse, Mégare, la Locride, la Phocideé, la Béotie, les cités d’Ambraëie et d’Anactorium, plus l’île de Leucade, allié: "05 c*sinpts de tout tribut. Athènes, puissance maritimé, avait de so: côté les Îles de Chios, dé Samos, de Lesbos, et toutes celles de Archipel, moins Mélos et Théra qui restaient neéütrés; Corcyre, Zacynthe, les colonies grecques de V’Asie Mineure et des Côtes de Thrace et dé Macédoine ; en Grèce, lés villes de Naupacte, de Platée et de l’Acarnanie, la plupart Obéissant par force à sa tyrannie.
finances Une grosse flotté était nécessaire pout les maintenir dans le devoir, ét son entretien réclamait dés dépeñèes énormes. Périclès déclara aw’il avait en caisse six mille talents (4), outre les immenses rirhesses déposées dans les temples, êt qui pouvaient être employées pour le bien public. Les revenus d’Athènes consistaient dans les six cents talents que payaient annuellement les alliés, dans ie produit des douanes et des mines d'argent du mont Laurium, dans l'impôt sur les étrangers et dans la contribution des citoyens afsés ; eh oûitre, céux de la première classe devaient équiper les navires, supporter les dépenses des jeuxet des représentations théâtrales. On a évalué à deux mille talents (2) le revenu annuel d’Athènes ; mais, d’un côté, les fonds de l'État se trouvaient dilapidés non pas tant par les malversations des comptables, que par les prétentions de la multitude, habituée par la condescendante de Périclès à vivre presque uniquement aux dépens de là république, et, de l’autre, par la rémunération assignée aux citoyens qui assistaient aux jugements et aux assemblées.
Sparte, au contraire, .ignorait ce qu’étaient les finances ; elle n’en reconnut lé besoin que lorsqu'elle aspira à devenir une puissance maritime, et qu'elle cüangea ei: grandes entreprises les simples incursions auxquelles son ambitiun s'était bornée jusqu’alors.
Périclès pouvait disposer de douze mille soldats et de trois cents navires, Sans corpter les garnisons et les troupes des colonies; l’ennerai lui opposait soixante mille homes ; son plan de campagne devait donc consiste: à ne « mbatire que sur mer, à ne point se préoccuper des dégâts ex sur le territoire, à ménager beauconp la vie des soldats, à ne pa risquer de batailles d'un succès douteux. Lorsque Athène: n'était pas encore la capitale
(1) Environ 33,000,000 de fr.
(2) Environ 1i,000,000 de fr.
GUERRE DU PÉLOPONË: 167
de la Grèce, Thémistocle l’abandonna aux ! rses, et fut vainqueur,
e les de même qu’Alexandre abandonna Moscou à Napoléon et triom a Lo- pha. Maïs Périclès pouvait-il avoir le courage d’exposer la cité run, qu’il avait tant agrandie , qui lui devait ses embellissements et sa ienes, splendeur ? Il arma donc seize mille hommes de garde urbaine, mos , choisis parmi ceux qui avaient dépassé où n’avaient pas atteint ” l'a qui âge militaire; mais, plus habile à conduire une intrigue qu’à comes de biner les préparatifs meurtriers d’une guerre, il procédait avec irèce, plus de timidité que de prudence, moins en général expérimenté upart qu’en vieillard affaibli.
Les Spartiates s’avançaient lentement, conduits par leur roi Arans le chidamus, et dévastaient la campagne déserte, tandis que les Athérriclès niens ravageaient les côtes du Péloponèse. Cependant cette guerre,
p ln- qui durant vingt-sept ans désola la Grèce et moissonna la fleur t être de ses guerriers, doit être considérée plutôt comme une lutte de prinaient cipes que comme une guerre de nation contre nation. Sparte était Iliés, à la tête de la faction aristocratique ; Athènes représentait le parti Lau- démocratique, et mettait touten œuvre pour faire prévaloir dans L des les autres États la multitude sur les grands ; sa rivale, au con-” equi- traire, cherchait toujours à faire triompher l’oligarchie chez ses alliés enta- comme chez les vaincus. Les guerres de cette nature sont presvenu que toujours très-meurtrières. Il était d’ailleurs facile de prévoir, aient comme Athènes avait des forces supérieures sur mer, et ses enne- > que 1, sur la terre ferme, qu’on se ferait beaucoup de mal de part een et d'autre, avant que cette grande querelle fût vidée. . de Quand les Athéniens faisaient une descente sur les côtes, les IX CI Spartiates et leurs alliés accouraient défendre leur territoire , dégageaient l’Attique et se dispersaient ; mais ils revenaient bientôt ; elle avec leurs lorces restées intactes, de sorte que, pendant trois ” puis- 4 années, ce fut plutôt un brigandage qu’une guerre. L'hiver s les È veau, les ennemis se reposaient , ou plutôt se préparaient à de ju’a- ‘ nouveaux combats, et célébraient avec solennité les funérailles des É guerriers morts pour la patrie.
