LA BÉOTIE
Anaxis, Dionysodore et Plutarque ; les poëtes Pindare, Corinne et Hésiode; les grands capitaines Épaminondas et Pélopidas.
Lecaractère des Béotiens ne jouissait pas d’une meilleure réputation. Les habitants de Tanagre passaient pour envieux, ceux d’Orope pour avides, ceux de Thespies pour querelleurs, ceux d’Haliarte pour niais; on disait les Thébains insolents, les Coronéens perfides, les Platéens fanfarons : accusations injustes par leur généralité même, et qui n’attestent autre chose que la rivalité des villes entre elies. Nous pouvons encore y voir un indice que la population en fut souvent renouvelée, comme dans un pays placésurlé chemin des tribus septentrionales. Les Béotiens ne s’adonnaient ni au commerce ni à la navigatiou, bien queles colonies égyptiennes eussent dûleur en apporterle goût. Quiconque n’avait pas cessé tout négoce depuis dix ans, était exclu des magistratures. Les arts élaient régis par des lois spéciales, dont une punissait le peintre ou le sculpteur qui ne respectait pas la décence; la musique et la danse faisaient partie de l’éducation publique, et des récompenses étaient décernées aux meilleurs poëtes.
Les premiers événements de la Béotie et de Thèbes ne sont connus que par leur renommée fabuleuse. Après la prise de Thèhes par les Épigones, les Béotiens éoliens, refoulés par les hordes sorties de la Thrace, passèrent de la Thessalie dans le pays qui prit d’eux son nom. Leur dernier roi fut Xuthus. Après lui, la Béotie fut divisée en autant d’États qu’elle comptait de villes ; les principales étaient Thèbes, Platée, Thespies, Tanagre et Chéronée.
Vers latin du septième siècle, le Corinthien Philolaüs lui donna des lois, fondées principalement sur l’éducation de la jeunesse, et sur l'égalité des biens que garantissait l'interdiction de M vente des propriétés; mais il ne put consolider sa constitution. Il paraît qu’au temps de la guerre médique l’oligarchie prévalut dans les villes; puis elles subirent par intervalles une démocratie sans frein. Enfin les diverses communes formèrent une confédération : aux réunions religieuses dites Panbéotiques participaient Platée, Chéronée, Thespies, Tanagre, Coronée, Orchomène, Lébadée, Thèbes et Haliarte. Chacune des cités élisait un béotarque, et Thèbes deux ou même trois, qui constituaient le conseil des Onze, chargé de préparer et d’exécuter les lois nationales ; le commandement suprème de la confédération et de ses troupes devait appartenir alternativement à un représentant de chaque ville, La guerre permit à Thèbes de changer sa prééminence en domination; mais les jalousies et une organisation vicieuse empêchèrent la Béotie d’occuper parmi les républiques de la Grèce la place que semblait
ecupation de ar dmée, ;
Épaminondas,
lui destiner son étendue et sa population. Dès qu’un grand homme sortit de son sein, elle s’éleva au premier rang ; elle tomba dès qu’il disparut.
Sparte, attentive à profiter de la paix d’Antalcidas, ordonna aux Mantinéens de démanteler leur ville et de se disperser dans les villages ; sur leur refus d’obéir, elle les y contraignit par la force. Elle agit de même avec les habitants de Phlionte, qui cherchèrent dansles montagnes un refuge à leur indépendance; puis elle envoya des troupes secourir Acanthe et Apollonie contre la puissante ville d’Olynthe , qui, après quatre expéditions, fut forcée de se rendre.
Phœbidas, général spartiate, tandis qu’il marchait contre Olynthe, vint camper près de Thèbes ; excité par les aristocrates, opposés aux partisans d'Athènes et de la démocratie, il s’'empara par trahison de la citadelle, qui, du nom de son fondateur, s’appelait la Cadmée. L'ordre d’une pareille violation du droit des gens n’était pas émané de Sparte ; mais lorsqu’on lui adressa des doléances à cesujet, Agésilas répondit qu’il fallait examiner si la chose était utile, et agir selon l'intérét de la patrie. C'était le même Agésilas qui avait dit : Le roi de Perse, que vous exaltez tant , est-il donc plus grand que moi quand je suis juste ?
Les Spartiates, ayant recours à une politique dont les temps modernes offrent de nombreux exemples, destituèrent Phæbidas et le condamnèrent à une amende de dix drachmes ; mais ils gardèrent la citadelle, y mirent une garnisonet protégèrent les oligarques, qui, au moyen des exils et des confiscations, opprimèrent la patrie pendant cinq ans.
