‹ Histoire universelle [microforme]Chapitre 69 sur 146 · ARR» À À · texte numérisé non relu

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ceux qui avaient coutume de les vanter, et d’attribuer nos erreurs à la démocratie. Selon ces panégyristes, les Spartiates, devenus maîtres de la Grèce, devaient faire son bonheur et le leur ; et pourtant ils ont subi plus vite que les autres les effets de l'habitude du commandement. Leur république, qui, durant sept cents ans, n’avait pas souffert de troubles intérieurs, a été tout à coup bouleversée de manière qu’elle a failli se dissoudre entièrement. Au lieu de suivre leurs coutumes sévères, les citoyens s’abandonnèrent à l'injustice, à la négligence, à l’arbitraire, à la convoitise; ils négligèrent leurs alliés, envahirent les possessions d'autrui, oublièrent ou méprisèrent et serments et traités. Avides de guerre et de périls, ils ne connurent ni amis ni bienfaiteurs. En vain !2 roi de Perse avait envoyé plus de cinq mille talents; en vain Chios leur avait été d’un plus grand secours, avec sa floiie, que tout autre allié; en vain Thèbes avait fourni le plus magnifique contingent de troupes de terre : à peine la victoire se fut-elle déclarée en leur faveur, qu’ils cherchèrent à ruiner Thèbes par la ruse, expédièrent contre le roi de Perse Cléarque, à la tête de la flotte, bannirent de Chios ses premiers citoyens et emmenèrent ses vaisseaux. Cela ne suffisait pas : ils dévastèrent le continent, maltraitèrent les îles, anéantirent en Sicile et en Italie les constitutions qui tenaient le milieu enire l'aristocratie et la démocratie , et favorisèrent l’ambition des

« tyrans. Le Péloponèse resta continuellement en proie aux trou- « bles, aux guerres intestines. Quelle ville ne fut pas attaquée?

quelle ville n’eut pas à souffrir des outrages ? N'ont-ils pas enlevé à l’Élide une partie de son territoire, saccagé celui de Corinthe, détruit Mantinée et transporté ailleurs une partie de ses habitants ? N’ont-ils pas assiégé Phlionte, envahi plusieurs fois PArgolide ? N’ont-ils pas été constamment occupés à faire du mal aux autres peuples, et à préparer ainsi leur défaite de Leuctres? Ce n’est pas cette défaite qui a rendu les Spartiates odieux, mais leurs désordres antérieurs. Ils acquirent l’empire de la mer en présidant avec justice à la guerre continuelle; mais une fois qu’ils en furent les maîtres, ils mirent de côté toute modération et perdirent leur suprématie : on ne parla plus des lois de leurs aïeux ; les anciens usages furent abandonnés ; enfin, ils se persuadèrent que la seule règle à suivre était leur propre volonté, et un pouvoir sans bornes les perdit (1). »

(1) De la Paix, à nept Etpñvnc, 75 et suiv. On peut voir dans l’Aréopagi-

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On voit que le rhéteur Isocrate savait quelquefis être aussi orateur. En réalité, la marine d'Athènes s’étaitappauvrie depuis quarante ans, et de plus l’insurrection de ses alliés avait épuisé les

tique d’Isocrate, où il cherche à présenter l'idéal d’une démocratie à l'antique, un autre rapprochement du même genre. Démosthène, qui rappelle très-souvent aux Athéniens les anciennes vertus, leur parle ainsi dans son discours sur les Réformes publiques , xepi Zuvrafews , 20 et suiv. :