cnts É. La campagne de l’Attique étant ravagée, ses habitants durent ICS ; se réfugier dans la ville , où ils supportèrent, pour se loger et se am- ) nourrir, tous les inconvénients qu’entraîne une affluence extraù ne Fi ordinaire de population. De cruelles souffrances, des maladies, - A * 6 une grande mortalité résultèrent de cette accumulation; mais le
illes ï fléau le plus grand de tous, la peste, vint mettre le comble Peste «'atetale 4 à tant de maux. Sortie de l'Éthiopie, elle avait commencé par i désoler l'Égypte ; eile fit alors invasion en Grèce, où le Pirée, exposé au contact des étrangers, dépourvu de ces lazarets qu’une
168 TROISIÈME ÉFOQUE.
époque de civilisation institua , et que la nôtre voudrait détruire , :
fut le premier atteint et ravagé. Sur une multitude épuisée par de biel
longues privations, entassée non-seulement dans les maisons , dans | de
les temples, dans les théâtres, mais encore sur les tours, entre les Atl
1 créneaux des remparts ,le long dela muraille du Pirée, la contagion Ma (Ml se déchaîna avec des symptômes effrayants ; on était frappé subi- Per! | | tement, en pleine santé, sans cause apparente, et rapidement pré- | ens || cipité au tombeau. Mais, hélas ! le grand nombre des victimes ne l’ho (ll permit pas longtemps de leur donner une sépulture, de remplir Pla l ce pieux et salutaire devoir. Les morts gisaient amoncelés là où mai
1 ils avaient rendu le dernier soupir, ou comme on les avait jetés, de | le long des rues, sur les places, affligeant la vue, souillant l'air rer et fournissant au fléau un nouvel aliment. Des superstitions , des villd
désordres, des brutalités de toute nature, ajoutaient encore à une trér si grande calamité. On répandait le bruit que l’ennemi avait en- que | voyé des émissaires pour empoisonner les puits, et malheur à ner i ceux sur lesquels tombait le soupçon ! Il semblait que l’on voulüt, par en se livrant avidement à de grossiers plaisirs, se hâter de jouir lan d’une vie qui allait échapper. À côté de nombreux témoignages par
d’une charité compatissante, s’offraient des exemples d’une perversité affreuse. Beaucoup de malades mouraient en blasphé-
mant, et, s'ils levaient les yeux au ciel, c’était pour le mau- o
stai dire de confondre l’innocent avec le coupable. Cette peste terrible ns sévit sur les Athéniens, tantôt plus , tantôt moins, pendant deux bitiot ans environ , puis recommença ses ravages, si bien que cinq mille Q hommes portés sur les rôles de Parmée furent moissonnés : qu’on sr juge par là du nombre des autres victimes. | amis Fin de Péri. Périclès, ayant échoué dans quelques entreprises, accusé d’a- [É: tomb voir propagé la contagion par ses expéditions, tomba dans la dis- | AL grâce du peuple, qui le destitua et le condamna à une amende. tiers Son éloquence lui ramena, mais pour peu de temps, la faveur nous * mobile de ses concitoyens ; après avoir vu tous ses fils succomber | mort à l’épidémie, et sa patrie engagée depuis deux ans et demi dons #. dans une guerre désastreuse occasionnée par son ambition, il Le fut lui-même atteint de la peste. Ses amis, réunis autour de liber son lit de mort, rappelaient ; ses grandeurs et ses triomphes ; sant mais, lesinterrompant d’une voix affaiblie , il leur dit : Les géné- ê rent raux , les soldats et la fortune y ont eu leur part. Ce qui me con- le a ce sole à cette heure, c’est de penser que je n'ai fait porter le deuil nom à aucun citoyen. 1 que Voulait-il tromper sa propre conscience, ou abuser la postérité ? È
L'un est aussi difficile que l’autre. qui
Sa mort inspira à l’ennemi, qui profitait, comme on le pense bien, de l’état misérable où se trouvait Athènes, un redoublement de confiance. Le théâtre de la guerre s’élargit, une fois que les Athéniens eurent contracté alliance avec les rois de Thrace et de Macédoine, et que les Spartiates cherchèrent à se liguer avec la Perse. Les sept années qui suivirent la mort de Périclès ne nous enseignent autre chose que le degré d’habileté où peut atteindre l’homme dans l’art de nuire à ses semblables. Les habitants de Platée s’étaient rendus, sous promesse qu’ils auraient la vie sauve; . mais les Spartiates, réputés parmi les Grecs comme des modèles de probité (1), voulant complaire à Thèbes, firent égorger judiciairement deux cents des principaux citoyens (2) et démolir leur ville. À Potidée , les assiégés se trouvèrent réduits à une telle extrémité qu’ils se nourrissaient de chair humaine. Sparte, craignant que les ilotes ne tentassent quelque soulèvement, feignit de donner la liberté à neuf mille d’entre eux, les plus recommandables par leur valeur; ils furent promenés dans la ville, ornés de guirlandes de fleurs , puis on les fit partir, et l’on n’en entendit plus parler (3).