Quatre cents Thébains mécontents s’étaient réfugiés à Athènes; dans le nombre se trouvait Pélopidas, jeune homme plein de courage et de vertu, animé surtout du désir de délivrer sa patrie. Il rassemble les exilés, se ménage des intelligences dans Thèbes, y pénètre furtivement, tue les magistrats traîtres, ouvre les prisons et délivre sa patrie. Lorsque l’illustre exilé parut avec ses compagnons au milieu de ses concitoyens assemblés, tous se levèrent, les prêtres lui offrirent des couronnes, et un cri unanime applaudit au restaurateur de la liberté.
Alors, comme un puissant auxiliaire, apparut Épaminondas, l’un des héros les plus accomplis de l’histoire, et qui seul suffirait à la gloire de cette école de Pythagore, dont le but était de former des hommes et des citoyens, non des sophistes et des rêvevrs. Versé dans les sciences et cultivant les beaux-arts, satisfait d’une honorable pauvreté, généreux, prudent, fort contre les dangers
1omme 1ba dès
na aux ans les | force.
hèrent lle enissante > de se
> Olynes, Opara par elait la n’était ances à se élail \gésilas il donc
ps MO+ laset le èrent la
former êveurs. t d’une dangers
sans les chercher, ferme dans ses convictions, calme au milieu des partis, les tyrans l’avaient épargné comme étant peu à craindre; il se contenta de leur opposer cette résistance passive, arme. du philosophe contre les oppressions qu’il doit inévitablement subir. S'il eut connaissance de la conjuration, il n’y prit aucune part, et se tint renfermé chez lui tandis qu’on se battait dans les. rues, pour ne pas souiller ses mains du sang de ses concitoyens : on put le traiter de lâche et de pusillanime, mais la suite. le justifia (4). En effet, aussitôt que la guerre civile cessa, et qu’il fut question de chasser l’oppresseur, il prit le commandement des insurgés, leur montra le chemin de la victoire, recouvra, la € 1dmée ; puis, ayant réuni les forces de toutes les villes de, la Béotie, et les secours fournis par Athènes, il se prépara à tenir tête aux ennemis.
Les Spartiates s’avançaient avec une redoutable lenteur, sous la conduite de Cléombrote et d’Agésilas ; déjà les Athéniens , se repentant de s’être déclarés pour Thèbes, battaient en retraite, quand le général spartiate Sphodrias, à l’instigation adroite dé Pélopidas et gagné par l'or des Thébains, tenta de surprendre le Pirée. Le coup de main manqua; les Athéniens se plaignirent , et, comme ils, ne recevaient aucune satisfaction, ils s’unirent plus étroitement aux Thébains etarmèrent leurs navires. La flotte mit à la voile sous le commandement de Timothée, fils de Conon, tué naguère, de Chabrias et d'Iphicrate, qui, après avoir désolé les côtes de la Laconie, enlevèrent à Sparte l’île de Corcyre, et anéantirent les forces maritimes du Péloponèse.
Pélopidas , en défendant, les armes à la main, sa patrie contre Cléombrote et Agésilas, ne se montra pas moins vaillant qu’il n’avoit été habile dans ses stratagèmes ; et, pour la première fois, les Spartiates furent vaincus, à égalité de forces, dans la bataille de Tégyre. Alors les négociations succédèrent aux combats : la Grèce entière demandait la paix; le roi de Perse la conseillait aussi, désireux qu’il était d'obtenir des secours contre l'Égypte rebelle, et, dans cet espoir, il promettait de rendre la liberté à toutes les villes grecques. Sparte et Athènes accédèrent à ses vœux ; Thèbes s’y refusa, persuadée que cette paix la laisserait
(1) Voir SEraN DE LA Tour, Histoire d'Épaminondas; Paris, 1752. — Meis- NER, id. (allemand); Prague, 1801.—J. G. Scneisez, Mémoire pour la connaissance plus exacte de l'antiquité ( allemand ). Il y a deux parties : l’une concerne Corinthe, l’autre Thèbes.