« Autrefois, Athéniens, les taxes étaient payées par classes ; aujourd’hui c’est par classes que vous gouvernez. Chacune & pour chef un orateur, qui traîne après lui un générai, sa créature; les trois cents sont là pour l’épauler. Tous, vous suivez en foule votre bannière : l'un est pour celui-ci, l'autre pour celui-là; personne ne s’appartient plus. Quel profit vous revient-il de cette manière d’agir ? On dresse à celui-ci une statue; celui-là s’enrichit ; un ou deux citoyens s’élèvent au-dessus de la république, tandis que vous autres, vous restez témoins impassibles de leur prospérité; et pourvu que vous n’ayez pas à renoncer à votre nonchalance bien-aimée , vous abandonnez volontiers dans les mains de quelques-uns cette fortune qui est à vous tout entière. CAnsidérez de grâce, Athéniens, si, du temps de vos ancêtres, les choses allaient ainsi; car, sans recourir aux faits étrangers, les souvenirs domestiques peuvent vous servir d'exemple et de guide. Non, Athéniens, nos ancêtres ne se dépouillaient pas d’un seul de leurs exploits ; jamais on n’a attribué la victoire de Salamine à Thémistocle; Athènes, et non Miltiade, avait vaincu à Marathon. Et maintenant, comment s’exprime-t-on? « Timothée a pris Corcyre; Iphicrate a taillé « en pièces une armée de Lacédémoniens ; la victoire navale de Naxos a été « remportée par Chabrias. »... Mettons en regard les actions de vos pères et les vôtres; ce parallèle vous élèvera peut-être au-dessus de vous-mêmes, Ils exercèrent pendant quarante-cinq années, d’un consentement libre et général, ‘a suprématie en Grèce ; ils déposèrent dans la citadelle plus de dix mille talents ; ils érigèrent un grand nombre de glorieux trophées à la suite de batailles sur terre et sur mer, dont la renommée fait encore notre orgueil : trophées que ces hommes vaillants n’élevèrent pas à l'effet d’être seulement pour leurs neveux des objets de stérile admiration, mais avec l'intention qu’ils vous servissent d’aiguillon pour devenir leurs émules en vertu. Voilà les grandes choses opérées par vos ancêtres, à Athéniens ! Et vous qui, presque seuls, restés sans rivaux dans la vaste arène de la gloire, pouviez vous y déploy:r librement, dites-le-moi, avezvous fait rien de semblable ?.… Certes, ils nous ont laissé de si somptueux édifices, des temples si magnifiques et si splendides, des ponts si nombreux et si commodes , que nul de leurs descendants ne pourra jamais les surpasser. Regardez les arsenaux, les portiques, le Parthénon, et tant d’autres chefs-d’œuvre qui sont sous vos yeux , et dites-moi s’il es possible de mieux faire. Eh bien! ceux qui siégeaient au gouvernement de la république étaient si modestes dans leurs habitations privées , et respectaient tant légalité populaire, que si vous cherchez la maison de Thémistocle , ou d’Aristide, ou de Cimon , ou de Miltiade, ou de tout autre des plus illustres, vous n'apercevez rien qui la rende plus remarquable qu'aucune autre du voisinage, Aujourd’hui , Athéniens, nos gouvernants croient avoir suffisamment pourvu à la splendeur publique par des réparations de routes, des restaurations de fontaines, des badigeonnements de murs, par des riens. Le ciel me garde de vouloir par là blämer les auteurs de ces embellissements ; mais c’est vous que je blâme, vous, Athéniens , si vous croyez, à si peu de frais, avoir accompli votre devoir, D'un autre côté, si mon regard se porte sur ceux

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Jason de Phères. 375.

Thessalie.

finances. Thèbes, retombée dans sa nullité, s’en consolaït en faisant bonne chère. Au milieu de tant de guerres, un grand nombre de jeunes gens s’étaient habitués à ne vivre que de la profession des armes, et à vendre leur sang à des capitaines vendus euxmêmes. Aïnsi que Carmagnola, Braccio et tant d’autres le firent au quinzième siècle en Italié, Iphicrate avait développé parmi les Grecs le goût de faire la guerre par métier, en mettant ses bandes au service de qui payait le mieux. Ces hommes, ayant perdu l’habitude du travail, ne désirant que les combats, comme occasion de butin, d'aventures et de violences, quels que fussent la cause et le but de la guerre, offraient une armée à quiconque avait de l’argent. Le premier qui songea à en tirer parti, pour accroître sa domination, fut Jason, tyran de Phères, Il soumit à sonautorité toute la Thessalie, et il professait ouvertement que beaucoup de petites injustices étaient nécessaires afin de pouvoir être juste en grand (1). La Thessalie était un pays de nobles feudataires, ressemblant à nos barons du moyen âge, comme eux couverts de fer, cavalier et cheval, s’enrichissant par le butin qu’ils faisaient, avides de danger, mais plus encore de plaisirs, au poirt de faire danser devant eux des jeunes filles nues (2). Avec de pareilles mœurs, il est facile à une famille de prédominer ; c’est ce qui arriva à celle des Alévades, dela race d’Hercule. Jason, à force d'artifices, avait réuni sous sa loi toute la Thessalie et augmenté ses troupes; il refréna ses belliqueux voisins, fit trembler la Macédoine, subjugua l’Épire, et conçut l’espoir de devenir le capitaine général de toutes les forces grecques. N'ayant pu y réussir, il se fit médiateur entre Sparte et Épaminondas, et chercha à obtenir la haute direction des jeux Pythiques. Il méditait la conquête de la Babylonie, quand il fat assassiné.