(1) Thucydide, IF, 57. Bloomfield observe avec raison que cette réputation était bien imméritée. Indépendamment du massacre des neutres et de la destruction de Platée, aucun crime ne leur coûta jamais pour satisfaire leur ambition.
(2) Les Platéens disaient aux Spartiates : « Il est facile de détruire nos corps ; mais vous ne parviendrez pas à effacer l’infamie d’un tel acte; car ce ne sont pas des ennemis que vous punirez en nous, ce qui serait justice; ce sont des amis que la nécessité a réduits à vous combattre... Tournez vos regards vers les tombeaux de vos pères, qui, tués par les Mèdes, sont ensevelis dans notre sol, ct que, chaque année, nous honorons publiquement de vêtements et d’obsèques avec toutes les solennités d’usage : nous leur offrions les prémices de tous les fruits de cette terre ; amis, nous leur apportions les dons d’une terre amie ; alliés, nous honorions en eux d’anciens compagnons d'armes... En nous donnant la mort, en rendant le sol thébain , de platéen qu’il était, vous ne feriez qu’abandonner dans une terre ennemie et près de leurs meurtriers vos pères et vos proches, et les dépouiller des honneurs dont ils jouissent maintenant. Auriezvous donc le courage d’asservir cette terre sur laquelle les Grecs acquirent la liberté, de rendre déserts les temples de ces dieux qu'ils invoquaient en défaisant les Mèdes, d’abolir les sacrifices nationaux de ceux qui fondèrent et élevèrent ces temples? »
(3) « Les Lacédémoniens, qui avaient déjà mis en usage plusieurs expédients pour se trouver toujours en état de défense à l’égard des ilotes, les voyant alors nombreux et jeunes, ce qui leur inspirait des craintes, eurent recours à la ruse que voici : ils proclamèrent que ceux qui prétendaient s’être montrés les plus vaillants dans les guerres faites au profit de l’État se séparassent des autres pour obtenir la liberté. C'était un piége qu’ils leur tendaient, dans la pensée que ceux qui se présenteraient les premiers pour réclamer la liberté seraient aussi, par
Le caractère sacré d’ambassadeur n’était respecté ni d’un côté ni de l’autre, comme si l’on eût voulu anéantir tout moyen de réconciliation. Lesbos , l’île La plus grande et la plus puissante de la mer Égée, renfermait plusieurs cités florissantes; dans le nombre était Mitylène, qui, lorsque le gouvernement républicain fut introduit dans l'ile, lutta contre Méthymne et d’autres villes, qu’elle sourit avecle reste du territoire et une partiede la Troade. Renommée pour ses habitudes de vie recherchée non moins que pour avoir donné le jour à Arion, Terpandre et Méthymnus , puis à Sapho, à Érinne et à Alcée , elle avait eu pour législateur Pittacus, l’un des sept sages de la Grèce. Après la guerre médique , elle fit alliance avec Athènes ; mais, comme celle-ci abusait du pouvoir, les Mityléniens préférèrent la guerre avec la liberté à la paix avec l’esciavage. Cette résolution généreuse leur coûta cher; Cléon et les Athéniens les reduisirent à une telle extrémité qu’ils durent capituler. Cléon avait hérité de l’influence de Périclès ; c’était un homme médiocre, au langage flatteur, un démagogue qui ne savait conseiller que les partis les plus violents. Parfois il triompha du péril pour lavoir affronté sans le connaitre; mais le hasard , qui pouvait le rendre vainqueur, ne pouvait en faire un bon général. Il persuada au peuple que, pour faire un exemple solennel, il fallait massacrer tous les Mityléniens, et réserver à l’esclavage leurs femmes et leurs enfants (1). Son opi-
l'élévation de leur caractère , ies plus disposés à conspirer. En ayant donc chaisi deux mille, ils les conduisirent , parés de guirlandes , autour des temples, comme s'ils eussent déjà été affranchis ; mais , peu de temps après, on les fit disparaitre, et personne ñe sut par quel genre de mort ils avaient péri. Ils en expédièrent promptement sept cents autres pesamment armés , sous le commandement de Brasidas, qui le désirait ardemment , et qui se procura, au moyen de la solde, d'autres troupes dans le Péloponèse. » Taucypine, IV, 80.