La vie d'Épaminondas a été aussi écrite par le compilateur connu sous le nom de Cornélins Népos, |
Es
BOSSER IS ESRSRSSUEEEE
Tactique nouvelle.
isolée, tandis que Sparte resterait à la tête des villes de Laconie soumises à sa domination. Mais quoi done ? disait Agésilas à Épaminondas, venu à Lacédémone avec les autres ambassadeurs, faut-il laisser la Béotie indépendante? — Faut-il laisser la Laconie indépendante? répondit Épaminondas , qui concevait l’idée, aussi belle que difficile à réaliser, de légalité entre toutes les villes de la Grèce, et qui s’apprêtait à soutenir par les faits sa terrible parole, Les peuples insurgés ne doivent eependant compter que sur leurs propres forces, non sur les promesses d’alliés quelconques. Les cités grecques s’entendirent toutes avec Sparte , et les généreux Thébains restèrent seuls.
Mais ils avaient pour eux ce couple glorieux de Pélopidas et d'Épaminondas, et le meilleur des augures, comme disait ce dernier, puisqu'il s’agissait de combattre pour le salut de la patrie (1). Pélopidas, qui jusqu'alors avait été investi de la magistrature suprême, étant sorti de charge ,se mit à la tête du bataillon sacré, composé de trois cents guerriers, engagés par serment à se défendre jusqu’à la mort; comme il quittait sa demeure , sa femme en pleurs linvitait à ménager ses jours : Cela se recommande aux soldats, répondit-il ; auæ généraux, il faut recommander de conserver les autres.
Epaminondas, chargé du commandement de l’armée, remporta autant de victoires qu’il livra de batailles. I entretint le courage du vulgaire au moyen des oracles, celui des braves par une tactique nouvelle, Les Grecs, dans presque toutes les sciences et les arts, produisirent l’homme qui en connut les principes réels , et qui, en les appliquant, devint un modèle pour la postérité : tel fut Épaminondas pour l'art militaire. Les anciens regardaient comme essentiel de cacher à l’ennemises desseins et le nombre des troupes. On employait, àceteffet, des espions adroits, des marches shnulées, des feux allumés sur plus ou moins d’espace, et des lits laissés plus ou moins nombreux dans le camp abandonné; mais Épamiinondas, contraint de combattre des forces supérieures, situation qui donne la mesure du génie militaire, vit qu’il ne pouvait plus suivre l’ancien système, et résolut d’attaquer, avec une partie de son armée concentrée, l'ennemi sur un seul point et de rompre sa ligne. fl introduisit alors l’ordre oblique, auquel Aïexandre dut la victoire du Granique, César celle de Pharsale, Frédéric de Prusse celle de
(1) C'est le patriotique vers d'Hômère ( Zliade, XIX 243) :
El: olwvès Aprotn:, MpÜveohar mepi natpnc.
'onie J: pa- UrS , Laidée, 'illes rible que conet les
as et it ce de la agistailment e, sa comman-
porta urage > tacet les s , et el fut mme upes.
ilées, plus ndas, lonne
lanrmée ne. Il ctoire le de
Hohen-Friedberg , et qui consiste à tomber sur un seul point , en
tenant en réstrve une partie de l’armée, pour faire attaquer Pen: 5 Juillet 571.
nerñi en flanc par des troupes fraîches, et déconcerter ainsi ses plans, A Leuctr ., où 6,400 Thébains devaient affronter 25,600 hommes tant Spartiates qu’alliés, Épaminondas disposa en coin la gauche de son armée et tint la droite sur les derrières ; lorsque la gauche eut enfoncé la phalange spartiate , il lança sa réserve et fit poursuivre les fugitifs par des troupes détachées. Aussi les Spartiates essuyèrent-ils la défaite la plus sanglante qu’ils eussent jamais éprouvée. Sphodrias et le roi Cléombrote furent tués dans le combat, avec mille quatre cents eïtoyens.
La nouvelle en parvint à Sparte lorsqu'on célébrait les fêtes pour la conservation des fruits de la terre ; les éphorés ordonnèrent qu’elles continuassent , et envoyèrent aux différentes familles la liste de ceux qui avaient péri, avec injonction aux femmes de s’abstenir de lamentations. Le lendemain, les parents des morts se montrèrent en habits de fête.
Mais, plus encore que la défaite, on déplorait l’opprobre dont s'étaient couverts ceux qui survivaient : ils avaient tourné le dos à l’ennemi, et les anciennes lois punissaient cette faute d’un chàment ignominieux. Agésilas , afin de ne pas ajouter de nouvelles douleurs à un si grand revers, sans néanmoins abroger les lois, proposa de les laisser sommeiller cette fois, sauf à leur rendre ensuite toute leur vigueur.