Les Thessaliens maintinrent sa famille au pouvoir. Polyphron

qui ont quelque part à l'administration publique, je vois que certains d’entre eux ont des maisons qui, par la grandeur et la magnificence , effacent non cellés des particuliers, mais les édifices publics eux-mêmes. D’autres achètent comptant des domaines d’une telle étendue , que leur imagination ne l’eût jamais embrassée, même en songe. La cause de cette différence est que ie neuple en ce temps-là était souverain et maître des fonctionnaires et de toute chose, que chacun s’estimait heureux de devoir au peuple les honneurs, les magistratures, les prâces. Aujourd’hui, au contraire , les fonctionnaires sont les arbitres de toute faveur ; ils sont tout. Et toi, peuple , te voilà surnuméraire et valet ; trop heureux de recevoir la part qu'ils vont peut-être te jeter ! De là, l'étrange situation de la république : qu’on lise vos décrets, qu’on parcoure vos actes, on ne croira pas que les uns et les autres émanent de la même nation. »

(t) PLUTARQUE, Préceptes d'administration publique, 24.

(2) ATHÉNÉE , XIII, p. 607.

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tua son frère Polydore, pour garder seul l'autorité, qu’Alexandre lui enleva bientôt avec la vie. Nous avons vu ce tyran féroce s’emparer, par trahison , de Pélopidas. Thébé, femme d'Alexandre, disait un jour au prisonnier : Combien je plains ta femme! — Je te plains bien plus, reprit Pélopidas , foi qui, étant libre, vis avec Alexandre. Cette parole ne fut pas perdue, et, peu après, Thébé donna la mort à son mari, d’accord avec ses beaux-frères Pitholaüs et Lycophron, qui, parvenus au pouvoir, imitèrent le tyran.

Les Alévades, las de leurs excès, invitèrent Philippe de Macédoine à leur prêter assistance contre les usurpateurs. Ce prince intervint avec joie comme libérateur là où il aspirait à dominer en maître; car cette acquisition devait le rapprocher de la Grèce, en augmentant ses revenus et ses forces. Il chassa donc les tyrans de Phères, et les Thessaliens, plus reconnaissants que prudents, lui cédèrent les revenus provenant des foires et des villes de commerce, ainsi que l’usage des cales et des chantiers. Onomarque, chef des Phocidiens dans la guerre sacrée, donna des secours aux tyrans de Phères; ce fut pour Philippe un motif ou un prétexte de guerre : ii le défit complétement, devint le maîtrede la Thessalie, mit garnison dans les trois places principales, et la réduisit à l’état de province macédonienne. Unissant alors à la tactique d’Épamir ndas la politique de Jason, il poursuivit les desseins du Thessalien, et songea à se créer une armée assez puissante pour dominer la Grèce et menacer l'Orient.

Malheur aux libertés sous un conquérant! Philippe, saisissant la Macédoine d’une main robuste, en fit pencher le gouvernement au despotisme ; il se choisit parmi la noblesse une garde ( ôopu- #6par), qui lui forma dans le pays une cour armée, et lui assura des otages lorsqu'il en sortait. Mais le plus grand obstacle qu’il rencontra à son projet de dominer la Grèce, était de lui être étranger ; il devait donc tendre, avant tout, à se faire considérer comme Hellène, et à faire compter la Macédoine parmi les États helléniques.