(1) Cléon s'exprimait en ces termes : « Je m'étonne qu’on remette en question l'affaire des Mityléniens, et qu’on y apporte des délais qui sont tout à l’avantage des coupables ; car, de cette manière , l’offensé poursuit l’agresseur avec un courroux moins vif, an lieu que, lorsque fa répression suit de près l’injure, elle ne lui cède en rien, et la vengeance est entière... La faute en est à vous, à la légèrelé de vos décisions, à vous qui siégez d'ordinaire tranquilles spectateurs des paroles et auditeurs des faits; à vous qui croyez que les choses à venir peuvent être amenées par les discours des beaux parleurs, Quant au passé, vous accordez moins de confiance à ce que vous avez vu de vos propres yeux qu'à ce que vous enteñdez de discoureurs habiles à farder agréablement la vérité, Vous êtes d'excellentes gens pour vous laisser abuser par la nouveauté d’un discours, et vous ne savez pas suivre une résolution adoptée ; toujours esclaves de ce qui est extraordinaire , dédaigneux de ce qui est habituel, chacun de vous a la rage de passer pour ui Vaiilant orateur, sinon au point d'entrer on lice avec celui qui l’est réellement, assez du moins pour ne pas paraitre vous ranger à l'avis d’un
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nion l’emporta, et des ordres furent énvoyés pour agir en conséquence. Mais, dans une nouvelle assemblée, Diodote sut réveiller, chez les Athéniens, quelques bons sentients ; on expédia une trirème qui, faisant force de rames, arriva heureusement lorsqu’on lisait le décret, ei peu d’instants avant qu’il fût exécuté. Le châtiment se réduisit au massacre d’un millier dés principaux citoyens; la ville fut démantelée , les navires saisis , les terres partagées entre les Athéniens, et le reste des habitants soumis à un tribut. Peut-être de pareilles délibérations étaient-elles prises sur la place même où s’élevait l’autel de la Pitié.
Un grand nombre d’émigrés de Pylos, unis aux Corcyréens ennemis de la faction athénienne, se réfugient sur une colline, et, après une défense opiniâtre, capitulent sous la condition d’être transférés dans l’île de Ptychia, jusqu’à ce qu’Athènes prononçàt sur leur sort ; la convention devait être annulée si un seul cherchait à s'échapper. Des Corcyréens leur offrirent avec intention les” moyens de s’enfuir, et, pour les décider, leur inspirèrent de aines terreurs ; quelques-uns, trop crédules, prirent la fuite, furent arrêtés, et Thucydide avoue que les généraux athéniens avaient trempé dans ce guet-apens. Aussitôt on les enferma dans un vaste édifice, d’où on les tirait par vingtaines pour les faire passer entre deux rangées d’oplites, qui les égorgeaient ; comme lès autres refusaient de sortir, on découvrit le toit de leur refuge, où ils furent tués à coups de pierres et de traits. Le massacre continua toute la nuit; le matin venu, on transporta les cadavres hors de la ville, et Corcyre fut réconciliée (1).
Quand nous aurons ajouté que les Athéniensdécrétèrenten pleine assemblée qu’on couperait le poing à tous les prisonniers, pour les mettre dans l'impossibilité de manier encore lu raine, on concevra une triste idée de leur sivilisation si vantée, et Ton aura la
GUERRE DÜ PÉLOPONÈSE.
autre; vous louez d'avance celui qui a quelque chose de spirituel à vous dire ; vous devinez avec une extrème promptitude la pensée de celui qui vous parle, mais vous êtes très-lents à en prévoir les conséquences ; vous rêvez un état de choses opposé, pour ainsi dire, à celui dans lequel nous vivons : très-mauvais appréciateurs du présent, esclaves, en un mot, du plaisir de l'oreille, vous ressemblez bien plus à des spectateurs assis pour entendre des sophistes qu'à des citoyens qui délibèrent sur le salut de la patrie. En nr'efforçant de vous mettre en garde contre de pareils égarements, je déclare que Mitÿlène, une seule ville, est coupable envers vous de la plus cruelle offense... Ne laissons donc aux Mityléniens aucune espérance ; il ne faut pa: qu’ils puissent compter sur l'éloquence et sur l'argent pour acheter leur pardon, » Taucyoive, HE, 55, 90.