Épaminondas, poursuivant ses succès, lança d’abord une armée dans le Péloponèse, où il avait déjà des intelligences avec les Arcadiens, les Argiens et les Éléens; il rendit la liberté aux Messéniens; rebâtit leur ville, et donna un démenti au proverbe qui disait que les femmes spartiates n'avaïént jamais vu les feux d’un camp ennemi, Agésilas resta dans la ville, voyant trop bien qu’une autre défaite aurait été irréparable ; mais une attaque n’aurait pas eu de moins funestes conséquences pour une ville sans murailles. Cependant Épaminondas soit qu’il craignit de réduire Sparte an désespoir, soit qu’il voulût éviter l’envie qu’aurait causée la prise d’une semblable cité, prit le Lg de se retirer.
Durant cette expédition, Épaminondas et ses collègues avaient conservé le commandement quatre mois au delà du terme annuel fixé à tous les emplois chez les Béotiens :or, soit envie, soit stricte observation des lois, ils furent accusés et condamnés à mort. Épaminondas alors s’écria : J'accepte la condamnation ; mais qu’il soit dit dans les motifs : Ils ont été punis de la peine capitale pour
avoir sauvé la patrie malgré elle, et rendu la liberté à la Grèce.
Bataille de Leuctres.
NE AGE LR Se names om
Le do mn Un A
Alexandre de
La sentence se changea en applaudissements. Néanmoins, ses rivaux parvinrent à le faire dépouiller de son grade; Épaminondas accepta avec la même tranquillité d'âme le dernier rang dans l’armée, disant que; si les emplois ennoblissent les citoyens, le citoyen peut aussi ennoblir les emplois.
Athènes et Sparte se liguèrent contre la Béotie émancipée, à la condition que le commandement alternerait entre les deux rivales. Denys de Syracuse, dont elles firent solliciter les secours, envoya à la ville dorienne , par égard pour la communauté d’origine , deux mille mercenaires espagnols et gaulois, quimirent ia valeur grecque à une rude épreuve (1). Bien plus, elles réclamèrent l'assistance du roi de Perse lui-même, oubliant, par soif du pouvoir, le sentiment national. Mais Pélopidas se rendit près d’Artaxerxès Mnémon, et lui représenta que, Thèbes n’ayant jamais fait la guerre aux Mèdes, il lui importait de la soutenir, pour opposer un contre-poids à Athènes et à Sparte ; il parvint ainsi, non-seulement à le détourner de se joindre à elles, mais à le ranger même du côté de sa patrie. se
Reconnaissant ensuite que le premier intérêt d’un pays qui a recouvré son indépendance est de propager la liberté, Pélopidas se rendit en Thessalie pour renverser Alexandre, tyran de Phères : abattre un tyran alors que Sparte envoyait des secours et des conseillers à celui de Syracuse, et qu’Athènes recevait des subsides de cet Alexandre et lui érigeait des statues (2)! Cet Alexandre, pourtant, enterrait les hommes vivants, ou bien, après les avoir fait revêtir de peaux d'ours, il excitait les chiens contre eux, ou les poursuivait à coups de flèches; il avait assailli deux villes en pleine paix, et passé au fil de l’épée les habitants rassemblés sur la place publique. Pélopidas, en combattant contre lui, fut fait prisonnier par trahison ; mais, loin de perdre courage, il menaçait le tyran dont il portait les fers. Comme celui-ci lui demandait s’il ne craignait pas la mort : Au contraire, répondit:il, Je la désire, afin que tu mérites davantage la haine des hommes et des dieux, et que tu périsses plus tôt. Délivré par Épaminondas, il n’aspira plus qu’à se venger, attaqua de nouveau le tyran, et tous les deux se donnèrent la mort.
Épaminondas songea à pourvoir sa patrie d’une flotte qui aurait assuré sa liberté et sa suprématie. Une guerre civile ayant éclaté dans l’Arcadie, entre Mantinée et Tégée, Sparte et Athènes prirent
(1) Dionore, XV, 70.
(2) PLuTARQUE , Vie de Pélopidas.
es rindas s l’aroyen
, à la yales.