Il fut servi à souhait, sous ce rapport, par la guerre sacrée, dont nous venons de faire mention : guerre civile, qui, excitée par des animosités personnelles, dirigée par l'intrigue, faite avec des troupes mercenaires, finit, après dix ans, par la déplorable intervention de l'étranger. La Phocide, dont la situation était des plus fortes, devait au temple de Delphes d'immenses richesses, qui lui permettaient d'entretenir des soldats stipendiés et de jouir d’une paix armée. Depuis longtemps, le dieu avait déclaré maudits les territoires de Crissa et de Cirrha, de sorte que les habitants furent

Guerre sacrée, 355-346,

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exterminés et les terres condamnées à une ‘éternelle stérilité. Mais il arriva que les Phocidiens en cultivèrent une partie et furent déclarés sacriléges par les Amphictyons, qui prononcèrent en même temps une amende de cinq talents contre les Spartiates, pour avoir, vingt-cinq ans auparavant, surpris en temps de paix la citadelle de Thèbes.

Cette assemblée maintenait encore les liens de confraternité entre les grands et les petits États de la Grèce; mais la guerre du Péloponèse nous a montré combien c’est à tort qu’on la prend pour une assemblée fédérale, et combien elle était impuissante à maintenir l’unité, puisque, dans le cours de toute cette guerre, Thucydide n’a pas même occasion de la nommer. Elle était obéie dans les choses religieuses, surtout quand il s’agissait de la profanation du temple de Delphes, mais non pour le reste. L’intrigue ou la force dictait ses décisions plus souvent qu’une justice sévère. Or ce ne fut ni le sacrilége ni la perfidie qui déterminèrent ces condamnations, mais la rancune des Thébains, désireux de ranimer la lutte avec les Spartiates. Le Phocidien Philomèle, dont l’ambition avait attisé le feu, élu général par ses compatriotes, s’empare du temple de Delphes, et les sommes immenses qu’il y trouve lui servent à solder des troupes arrivées d'Athènes et d’ailleurs, pour tenir tête aux Thébains et aux Locriens, leurs alliés : ceux-ci venaient en effet pour exécuter la sentence des Amphictyons, qui avaient prononcé la confiscation du territoire des Phocidiens contumaces. Philomèle ayant été tué, Onomarque, son frère, aussi ambitieux que lui, mais plus vaillant et plus artificieux, lui succède. Il continue à se faire préter de l'argent par l’oracle d’Apollon, attire un grand nombre de troupes par l’appât d’une forte solde, et triomphe des alliés, auxquels s’est réuni Philippe de Macédoine; mais il est tué en soutenant contre ce dernier les deux tyrans de Phères, et laisse son poste périlleux à Phayllus, son troisième frère.

La guerre continuait, très-meurtrière, comme toutes les guerres sacrées : les Thébains tuaient, comme excommuniés, tous les Phocidiens qui tombaient entre leurs mains ; les Phocidiens en faisaient autant par représailles, plus barbares de jour en jour, en même temps qu'ils se corrompaient au milieu des grandes richesses mises en circulation par la dilapidation du trésor de Delphes. Des jeunes gens d’une vie infâme et des courtisanes se promenaient parés des dons sacrés; à Métaponte, une joueuse de flûte assistait à une fête publique, ayant au doigt un joyau dont cette ville avait fait hommage au dieu de Pytho.

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Phayllus fit argent de tout ce qui restait dans ce trésor, s’élevant à quatre mille talents (plus de seize millions de francs), outre six mille talents en statues d’argent, sans compter tout ce qui fut dissipé ou volé. Des arguments aussi puissants lui valurent non-seulement un grand nombre de mercenaires, mais encore le secours des Lacédémoniens et des Athéniens. Les Thébains, les Doriens, les Locriens, tous ceux qui professaient pour le dieu de Delphes une dévotion zélée, s’appuyaient alors sur Philippe, qui gagnait de la considération et des partisans en se faisant le protecteur de la religion; pour détourner les soupçons, il menait joyeuse vie, tandis qu’il augmentait ses forces par l’adjonction des cavaliers thessaliens à la phalange macédonienne. A la tête de ces corps redoutables, il tertta de pénétrer en Grèce; mais les Athéniens, étant accourus à temps aux Thermopyles, repoussèrent ces barbares ; puis les Amphictyons se réunirent et résolurent de surveiller Philippe.

