STRABON
(2) XÉNornon, Helléniques, VII.
(3) XéNoPnon, Politique, I, ch, 2, $ 4 et 13; Morale, VHI, ch. 2, S 11.
qu’au droit de la défense naturelle ; néanmoins, entraîné par le sentiment, il recommande de le traiter comme un ami malheureux. Il est vrai que quelques sages élevaient dès lors. la voix en faveur de l’humanité ; mais leursnoms ne nous ont pas même été conservés ,et nous ne sommes instruits du fait que par les réfutations du Stagirite (1). Nous voyons, au contraire, par les harangues de Démosthène (2), que Callistrate et Olympiodore mettaient à la torture l’esclave d’un citoyen dont ils héritaient, sur la simple supposition que le défunt avait caché de l’argent. Eschine, dans une affaire où manquaient les témoins, demande qu'on applique les esclaves à la torture pour leur faire déclarer seulement si tel individu est sorti de sa maison durant la nuit : il raconte luimême (3) que Pitalque, esclave public et bateleur, vitentrer dans son habitation plusieurs citoyens qui jetèrent ses meubles dehors, le lièrent à une colonne et le battirent jusqu’à ce que des voisins fussent accourus pour le délivrer; les coupables restèrent impunis, et leur victime obtint par grâce de se tirer saine et sauve du procès. Eschine, parlant dans cette circonstance du péché contre
nature, dit ces paroles remarquables : On s’étonnera peut-étre de ”
ce que le législateur l'ait prohibé méme sur les esclaves ; mais , si vous y réfléchissez bien, vous reconnaîtrez qu'il l'a fait par rapport aux mœurs des citoyens. Peu lui importèrent les esclaves mais, pour déraciner un tel vice, il le défendit méme envers eux (4).
On comprend que l'existence de tant d’infortunés devait profondément altérer les relations domestiques. Quant aux relations publiques, combien les Athéniens ne devaient-ils pas mépriser les professions mécaniques, lorsqu'elles étaient abandonnées à des mains si abjectes! Leur économie sociale “itférait donc essentiellement de la nôtre, fondée sur l’indu:'rie.
Les domaines publics étaient évalués, à Ataènes, à quarante mille talents en capital (5). La grande injustice par laquelle Solon
(1) Xénornon, Politique, liv. 1, ch. u, $ 3.
(2) DÉmosruÈne, Plaidoyer contre Olympiodore.
(3) ESCHiNE , 1, 54, Harangue contre Timarque.
(4) Dans sa réplique, Démosthène , qui défendait Timarque, accusé de ce méfait, ne sait répondre autrement à Eschine qu’en lui demandant de produire les registres des percepteurs de la taxe mise sur ces infamies,
(5) Pozvee, I, 62 : « L’estimation des terres , des maisons et de tous les biens de l’Attique ne monta pas à la somme de 6, 000 talents. » Mais, ou le texte est altéré, ou il se trompe. Selon des documents positifs , on comptait dans l’Attique plus de 900,000 plèthres de terres cultivables , valant au moins 50 drachmes le plèthre, ce qui donne 7,500 talents, 10,000 maisons dans l'enceinte d'Athènes,
Économie pu.
blique,
Revenus.
commença sa réforme en abolissant les dettes, dut rendre plus équitable la répartition des richesses; mais elles ne tardèrent pas à s’accumuler dansun petit nombre de mains, Les petites fortunes étaient celles qui n’atteignaient pas cinq talents ; entre cette somme et quarütte talents se trouvaient les fortunes moyennes ; les grandes dépassäient cette limite, comme dans les famillés des Nicias, des Hipponicus, des Callias , où l’on comptait jusqu’à deux cents talents.
Anciennement, chacun avait le nécessaire, et les propriétés
étaietit très-morcelées; mais, après Alexandre, les classes infés rieures s’appauvrirent ; et déjà , sous Antipater, on compte douze mille habitants qui n’ont pas deux mille drachmes de capital. Un gouvernement populaire dut naturellement acctoître les institutions chargées de multiplier les secours , même sans la édition du travail. Il et était assigné aux citoyens infirmes, et Pisistrate en fit distribuer au guerriers mutilés; le nombre des pauvres ayant augmenté dans la guerre du Péloponèse, on donnait une ou deux oboles pat jour (45-30 centimes ) aux faibles et aux indigents.
Le peuple votait les lois de financés, dont l’administration était confiée aux einq cents sénateurs, qui lui en rendaient compte; il est donc probable qu’ils tenaient un registre en règle de ce qu’ils avaient à payer. Les impôts réguliers s’affermaient, ce qui dispensait le gouvernement d’avoir des employés pour leur recouvrement. Les sommes perçues étaient versées dans les mains des trésoriers, un pour chaque tribu, et qui dépendaient d’un trésorier général, élu pour quatre ans par le peuple. Onne trouve rien qui ressemble à un budget, et l’on ne limitait pas les dépenses ordinaires , qui variaient selon les besoins, les caprices, les ressources ; il ÿ avait plus de régularité dans les revenus.
