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coùûtait en Sicile 64 centimes ; mais, dans l’Attique, au temps de Solon , il valait déjà une drachme , et Aristophane l’évalue à trois, Démosthène à 5 ou 6. Le vin se payait en moyenne 4 drachmes le métrète (39 litres) ; mais celui de Chios, au temps de Socrate, se vendait 91 fr., et l’huile 33 fr., à cause de la grande consommation.
Les Athéniens , à cause de la frugalité de leur table, étaient appelés wuxporpéreto. Les riches ne faisaient par jour qu’un seul repas, à midi ou au coucher du soleil ; les autres, deux. Un banquet splendide coûtait de 100 à 200 fr.
Les hommes s’habillaient de laine, et les femmes de lin ; pour 10 drachmes, on avait une exomide , vêtement populaire; pour 12, une chlamyde : mais on payait à prix d’or les étoffes de byssus. On déployait un grand luxe dans la chaussure; la commune de femme coûtait 2 drachmes, et 8 celle d'homme. Les parfums entraînaient de grandes dépenses ; ceux de première qualité se payaient de 450 à 900 fr. le cotyle (environ 40 litres. )
Tout calculé, une famille athénienne , composée de quatre personnes libres, pouvait vivre, en limitant ses dépenses au strict nécessaire, avec 1 franc et 10 centimes par jour ; Socrate, selon Xénophon , ne dépensait pas davantage. L’existence aisée commençait au-dessus de 650 fr. par an, et la dépense des riches s’élevait à 26,000 et plus.
Les anciens ne réduisirent pas en science la production et la distribution des richesses ; ils n’y virent qu'un simple fait abandonné aux efforts individuels , et n’y cherchèrent point de principes généraux. La plupartdes philosophes déclaraientl’argent chose nuisible , et, loin d’enseigner à l’acquérir et à faire des épargnes, ils en prêchaient le mépris. Ils visaient à rendre les États forts par la vertu, plutôt que riches par l’industrie. Platon Aristote et Xénophon sont les seuls qui touchent à cette partie de la science politique. Xénophon, dans ses Économiques , se montre plus philosophe qu’homme d’État ; ayant moins pour but l’économie que la morale, il vante l’agriculture parce qu’elle donne de la vigueur au corps, blâme les arts parce qu’ils énervent, et croit la guerre un droit sans limites (1) : doctrine si commune à tous les païens
(1) Le livre de Xénophon sur les Revenus d'Athènes , serait précieux s’il disait ce qui était; mais, au contraire, il se plaît à suggérer ce qu’il faudrait éta-
blir. Il conseille d'augmenter le nombre des esclaves, surtout pour creuser les mines. Si la république, dit-il , en avait 10,000, elle gagnerait cent talents par an; il veut que ceux de l'État portent une marque particulière, et qu'on punisse les individus qui les achèteraient ou les vendraient.
qu’Aristote considère la victoire comme le résultat nécessaire de la vertu , et que Cicéron fait du désir de commander un motif légitime de guerre. Platon, s’élevant au-dessus de ces maximes, proclame la justice éternelle ; à ses yeux, le but du législateur est de rendre le pays heureux en le poussant à la vertu, car il ne saurait l'être sans une piété sincère et une obéissance parfaite. Posant en principe que l'intérêt réciproque rapproche les hommes et les oblige à coordonner leurs efforts, il en déduit la division du travail (1). La liberté est l'unique encouragement qu’il réclame pour le commerce : belles lueurs de vérité, que l’on voit avec regret mêlées à la communauté des femmes , à l'esclavage , à linfanticide, comme moyen d’obvier à l’excès de la population.
Pour Aristote , la richesse est l'abondance des choses mises en œuvre par le travail domestique ou public. Il devina la statistique lorsqu'il dit que, pour régler l'importation et l’exportation , il faut connaître combien il se consomme, et quels traités il convient de faire avec ceux à qui l’on a recours, Il admet la guerre comme un moyen naturel d’acquérir, la comparant à une chasse d’hommes qui, nés pour obéir, se refusent à la servitude : il semble, ajoutet-il, que la nature ait imprimé le sceau de la justice à de semblables hostilités.
L’horrible plaie de l'esclavage se laisse apercevoir à travers le manteau pompeux dans lequel se drape l’antiquité. Il y avait dans PAttique trois cent cinquante mille esclaves contre vingt mille citoyens : proportion démesurée, et que nous voudrions croire fausse pour l'honneur de l’humanité, si les raisonnements opposés avaient la moindre valeur; mais on comptait aussi quatre cent soixante mille esclaves à Corinthe , quatre cent soixante mille à Égine, et, selon Athénée , l’Arcadie en contenait trois cent mille (2). Les divers États de la Grèce pouvaient, à eux tous, en réunir vingt
(1) Xénophon montre qu'il a eu une idée de la subdivision du travail, lorsqu'il dit dans la Cyropédie, liv. VII, ch. 11 : « Dans les petites villes, le même homme fait des lits, des portes, des chariues, des tables ; souvent aussi il fait encore la maison, s'estimant heureux quand il trouve assez de gens qui l'occupent pour lui faire gagner sa vie; or il est impossible que l'ouvrier qui travaille en plusieurs genres réussisse également bien dans tous, Au contraire , dans les grandes villes, où une multitude d’habitants ont les mêmes besoins, un seul métier suffit pour nourrir un artisan; souvent même ne fait-il pas ce métier dans son entier, car l’un fait des chaussures d'hommes , et un autre celles de femmes. Tel gagne sa nourriture à coudre des brodequins, tel autre à les tailler ; celui-ci fait des vêtements neufs, celui-là les raccommode. L'homme qui s’applique constamment à un même ouvrage doit, de toute nécessité, réussir à le faire parfaitement. »
(2) ATUÉNÉE , VI, 20, 103, Schol, de Pindare, Olymp. 11; Bwck, VI, 42.