1vOya deux cque ce du ment et lui des, Joids » déle sa
à r'eidas res :
sides dre, voir eux, illes sem-
le parti de celle-ci ; les Thébains embrassèrent la défense de l’autre. Épaminondas rentre bientôt dans le Péloponèse , où une anarchie pleine de vengeances, de confiscations et d’exils, avait succédé à la domination de Sparte, défendit la cause des villes arcadiennes, rebâtit Mégalopolis à ia honte des Lacédémoniens, et pénétra jusque sur la place de Sparte, où Agésilas accourut pour le repousser. Enfin ils en vinrent aux mains près de Mantinée, et, dans l'instant où Épaminondas ne déployait pas moins de vaillance comme soldat que d’habileté supérieure comme général, il tomba percé d’un coup mortel. Lorsqu'on lui eut annoncé que les siens étaient vainqueurs , il fit extraire le fer resté dans la blessure , et rendit le dernier soupir, joyeux de mourir sans avoir essuyé aucune défaite, et de laisser Thèbes triomphante , Sparte humiliée, la Grèce affranchie.
Personne n’avait plus de savoir qu'Épaminondas, et ne le laissait moins paraître. Ardent en amitié, généreux envers sa patrie, même lorsqu'elle fut ingrate, inaccessible à la corruption, il resta toujours pauvre , même au premier rang; dans le besoin, il avait franchement recours à ses amis; sévère dans ses mœurs, il se faisait admirer de ses compatriotes qui lui ressemblaïent si peu. On rapporte que les meubles les plus nécessaires manquaient dans sa maison, et qu’il fut un jour obligé de rester chez lui, tandis qu’on lui raccommodait son manteau : excès justifié par son désir d’opposer un vivant contraste de pauvreté à un luxe corrupteur. Ayant appris que son écuyer avait tiré beaucoup d’argent d’un prisonnier, il lui reprit son bouclier en lui conseillant d’ouvrir une boutique, puisque , devenu riche, il ne voudrait plus risquer sa vie. Il excluait des rangs de ses soldats ceux qui étaient trop gras, ou même trop grands, disant que deux ou trois boucliers ne suffiraient pas pour les couvrir. Comme on lui demandait un jour pourquoi il n’était pas venu au banquet public et ne portait pas d’habits de fête : Pour vous laisser vous divertir plus à votre aise. Après la bataille de Leuctres il s’écria : Ma plus grande joie est de penser à celle de mes parents, lorsqu'ils apprendront cette vicloire.
Avec lui s’éteignirent l'éclat et la puissance de Thèbes. Quand ces Béotiens, qu’il avait relevés et don: il avait fait des héros, auraient eu le plus besoin d'économie , de tempérance et d'activité, ils se plongèrent de nouveau dans la débauche ; ils instituèrent un grand nombre de confréries gastronomiques, dont les membres devaient laisser, en mourant, un legs destiné à les perpétuer. On
frustrait même pour elles ses héritiers ; certains amateurs avaient
863, 27 juin.
Mort d'Épaminondas.
SD 2 CORNE me Ad 22 rm rm
CE re 2 2 Eee Gé D a e+ PART BETen nr asthme > ERA = ÿ, ; : me x £
Mort d'Agésilas, 361.
Gucrre des alliés.
acquis le droit de prendre placé, dans un mois, à plus de festins qu'il né comptait de jours (4):
Las de tant de guerres, les Grécs choisirent pour arbitre le roi de Perse, qui décida que chaque ville devait rester indépendante. Sparte ne voulut pas adhérer à cette décision, pour ne pas rendre la liberté à Messène, et, dans l'intention dé contrarier lé grand roi, elle envoya Agésilas au secours de Tachos, roi d'Égypte, qui s'était révolté contre la Perse. Ce roi, prévenu défavorablement par l'apparence chétive d’Agésilas, excita le Spartiate, qui s’entendit alors avec Nectanébo, cousin et ennemi de Tachos, et le mit sur le trône. Il revenait avec une somme dé deux cent cinquante talents, quand la tempête le jeta sur la côte d’Afrique , où il mourut : ce fut le plus grand homme de Sparte, après Lycurgue. D'un courage extrême à la guerre, il redevenait, à la paix, plein de douceur et de simplicité. Un jour qu’un ambassadeur le trouva s'amusant avec un de ses enfants, à cheval sur un roseau, il continua le jeu et dit à l'étranger : N’en dites rien jusqu’à ce que vous soyez père (2). Il faisait dresser sa tente dans les bois sacrés, afin, disait-il, que les dieux fussent témoins de tous ses actes; c'était montrer qu’il avait de la divinité une idée bien matérielle : croyaitil donc que, hors des enceintes sacrées, l’honnête homme pouvait agir sans rétenue et se permettre tout impunément ?
Dans la dernière guerre, ni Thèbes ni Sparte ne l’avait emporté : l’une avait perdu Messène, l’autre ses généraux. Toutes deux se trouvant épuisées par des efforts extraordinaires, l’équilibre était rétabli, mais la force manquait; la paix avait reparu, mais sans stabilité.