(1) Taucynioe, IV, 48.
Niclas.
Alciblade,
juste mesure des horreurs auxquelles ils durent se livrer dans les batailles et dans les invasions.
Ailleurs, autres barbaries. Douze cents Corcyréens avaient été conduits prisonniers à Corinthe ; lorsqu'ils s’attendaient à soufrir toute espèce de maux, ils furent, au contraire, traités de la manière la plus courtoise, les Corinthiens voulant leur prouver combien leur amitié était préférable à la dominaüon @’Athènes. Rendus à leur patrie, ils s’'employèrent à la détacher des Athéniens ; mais, contrariés par les démocrates, ils pénétrèrent dans le sénat et donnèrent la mort à soixante de ses membres les plus favorables à Athènes , où les autres réussirent à se mettre à l’abrj. Au milieu du désordre qui en est la suite, les Spartiates surviennent ; homimes etfemmes leur opposent une résistance intrépide, et lesflammes dévorent la moitié de la ville ; des renforts arrivent à l’un et à l’autre parti; un combat long et meurtrier s’engage entre les riches et le peuple, qui, dans sa fureur sauvage, passe ses adversairesau fil de l'épée.
C’est ainsi que la guerre, dont aucun plan ne réglait la direction, semblait avoir pour but, non la victoire, mais la destruction de la plusbelle partie du monde. Le Spartiate Brasidas , l'un de ces grands généraux qui sont d'ordinaire produits jar les révolutions , voyant qu’il n’y avait rien de décisif à espérer sur les mers de la Grèce, se tourna vers la Macédoine; après avoir conclu une ligue contre les Athéniens, il soumit ou réduisit plusieurs villes de la Thrace, prit Amphipolis, dont le territoire était riche en bois de construction , et se disposa à conquérir Thasos avec ses mines d’or. Thucydide fut exilé pour avoir mal défendu Amphipolis ; Cléon partit avec une nouvelle flotte, livra une bataille dans laquelle il périt ainsi que Brasidas, et laissa aux Spartiates une victoire trop chèrement achetée par la mort d’un tel général.
Les Athéniens découragés finirent par demander sérieusement la paix, d’après l’avis de Nicias, général aussi prudent que valcureux, à qui la mort de Cléon laissait le premier rang dans Athènes ;
S c'était un homme modeste et de mœurs irréprochables, brave de sa personne , quoiqu'il ne fût pas au même degré prompt et résolu
Paixde Nicias. à prendre un parti. Une paix de cinquante ans fut donc conclue
d’après ses conseils; mais les causes de la guerre n’étaient pas détruites. Des plaintes s’élevaient Ge tous les côtés, et il était aisé de voir que les hostilités recommenceraient dès qu’un ambitieux y trouverait son compte.
et ambitieux parut bientôt dans la personne d’Alcibiade, neveu de Périclès. Un jour que son oncle réfléchissait profondément
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GUERRE DU PÉLOPONÈSÉ. A72
sur les moyens de rendre au peuple les comptes demandés, Alcibiade lui dit : Tudevrais réfléchir plutôt sur les moyens de ne pasles rendre. Par ce conseil, trop bien suivi d’ailleurs, on pouvait déjà reconnaître le caractère de l’homme, chez qui l'intrigue et la vanité tiendraient lieu d’habileté véritable et de patriotisme. Beau, riche , éloquent, instruit, recommandé au peuple par la mémoire de Périclès, il devait être doué de qualités rares, puisque Socrate VPaima tendrement , lui sauva la vie dans le combat de Potidée, et mit tout en œuvre pour le faire tourner au bien ; mais, probablement, il usait avec son maître de cette versatilité qui lui permettait de se montrer à son gré, tantôt l’homme le plus vertueux, tantôt le débauché le plus effréné. Alors vivait à Athènes Timon , extravagant qui s’intitulaitle Misanthrope, parcequ'il faisaitpralession de haïr la race humaine ; il se présenta un jeu à la tribune. Un grand silence sefit aussitôt, et l'attention fut générale : que peut venir proposer le Misanthrope? « Citoyens, dit-il, j'ai dans k cour de « ma maison un figuier, et j’ai l'intention de l’abattre ; j'ai voulu « vous en donner avis, afin que si quelqu'un a le dessein de s’y « pendre, il ait à se hâter. » Il avait deviné qu’Alcibiade serait funeste à son pays, et dès lors :l lui fit le meilleur visage, comme à l’auteur dela ruine future d'Athènes Tel pouvait devenir en effet celui quisavait, par sessaillies, se faire pardonner ses méfaits, Veut-il détourner l'attention d'un projet qu'il médite , il expose en public un tableau dans lequel il est repésenté nu, dans les bras de courtisanes nues. Apprend-ilqu'on mrmure de sa vie licencieuse, il fait couper ln queue à un très-beau chien, quilui avait coûté plus de trois mille frames, et l’on ne parle plus dans Athènes que du chien mutilé. À coup sûe, celui-là connaissait le peuple.