Humilié, mais non découragé, il assiége Olyn'!:e, la pr:nd et, l'ayant démantelée, il assure ainsi ses frontières contre :’incommodes voisins. Deux traîtres, qui lui avaient facilité l: conquête de cette place, vinrent se plaindre à lui de ce qu° les Macédoniens eux-mêmes les méprisaient et les traitaient d2 feions : Que vous importent, leur répondit Philippe, les discours de yens grossiers qui appellent les choses par leur nom? Olynthe une fois en sa possession, il célèbre, avec une grande solennité, la fête des Muses, à laquelle il convie tous les Grecs, amis et ennemis : il fait, comme aux jeux Olympiques, un banquet général et couronne lui-même les vainqueurs, toujours désireux d’imiter ces Grecs parmilesquels il aspire à se voir compté.

Les Olynthiens ont recours aux Athéniens ; mais à peine Philippe a-t-il montré qu’il sait combattre avec l'or, qu'il trouve des orateurs pour exalter les vertus qu’il a, et suppléer, par l’invention, à celles qui lui mangusni; des généraux, pour trahir leurs armées; des incendiaires, pour brûler les arsenaux; des oracles, pour philippiser. Autant les secours envoyés à Olynthe sont faibles et lents à y parvenir, autant Philippe déploie d’activité dans ses entreprises ; or, tandis que les ambassades ne font qu'aller et venir, il s'empare, une à une, de toutes les colonies et chasse les Athéniens de l’'Eubée : puis, lorsqu'il ne lui reste plus rien à acquérir, il consent à faire la paix, dont il exclut pourtant les Phocéens. Immédiatement après, afin de punir les sacriléges et de seconder les Thébains, ilfranchit les Thermopyles qu’avait déjà

passées le mulet chargé d’or, met le pied dans cette Grèce tant

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désirée, envahit la Phocide, et termine la guerre sacrée sans répandre une goutte desang. La joie de ses amis, qui le portaient au ciel, ne fut pas plus grande que la confusion et la terreur de ses ennemis.

Il convoque aussitôt les Amphictyons, par lesquels il fait décréter la démolition des forteresses des Phocidiens, la proscription de leurs chefs et leur exclusion du nombre des douze États confédérés, en leur substituant les Macédoniens. Or, comme les Corinthiens avaient prêté assistance à ces profanes, la surintendance des jeux Pythiens leur est enlevée par le même décret et conférée à Philippe. Son vœu était donc rempli : ilétait Hellène, il présidait moralement aux délibérations de la Grèce, il avait humilié Athènes et Sparte, et, pis encore, il les avait corrompues.

On n'avait jamais vu d’intrigues aussi perverses ni aussi effrontées ; jamais un trafic des consciences et des votes exercé avec une pareille lâcheté ; jamais une telle prostitution de la morale et du patriotisme. La guerre sacrée avait fait tomber dans le mépris les choses saintes, et si l’impiété avait été punie par d’éclatantes défaites, elle était encore enviée par ceux qui la voyaient récompensée avec l’or des temples et des oracles.

Philippe prodiguait encore un autre or, également corrupteur, parce qu’il ne payait que d’indignes services. Ne se souciant ni de justice ni de loyauté, il s’engageait dans les sentiers les plus tortueux ; changeait, selon les circonstances, du jour au lendemain ; affectait le vice et la légèreté, tout en suivant ses projets avec une persévérante circonspection.

Athènes ne conservait plus que la suprématie incontestée du savoir et des belles-lattres, ainsi que le privilége de décerner le blâme et la louange ; :aais elle possédait encore un reste de ces murailles de bois que lui avait conseillées l’oracle; elle pouvait opposer à Philippe une marine qui, bien qu’amoindrie, était de beaucoup supérieure à la sienne, et deux grands hommes, Démosthène et Phocion. Le premier devait à la nature et à un travail obstiné une éloqnence qui est restée sans rivale : il y joignait une politique prévoyante, avec cette confiance dans un avenir meilleur que la Providence semble alimenter dans certaines âmes , afin que l’enthousiasme ne s’éteigne pas entièrement, et que le doute décourageant n’arrête pas toute action généreuse; il rôvait encore les temps d’Aristidet de Thémistocle, quand le patriotisme était la première vertu des citoyens. Il croyait qu’au premier besoin de sa patrie, ces trésors, qu’Athènes recélait en plus grande quantité que le reste de la Grèce ensemble, seraient prodigués par les citoyens ; que l’anour du sol natal fournirait plus d’argent que

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