Athènes sé maintenait au dehors par sa marine; au dedans, elle était minée par sa démocratie délirante et par ses mœurs corrompues, qui la rendaient soupçonneuse et ingrate envers toute vertu, esclave de quiconque flattait ses inclinations perverses, Ce fut par ces artifices d'adulateur que s’éleva un certain Charès, homme d’une taille athlétique, violent dans ses manières comme dans ses paroles ; le souffle populaire le poussa à la tête de Parmée, quand, au dire du brave et généreux Timothée , il était à peine digne de porter les bagages. Après avoir dépensé soixantetalents pour traiter lepeuple, proposa aux Athéniens, afin de remphr le vide du trésor, de saccager les terres des alliés et les colonies. Ces dernières le
(1) I y avait aussi à Athènes plusieurs de ces sociétés, où l’on s’entretenait même de politique et de sciences. Les clubs anglais ne sont pas autre chose.
(2) Henri IV en dit autant à l'ambassadeur d'Espagne, qui le trouva marchant à quatre pattes, son fils à cheval sur son dos.
bstins
le roi ante.
endre vrand , qui ement s’enet le cine,où rgue.
plein ouva convous , afin, ’était oyait- Duvait
em- 'oùtes équiparu,
, elle ‘romertu, t par mime 1s ses and, ie de ‘aiter ésor , res le etenait
ose.
rchant
DÉCADENCE LE LA GRÈGCE. 23h
prévinrent et se soulevèrent ; la flotte athénienne, envoyée contre Chios, foyer de l'insurrection, fut défaite, et le vaillant amiral Chabrias, ne pouvant autrement sauver l’honneur, se noya dans la mer. Samos et Lemnos , qui étaient restées fidèles à Athènes, furent saccagées ; Byzance résista aux galères athéniennes, parce que Charès faisait avorter les bons avis d’Iphicrate et de Timothée, qui soutenaient dignement l'antique honneur de leur pays. I fit plus, car il les accusa devant le peuple, qui les condamna à tine amende énorme. Iphicrate dit alors : Je serais bien fou si je savais
Jaire la guerre pour les Athéniens et nôn pour moi. Armant donc
de poignards une bande de jeunes gens, il parvint ainsi à se faire absoudre; puis il s’éloigna, et mourut obscurément dans la Thrace.
Timothée, fils d’une courtisane que Conon avait ensuite épousée, vit Jason, tyran de Phères en Thessalie, ét Alcétas, roi des Molosses, venir exprès à Athènes pour le défendre devant ses juges ; comme il n'avait dans sa maison ni lit, ni vases, ni tapis pour les recevoir honorablement, il dut aller, à la nuit close, en demander à ses amis, et emprunter une mine (quatre-vingt-douze francs) afin de traiter ses illustres hôtes. Amyntas IT, roi de Macédoine, instruit qu’il voulait bâtir une maison, lui envoya le bois nécessaire ; mais il ne put même payer les frais de transport. Plustard, dans l’expédition qu’il fit en Égypte pour secourir le roi de Perse, il s'enrichit immensément, devint l’un des personnages les plus somptueux , etsa conduite montre avee quelle effronterie les citoyens d’Athènes affichaient leur immoralité ; afin de ne pas subir sa peine, il prit la fuite, erra longtemps et mourut à Lesbos. C’est ainsi que les héros disparaissent de la scène l’un après Pautre, pour faire place à une nouvelle génération d'hommes, à un nouvel ordre lévénements.
Charès , devenu larbitre de la république, vit les îles de Cos et de Rhodes subjuguées par Mausole, ce roi de Carie que rendirent fameux les honneurs funèbres dont il fut l’objet de la part de sa femme Artémise, Puis ce même Charès, réduit à l'impuissance de satisfaire aux exigences de ses soldats et à celle de son propre luxe, se mit, avec toute l’armée, à la solde d’Artabaze, satrape d’Tonie, révolté contre le grand roi; mais Artaxerxès II emporta, et, la rébellion domptée, il contraignit Athènes d’accepter une paix par laquelle elle reconnaissait indépendance des provinces insurgées, qui se trouvèrent ainsi affranchies du tribut. L’humiliation au dehors et la corruption au dedans préparaient la voie à Philippe H de Macédoine, pour arriver à dominer la Grèce.
ns ml Pa je nm nr ch Pia mr à
ns
TROISIÈME ÉPOQUÉ.