Avant reconnu que le seul moyen de conserver la prééminence à sa patrie était de la pousser à la guerre, il contraria Nicias et le fit mème soupçonner de s’entendre avec les Spartiates, Le retard apporté par ceux-ci à l'évacuation d’Amphpolis lui fournit l’occasion désirée, et les hostilités recommencèrent. Athènes s’allia aux Argiens, Sparte aux Théhains, aux Corinthiens, aux Mégariens. Sparte aurait écrasé ‘sa rivale, si elle avait eu un
généra!, ou seulement de la confiance dans celui qui com-
mandait ses! armées ; mais elle se défiait de ses meilleurs capitaines, et attachait aux côtés du roi Agis six éphores qui, investis du droit de s’opposer à ce qu'il voulait faire, l'entravaient dans tous ses mouvements. Aussi la guerre se borna-t-elle, Jurant trois ans, à secourir de part et d’autre les alliés menacés, jusqu'à ce qne la bataille de Mantinée, gagnée par les Spartiates, fit succomber
Nouvelle guerre,
Destruction.
de Mélos,
l'ostracisine, 22,
Guerre de Sicile, 415-113,
Exil d’Aicibiade,
le parti athénien, et déjoua les projets ambitieux d’Alciniade.
Les Athéniens avaient exigé que l’île de Mélos se soumit à leur autorité ; en pleine assemblée, ils dirent à ses envoyés que c'était aux forts de dominer les faibles, que le ciel le voulait ainsi. Les insulaires ne se rendirer , pas à des raisons si vieilleset si nouvelles à la fois, et prétendirent rester neutres. Ils furent alors atta-
qués, vaincus et voués à l’extermination ; les hommes furent massacrés, les femmes et les enfants réduits en esclavage. Après avoir joui de sept cents ans de tranquillité , cette île, devenue déserte, fut repeuplée au moyen de nouvelles colonies.
Dans l'intérieur d'Athènes, la lutte était perpétuelle entre Alcibiade et Nicias, entre les jenes gens pleins de témérité et les hommes mûrs et prudents, entre la violence populaire et la pusillanimité qui soupirait après la paix. Un certain Hyperbolus voulut se jeter à la traverse, dans lespoir d'élever sa nullité sur laruine des deux partis; mais il succomba et fut puni par
abolition de l'ostracisme, Une telle déconsidération s’attacha dès lors à la peine
qui l'avait atteint, qu’à partir de ce moment elle ne fut plus infligée à aucun grand citoyen (1).
La lutte devint surtout très-vive entre Alcibiade et Nicias, quand le premier remit en avant l’idée de conquérir la Sicile , projet déjà conçu par Périclès, et qui souriait à la multitude. Nicias en détournait ses concitoyens par de graves considérations, et le résultat ne prouva que trop la justesse de ses prévisions. En effet, une armée , envoyée dans cette île sous les ordres de Nicias luimème, de Lamachus et d’Alcibiade, eut à subir des revers dont
pous parlerons ailleurs; Nicias y perdit la vie, et la puissance
d’Alcibiade s’écroula avec sa patrie. Rappelé pour se défendre du crime de lèse-religion, il se réfugia à Sparte, dont ilsut, enaffectant l’austérité dorienne , acquérir la confiance et lPamour; comme on lui annonçait qu’Athènes l’avait maudit et condamné à mort (2),
(1) Fn. Micuarus, ÿe demagoais Atheniensium post mortem Periclis ; Kônigsberg!, 1840.
Viscuer, Die olig. Partei und die Helarien in Athen; Bâle, 1836.
(2) Voici l'acte d'accusation porté contre Albiciade : « Thessalus, fils do Cimon, du bourg de Laciade, accuse Alcibiade, fils de Clinias, du bourg de Scambonide , d'avoir commis une impiété contre les deux déesses Proserpine et Cérès , en contrefaisant leurs mystères et en les offrant aux regards de ses compagnons dans sa maison, où il avait revêtu un costume pareil à celui de l'hiérophante, ën prenant lui-même le nom de ce pontife; en donnant à Polytion l'emploi de vorte-flambeau ; à Théodore, du sourg de Phégée, celui de héraut, et à ses autres compagnons ceux de mystes et d'époptes : le tout contrairement aux lois et aux cérémonies instituées par les Enmolpides, par les hérauts et par les prêtres d'Élensis, » PLUTARQUE, Vie d'Alcibiade, 98.