Ces revenus de l’État consistaient d’abord en produits ordinaires, tels que ceux des domaines publics, des mines, des taxes sur l'industrie et sur la consommation, de la capitation sur les esclaves et sur les éträngers. Les marchandises payaient à l’en-
estimées dix mines chacune, font 1,600 talents ; si l’on ajoute 400 talents pour édifices hors de la ville, on arrive, pour la propriété fonciète des particuliers , à 9,500 talents , outre le domaine public. Que l’on y joigne la valeur du bétail, de 360,000 esclaves valatit une mine chacun, la propriété mobilière, et l’on trouvera le chiffre de 30 à 40 inille talents, qui s’élèveront à 50 en comptant les domaines publics , l’armée, la flotte et le inobilier de l'État. On aura donc en tout 255 millions au lieu des 30 ou 40 dotés par Polybe. Selon des hÿpothèsés plus larges, cette somme né répréseitéfait même que le reventi dt capital,
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trée et à la sortie le cinquantième de leur valeur, pius quelque chose pour l’entretien des ports, et aussi pour la douane, si on les y déchargeait ; un vingtième était perçu sur tous les objets importés ou exportés sur le territoire des alliés, Il paraît qu’annuellement ; les propriétés publiques ne rapportaient pas plus de deux cent mille drachmes. Quant aux contributions directes, onne connaissait ni l’impôt foncier ni l'impôt personnel. Seulement, chaque métègue ou étranger payait douze drachmes par an, et sa femme, six. Là même taxe frappait quiconque, homme ou femme, faisait trafic de sa personne, Les esclaves payaient trois oboles par tête.
Les amendes et les confiscations étaient une seconde source de richesses ; cette dernière peine ; si immorale ; était la conséquence de toute condamnation à l'exil, au bannissement ou à la mort. L’Athénien qui épousait une étrangère, encourait une amende; l'étranger qui épousait une Athénienne, était vendu , ainsi que ses biens, dont letiers revenaitau dénonciateur. On vendait également les métèques qui avaient usurpé l’exercice des droits de citoyen, qui ne payaient pas la taxe ou n’avaient pas de répondant, Aussi, dans Athènes, beaucoup de gens ne vivaient-ils qu’en procurant des confiscations, et, dans ce but, ils employaient contre les riches la ruse et la calomnie, On peut juger si les confiscations étaient fréquentes, en songeant à la quantité de citoyens que chaque triomphe d’une faction sur Pautre chassait de leur patrie ; le nombre des exilés devint si considérable que Mégare en fut peuplée.
Il faut ajouter à toutes ces ressources le tribut des alliés, dont nous avons déjà parlé (1), et qui, d’Aristide à Alcibiade , s’éleva
(1) Aperçu dun budget d’Athènes, recettes et dépenses : Recerres, Produit des propriétés publiques... ..,.,,,,,.. 200,000
Impôts directs.......... dos us node de ve +: 380,000 Tribut des villés alliées... ,....::5..,35...,,.: 3,300,000 Prestations, taxes de guerre... .......,.,,..,: 250,000 Impôts indirects. . «,..,.. TER LEE 400,000 Confiscations, amendes. ,...., sus sans so 1,500,000 6,030,000
DévENsEs.. Fêtes. ......., ne eee san éco sto es 1,000,000 Salaires , récompenses , secotifs, ...:,.:,,.,.., 2,000,000 Édifices publics. ...:... doséts usé oi 6 “sc. 300,000 Cavalerie en temps de guerre....... Su een e à 600,000 Infanterie, ....,.,,.,:...., ART DOTE OT 1,800,000 Mate, ss osocovessooserooosessee soso 1,100,000 6,800,00%
Voir sur les finances d'Athènes, sur son budget, le Cours d’éludes historiques de l’exact et savant Daunou, t. XI, p. 209-236; Paris, Didot, 1845.
de quatre cent soixante mille à deux cents talents. Les colons établis sur les terres des vaincus payaient directement à Athènes un tribut, ou peut-être ne s’employaient-ils qu’à lui faire payer celui que les vaincus lui devaient. Les liturgies étaient des servitudes
ou des prestations, en argent ou en nature, annuelles ou .
biennales, volontaires ou obligatoires , pour subvenir aux fêtes publiques, aux repas communs, aux exercices des gymnases, à la construction et à l’armement d’un certain nombre de vaisseaux. Cette taxe arbitraire offrait aux ambitieux un moyen de capter la faveur populaire.
La guerre procurait aussi de grandes richesses; car, indépen-
damment du butin, les terres conquises étaient partagées , et les
habitants devenaient esclaves ou colons. On connaissait aussi une contribution de guerre proportionnée aux propriétés ; mais le mode de recouvrement n’est pas bien Géterminé.
En cas de nécessité, on avait recours à des contributions spéciales, comme fit Hippias en frappant d’une taxe les balcons, les escaliers, les balustrades des maisons. Chose remarquable, les Spartiates, dans l’intention de secourir les Samiens, jeûnèrent un jour entier, et leur envoyèrent ce qu’ils avaient économisé par ce moyen.
Dans l’économie des peuples anciens, ilne faut pas chercher la dette publique, les banques, les prêts, les moyens de crédit, les autres créations d’une propriété imaginaire dont la valeur repose sur les impôts que les hommes de l’avenir consentiront à payer.
Quant aux dépenses, cellesqu’on faisait pour les fêtes et les théories étaient énormes ; parfois on immolait, aux frais du trésor, jusqu’à 300 bœufs et 300 chèvres à Diane. Les peaux des animaux sacrifiés valurent quelquefois 4, 734 francs en sept mois. Le prix d’un sacrifice, que Solon avait fixé à trois talents, fut porté à neuf; le voyage à Délos, qui avait lieu tous les quatre ans, coûtait 22, 340 francs.
On faisait au peuple , les jours de fêtes et pendant les jeux, des distributions d’argent, outre le blé et le produit des confiscations qu'on lui donnait en temps ordinaire. Un salaire était assigné à ceux qui assistaient aux assemblées, aux juges, au conseil des cinq cents, aux administrateurs, aux orateurs, aux ambassadeurs et autres fonctionnaires publics. Les indigents et les invalides recevaient des secours ; les couronnes, lesstatues, les récompenses pécuniaires devaient, encore entraîner une forte dépense, comme aussi la réparation et la construction des édifices , des ports, des théâtres.
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