AGÉSILAS
les Grecs, il lui démontra la nécessité de faire un grand armement maritime ; l’argent qu’il en reçut lui servit à rassembler, avec une promptitude admirable, des bâtiments ioniens et phéniciens en assez grand nombre pour aller attaquer Pisandre et le défaire. Ce fut ainsi que Sparte perdit sur mer la prééminence qu’elle avait acquise durant les vingt-sept années de la guerre du Péloponèse. Conon, après avoir conquis les Cyclades, Cythère , et ravagé les côtes de la Laconie, se présenta dans les ports longtemps déserts de Munychie, de Phalère et du Pirée, et releva les murs d’Athènes, sa chèrepatrie.
On conçoit combien Sparte en conçut de déplaisir ; voyant que la force ne lui suffisait pas, elle eut recours à l'intrigue. Le Spartite Antalcidas, rival d’Agésilas, et jaloux de lui ravir l’occasion de se signaler dans les combats, se rendit en qualité d’ambassadeur près du roi de Perse, bien résolu à lui rendre Conon suspect. Antalcidas était un de ces caractères légers qui sèment de fleurs le chemin du vice; nullement Spartiate par ses mœurs, et non moins éloquent que rusé, il tournait en ridicule les lois austères de T.ycurgue et faisait rire les courtisans perses aux dépens de Léonidas, de Callicratidas et d’Agésilas, dont les noms seuls les avaient fait trembler. Après de longues intrigues, il conclut le traité connu sous le nom de paix d’Antalcidas. Dans ce traité, il fut stipulé « que les villes grecques de l’Asie Mineure, Chypre et Clazomène « resteraient sous la dépendance de la Perse; qu’Athènes conser- « verait sa juridiction sur Lemnos, Imbros et Scyros; que la Grèce « d'Europe aurait pleine liberté de se gouverner à son gré, et que « Sparte combattrait quiconque nadhérerait pas à ce traité (1). »
Sparte donnait ainsi à l'étranger des droits de souveraineté sur la Grèce, et reconnaissait lâchement le vasselage de ces républiques pour la liberté desquelles il avait été prodigué tant de sang et de valeur, On a dit qu’il était impossible aux Grecs de maintenir ces provinces indépendantes : oui, tant qu’ils ne faisaient que se déchirer les uns les autres; mais malheur au pays libre qui rive les
(1) Deux ans après la paix d’Antalcidas, Isocrate disait dans son Panégyrique (chap, 34), en parlant du roi de Perse : « Maintenant il est le maître de la « Grèce, il intime des ordres à chaque peuple, et peu s’en faut qu'il ne mette « des gouverneurs dans les villes. Que manque-t-il désormais à notre honte ? « N’est-il pas l'arbitre de la guerre, de la paix, le maître absolu de toutes nos « démarches? Dans nos querelles domestiques, n’avons-nous pas recours, pour « notre salut, à celui qui voudrait nous voir tous exterminés ? Ne courons-nous « pas vers lui, comme étant notre souverain juge, pour nous accuser les uns « les autres? Ne l’appelons-nous pas le grand roi, comme si nous étions ses es- « caves? »