‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 67 sur 146 · PA MT PAU LION ME SRE · texte numérisé non relu

PA MT PAU LION ME SRE

ses desseins et en assurer la réussite, n’est pas moins étonnante qu’instructive ; car, grâce à elle, on le vit, au milieu d'obstacles qui auraient lassé une volonté moins énergique, atteindre au comble de la puissance, sans pourtant s’en laisser éblouir.

Il eut tout d’abord à défendre sa couronne contre deux concurrents, Argée et Pausanias, que favorisaient les Thraces et les Athéniens, toujours jaloux des progrès de la Macédoine. Philippe , ranimant le courage de ses partisans, défait Argée, achète la paix des Athéniens en reconnaissant la liberté d’Amphipolis, et fait un arrangement avec les Thraces ; Pausanias, abandonné, est contraint de se désister de ses prétentions.

Alors, à l'exemple d’Épaminondas, il institua la phalange, corps de six ou sept mille combattants, dont chaque file avait seize hommes de profondeur, tous armés de sarisses, ou piques de vingt et un pieds. Les piques des cinq premières files dépassaient toutes également, opposant ainsi à l’ennemi cinq fois plus de pointes qu’il n’y avait d'hommes de front. A partir du sixième rang jusqu’au dernier, les piques venaient successivement s'appuyer sur les épaules de ceux qui se trouvaient en avant, de manière à présenter un buisson impénétrable. Cotte masse inerte absorbait trop de forces lorsqu’on avait affaire à des troupes plus agiles, comme la légion romaine; mais elle était excellente pour enfoncer les armées innombrables et tumultueuses des rois d'Asie, En outre, on pouvait y encadrer les milices le jour même qu’elles arrivaient au camp, etelles étaient, pour ainsi dire, absorbées par les autres. Un grand bouclier couvrait de la tête aux pieds les phalangistes; ils étaient armés d’une épée destinée à frapper de pointe et de taille, comme celle des Romains, mais plus difficile à manier.Ils avaient à porter, en outre, leurs bagages et des tentes de cuir, qui pouvaient suffire à deux, et servir, au besoin, pour le passage des fleuves. Associant ainsi à la valeur cette discipline qui la dirige et la protége, Philippe s’assura la prééminence sur les barbares; lorsque les Macédoniens, qui avaient besoin d’un homme, non d’un enfant, l’eurent proclamé roi , il soumit les Péoniens, défit les Illyriens que naguère les Macédoniens n’osaient regarder en face, et leur tua sept mille hommes; avec eux périt leur roi Bardylis. Philippe eut bientôtétendu sa domination jusqu'aux confins de la Thrace, et, à l’cccident, jusqu’au lac Lychnide.

Le plus difficile était de mettre en défaut la jalousie qu’un pareil accroissement causait aux Athéniens et aux colonies grecques du voisinage, à Olynthesurtout. Philippe y déploya l’habileté d’un diplomate consommé ; il sut les amuser ct couvrir de paroles sé-

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duisantes les faits trop. irritants.. Sa première: pensée devait être l'assujettissement des villes grecques: de la Macédoiné ; car c'était le moyen. de donner à son pays l’unité:et la ‘consistance nationale qui lui manquaient,.comme aussi d’éloigner de: plus en plus des étrangers, envieux. Potidée tombe entre: sés mains, et, sur les réclamations des Olynthiens, il la restitue ;:mais enmême temps , prodigue de. promesses:envers les Athéniens, ilsait si'bien les endormir qu’il occupe Amphipolis. Par cette conquête, il se trouve maître de tout le pays qui s’étend entre:le Nestus et le Strymon, et, ce quiest hien plus important, des mines de la Thrace, qui rendaient mille talents par an (1). L’or, eneflet, était dans les mains de Philippe. un. instrument non moinsefficace que les armes’ et les piéges. Il disait : Aucune forteresse n’est imprenable, pourvu qu'on puisse y faire entrer un mulet chargé d’or, — La gloire d’un combat, disait-il encore, se partage avec les soldats, celle d’une ruse m'appartient tout entière. Il voulut suivre à la. lettre le conseil que lui avait donné la pythie : Combats avec l'or, et tu vaincras tout.

Vaincre la Grèce ! combien cette pensée devait flatter la vanité de Philippe! combien devait l’encourager l'exemple. d’Épaminondas, qui, à la tête d’un peuple nouveau, avait brisé la principale puissance hellénique! Avec sa sagacité, il devait bien voir que la situation de la Grèce était exirêmement, favorable à FPaccomplissement de ses desseins ambitieux.

La distinction primitive entre les Doriens du Péloponèse et les loniens de l’Attique, de l’Eubée, des.îles, ne cessa jamais; elle se révèle continuellement par le dialecte divers et par les mœurs plus diverses encore, surtout par rapport aux femmes, que les Doriens faisaient participer à la vie publique, tandis que les Ioniens les tenaient renfermées dansle gynécée. Sparte ambitionnait de figurer à la tête des Doriens, et ses institutions étaient diaméiralement opposées à celles des Athéniens, Dans les colonies mêmes, les deux tribus continuaient la lutte; dans la guerre de Syracuse, avec les Léontins, toutes les cités doriques de Sicile embrassèrent la cause de la première , et les villes ioniques défendirent les autres.

Cette animosité se manifesta dans la guerre du Péloponèse, dont les effets se firent sentir dans toutes les cités, où les aristocrates et les démocrates en vinrent aux mains, ceux-là appuyés par Sparte, ceux-ci par les Athéniens. Non-seulement les liens se rompirent entre les États et les citoyens, mais encore entre les hommes ct les dieux : on douta des oracies, le temple de Delphes fut pillé

(1) Environ 5,500,000 francs.

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