GUERRE DU ÉLOPONÈSE. 475
il s’écria : Je lui ferai bien voir que je suis vivant. En effet, il suggéra aux Spartiates d'envoyer des secours à Syracuse , et de s’élever ainsi au rang de puissance maritime, pour s'opposer à la politique constante de Thémistocle, de Cimon et de Périclès; il leur conseilla même de fortitier Décélie, place très-voisine d’Athènes, de soulever contre elle les alliés et de se mettre d’accord avec les Perses, cequ’ils exécutèrent : tant le perfide sut être funeste à sa patrie! Il avait cela de particulier que, dans quelque pays qu’il füt, il imitait avec la plus grande facilité les mœurs et le caractère des personnes avec lesquelles il se trouvait : on le vit tour à tour, se livrer, en Ionie, aux délices et à l’oisiveté; en Thrace, monter à cheval et s’adonner à l'ivresse; rivaliser, chez le satrape Tissapherne, deluxe et de magnificenceavecles Perses les plus somptueux, et se montrer, à Sparte, sobre, laborieux, austère. Il ne sut pourtant contenir si bien ses vices qu’il ne déshonorât la couche du roi Agis, et n’eût l’audace de s’en vanter. Agis, pour se venger, le rendit suspect aux principaux citoyens, ce qui l'obligea, pour échapper à la mort, de se réfugier chez les Perses.
Athènes se trouvait alors sans flotte, sans alliés, et le trésor était vide; elle avait perdu quarante mille hommes, deux cent quarante gros navires en Sicile, deux cents dans l’Hellespont, autant en Égypte, et dix mille hoplites dans le Pont; elle se voyait donc au bord du précipice ; mais, d’un côté, sa prodigieuse activité, de autre, la lenteur de Sparte, lui permirent dese relever. Un conseil, élu parmiles anciens, fut chargé de reviser les décisions du peuple dont la toute-puissance avait causé tant de maux ; de nouveaux armements furent préparés, et l’on vit apparaître cette grandeur que déploient d'ordinaire dans les revers les États démocratiques. Malheureusement, le pays était déchiré par les dissensions que fomentait le parti ’Alcibiade ; réfugié près de Tissapherne, satrape de Sardes, il acquit ses bonnes grâces par son genre de vie efféminé et magnifique. Repentant ou vindicatif, il chercha à le rendre hostile aux Spartiates et à le rapprocher des Athéniens, en lui représentant qu'il était dans intérêt de la Perse de maintenir les Grecs divisés et en équilibre, pour qu’ils ne pnssent entreprendre des expéditions au dehors; il entretenait en même temps des relations avec l’armée athénienne, campée devant Samos, et lui annonçait que Tissapherne secourrait ccrtainement Athènes, dés qu'il n'aurait plus affaire à une multitude insensée. mais à un petit nombre d'hommes éclairés,
Son plan lui réussit, Une faction, qui avait pour chefs l'actif
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Conseil des Quatre-Cents,
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Pisandre, l’éloquent Théramène, l’intrépide Phrynichus et surtout l’adroit Antiphon, parvint, par la crainte, la persuasion et la ruse, à renverser la démocratie; un conseil supérieur, composé de quatre cents citoyens, fut alors institué et investi du droit de faire la paix et la guerre, et de prendre toutes les mesures qu'il croirait nécessaires au bien public. |
Le peuple s’aperçut trop tard de sun imprudente concession, lorsqu'il vit les Quatre-Cents devenir des tyrans, supprimer le sénat, s’entourer de satellites, se débarrasser, par le poignard ou des tracasseries, de ceux qui osaient s’opposer à leurs actes, et se refuser au rappel des bannis, dans la crainte d’être opprimés pas l'influence &’Alcibiade. Beaucoup de citoyens quittèrent donc leurs foyers et se réunirent au camp de Samos, où ils prévinrent les esprits contre ces innovations, enaffirmant surtout que les Quate-Cents voulaient à tout prix la paix avec Sparte. Thrasylleet Thrasybule, vaillants capitaines athéniens, se rendant les interprètes du vœu général, déclarèrent que tout cequ’on avait fait à Athènes était nv! et qu’il fallait rétablir la démocratie ; ils ne répondirent aux aubassadeurs envoyés par les Quatre-Cents que par l’injonction de se démettre sur-le-champ de leur pouvoir usurpé. Supposant tout de suite qu’Alcibiade, qui s’était vu trahi par le parti aristocratique, ne demanderait pas mieux que de contribuer à sa ruine, ilsle ramenèrenten triomphe de Magnésie au camp de Samos, dont ils lui remirent le commandement suprême.
Athènes ne dut pas même à cette tyrannie momentanée le seul bienfait qu’elle produise d’ordinaire, l’anéantissement des factions ; leur fureur s'était plutôt accrue et le sang coulait. Si la flotte péloponésienne eût attaqué la ville en ce moment, celle-ci aurait eu d’autant moins de chances de salut que l'ennemi avait reçu les renforts des Phéniciens , et qu’on attendait ceux de la Perse. Le découragement parvint à son comble lorsque cette flotte eut battu celle des Athéniens près d’Érétrie, et que, par suite, l’Eubée se fut révoltée. Bientôt un décret ordonna qu’Alcibiade fût rappelé et purgé de l’anathème dont il avait été frappé ; du reste, ses bons offices avaient déjà détourné Tissapherne d’envoyer des secours aux Péloponésiens. La tyrannie des Quatre-Cents fut abolie après quatre mois d’existence, les institutions de Solon remises en vigueur, et tout salaire supprimé à ceux qui rempliraient une charge publique.
A ce moment, Alcibiade brille de son plus grand éclat, et l’Hellespont voit les Athéniens vainqueurs dans trois batailles successives, Les Spartiates, qu’ils défont sur mer et sur terre, à Gyzique,
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(1) chaqu une de FCau voiles.
GUERRE DU PÉLOPONÈSE. 477 it : leur demandent la paix et ne peuvent l'obtenir. Heureux par tant : de succès, les Athéniens affermissent leur domination sur les Ioniens - etsurles Thraces, en s’assurant même la possession de Byzance. La . a plus grande part dans ces victoires était avec raison attribuée à it Alcibiade, qui en peu de temps avait, disait-on, pris ou détruit
deux cents galères. Il revint à Athènes, le front chargé de lauriers 507.
, et justifié par la victoire ; m ais son retour, qui eut lieu le jour
e néfaste des Plyntéries , fêtes dans lesquelles les prêtres lavaient
u avec mystère la statue de Pallas, fut considéré comme un augure
t | sinistre pour sa nouvelle expédition.
Les Doriens lui opposèrent pour adversaire Lysandre, de la race lysandre.
c des Héraclides, qui joignait à la rudesse spartiate l'esprit délié À t des autres Grecs, n’était pas moins bon politique que vaillant js guerrier, et faisait indifféremment usage de la force ou de la per-
d- fidie. Son mot favori : On attrape les enfants avec des jouets et
u les hommes avec des parjures, rappelle ce diplomate moderne
it ; qui disait que la parole avait été accordée à l’homme pour dé-
N guiser sa pensée. Huit cents Milésiens se rendirent à Lysandre,
n sur la foi d’un serment, et il les fit égorger. Servile envers les or-
it | guecilleux Asiatiques, il prenait sa revanche en se montrant hau-
E | tain jusqu’à l’arrogance avec les siens; dans la Perse, il attisait le feu des discordes, afin que le sang versé affaiblit d’autant l’enit nemi, et, en Grèce, il se livrait à toutes les iniquités qu’il pouvait commettre impunément.
L’armée queles Péloponésiens s’étaient hâtés de réunir de nouveau après la bataille de Gyzique s'était amollie par son contact a avec les Perses à Éphèse; car les descendants de Léonidas, liés hi j étroitement avec les Perses, avaient adopté, pour base de leur pot j litique, de conserver l’amitié tantôt de Tissapherne, tantôt d’Ar-
tabaze, tantôt de Cyrus, le dernier fils de Darius Nothus. Ce jeune homme, âgé de seize ans, était venu gouverner l’Asie Mineure, déployant beaucoup d’habileté et d’intentions droites. Le rusé Lysandre eut l’art de gagner ses bonnes graces ; il le courtisait avec assiduité, admirait les jardins qu’il plantaitde ses propres mains, et, par cette adroite séduction, il sut l’amener à favoriser les Spartia- È tes et à augmenter de trois à quatre oboles la paye que leurs hommes de mer (1) recevaient du roi de Perse. Les Athéniens, aulieu
(1) Les négociations qui eurent lieu alors nous apprennent que l’on donnait chaque mois 90 oboles par tête aux soldats, c’est-à-dire trois oboles par jour ou une demi-drachme , et 108 mines par vaisseau ; ce qui indique que chaque vaisseau était monté par 240 hommes, La flotte, qui comptait à cette époque 90 voiles, portait donc 21,600 hommes. Voir Taucynine , VITE, 29.